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Boissons Teisseire se sent pousser des ailes

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Le numéro un français du sirop, recentré et réorganisé par l’équipe qui en a pris les rênes en 2002, a plus que doublé son résultat l’an passé et enregistre désormais un excédent financier net. Fort de ses performances, il ambitionne de croître à l’international et envisage des acquisitions.

Heureux …Le président du groupe Teisseire, Eric Reynaud, se déclare heureux des résultats de son groupe en 2003, qui, dit-il, « stimulent les ambitions que nous visions, au-delà de la phase transitoire du redressement». Deux ans après le rude conflit familial qui s’est conclu par le retrait du capital de François Reynaud et de son fils aîné Dominique, une croix semble bel et bien tirée sur le passé.

Délesté de son activité de quenelles et de plats cuisinés, le groupe a réalisé au cours du dernier exercice 95 % de son chiffre d’affaires dans les sirops et les jus. Dans le grand coup de balai qu’ils lui ont infligé, les nouveaux dirigeants ont éteint les foyers de perte, explique Michel Collin, le directeur général, mais aussi des activités profitables, jugées hors cœur de métier, tels les bars à sirops.

Coup de balai

Arrêté donc le partenariat de distribution avec Virgin Cola France, engagé fin 2000, dissoutes les filiales Teisseire Corp aux Etats-Unis et Teisseire Canada, et passés aux oubliettes les produits Pressi ou Petit Déjeuner, à faible valeur ajoutée et « peu puissants sur le marché ». Jadis « un peu complexe», l’organisation du groupe a elle aussi été revue pour devenir « simple, claire et efficace », et « tournée vers les marchés et non pas vers l’interne», précise Michel Collin. Alors que l’entreprise était « cloisonnée dans le passé », le management se veut plus transversal ; la recherche et développement, nouvellement installée sur le site de l’usine de Crolles, sera désormais active pour l’ensemble du groupe ; l’organisation marketing sera centrée sur les marques et non plus les produits et l’équipe de ventes devient multi-marques (Teisseire et Moulin de Valdonne) pour la France et l’export.

Redressement

Pour Eric Reynaud, les résultats enregistrés par le groupe en 2003, « couronne le travail » des équipes opérationnelles. Le chiffre d’affaires consolidé s’est établi à 156,7 millions d’euros, dont 79 % ont été enregistrés en France. Il progresse de 7,1 %, et de 9,5 % à périmètre comparable. L’activité sirops est à l’origine de près de 80 % des ventes, avec 124,7 millions d’euros (109,1 millions un an plus tôt) et une part de marché qui s’est renforcée en France de 0,2 point à 33,7 % en valeur, selon IRI.

L’activité des jus est restée peu ou prou stable (24 millions d’euros après 24,6 millions), mais sur le seul marché français, elle s’est accrue de 17,5 % en chiffre d’affaires, en dépit d’une chute des volumes de 6,4 % due à l’abandon de produits à faible valeur ajoutée mais qui engendraient des volumes importants. Quant à la filiale hongroise, elle est numéro trois des jus sur son marché avec les marques Szobi et Golden Valley avec un chiffre d’affaires de 13,3 millions d’euros, y compris les ventes en Russie (14,5 millions en 2002).

Pour ce qui est des comptes, le résultat d’exploitation consolidé a dépassé 10 millions d’euros, à raison d’un saut de 46 %, et de 61 % à périmètre comparable, hors Giraudet. Une amélioration que le groupe impute pour l’essentiel à la progression de l’évolution de Teisseire France, d’un contrôle des prix de revient et des frais de structure. Quant au bénéfice net, il a été multiplié par 2,4 pour atteindre 9,7 millions d’euros, intégrant un résultat exceptionnel de 4,7 millions d’euros lié aux cessions.

Nouvel investisseur

Dans le même temps, le groupe s’est désendetté, se trouvant désormais en situation d’excédent financier net de 7,2 millions d’euros. « Les résultats 2003 et les plans d’action nous confirment que Teisseire peut aller rapidement beaucoup plus loin », assure Eric Reynaud, d’autant plus confiant que le premier trimestre 2004 s’est soldé par une hausse du chiffre d’affaires de 2,8 % à périmètre comparable, à 31,5 millions d’euros. L’équipe dirigeante, qui table sur des ventes de 160 millions d’euros environ pour l’ensemble de l’exercice, se félicite aussi du référencement de ses produits, pour la première fois, dans le groupe Intermarché, qui commercialise 12 à 14 % du marché des sirops en France. Elle souligne aussi l’opportunité que représente sa présence en Hongrie avec Szobi Szörp après l’élargissement. « Nous sommes les premiers à avoir une plateforme dans les pays de l’Est dans notre métier», se félicite Michel Collin. Désireux de se renforcer à l’international, le groupe, qui réalise actuellement 13 % de son chiffre d’affaires total en Europe centrale, 6 % au Benelux et 2 % dans le reste du monde, vient de créer une nouvelle filiale commerciale outre-Atlantique. Objectif : trouver des réseaux qui seront « capables d’argumenter sur la valeur des marques et des produits », explique le directeur général. Celui-ci n’exclut pas des acquisitions sur les marchés étrangers et dit aussi son intérêt pour le circuit de la restauration hors domicile. « Nous avons identifié des cibles assez récemment», indique-t-il, sans préciser plus avant.

Alors que d’aucuns donnaient, un peu rapidement peut-être, le groupe Teisseire pour vendu par ses actionnaires, ou sur le point de l’être, celui-ci se signale donc en position d’acquéreur potentiel. Mais bien que son président se prévale d’un « groupe d’actionnaires solide» – le holding Cofidi détenant 62 % du groupe – des incertitudes demeurent. Après avoir démenti l’arrivée d’un nouveau partenaire, Teisseire se dit désormais « en phase exploratoire dans le cadre du développement de l’entreprise » et confirme l’étude de divers schémas d’entrée d’un nouvel investisseur dans son capital.