Biodiversité: la France lance ses «crédits biodiversité» pour mobiliser l'investissement privé
La ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a annoncé le 14 novembre le lancement du dispositif des «crédits biodiversité» en France, destiné à mobiliser des investissements privés pour financer la sauvegarde de la nature. Lors de la COP16 biodiversité de Cali le mois dernier, la France avait annoncé sa volonté d'expérimenter de tels crédits, rappelle le ministère de la Transition écologique dans un communiqué. Ils s'inscrivent dans le cadre d'une initiative franco-britannique lancée en juin 2023, le Comité consultatif international sur les crédits de biodiversité (IAPB en anglais), qui réunit 25 experts de la finance, de l'entreprise, de la recherche, d'ONG ou de peuples autochtones. Techniquement, ce lancement, annoncé lors de la clôture du forum Biodiversité et économie de l'Office français de la biodiversité (OFB), passe par la publication des textes réglementaires relatifs aux «sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation» (SNCRR). Le SNCRR, dispositif «unique en Europe» selon le ministère, vise à encourager et valoriser des opérations de restauration de la biodiversité et contribue à «faciliter et accélérer les projets industriels ou agricoles dans les territoires, tout en simplifiant la renaturation d'espaces, au profit de la biodiversité». En janvier, des chercheurs du CNRS avaient mis en évidence la faible «plus-value» des projets de compensation écologique agricoles, obligation existante en France pour les infrastructures autoroutières ou d'habitations.
Coopératives: Euralis intègre la centrale Convergence et réorganise son pôle agricole
Le groupe coopératif Euralis a réalisé, début novembre, de profonds changements au sein de son pôle agricole, piloté par Laurent Dubain. Ce pôle s’articule désormais autour de trois «business units» (BU). L’enjeu: «développer durablement les filières, participer à l’émergence des énergies renouvelables dans le Sud-Ouest et gagner en proximité avec les adhérents». La première BU, dédiée aux productions végétales (céréales, légumes et semences) est dirigée par Philippe Theil, jusque-là directeur du développement commercial du pôle agricole. Sa mission: «déployer des productions durables, de l’aval à l’amont». Cela passera notamment par la mise en place de contrats dans les OP et un conseil agronomique pointu. Anne-Claire Richard, directrice marketing et innovation du pôle agricole, est désormais à la tête de la deuxième BU, centrée sur l’agrofourniture. Euralis qui, en ayant fait le choix du conseil, avait quitté l’union d’approvisionnement Agrihub en 2021, vient de rejoindre la centrale Convergence pour la partie semences hybrides, afin d'«optimiser les achats». Enfin, la BU productions animales est confiée à Sylvain Claveria, précédemment directeur des territoires. Pour «transformer le modèle dans la région» et «améliorer la compétitivité», l’idée est d’accélérer les synergies. Premier exemple dévoilé en début de mois: la collecte et la mise en marché des bovins sont désormais confiées à la coopérative Lur Berri. (Anne Gilet)
Distribution : la MDD Intermarché grimpera à 40% des ventes des Mousquetaires en 2026
En conférence de presse ce 15 novembre, le Groupement Les Mousquetaires a présenté son objectif de réaliser en 2026 40% de ventes sous MDD (contre 35,5% aujourd’hui) et son ambition de prendre leadership du discount. Il espère des gains de notoriété à travers l’omniprésence des logos Intermarché et des gains de compétitivité à travers la centrale d’achats Aura (avec Auchan et Casino), la reprise de magasins Casino et la saturation des usines d’Agromousquetaires. La centrale Aura lancera «des appels d’offre communs et sans doute des recettes communes», a indiqué Thierry Cotillard, président du Groupement. Du côté de l’offre, les logos Intermarché s’afficheront sur tous les produits sous MDD (marques de distributeur) en 2027. L’objectif d’atteindre 40% d’activité sous MDD consiste à «aller chercher plus de 2 milliards d’euros», a illustré Thierry Cotillard. Ce dernier a assuré que les magasins n’auraient pas besoin de restreindre la place des marques nationales pour faire progresser la part des MDD (qui ne seraient plus que 25 à terme contre 32 aujourd’hui), grâce à un fléchage étudié en magasin.
Process agroalimentaires : l’Efsa plaide pour une réévaluation de l’hexane
Dans un rapport technique publié le 13 septembre, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) conclut qu’il est nécessaire de réévaluer la sécurité de l’utilisation de l’hexane, un solvant d’extraction utilisé dans les procédés de transformation agroalimentaire. Autorisée par la directive européenne sur les solvants alimentaires de 2009, cette substance est utilisée comme auxiliaire technologique dans l’extraction d'huile végétale à partir de graines de colza, de soja ou de tournesol broyées. Comme tout auxiliaire technologique, «leur utilisation peut avoir pour résultat la présence non intentionnelle, mais techniquement inévitable, de résidus de cette substance ou de ses dérivés dans le produit fini», rappelle l’Anses sur son site. Or, l’Efsa souligne que l’exposition des nourrissons et des jeunes enfants pourrait être plus élevée que prévue. Par ailleurs, l’étude de référence (1996) utilisée pour justifier les seuils actuels de résidus «ne sont plus jugées suffisantes pour conclure de manière adéquate à la sécurité de l’hexane». Pour l’heure, les industriels rappellent que «s’il y a des résidus, ils sont dans le strict respect du cadre fixé par la Commission européenne», affirme Nathalie Lecocq, présidente de la Fediol, qui représente l'industrie européenne des huiles végétales et des farines de protéines, auprès de Libération le 24 octobre.
Restauration: l’alimentation durable doit encore convaincre (Sodexo)
Les consommateurs sont ouverts à l’alimentation durable, mais demandent à en être convaincus par des prix abordables, le plaisir et l’inspiration, d’après le Baromètre international de l’alimentation durable publié par Sodexo le 14 novembre. Le sondage de plus de 7000 personnes à travers le monde (France, Royaume-Uni, États-Unis, ainsi que Brésil et Inde) montre que les Occidentaux sont moins nombreux à avoir une «image très positive de l’alimentation durable» que les citoyens du «nouveau monde»: un petit tiers contre presque deux tiers; ce que le baromètre attribue à l’inflation. Le prix est en effet le critère numéro un des consommateurs, selon l’enquête menée par Toluna Harris Interactive. Le prix figure dans les cinq premiers choix de 73% des personnes, loin devant les critères environnementaux (27%). Le goût est le deuxième critère, passant devant celui de la santé, un critère d’autant plus crucial que «le risque d’une perte de goût et de saveur est le principal frein à une transition», selon l’étude. En la matière, il ressort un «fort besoin d’inspiration» à travers des idées de recettes à partir de produits durables. (Sodexo: 23,8 Md€ de chiffre d’affaires en 2024, 423 000 salariés dans 45 pays)
Alimentation animale: General Mills dépense 1,45 Mrd$ pour un fabricant de petfood
Le sixième groupe agroalimentaire mondial, General Mills annonce avoir trouvé un accord pour l'acquisition de Whitebridge Pet Brands, une entreprise nord-américaine de nourriture pour animaux de compagnie (marques Tiki pets, Cloud star), pour un montant d'1,45 milliard de dollars. Avec 325 millions de dollars de chiffre d'affaires, l'entreprise est l'une des plus dynamiques sur le segment de la nourriture pour chats, et dans les snacks pour animaux de compagnie, qui représentent à eux deux un marché de 52 milliards de dollars. Il s'agit de la cinquième acquisition de General Mills dans ce secteur depuis 2018. Connu pour sa marque Häagen-Dazs en alimentation humaine, l'Américain a récemment vendu ses activités nord-américaines de yaourt à Lactalis et Sodiaal, pour un montant de 2,1 milliards de dollars.
Prêts garantis par l’État: le ministère précise les modalités des deux dispositifs
Dans un communiqué du 15 novembre, le ministère de l’Agriculture précise les modalités des deux dispositifs d’aides à la trésorerie annoncés quelques jours plus tôt. Le premier est destiné aux agriculteurs qui «traversent des difficultés conjoncturelles, du fait d’aléas climatiques ou sanitaires». Il consistera en des prêts bonifiés à moyen terme (deux à trois ans) plafonnés à 50 000 € par exploitation: «grâce à un effort partagé entre la banque prêteuse et l’État», leur taux d’intérêt sera au maximum de 1,75% pour 24 mois et de 2,35% pour 36 mois. «Une bonification supplémentaire sera octroyée aux jeunes installés depuis moins de cinq ans», précise le ministère (1,5% maximum sur 24 mois, 2,15% sur 36 mois). Quant au second dispositif, il viendra «soutenir les agriculteurs qui traversent des difficultés plus structurelles, du fait, par exemple, de l’impact du changement climatique». Ces «prêts de consolidation à long terme» (12 ans maximum) seront «adossés à une garantie publique» de la BPI France «à travers un dispositif nouvellement créé dédié aux agriculteurs», dont le coût sera remboursé par l’État. Les pouvoirs publics couvriront «70% du montant du prêt», qui sera plafonné à 200 000 €. Le dispositif sera «opérationnel début 2025».
Prix du lait: Lactalis et l’Unell trouvent un accord pour 2025 avec une prime de durabilité
À l’issue d’une négociation, Lactalis et sa principale association d’organisations de producteurs Unell ont convenu d’une revalorisation de 10 euros/1000 litres du prix de revient agricole (PRA) dans leur formule de prix et d’une prime de RSE de 4€/1000l pour l’année 2025, annonce un communiqué commun du 15 novembre. Les deux parties avaient trouvé un accord sur la formule de prix lors d’une médiation en avril. La revalorisation de la matière première agricole (+10€/1000l) dans la composante PGC (produits de grande consommation) France de la formule de prix intervient «en amont des prochaines négociations commerciales avec la grande distribution», précise le communiqué. Le PRA a été défini à 477€/1000l par l’Unell et Lactalis, en dessous de l’indicateur publié par le Cniel en septembre (485€/1000l). À noter que celui-ci porte sur l’année 2023. Le communiqué rappelle qu’une hausse de 20,4€/1000l sur la MPA avait déjà été appliquée en 2024 par rapport à 2023. Pour la première fois, une prime RSE de 4€/1000l «vise à encourager les progrès réalisés en matière de bien-être animal et de réduction de leur empreinte environnementale» sur la base de leur résultat au diagnostic Cap’2ER. «Cet accord permettra à Lactalis France d’entrer au plus tôt en négociations commerciales au niveau national avec la grande distribution», explique le communiqué.
FCO: en Corse, «plus de 80%» des ovins pourront être vaccinés (préfecture)
Alors que la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3) a été récemment détectée en Corse-du-Sud, la préfecture assure, dans un communiqué du 14 novembre, que «plus de 80% des ovins» de l’île pourront être vaccinés gratuitement. Et les autorités de préciser l’état des stocks de vaccins, réclamés par les professionnels: 7700 doses «déjà (…) réceptionnées» et qui «ont permis de débuter la vaccination», bientôt suivies par 57 600 doses «commandées par les vétérinaires sanitaires et (…) en cours d’expédition». En 2023, la Corse comptait 76 000 brebis laitières et agnelles saillies (le cheptel ciblé par la vaccination ne comprend ni les «agnelles trop jeunes» ni les brebis de réforme, selon la préfecture). Quant aux vaccins pour bovins, ils «seront à nouveau disponibles dans le stock État fin novembre». Après le premier cas confirmé le 8 novembre, l’Île de beauté compte dix suspicions de FCO-3 «en cours d’investigation», selon les autorités. Au niveau national, le dernier bilan arrêté au 13 novembre fait état de 7666 foyers de FCO-3 en France (+355 en une semaine), avec des premiers cas en Gironde, Lozère et en Corse-du-Sud. Le 14 novembre, le ministère de l’Agriculture a annoncé l’ouverture prochaine du guichet d’indemnisations des pertes directes liées au sérotype 3.
Miel ukrainien : malgré le «frein d’urgence», des importations toujours massives à l’Est
En marge de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE prévue le 18 novembre où le sujet sera à l’ordre du jour, la Bulgarie et la Roumanie appellent Bruxelles à prendre de nouvelles mesures protectrices concernant les importations de miel d’Ukraine. Ces deux pays avancent qu’en dépit l’activation de la mesure de «frein d’urgence» au mois d’août, les importations ukrainiennes restent massives. Sofia et Bucarest souligne qu’en raison «des prix particulièrement bas du miel ukrainien», le droit de 17,3% appliqué actuellement aux pays tiers est insuffisant pour limiter l’afflux de miel. «Le niveau sans précédent des importations en provenance d'Ukraine place les producteurs de miel de Bulgarie et de Roumanie dans une situation difficile», expliquent-ils. Ce n’est pas la première fois que ces deux pays tirent la sonnette d’alarme concernant les importations de produits soumis à une procédure de «frein d’urgence». En septembre, la Bulgarie avait déjà demandé la mise en place d’une interdiction d’importation d’œufs ukrainiens sur son territoire et en octobre, c’est la Roumanie qui a passé le pas sur les œufs mais aussi la volaille.
Fruits et légumes: Bruxelles écourte l'autorisation du fongicide fenpyrazamine
La Commission européenne a décidé de retirer plus rapidement que prévu son autorisation de mise sur le marché au fongicide fenpyrazamine. L’autorisation de cette molécule, utilisée principalement pour le traitement des cerisier, fraisiers ou pêchers, devait expirer 31 mai 2026 (suite à une prolongation à titre dérogatoire faute d’évaluation des risques complète) mais l’entreprise ayant demandé sa mise sur le marché européen «a confirmé ne plus soutenir les demandes de renouvellement des approbations». Dans un règlement d’exécution publié le 12 novembre, Bruxelles indique donc que la fenpyrazamine ne sera finalement plus autorisé que jusqu’au «15 janvier 2025». Dès lors, la prolongation de la période d’approbation de cette substance n’est plus justifiée et «il convient de fixer une nouvelle date d’expiration qui soit la plus proche possible, tout en laissant aux États membres suffisamment de temps pour retirer leurs autorisations relatives aux produits phytopharmaceutiques contenant lesdites substances actives», justifie Commission dans son texte.