Chaque année, en juillet puis en décembre, tombe la publication des comptes de l’agriculture de la nation, prévisionnels puis consolidés. Et deux fois par an, un brin de suspicion gagne le monde agricole quant à l’importance et au crédit que l’on doit donner à ces chiffres. Quand les résultats économiques baissent, les syndicats et organisations agricoles font toujours le constat que l’on est loin de la réalité par rapport au terrain, et que les agriculteurs subissent des chutes de revenus beaucoup plus fortes. Au contraire, quand les résultats montent, ces derniers crient au scandale car la hausse en question ne correspond qu’à un rattrapage pour tendre vers une normale par rapport à l’année précédente. Il est vrai que cette notion de hausse et de baisse en pourcentage est trompeuse. En effet, si un résultat est à 100 en année N, passe à 70 en année N+1, alors il a baissé de 30 %. Et s’il remonte à 100 en N+2, alors il a augmenté de 43 % par rapport à N+1 !

Pourquoi l’administration qui est si prompte à utiliser la moyenne sur cinq ans quand il s’agit de calculer un rendement ou un résultat économique pour vérifier l’éligibilité à telle ou telle aide, se contente-t-elle, pour calculer les comptes de l’agriculture, des résultats de l’année N+1 comparés à l’année N ? Une colonne supplémentaire avec la moyenne des données sur 5 ans permettrait d’apaiser le débat.

Et ce serait de bon augure car à trop vouloir faire savoir à l’administration que les résultats économiques des exploitations agricoles sont mauvais, le message passe difficilement dans les administrations, mais très bien dans l’opinion publique, notamment auprès des jeunes. Pas facile ensuite d’expliquer à ces derniers que l’agriculture c’est drôlement bien et qu’ils peuvent venir y travailler !