La privatisation de la Sopexa est en marche. Son mode de management a déjà changé, son réseau a été adapté avec un organigramme simplifié et bientôt l’État sera sorti du capital de la société avant qu’il ne la mette en concurrence avec d’autres pour décider de lui conserver ou non ses missions d’intérêt général en faveur de la défense du marché intérieur et du développement de l’exportation agroalimentaire.
L’année 2005 a marqué une profonde mutation pour la Société pour l’expansion des produits agroalimentaires (Sopexa), un processus qui avait été initié dès juin 2004 par un changement de gouvernance : au lieu d’un président représentant les professionnels et d’un directeur général fonctionnaire nommé en Conseil des ministres, Dominique Chardon est devenu p.-d.g. et le conseil d’administration a désigné un directeur général adjoint, issu de Sopexa, Jean-Noël Bossé.
La privatisation complète est en marche et sera parachevée quand l’État sera sorti du capital : sur ce point, la décision avait été prise il y a deux ans, mais ce n’est que depuis quelques semaines que cette participation de 24 % est proposée pour un montant de 9 millions d’euros ; le reste des actionnaires doit se les partager ou agréer l’entrée d’autres organisations professionnelles ou d’un nouveau type de partenaires.
Un virage à 180 degrés
Le volet interne de cette « grande mue », selon les termes de Jean-Noël Bossé, a été programmé dans un plan d’objectif et de performance qu’il a appliqué à l’ensemble du réseau Sopexa dans le courant 2005. Les 34 implantations internationales ont été organisées en grandes zones de marché (1) : trois pour le marché unique européen, plus les zones Est, ALENA, Chine, Pacifique, Asie du Sud, plus un bureau (nouveau) auprès de la Commission européenne, et un bureau « en évaluation » (Brésil). Seuls les responsables de zone sont des expatriés, les bureaux étant désormais dirigés par des « locaux ». Un comité de direction élargi réunit régulièrement les chefs de zones et le staff parisien.
Ces derniers mois, tout un travail de révision des procédures, de réécriture des statuts et des contrats de travail des personnels de différentes nationalités, a été effectué, assorti d’un important plan d’économies mais qui, selon le directeur général adjoint de Sopexa, a entraîné des coûts sociaux non récurrents liés à des mutations ou à des départs. Il reste que, à côté de ces dépenses exceptionnelles très lourdes, l’efficacité retrou-vée a permis, dans le même temps, à « pratiquement tous les bureaux de dégager un résultat courant positif, alors qu’avant ils étaient tous en perte ». Et cela n’a pas empêché le réseau de s’enrichir de deux nouveaux bureaux ouverts à New Delhi et à Canton. À ce propos, souligne Jean-Noël Bossé, la carte des implantations de la Sopexa s’inspire des priorités-pays définies dans le récent Programme de soutien aux exportations agroalimentaires (PSEAA) adopté par les ministères de l’Agriculture et du Commerce extérieur. Par exemple, si la Sopexa reste bien au Mexique, son bureau du Brésil est mis en sursis, ce pays n’étant pas dans le PSEAA et ne semblant pas prioritaire pour aucun de ses clients. D’ailleurs, un comité d’orientation stratégique a pour mission de faire évoluer le réseau en fonction des demandes des différents clients de Sopexa, l’État y compris.
Déménagement
L’autre volet de la restructuration a occupé surtout le début de 2006 et porte sur le siège parisien, dont l’organigramme est simplifié, avec 6 directions réparties par « clientèle » (vins-spiritueux, fruits-légumes, produits laitiers, produits carnés, entreprises IAA, État), plus 4 départements experts contre 12 auparavant. Entre autres mesures d’économie, un plan social a été accepté comportant 14 départs (sur 114 personnes) et l’entreprise va abandonner mi-août l’immeuble historique de la rue de Naples au profit de bureaux situés rue de Toricelli dans le 17e arrondissement.
Enfin et surtout, la dernière partie de l’année va être décisive quand les pouvoirs publics vont lancer la procédure dite de délégation de service public : la Sopexa doit désormais être mise en concurrence avec tout autre prestataire pour les missions d’intérêt général qu’elle remplissait jusqu’ici et qui justifiaient la subvention versée chaque année par l’État. En 2006 encore la Sopexa a eu une dotation de 14 M EUR (après 13,8 MEUR en 2005, dont 2,2 reportés sur cette année).
Pleine concurrence en 2007
Le grand changement, en 2007, viendra de ce que la délégation de service public portera sur cinq ans avec un budget annuel garanti qui devrait être, dit-on, de 15 M EUR. C’est évidemment un système beaucoup plus sécurisant, mais aujourd’hui, l’expectative est entière : l’État va-t-il continuer à travailler avec un prestataire unique et ne lancer cette mise en concurrence que par pur respect des formes ? Ou au contraire, serait-il prêt à ne pas sélectionner la Sopexa, à se priver de l’expérience acquise en matière de promotion et de communication agroalimentaire, et plus encore à prendre à revers les interprofessions ? L’affaire est politiquement sensible, mais la direction de l’entreprise la prend très au sérieux : « Si nous gagnons, il faut que ce soit parce que nous aurons présenté le dossier le plus exemplaire», estime Jean-Noël Bossé.
Ainsi s’expliquent sa mise en ordre de bataille, sa recherche de ressources propres et ses efforts de performance menés depuis deux ans. Devraient ainsi peser dans la balance les 60 appels d’offre qu’elle a gagnés ces deux dernières années et les résultats de sa politique volontariste de croissance : la Sopexa a su aller chercher de nouveaux budgets, 52 % des compétitions auxquelles elle a répondu étaient le fruit de sa prospection (contre 32 % en 2004) ; son taux de réussite a été de 22,7 %, ce qui traduit la croissance en nombre et en qualité de ses concurrents et témoigne de la sortie voulue de sa « cible de confort ». Et lors de la remise en compétition de ses budgets actuels (20 appels d’offre), le taux de réussite de la Sopexa a atteint 85 %.
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Autres arguments, elle a su faire progresser son chiffre d’affaires en 2005 avec les quatre principales filières de son champ d’activité. Au total, elle a augmenté de 6 M EUR ses facturations avec le privé, soit une progression de 9 %, avec déjà 2 MEUR de facturations directes avec une trentaine d’entreprises. Et sur 85,5 M EUR de produits d’exploitation consolidés, le chiffre d’affaires réalisé avec l’État n’est plus que de 13,8 M après avoir dépassé les 20 M naguère…
(1) – Dans l’UE : une zone Allemagne, Autriche, Suisse, Pays Nordiques ; une zone Angleterre, Irlande, Bénélux ; une zone Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Proche et Moyen Orient
- « Est » : PECO, Russie
-« ALENA » : USA, Canada, Mexique
- « Chine » : Chine, Taiwan
- « Pacifique » : Japon, Corée
- « Asie du Sud » : Singapour, Malaisie, Vietnam, Thaïlande, Indonésie, Inde