Une majorité de coopératives des secteurs laitiers, porcins ou encore céréaliers ont proposé à leurs adhérents une palette de mesures de soutien à la trésorerie, dont on peut aujourd’hui faire le bilan. Des dispositifs qui sont massivement utilisés par les agriculteurs et très appréciés, notamment du fait de leur réactivité.
Face à la crise climatique de l’été dernier, et aux crises économiques, un grand nombre de coopératives ont mis en place des mesures de soutien aux agriculteurs. « Le système d’aide de l’État, avec la Banque publique d’investissement (BPI), n’a pas fonctionné, rappelle Pascal Viné, directeur général de Coop de France. En revanche, il y a eu un effort remarquable des coopératives en lien avec le système bancaire, avec une diversité de mesures permettant de répondre en partie aux besoins de trésorerie des agriculteurs affectés. » Car c’était bien cela l’objectif : permettre de relancer le cycle de production.
Jouer le rôle de tampon
Les coopératives céréalières ont été soucieuses d’accompagner leurs adhérents après une moisson 2016 désastreuse. « L’objectif est de jouer au mieux le rôle de tampon », explique Vincent Magdelaine. Cela prend la forme de mesures de trésorerie, de différés de paiement. « Les coopératives ont aussi essayé de verser le plus de ristournes possible, sans pour autant jouer le rôle de banquier », insiste-t-il, soulignant la recherche d’accords tripartites entre l’agriculteur, sa coopérative et son banquier. Autre volet, un conseil adapté pour une remise en culture en étant le plus économe possible, sans pour autant faire des impasses risquées.
Axéréal a décidé en août de mettre sur la table une contribution de solidarité de 8 M€ afin d’atténuer les difficultés de ses adhérents. La somme représente 40 % du résultat net de 20 M€ avant contribution. S’y sont ajoutés 2,9 M€ de distribution de résultat. Cela représente, pour un agriculteur engagé à 100 % dans la coopérative, « entre 2 500 et 3 000 euros, soit environ deux mois de salaire », explique le président Jean-François Loiseau.
Dans le Nord, la coopérative Noriap a mis en place une palette de mesures d’urgence pour aider ses adhérents à passer le cap. Céline Leeman-Broyer, secrétaire générale du groupe, en a fait le bilan. Sur 3 500 adhérents, Il y a eu 860 agriculteurs qui ont bénéficié d’une aide au financement des semences de céréales, par un décalage de l’échéance de paiement à la récolte, pour un montant de 5 M€. Par ailleurs, 940 agriculteurs ont fait appel à un crédit spécial de campagne, pour 27 M€. C’est trois fois plus d’agriculteurs qu’en année normale. Une avance spécifique pour les jeunes agriculteurs a aussi été proposée : 25 d’entre eux y ont fait appel pour 86 000 €, et diverses mesures spécifiques aux éleveurs ont mobilisé 52 000 € de fonds. « Au final, sur les 3 500 adhérents de la coopérative, 40 à 50 % des agriculteurs ont souhaité être accompagnés grâce à au moins une mesure, et notre action a été bien perçue par nos adhérents », insiste Céline Leeman-Broyer.
En lait, des aides spécifiques de plusieurs millions d’euros
Dans le secteur laitier, « 80 % des coopératives ont mis en place des actions d’accompagnement », considère Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL). Si les prix du lait durant la crise ont avoisiné ceux des industriels privés, elles ont cependant mis en place des aides spécifiques, comme des apports de trésorerie, qu’il estime à plusieurs millions d’euros.
Dans le cas de Terrena, il évoque un montant de l’ordre de « 12 M€ d’actions récurrentes et de 8,5 M€ d’actions conjoncturelles » mises en place en 2016. Pour l’activité laitière seule, 5,5 à 6 M€ ont été mobilisés sur l’année 2016 et le premier semestre 2017. Ainsi, Dominique Chargé cite pour 2016, la mise en place d’une ristourne de 6 € les 1 000 l, un complément de prix sur objectif de 2,50 €, un possible apport de trésorerie correspondant à 15 € et un complément de prix de 2 € pour tous les éleveurs. Pour le premier semestre 2017, le prix du lait (prix A) a été établi à 312 €/1 000 l, soit « un effort contributif de la coopérative de l’ordre de 10 € » (+7 €/1 000 l pour le prix B), soulignait-il, le 20 avril. « C’est énorme, mais cela fait partie de notre mission » de coopérative, affirmait Dominique Chargé. Autre soutien : la formation. Près de « 540 réunions ont été organisées par les coopératives » entre mi-2015 et mi-2016 auprès des éleveurs « pour expliquer la crise ».
Olivier Voisin, directeur de la coopérative Altitude (Massif Central), annonce quant à lui une aide de 1,8 million d’euros auprès des producteurs laitiers sous forme d’avance de trésorerie (paye de lait remboursable à 12 mois à taux zéro). Il n’y a pas eu de ristourne en fin d’année, comme chez d’autres coopératives, mais des compléments de prix sans objectif de qualité. « Un complément de prix de 3 €/1 000 l sous forme de bons d’achat auprès de la coopérative a été mis en place. Une initiative très appréciée », relève Olivier Voisin.
En porc, l’avance de trésorerie encore très sollicitée
« Face à la crise que traversent les éleveurs de porcs, les coopératives se sont beaucoup investies, affirme Jacques Poulet, directeur du pôle animal chez Coop de France. Elles ont mis en place un accompagnement financier sous différentes formes ». Par exemple, chez Aveltis, coopérative spécialisée en porcs de 620 adhérents, des mesures exceptionnelles ont été mises en place face à une crise « violente, longue et éprouvante », selon les termes de Thierry Gallou son directeur général. Depuis 2015, les avances de trésorerie pour les éleveurs représentent 8,5 M€ chaque année. Ce mécanisme a été mis en place pour payer comptant les éleveurs lors de la vente des porcs charcutiers alors qu’en temps normal, il y a un délai de 15 à 17 jours. Pour la coopérative, les frais financiers des avances de trésorerie représentent 80 000 euros par an. « Nous n’avons pas pu faire une avance à taux zéro. Il s’agit d’une avance avec un taux de 1 % car nous avons nous-mêmes un taux à 1,5 % auprès de nos banques ».
Selon l’Ifip (institut technique du porc), le prix payé au producteur a été de 1,40 euro/kg de carcasse en moyenne en 2015. Deux ans plus tard, le prix est remonté. Au 20 avril, le marché du porc breton affiche 1,548 €/kg. Mais « on ne peut pas dire que les éleveurs s’enrichissent. Ils épongent leurs dettes », commente Jacques Poulet. Les coopératives confirment que les effets de la crise sont toujours perceptibles : « 80 % des éleveurs sont encore dans le système d’avance de trésorerie », explique Thierry Gallou. Ce nombre devrait diminuer « petit à petit dans les mois à venir ». Outre l’accompagnement financier, il y a eu un accompagnement humain beaucoup plus important que dans un contexte normal. « Les fréquences de rendez-vous avec les éleveurs dans les fermes ont été augmentées jusqu’à début 2017 », souligne le directeur d’Aveltis.
Dans le secteur laitier, « 80 % des coopératives ont mis en place des actions d’accompagnement »
Céline Leeman-Broyer, Noriap. « Notre action a été bien perçue par nos adhérents ».
Les diverses mesures qui ont été mises en œuvre par les coopératives
- Avances contre cession de créances sur primes Pac ;
- Paiements anticipés faisant abstraction des barèmes habituels ;
- Prise en charge des coûts (ou d’une partie des coûts) de résiliation des contrats fermes passés par les agriculteurs, en cas de production insuffisante pour la qualité vendue en raison des intempéries ;
- Avances sur récolte 2017 à taux faible ou nul, conditionnées à des engagements de livraison et mise en place d’accords tripartites avec les banques ;
- Ventes d’intrants payables après la récolte 2017 (par exemple engrais ou semences) ;
- Caution de la coopérative pour l’agriculteur auprès de la banque.