Comment les espaces ruraux vont-ils évoluer d’ici les années 2030 ? Alors que les citadins ont recommencé à les peupler, alors que l’activité agricole reprend toute son importance, l’Inra a scruté leur avenir et défini quatre scénarios. Dans tous les cas, les politiques publiques se révèlent déterminantes pour définir l’avenir des zones rurales à l’heure du pétrole cher, des conflits d’usage possibles et d’une gestion complexe du foncier, écartelé entre usages urbains et ruraux.
Les politiques publiques sont plus nécessaires que jamais pour définir la nature de l’espace rural de demain. Alors que l’exode agricole a pris fin, que les citadins, non seulement français mais aussi étrangers (Anglais, Néerlandais…) sont de plus en plus nombreux à vouloir vivre dans nos campagnes, des choix importants sont à faire. Ils formateront les zones rurales demain ainsi que l’agriculture.
Dans ce contexte, l’Inra a défini quatre scénarios possibles qui ont pour objectif d’éclairer les choix politiques. Le travail avait été initié dans un contexte de moindre intérêt porté par les citadins à leur agriculture, souligne Guy Riba, directeur délégué des programmes scientifiques de l’Inra. Les résultats arrivent à point nommé dans un contexte d’agriculture remise à l’honneur mais aussi de pétrole cher.
Les quatre scénarios sont les suivants :
1. L’extension de la ville. Celle-ci continue à prélever sur les zones rurales (60 000 hectares de terres agricoles sont urbanisés chaque année) ; les paysages se détériorent et l’agriculture se déplace sous la pression urbaine ; « la péri urbanisation triomphe », les déplacements de personnes sont intenses avec des progrès importants dans les techniques de transport ; l’agriculture s’adapte en fonction des prix de l’énergie et du foncier ; une part (maraîchage) reste proche des centres urbains.
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2. La campagne intermittente. Les zones rurales sont préservées et alternent avec les villes grâce à un système de transport performant. Il s’y développe « une économie de présence » là où les territoires sont attractifs. La demande est forte pour une politique de l’espace naturel, ainsi qu’une agriculture de qualité. Certaines régions actuelles de Normandie, du Périgord ou encore de la Toscane italienne représentent des exemples.
3. Une situation de crise. L’énergie est devenue très chère, le foncier augmente vite et les personnes se déplacent de moins en moins. Les villes se densifient, s’érigent en tours ; certaines productions doivent être assurées en ville même (élevage hors sol) ce qui peut poser des problèmes sanitaires (grippe aviaire, SRAS). Une part de l’espace rural sert à produire de manière intensive, une autre part est préservée pour des raisons écologiques et de loisirs. Certaines régions des Pays-Bas ou d’Asie préfigurent aujourd’hui cette situation.
4. Le maillage des villes. Le territoire est couvert de petites ou moyennes villes comportant des services publics de proximité (hôpitaux, loisirs, culture, écoles) ; les acteurs locaux s’organisent de manière efficace pour gérer ces villes en préservant un cadre de vie agréable. L’agriculture est diverse, avec des productions intensives qui côtoient des productions de haute qualité ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés.
Dans tous ces cas, la « gouvernance » (politique publique), que ce soit celle de l’État, des régions ou des villes reste primordiale pour gérer de nombreux problèmes soulevés par l’Inra : conflits d’usage, gestion des transports du fait du pétrole cher, prix et usage du foncier, services publics locaux, etc. En particulier, la politique foncière, qui a pour but de gérer son utilisation urbaine ou au contraire son maintien en activité agricole devra de plus en plus gérer la cohabitation entre les deux univers.