La famille Mora, qui contrôle toujours la maison de champagne Lanson aux côtés, depuis un an, des Caisses d’épargne, doit compter désormais avec de nouvelles exigences de son partenaire qui semble hésiter à reconduire son soutien.
Confrontées aux difficultés financières de la maison de champagne Lanson International, en perte de près de 10 millions d’euros après une charge exceptionnelle de 15 millions pour restructuration, les Caisses d’épargne feraient pression pour obtenir une cession globale, tandis que son prêt de plus de 400 millions d’euros accordé en 2004 semble poser problème. Ces rumeurs ont amené le groupe Caisse d’épargne à préciser dans un communiqué le 1er juillet qu’il « poursuivrait le refinancement de la dette relative au financement des stocks de champagne (de l’entreprise) et à accompagner, en tant que banquier, le développement de Lanson International ». Mais la banque se dit également « prête à étudier des opportunités de cession de sa participation ».
410 M EUR à reconduire
En juillet 2004, alors que la maison de champagne, trop dépendante de l’extérieur pour ses approvisionnements en raisin et fortement engagée en MDD, était au bord du dépôt de bilan, la Caisse nationale (CNCE), organe de pilotage du groupe Caisse d’épargne, avait acquis 44 % du capital de Lanson International pour 38 millions d’euros. Elle avait aussi accordé une ligne de crédit de 410 millions EUR sur douze mois, avec extension jusqu’en 2009. Si la famille Mora est restée l’actionnaire majoritaire avec 56 % du capital, l’Ecureuil lui a imposé, en contrepartie, un certain nombre de mesures en matière de gouvernance (nouveau directeur général de son choix), des changements dans la stratégie et la politique financière, entre autres.
La tension actuelle signifie peut-être que le groupe Caisse d’épargne tente de faire pression sur la famille Mora en évoquant une reconduction de la ligne de crédit pour une période plus courte que prévu, le temps de finaliser la transformation en financement à moyen terme.
« Ce que tout le monde voudrait, c’est vendre », pensent certains, d’autant que la banque a déjà été approchée, et que François-Xavier Mora, président du directoire de Lanson, laisse entendre que « si un chèque intéressant arrive sur son bureau », il « l’étudiera ». Le choix du repreneur potentiel crée aussi des tensions entre la famille Mora qui voudrait engranger une « belle plus-value » et les Caisses d’épargne qui souhaitent un repreneur « fiable ».
Une relance à poursuivre
En douze mois, souligne la Caisse d’épargne dans son communiqué, la gestion de l’entreprise visait à « relancer la dynamique commerciale » grâce à un nouveau projet industriel et à une nouvelle structure juridique avec directoire et conseil de surveillance. Plus de 60 % des 20 millions de bouteilles produites chaque année a été réalisée sous des « marques reconnues » (Lanson, Besserat de Bellefon, Alfred Rothschild, Massé et Gauthier) avec l’objectif de porter cette proportion à 70%. Le prix moyen de vente a progressé de 12%, ajoute la banque. La maison champenoise, dont le chiffre d’affaires est de 249 millions d’euros, a également axé son développement vers l’international, où elle réalise 40% de ses ventes, en ouvrant un bureau de représentation aux Etats-Unis et s’apprête à s’implanter en Asie. La situation financière a été assainie, les garanties ont été renforcées et des actifs immobiliers ont été cédés, rappellent les Caisses d’épargne.
La maison champenoise dispose d’un stock de 55 à 60 millions de bouteilles dont le prix moyen est évalué à 8,5 euros l’unité et qui sert de gage aux Caisses d’Epargne.
« Fort de ces restructurations, Lanson International dispose de tous les leviers pour poursuivre sa politique de développement, dans un environnement financier stabilisé », affirme la banque.