Au congrès des JA, cinq candidats ou représentants de parti ont répondu aux questions des Jeunes Agriculteurs sur l’élection présidentielle de l’an prochain. Un grand oral dans le chahut pour Tondelier et Trouvé. Retailleau et Tanguy ont esquissé le programme des LR et du RN. Attal a promis le sien à l’automne.
L’agriculture se fait déjà une place dans la campagne présidentielle. Au congrès des JA le 4 juin, Bruno Retailleau (LR), Marine Tondelier (Écologistes), Jean-Philippe Tanguy (RN), Aurélie Trouvé (LFI) et Gabriel Attal (Renaissance) ont défendu leurs positions. Ce grand oral visait à mettre les jeunes agriculteurs au centre, sur scène pour poser leurs questions, et les candidats à l’élection et représentants de partis dans la salle, sur une plateforme au milieu des adhérents, avec un temps de parole de vingt-cinq minutes chacun. Le premier constat est partagé : l’agriculture française est en crise face à la concurrence étrangère et au manque de revenus.
Ébauches de programme à droite
Bruno Retailleau a fixé comme objectifs de « produire plus » et « pour tous les Français », dénonçant « le piège de la montée en gamme ». Avec des mesures phares : « Supprimer le principe de précaution : je veux une agriculture qui soit innovatrice » ; « reprendre la main sur les agences », en supprimant l’OFB et en imposant à l’Anses la reconnaissance mutuelle des phytos ; faciliter le stockage de l’eau. Interrogé sur le renouvellement des générations, il a dit vouloir modifier le régime fiscal de la transmission. « L’impôt ne sera prélevé qu’au moment de la liquidation ou cession de l’entreprise », a promis le candidat. Sur la prédation, Retailleau a déclaré vouloir « une priorité non pas au loup, mais aux éleveurs et à leur troupeau ». Une question qu’il souhaite régler par voie législative. Idem pour les phytos. Souhaitant interdire les surtranspositions – via une loi organique « comme les Italiens » l’ont fait – il a soutenu la réintroduction de l’acétamipride. À propos du revenu, Retailleau s’est opposé aux « grandes surfaces qui contournent la loi Egalim en utilisant des plateformes à l’extérieur de l’Europe ». Concernant la Pac, il a proposé le maintien d’aides surfaciques avec une dégressivité à partir d’« environ » 100 ha (contre 52).
Silencieuse après l’introduction de Jean-Philippe Tanguy, la salle s’est réveillée lors de son discours sur les dangers que représenterait pour le RN l’entrée de l’Ukraine dans l’UE : certains ont applaudi, d’autres soupiré en commentant que cela forcerait l’Ukraine à respecter les mêmes normes qu’eux. Son intervention sur les agricultrices qui n’ont selon lui « pas besoin d’un État nounou » a aussi fait réagir, avec quelques applaudissements et une remarque. La jeune agricultrice qui l’interrogeait lui a rappelé que c’était l’État qui avait « donné un statut » aux exploitantes, rare pique dans un format globalement policé. Jean-Philippe Tanguy a par ailleurs dit vouloir « supprimer la totalité des droits de succession » si le repreneur garde la ferme familiale « au moins dix ans ». Il s’est prononcé « pour des prêts bonifiés, des prêts à taux zéro ». Le représentant du RN a aussi mis sur la table une baisse de la TVA, de 5,5 % à 0, sur un panier de 100 produits de première nécessité.
La gauche chahutée
Marine Tondelier, plus chahutée, a affirmé ne pas vouloir « moins d’élevage » et ne pas être « contre le stockage de l’eau par principe », mais qu’il existait dans les deux cas un manque de démocratie, appelant au dialogue, au milieu de sifflotements ironiques dans la salle puis d’applaudissements timides. Elle a aussi fait une mise au point concernant les phytos. « Sur le "pas d’interdiction sans solution", moi je n’ai pas de problème si on cherche des solutions », a lancé Marine Tondelier. Et de soulever le cas des filières orphelines comme la noisette, délaissées par le privé et le public. « C’est pas possible de vous mettre sans solutions, mais c’est à l’État de les chercher », d’après elle. À propos de l’installation, elle a soutenu l’idée de créer une dotation nouvel agriculteur en plus de la dotation jeune agriculteur, réservée à ceux de 40 ans ou moins.
Aurélie Trouvé a proposé « un nouveau pacte productif », autour de « contrats de transition agroécologique », ainsi que des débouchés « à commencer par la commande publique et des cantines 100 % bio et local », lesquelles seraient « remunicipalisées ». Elle a aussi eu droit à son lot de sifflets en évoquant « les fermes-usines » qui « appartiennent à des capitaux extérieurs ». La salle a été plus calme quand elle a affirmé que certaines retenues d’eau étaient justifiées, tout en affirmant être totalement opposée à plus d’irrigation. « Mais on ne peut pas dire : débrouillez-vous », a-t-elle ajouté, prônant un accompagnement financier renforcé. Sur la Pac, Aurélie Trouvé a proposé un plafonnement des aides à l’hectare et la mise en place d’outils de régulation de marché. À propos de l’élevage, elle s’est dit pour un soutien face à la prédation mais le « loup n’est pas l’entièreté des problèmes des éleveurs ». Et de promettre des prix rémunérateurs et un soutien aux filières. « Je souhaite des filières d’engraissement. » « On a besoin de plans de filière ambitieux », dotés d’un budget.
Gabriel Attal a promis un programme agricole pour l’automne, rédigé avec l’aide de l’ancien président des JA Jérémy Decerle, soulevant des applaudissements nourris. Son cap : « Que la France redevienne en dix ans la première puissance d’Europe. » Interrogé sur l’installation, il a promis « des mesures financières et fiscales pour inciter le cédant à transmettre à un jeune ». La préretraite bonifiée est un exemple de dispositif « qui fonctionnait plutôt bien », selon lui. Doivent s’y ajouter des mesures fiscales sur le portage du foncier, pas uniquement le terrain mais aussi l’équipement, le bâti, le cheptel, d’après lui. Par ailleurs, il a aussi assumé son soutien au retour de l’acétamipride et à la simplification pour la création de bâtiments d’élevage. Gabriel Attal a dit travailler sur une mesure pour empêcher que les recours n’excèdent une certaine durée.
JCD, avec AFP