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Ressources génétiques Les scientifiques appellent à des mesures de conservation des gènes

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Les scientifiques appellent à des mesures urgentes de conservation des ressources génétiques dans les élevages. C’est un des points qui ont été abordés à l’occasion d’une commémoration du 250e anniversaire de l’Académie d’agriculture, dans une séance commune avec l’Académie des sciences le 22 mars.

Des mesures « urgentes » de conservation des ressources génétiques dans les élevages doivent être prises « pour éviter une perte irrémédiable » chez les animaux domestiques, a alerté Pierre Taberlet, chercheur au CNRS à Grenoble, lors d’une des conférences organisées conjointement par l’Académie d’agriculture et celle des sciences. Le thème général de ces conférences était d’examiner les « traces des domestications, des migrations et des invasions en agriculture ».
Les politiques de conservation des ressources génétiques animales pourraient être facilitées par les nouvelles technologies de séquençage d’ADN. Celles-ci ouvrent « de nouvelles perspectives » pour une meilleure caractérisation des ressources génétiques, tant dans les races domestiques que dans les espèces sauvages proches, a précisé Pierre Taberlet.

Le remplacement des races traditionnelles a réduit la base génétique

La vache, le mouton et la chèvre ont été domestiqués il y a environ 10 000 ans. Au fil des siècles la sélection est devenue de plus en plus intensive, aboutissant à quelques races industrielles très performantes, mais avec de faibles tailles de population. « Le revers de cette amélioration des performances des races industrielles est que les ressources génétiques sont en voie de disparition, en raison d’une part du remplacement au niveau mondial des races traditionnelles par des races industrielles à haute performance, et d’autre part de la perte de diversité génétique chez ces races industrielles », a expliqué le chercheur du CNRS. Certaines pratiques, comme la sélection de vaches de telle façon qu’elles aient des robes homogènes, pour être mieux reconnues dans les pâturages, ont eu l’inconvénient de faire perdre de la biodiversité et « on ne sait pas exactement les ressources de gènes que l’on perd en faisant ainsi ».

Les pays industrialisés en situation de vulnérabilité

De nombreuses races « sont déjà éteintes » et les ressources génétiques chez la vache, le mouton et la chèvre sont très menacées, en particulier dans les pays développés.
« Si pour des raisons nutritionnelles l’industrie voulait des critères d’acides gras nouveaux dans le lait, elle ne pourrait pas le faire avec la Holstein », ont observé les intervenants.
« Les pays industrialisés devront se fournir dans des pays qui ont gardé un cheptel de vaches traditionnelles, et à un prix élevé », a ajouté Pierre Taberlet. Des élevages du Maroc, qui ont importé des vaches Holstein, sont confrontés à une inadaptation des vaches quand survient une sécheresse. De même, des élevages d’Ouganda doivent faire face à une perte de résistance aux maladies tropicales, depuis qu’ils ont remplacé les vaches traditionnelles.
La nécessité de ne pas sacrifier le long terme aux avantages immédiats de la performance à court terme a été évoquée par Marion Guillou, p.-d.g. de l’Inra, qui a conclu la séance commune aux deux académies : « Nous avons en tant qu’acteurs de la recherche publique agronomique une responsabilité, celle de conduire des recherches de type “bien public” en produisant des connaissances et en contribuant à des innovations qui ne seraient pas produites par les seuls effets du marché ».

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