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RESTRUCTURATIONS/POULET EXPORT Tilly-Sabco menacé de mettre la clé sous la porte

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Eleveurs et salariés de Tilly-Sabco, un des deux exportateurs français de poulets congelés, demandent d'urgence une aide de l'Etat. Ils craignent ni plus ni moins la disparition de leur entreprise qui ne parvient pas à équilibrer ses comptes, depuis la fin des restitutions à l'exportation.

ENTRE plusieurs dizaines et plusieurs centaines d'éleveurs et de salariés de la société d'abattage de poulets Tilly-Sabco (Guerlesquin, Finistère) bloquaient, mercredi matin, la RN 12 entre Brest et Rennes à hauteur de Plouégat-Moysan (Finistère) pour réclamer l'ouverture de négociations sur l'avenir de leur entreprise. Ils avaient répondu, la veille, à l'appel des éleveurs fournisseurs en vif de l'entreprise. Tilly-Sabco (64 000 t de poulet entier commercialisé, 136 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012 avec 340 salariés) est menacée de fermeture d'ici à quelques semaines, faute de pouvoir payer ses fournisseurs.

Avec l'entreprise Doux, Tilly-Sabco forme depuis plus de trente ans le duo européen des principaux exportateurs de volailles congelées sur pays tiers (Proche et Moyen-Orient principalement), avec l'aide financière de l'Europe, les fameuses restitutions à l'exportation. Mais depuis que la Commission européenne a décidé de ne plus soutenir ces entreprises, en juillet de l'année dernière, les paramètres de marché de la filière du poulet export (le quart de la production française de poulets) ne sont plus du tout les mêmes. Et c'est le plus petit des deux exportateurs, Tilly-Sabco, qui se retrouve en difficulté.

« Nous demandons deux choses : que le gouvernement nous donne du temps pour nous réorganiser, explique Jean-Paul Mazé, président du groupement des Monts-d'Arrée (150 éleveurs), partenaire historique de Tilly-Sabco. Et que l'Etat fasse tout pour trouver un partenaire, même temporaire ». Il manque environ 800 000 euros par mois à l'entreprise pour continuer à fonctionner. « Il y a forcément moyen de trouver une solution », dit pour sa part Corinne Nicole, déléguée CGT de Tilly-Sabco. Des aides PAC, dont la filière est privée – elle bénéficiait à la place de restitutions à l'exportation –, le soutien des céréaliers,… énumère-t-elle.

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Jean-Paul Mazé évoque Coop de France et Sofiprotéol en rappelant que la filière du poulet export représente un débouché important pour les céréales françaises – 240 000 t de poulet export produit en 2012 équivalaient à près de 430 000 t de céréales. Le président du groupement des Monts d'Arrée cite également le nom du principal client de Tilly, le saoudien Abbar, qui pourrait avoir un intérêt, au moins provisoire, d'aider Tilly Sabco. Les représentants des salariés devaient rencontrer, mercredi 16 juillet après-midi (au moment où nous bouclions le journal), une représentante du gouvernement en préfecture de région Bretagne à Rennes.

La suite du mouvement dépendait des résultats de cette rencontre. D'autres actions sont à prévoir. Salariés et éleveurs ne comprendraient pas que l'Etat ne trouve pas une solution de continuation. C'est l'Etat en effet qui se trouve actuellement actionnaire majoritaire virtuel de Tilly-Sabco par le biais d'une fiducie de gestion. Par convention, l'actionnaire majoritaire de Tilly-Sabco, Daniel Sauvaget, a confié ses actions à l'Etat pour six mois, depuis le 1er juillet, pour permettre l'arrivée d'investisseurs nouveaux capables de financer un projet industriel viable dans le secteur du poulet export. Sans eux, Tilly risque la disparition. Ce serait alors tout le marché français de la volaille qui menacerait de s'effondrer.