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Travail du grain
La filière a plutôt bien traversé la crise, avec un nombre de faillites limité, indique Groupama dans son étude. Elle a surtout bien encaissé les brutales secousses sur les cours mondiaux qui, après avoir chuté à des niveaux planchers historiques en 2009, ont de nouveau flambé cet été. Cette hausse favorise les marges de l’amont de la filière (sans trop pénaliser celles de l’aval, le prix des céréales pesant peu dans les coûts de revient). L’efficacité croissante des marchés à terme et l’afflux des liquidités ont en outre permis aux opérateurs de mettre en place des stratégies de couverture performantes pour lutter contre la volatilité des cours.
Cela dit, ces nouvelles méthodes nécessitent de lourds investissements en hommes et en technologies, ce que nombre de PME ne peuvent se permettre. On peut donc anticiper une nouvelle vague de concentrations. Certes, dans la malterie, qui ne compte plus que trois acteurs, le processus est déjà achevé. Il est bien engagé dans la collecte et le négoce, mais devrait se poursuivre avec l’éventuel rapprochement des groupes coopératifs EMC2 et Champagne Céréales. Mais c’est dans la meunerie, encore très atomisée, que la restructuration reste à faire. Non pas parce que les petits moulins régionaux n’arrivent plus à rentabiliser leur outil, mais bien parce qu’ils sont de plus en plus vulnérables aux aléas des cours.
Industrie des viandes
La consommation française de viande n’a pas trop souffert de la crise, sans doute grâce à des prix assez bas. Les dépôts de bilan sont même rares depuis un an et demi, attestant un certain assainissement de la filière. En revanche, les marchés export ont été très chahutés, avant tout sur la Grèce et l’Italie. Le secteur pâtit en outre de fortes distorsions de concurrence en matière salariale avec l’Allemagne. Mais surtout, il souffre toujours de son atomisation. Les entreprises manquent de moyens financiers et de répondant face à la grande distribution. Néanmoins, ce handicap est en voie de résolution dans la filière bovine, avec le passage l’an dernier de Socopa dans le giron du groupe privé Bigard-Charal. La naissance de ce leader pesant quelque 40 % du marché national (70 % de celui du steak haché) inverse le rapport de force avec les grandes enseignes, au profit de tous les opérateurs. Même si le numéro deux, Terena, est très loin derrière, la concentration se poursuit avec la reprise de Sicavyl par Sicarev ou de Spanghero par Arcadie, dessinant peu à peu un maillage régional cohérent.
Le processus est nettement moins avancé dans la filière porc, où les trois leaders Cooperl, Gad-Europig et Bigard détiennent chacun moins de 15 % du marché. Il devrait donc se poursuivre pour faire émerger un véritable poids lourd. La salaison demeure elle aussi trop diversifiée, et donc vulnérable. Quant au secteur de la volaille, il se réorganise également autour d’un leader, LDC (qui a repris Arrivé), et d’un challenger, Gastronome, Doux étant surtout présent à l’export. La filière reste cependant à la merci des fluctuations des cours des céréales et la flambée actuelle est de mauvais augure.
Industrie laitière
Le secteur laitier français a pris de plein fouet la dérégulation des marchés et la volatilité des cours mondiaux et il cherche aujourd’hui à s’adapter à cette nouvelle donne. Entre 2009 et 2010, les prix du beurre et de la poudre de lait, produits de dégagement indispensables à la rentabilité des industriels, ont atteint des niveaux planchers avant de s’envoler de nouveau. Une orientation à la hausse qui reste d’actualité, soutenue par la consommation mondiale. Mais cette volatilité est difficile à gérer pour des entreprises habituées à un marché très régulé. Adoptée en 2003, la réforme de la Pac – qui a entraîné la suppression progressive des quotas laitiers ainsi que des subventions à la fabrication et à l’exportation de nombreux produits – ne s’applique en effet pleinement que depuis 2007. Le climat conflictuel dans lequel a été signé l’été dernier l’accord sur les prix du lait en est la preuve.
Malgré tout, certains créneaux, tels les produits ultrafrais et les fromages frais, ont relativement bien traversé la crise. D’autre part, la LME n’est pas bénéfique pour la trésorerie de la plupart des opérateurs. En effet, alors qu’ils devaient payer plus tôt leurs fournisseurs, leurs clients ne les payaient pas plus vit car nombre de produits laitiers sont considérés comme « produits alimentaires périssables» et donc payés rapidement. Cela dit, le nouveau contexte de dérégulation des marchés du lait va pousser le secteur à poursuivre son mouvement de restructuration et de concentration.
Produits de la mer
Ce secteur a connu une année 2009 difficile, notamment en raison du marasme sur d’importants marchés export comme l’Europe du Sud, durement frappée par la crise. Résultat, les opérateurs ont dû réduire leurs exportations et écouler ces volumes supplémentaires vers leurs clients français, avec pour corollaire un recul de leurs marges. Pour la filière crustacés, dont l’exercice 2008 avait été plutôt bon, ces difficultés sont cependant moins sérieuses que pour la filière poissons, fragilisée par les difficultés d’approvisionnement. Sur le marché français, la consommation reste soutenue malgré l’orientation durable des prix à la hausse, liée à la raréfaction de l’offre. Cet élément structurel est à l’origine de la mutation profonde que connaît la profession depuis des années, qui se poursuit aujourd’hui. La flottille de pêche française, notamment la pêche chalutière, a déjà considérablement diminué, sous l’impulsion des plans d’aides à la sortie de flotte et de la réforme des quotas.
Face à la réduction de l’offre locale, les opérateurs diversifient leurs approvisionnements, n’hésitant plus à importer en provenance d’Amérique du Sud ou de l’océan Indien. Une mondialisation des échanges qui les rend cependant plus vulnérables à l’effet change. De plus, le poids prépondérant de la grande distribution au détriment des détaillants spécialisés contraint la profession à se concentrer. Premières victimes, les mareyeurs que les distributeurs, soucieux de réduire le nombre d’intermédiaires et de sauvegarder leurs marges, court-circuitent de plus en plus, au point que le négoce pur ne semble plus une activité viable, comme en témoigne la forte baisse du nombre de grossistes sur le MIN de Rungis.
Vins
Malaise. Le terme résume la situation de la filière viticole française. Les exportations – un tiers de la production nationale – ont pris la crise de plein fouet dès mi-2008. En 2009, elles ont reculé de 18 % en valeur et de 14 % en volume, un recul aggravé par l’envolée de l’euro et les dévaluations des pays de l’Est. Au mieux, elles devraient se stabiliser cette année. Mais la crise n’est pas seule en cause. Sur un marché mondial en pleine expansion depuis 30 ans, les vins français n’ont cessé de perdre des parts de marché, de l’Europe à la Chine, pénalisés par un mauvais rapport qualité-prix, mais aussi un manque criant de lisibilité des étiquettes et d’adéquation à la demande. En France, où les vins français conservent – encore – la quasi- totalité du marché, le constat n’est guère plus brillant.
Certes, la dégringolade de la consommation est quasi enrayée (– 0,5 % l’an dernier). Mais le négoce se fragilise face à une grande distribution qui concentre 80 % des ventes. Seuls les leaders, comme Castel ou Grands Chais de France, ou les poids moyens tirent leur épingle du jeu. En revanche, au sein de la nébuleuse des petits opérateurs (250 négociants rien qu’à Bordeaux), une rationalisation drastique semble inévitable, à l’exception des niches de qualité ou des grands crus, dont la campagne 2009 a été satisfaisante. Au-delà, toute la filière doit se restructurer. Près de 15 000 hectares ont déjà été arrachés, essentiellement dans le Sud. Mais, de plus en plus, ce sont les dérives des AOC qui sont pointées du doigt. Inflation des volumes et des rendements, liens discutables avec le terroir, agréments laxistes, prix aberrants, les appellations ont perdu de leur crédibilité.