Peu après son , Michel Barnier livre un court essai sur le thème « Qui va nourrir le monde ? » Il s’agit surtout d’une occasion de réaffirmer son credo régulateur concernant les questions agricoles et alimentaires.
On le savait déjà un peu : le ministre de l’Agriculture française est un pro de la régulation, un anti du libéralisme à outrance. Il l’affirme aujourd’hui avec un argument fort, dans son ouvrage intitulé Qui va nourrir le monde ? : la régulation est le meilleur moyen de répondre à cette question majeure pour le début de ce xxi e siècle.
Ce n’est pas l’originalité des propos qui fait d’ailleurs l’intérêt de l’ouvrage. Les idées sont puisées à bonne source, déjà souvent exprimées par des personnes comme Laurence Roudart, Marcel Mazoyer (la concurrence en agriculture n’est légitime qu’entre pays de niveau équivalent, d’où l’idée de regrouper les pays en développement dans des régions homogènes), Michel Griffon (l’agriculture écologiquement intensive) ou encore, en remontant dans le temps, Samir Amin (sur l’échange inégal et la nécessité de protéger l’agriculture vivrière).
Réorienter la Pac pour les éleveurs
L’intérêt réside surtout dans l’indéniable courage d’un homme politique de droite de refuser la pensée unique du tout libéral. Mais il est vrai que la droite gaulliste a toujours préféré la régulation en matière agricole à la libéralisation pure et simple des marchés. (Mais la droite d’aujourd’hui est-elle encore gaulliste, au-delà de ce que laisserait penser l’interventionnisme né de la crise financière ?) Michel Barnier revient sur le propos et donne une argumentation assez complète de la régulation, justifiant notamment le maintien d’une politique agricole commune. Il estime cependant que cette Pac doit être sérieusement amendée, notamment pour bénéficier davantage aux éleveurs qu’aux producteurs de grandes cultures. On peut imaginer qu’il offrira son ouvrage – dédicacé – à ses collègues ministres de l’Agriculture des pays européens, avec qui il négocie en ce moment même une mini-réforme de la Pac. Mais il pourrait tout autant l’offrir à certains hommes politiques du Modem ou du PS aux idées desquels… il n’est finalement pas si éloigné.
Michel Barnier « Qui va nourrir le monde ? » Editions Acropole 188 pages, 18 euros