Les statistiques ont du bon : même s’il existe mille et une manières de les interpréter, elles révèlent, la plupart du temps, une réalité pure et dure qui relativise les objectifs affichés à grand renfort de slogans politiques.
Les statistiques agricoles n’échappent pas à cette règle. En témoigne la dernière analyse du service spécialisé du ministère de l’Agriculture (Scees) sur la réalité des exploitations agricoles. Elle montre que l’on continue d’aller à vive allure vers un modèle d’exploitations très spécialisées, de plus grande taille, plus sociétaires et sans doute moins familiales, où le salariat progresse, où la pluriactivité n’a qu’un rôle économique marginal, où la productivité humaine continue de croître avec un emploi global qui diminue.
Ces quelques chiffres font voler en éclat les discours politiquement corrects qui plaident pour un modèle familial, à taille humaine, créant des emplois, allant vers la pluriactivité et le renoncement au « tout productiviste ». Ils montrent en même temps à quel point la politique agricole menée a du mal à aller contre les phénomènes sociologiques profonds et les ressorts humains qui modèlent la véritable agriculture de demain. Des tendances sur lesquelles les négociations agricoles en cours à l’OMC (Organisations mondiale du commerce) auront certainement une influence forte sur le long terme, influence qui accentuera sans doute le mouvement en cours vers la concentration.
Pour toutes ces raisons les futurs rédacteurs de la loi de modernisation agricole auraient tout intérêt, avant de faire quoi que ce soit, d’analyser en profondeur les aspirations et réalités sociales des paysans français. N’est-ce pas l’occasion d’entreprendre, pour la première fois depuis longtemps, une enquête sociologique approfondie sur la paysannerie française?