Qui l’eut cru. La succession de Michel Barnier au poste de ministre de l’Agriculture suscite bien des convoitises. Entre ceux qui y pensent en se rasant, ceux qui en rêvent depuis des lustres, ceux qui postulent ouvertement et les outsiders, il y a pléthore de candidats potentiels. Des candidates aussi, suivant la trace de Christine Lagarde qui n’a fait pourtant qu’un passage éclair au ministère, sont sur les rangs. Retour sur un casting de premier choix.
Honneur aux dames. Il semble loin le temps où Edith Cresson, la première femme ministre de l’Agriculture, avait maille à partir avec un monde agricole très peu féminisé et même « machiste » selon elle. Aujourd’hui, des femmes politiques sont sur les rangs de la succession de Michel Barnier. Sans états d’âmes. Christine Lagarde est un précédent qui n’a duré qu’un petit mois. Il n’empêche.
Christine Boutin, ministre du logement qui a vu ses attributions restreintes début janvier (elle a perdu ses fonctions liées à la politique de « la ville ») se verrait bien ministre de l’Agriculture. Elle a d’ailleurs fait campagne au Salon de l’agriculture ne ménageant pas sa peine répétant qu’elle se sentait proche du secteur agricole. Un milieu réputé plutôt conservateur. Un autre style en la personne de Nadine Morano, entrée au gouvernement comme secrétaire d’État à la famille en mars 2008. Elle « accepterait un ministère avec joie », a-t-elle déclaré le 23 avril notamment celui de l’Éducation et de la Famille. Sa nomination au poste de ministre de l’Agriculture serait une promotion.
Roselyne Bachelot est également citée. Ministre de la Santé depuis mai 2007, elle a été ministre de l’Écologie et du Développement durable de 2002 à 2004. Ce qui lui fait un point commun avec Michel Barnier. Il a aussi occupé cette fonction entre 1993 et 1995. Autre candidate : Anne-Marie Idrac, entrée au gouvernement en mars 2008 comme secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur après avoir été présidente de la SNCF. Après des « pointures » comme Christine Lagarde ou Michel Barnier, Anne-Marie Idrac souffrirait du manque de visibilité de son action ministérielle selon certains observateurs.
Parmi la gente masculine, Luc Chatel, actuel secrétaire d’État à la Consommation, tient la corde depuis longtemps pour succéder à Michel Barnier. Le porte-parole du gouvernement est toujours en charge du délicat dossier de la loi LME (modernisation de l’économie) et… de son impact. En période de crise, les engagements des distributeurs à baisser les prix sont toujours sous les feux de l’actualité et le ministre aussi. Est-il opportun de lui faire quitter ses fonctions dans cette période délicate ? Le jeune Laurent Wauquiez – il a 34 ans – actuel secrétaire d’État en charge de l’emploi est également sur les rangs. Ayant réussi un parcours sans faute en devenant maire du Puy-en-Velay en mars 2008, il pourrait être récompensé malgré son jeune âge. Tout comme Christian Estrosi, qui a quitté son poste de secrétaire d’État à l’Outre-Mer, il y a un an, pour se consacrer à sa ville de Nice. Le retour de ce fidèle sarkozyste au sein de gouvernement est programmé. Dans un autre registre, il y a les candidats « historiques » au poste de ministre de l’Agriculture comme Français Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale, qui connaît parfaitement son sujet. Il y a aussi les candidats qui postulent ouvertement comme Hubet Falco, actuel secrétaire d’État à l’Aménagement du territoire qui s’est attiré les foudres de Nicolas Sarkozy. Un chef de l’État furieux contre « ces ministres qui affichent au grand jour leur ambition ».
Succéder à un montagnard, environnementaliste, européen convaincu et respecté comme Michel Barnier n’est pas simple. D’autant que ce dernier a fixé très clairement les lignes de la politique agricole à la française. Le futur ministre devra réussir à exister dans ce contexte cadré après avoir passé le filtre de la FNSEA. Il ne semble pas qu’un candidat soit particulièrement poussé par la « grande maison » à ce jour. À défaut, elle fera savoir ceux qu’elle ne souhaite pas voir succéder à Michel Barnier. Pour la FNSEA, l’idée est bien de conforter un ministère de l’Agriculture à nouveau convoité. Il n’y pas si longtemps l’existence même du ministère n’était pas assuré. Le ou la future ministre doit donc avoir l’envergure nécessaire. On ne s’improvise pas ministre de l’Agriculture, aime à répéter François Sauvadet.