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Afrique L’agriculture doit être la priorité du continent africain, selon l’OIT

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« En Afrique, il n’y aura pas de croissance durable et diversifiée sans croissance soutenue de l’agriculture, qui renforce l’emploi et les revenus d’une large majorité de la population active », estime un expert de l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un éditorial publié fin janvier.

Plus de 60 % de la population économiquement active d’Afrique travaille et vit de l’agriculture ; plus d’un tiers de la valeur ajoutée totale vient de ce secteur. Et, « étonnamment », le continent importe près de 50 milliards de dollars de produits agricoles chaque année, essentiellement pour nourrir une population urbaine en plein essor, constate Philippe Egger, directeur du Bureau de programmation et de gestion de l’Organisation internationale du travail (OIT).
C’est l’équivalent de ce que l’Afrique reçoit en aide publique au développement, et plus de cinq fois plus que ce que la Banque africaine de développement investit pour sa croissance économique, écrit-il.

Un secteur « négligé »

L’agriculture africaine a été « négligée » tant par les gouvernements que par les bailleurs internationaux et les conseillers politiques, déplore l’expert de l’OIT. Et le coût de cette « négligence » est élevé : la production alimentaire par tête a à peine progressé au cours des 50 dernières années, à un rythme de 0,06 % par an. Avec une population qui s’accroît à un rythme annuel de 2,6 %, les importations de produits alimentaires ont augmenté à un taux de 3,4 % par an depuis 1980, les céréales en représentant la plus grande part.
L’Afrique reçoit d’ailleurs près de la moitié du total de l’aide alimentaire en céréales dans le monde.
Les rendements sont comparativement faibles, avec une moyenne de 1,3 tonne à l’hectare de terre cultivée, moins de la moitié de la moyenne mondiale. Ils ont augmenté à un taux annuel à peine supérieur à 1 %, tandis que la moyenne mondiale augmentait de 2 %.

Jouer sur les taux de change

L’Afrique doit se focaliser sur l’augmentation de la production agricole à l’hectare de la grande majorité des petits propriétaires, explique Philippe Egger. Une stratégie de « priorité à l’agriculture », déjà débattue dans les années 1970, consisterait, souligne-t-il, à augmenter le taux de change des devises actuellement utilisées pour importer des denrées alimentaires qui pourraient être produites en Afrique.
Cette stratégie protégerait l’Afrique des aléas de la volatilité des prix des denrées alimentaires et permettrait de relever le niveau des revenus dans les régions rurales, de réduire la pauvreté et d’accroître la demande pour stimuler la croissance. Elle devrait favoriser la création d’emplois plus productifs pour une grande partie de la jeunesse africaine, assure l’expert de l’OIT.

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