Pour vivre heureux, vivons caché » était un des axiomes des patrons de Besnier, et encore aujourd’hui où, sous le nom de Lactalis, l’entreprise a rejoint le club des leaders mondiaux. On ne s’attendait donc pas à ce que son ancien DG raconte par le menu la saga d’une entreprise qu’il connaît de l’intérieur depuis trente ans Aujourd’hui, Marcel Urion n’a pas tout à fait levé le pied puisqu’il joue un rôle de conseil pour le développement international de Panavi, dont il préside d’ailleurs la filiale Bridor. Marcel Urion, aidé de la plume de Matthieu Noli, publie aux éditions du Bottin gourmand une bonne centaine de pages tout à la gloire des fondateurs André et surtout Michel Besnier qui a tenu les rênes de 1955 à 2000. Et l’hommage va aussi aux hommes de l’entreprise, car « l’Homo Lactalis », selon l’auteur, est d’autant plus travailleur qu’il y a fort peu de niveaux hiérarchiques, il vise aussi les agriculteurs avec lesquels l’industriel a mené une politique dynamique apte à « les satisfaire et les fidéliser ». Même si le premier collecteur de lait était une cible de choix pour les revendications du syndicalisme paysan, c’est quand même le tandem Jean-Michel Lemetayer/ Marcel Urion qui a conçu et imposé l’accord de 1997 qui continue de régir la fixation du prix du lait. L’ouvrage raconte surtout la vertigineuse ascension de la PME de 50 employés de Laval, devenue un groupe international présent dans 150 pays et dont le CA a encore doublé ces sept dernières années pour atteindre les 9 milliards d’euros. Ses choix ont été prudents mais judicieux pour grandir par grandes étapes (camembert, lait de consommation, emmental, produits frais) et sortir des frontières au bon moment (Belgique, Grande-Bretagne, USA, Espagne, Pologne, Ukraine, jusqu’à ce coup de maître sur Galbani et cet accord avec Nestlé en produits frais). Marcel Urion ne maniant pas la langue de bois, il conte aussi les moments « chauds » qu’il a vécus : déréférencement de Président pendant dix mois chez Leclerc, déboires aux Etats-Unis, « claque » subie avec la concurrence de Cœur de Lion, guerre sur la définition de l’emmental menée, puis perdue, par Entremont, poursuites de la DGCCRF sur la standardisation en matière protéique, premier échec sur Galbani en 2002, etc.
Une marche du podium reste à franchir, celle de numéro un à la fois du lait, des PLF et du fromage… Une bonne façon de tordre le cou à l’idée que industrie rime avec délocalisation, fermetures, menaces sur l’emploi et d’illustrer le fait que l’agroalimentaire français sait entreprendre, ouvrir des marchés, et mener des stratégies gagnantes.
« La Saga Lactalis, comment notre Président est devenu un leader mondial », par Marcel Urion et Matthieu Noli - Les Editions du Bottin Gourmand