La solidité des acteurs agroalimentaires convainc les investisseurs institutionnels qui sont prêts à les financer directement à travers des placements privés à 6 ou 7 ans, remboursables in fine.
Semences, yaourts et petits pois, la campagne a fait son entrée dans les bureaux de quelques financiers des beaux quartiers parisiens... Depuis que le groupe Bonduelle a inauguré les « Euro PP » en 2012, de nombreux groupes agroalimentaires se sont en effet tournés vers ces « placements privés » qui permettent de lever des fonds directement auprès d'investisseurs institutionnels, sous la forme soit d'un prêt soit d'une émission obligataire, cotée ou non. « Il y a actuellement un fort intérêt du secteur agroalimentaire pour les Placements Privés européens : la plupart des grands groupes ont déjà réalisé un “Euro PP” », ou sont en train de se positionner pour le faire », explique Corentin Coatalem, avocat associé spécialisé en opérations de financement, chez De Pardieu Brocas Maffei. Souvent confidentiels, les « euro PP » sont qualifiés d'« alternatifs » car ils offrent une alternative aux prêts bancaires et permettent aux groupes qui y font appel de diversifier leurs financements, et de « désintermédiés », car l'investisseur prête directement à une société, sans la classique « intermédiation » du prêteur bancaire. Et ce, même si ce sont souvent des établissements bancaires qui interviennent comme « arrangeur » de ces financements, apportant leur connaissance du marché et des investisseurs (1).
RESTRUCTURATION FINANCIÈRE
« Pendant longtemps, les groupes agroalimentaires ont travaillé de façon bilatérale avec un nombre réduit d'établissements bancaires. Mais après s'être beaucoup consolidés, ces groupes ont actuellement besoin de financements très importants : pour réaliser de nouvelles opérations de croissance externe ou pour assurer leur développement. Cela les a conduits à repenser leur structure financière : ils veulent diversifier et sécuriser leurs fi nancements », détaille Corentin Coatalem. Les grands groupes du secteur ont ainsi remplacé leurs financements bancaires « classiques » par des crédits syndiqués auprès de « pools » pouvant comprendre jusqu'à une dizaine de banques. Et, parallèlement, ils se sont tournés vers des investisseurs institutionnels (assureurs, mutuelles, etc.) pour obtenir une enveloppe complémentaire : les placements privés ainsi conclus auprès d'une dizaine d'investisseurs sont souvent à plus long terme (6, 7 voire 10 ans), remboursables in fine, et « agrafés » à des crédits syndiqués (la documentation du financement privé est calquée sur celle des crédits bancaires). C'est ainsi que Soufflet, In Vivo ou Axéréal ont récemment levé des sommes importantes (entre 150 et 200 millions d'euros chacun, voir encadré), à des prix jugés très attractifs.
Car les investisseurs ne semblent pas hésiter à prêter. « Les institutionnels ont eu le temps de se former et de bien comprendre les caractéristiques du secteur, y compris des coopératives. Ils accueillent aujourd'hui très bien ces contreparties dont l'activité est très solide », explique Corentin Coatalem. A tel point que les grandes opérations sont en général sursouscrites, et que certains acteurs de taille plus modeste peuvent aujourd'hui espérer lever des fonds sur le marché de l'EuroPP. A l'exemple des Grands Chais de France, qui ont réalisé en même temps «un crédit syndiqué d'un montant maximum de 180 millions d'euros (échéance 5 ans) et un placement privé obligataire sous format Euro PP d'un montant de 30 million d'euros (échéance 7 ans), placé auprès d'investisseurs qualifiés. Le crédit syndiqué et les obligations sont assortis de sûretés.
(1) Début 2016, une quinzaine d'établissements avaient signé le « Code de bonnes pratiques des arrangeurs d'opérations d'Euro PP » régigé par l'Amafi (Association française des marchés financiers), dont BNP Paribas, BRED Banque Populaire, CM-CIC Market Solutions, Natixis, Oddo & Cie, Société Générale, etc.
Février 2016 : InVivo (5,7 Mrd€ de CA 2015) a levé 180 M€ en deux tranches : la première d'un montant de 60 millions d'euros, affiche un coupon de 2,80% et une maturité de 2022, la seconde, pour 120 millions sera remboursée en 2023, avec un coupon de 3,00%. Le financement est coté sur le marché libre.
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Novembre 2015 : les Grands Chais de France (841 M€ de CA 2012) ont levé 30 M€ au moyen d'un EuroPP non coté (et sur lequel peu d'information ont été communiquées).
Mars 2015 : le Groupe Soufflet (4,9 Mrd€ de CA 2015) a emprunté 150 M€ en deux tranches, remboursables en 2020 et 2022 (taux flottants), sous forme de dette bancaire et obligataire. Les titres sont cotés sur l'Euro MTF et comportent un certain nombre de clauses particulières.
Mars 2015 : Axéréal (3,2 Mrd€ de CA 2015) a levé 150 M€ au moyen d'un EuroPP non côté et non noté, au format obligataire (80 millions à échéance décembre 2020 et 70 millions échéance mars 2022).
Septembre 2012 : habitué des placements privés sur le marché américain (« USPP ») le groupe Bonduelle (1,98 Mrd€ de CA 2015) a réalisé la première opération du marché européen, en levant un EuroPP de 145 millions d'euros (sur 6,5 ans et avec un coupon de 3,83%). Ce financement était venu en complément d'un crédit revolving (RCF) de 300 millions d'euros obtenu auprès de 7 banques internationales.
Sources : « Observatoire des EuroPP » de CMB Bureau Francis Lefebvre (mars 2016) et Interview de Arnaud de Ligniville, responsable de la trésorerie groupe de Axéréal dans « La lettre du trésorier » de mai 2016.