Industriels et distributeurs s’opposent sur l’adoption d’un logo garantissant l’origine française des produits laitiers. En cause : l’obligation de passer par une centrale d’achat française.
La guerre que se livrent industriels et distributeurs sur le dossier de centrales d’achats européennes s’invite dans les négociations interprofessionnelles sur un logo garantissant l’origine française des produits laitiers. Des discussions ont lieu actuellement au sein du Cniel (interprofession laitière) pour disposer d’un logo semblable à ceux portés par l’Association des produits agricoles de France (Apaf) tels qu’Œufs de France, Viande bovine française, etc.
Si les différents collèges semblent partisans de se doter d’un tel logo, elles s’opposent autour d’une clause exigeant que le produit commercialisé en GMS en France ait été négocié dans une centrale d’achat française et non à l’étranger. Cette obligation portée par la seule Fnil (industriels), représentant le collège des transformateurs, permettrait « d’éclairer les consommateurs dans leurs choix », selon elle.
Mais cette clause est refusée par le collège des distributeurs. « Nous voulons nous en tenir au cahier des charges de l’Apaf qui porte sur la production et la transformation du produit, sans prendre en compte le mode de négociation », indique Marc Delage, président du collège (FCD). Il s’étonne que cette demande ait été introduite par l’industrie laitière alors que les autres filières ayant adopté un logo de l’Apaf ne l’ont jamais intégré.
La loi pour dépasser le blocage
Les distributeurs, de leur côté, ne veulent pas perdre la liberté de négocier au niveau européen, notamment avec les plus grands industriels. Et même si cela agace au plus haut point les industriels qui y voient un contournement de la législation française et un rapport de force dans lequel ils sont désavantagés.
À ce stade, le dossier n’avance pas, même si les parties prenantes soulignent que les discussions se poursuivent. La situation mécontente la FNPL (FNSEA) qui préside le collège des éleveurs : « Nous ne voulons pas être les otages des mauvaises relations entre industriels et distributeurs », déclare Benoît Gavelle, secrétaire général adjoint de la FNPL. Sa fédération pousse pour que les sénateurs introduisent un amendement à la loi d’urgence agricole, examinée à partir du 17 juin. Il prévoirait d’obliger l’interprofession à se doter d’un logo garantissant l’origine française des produits laitiers.
Même si les opérateurs étaient toujours libres d’utiliser ou non le logo, une telle démarche, portée par l’interprofession, aurait du poids vis-à-vis des consommateurs. Il s’agit d’un des rares logos identifiés par les consommateurs, tant il est bien présent, et de longue date, sur la plupart des grandes filières agricoles françaises, à commencer par les viandes.
CB