Agra Business | Castel, SpaceSense/xFarm, Fairme et PLF 2025

hero

Vin: le géant mondial du vin Castel met un pied en Champagne

Le groupe Castel, géant mondial du vin et de la bière implanté près de Bordeaux, a annoncé le 12 octobre l'acquisition de la maison de champagne Malard, sa première dans la région, dans le cadre d'une diversification de ses activités. Castel commercialise déjà des marques de champagne, mais c'est la première fois qu'il achète un producteur, a confirmé un porte-parole à l'AFP. La maison Malard, indépendante jusque-là et d'origine familiale à l'instar de son acquéreur, a dégagé un chiffre d'affaires d’une vingtaine de millions d'euros ces dernières années. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué. Castel et Malard étaient déjà partenaires via le réseau de cavistes Nicolas, propriété du premier. Le groupe bordelais détient aujourd'hui 1400 ha de vignes en France, 40 lignes d'embouteillage et possède 20 châteaux – la plupart dans le Bordelais, où il a construit, à Blanquefort, le plus grand chai d'Europe pour assembler les récoltes de producteurs partenaires (Castel Frères en compte 2500). Baron de Lestac pour le rouge, Listel pour le rosé, Kriter pour les bulles... l'empire de Pierre Castel et de sa famille, dont la fortune atteint 14 Md€ selon le magazine Challenge, repose sur de nombreuses marques grand public, ainsi que de nombreux actifs dans la bière et les sodas dans une vingtaine de pays africains.

Vin: vers une production mondiale inférieure à la moyenne, comme en 2023 (OIV)

La production mondiale de vin en 2024, affectée de nouveau par de mauvaises conditions climatiques, devrait totaliser moins de 250 millions d’hectolitres (Mhl), proche du niveau de 2023 (237 Mhl) qui était le plus faible volume produit depuis 1961, selon des estimations fournies le 14 octobre par l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), dont le 45e congrès s'est ouvert à Dijon. L'OIV produira fin novembre des statistiques plus précises pour 2024 et sur cent ans, quand l'organisation fêtera son 100e anniversaire. Pour l'heure, ses estimations «préliminaires» se basent sur le bilan de grands producteurs représentant les trois quarts de la production mondiale (Italie, Espagne, France, États-Unis, pays de l'hémisphère sud), a expliqué à l'AFP Giorgio Delgrosso, de l’OIV. Sur ces grands pays producteurs, ceux qui ont eu de grosses difficultés en 2023 «ont fait en 2024 un peu mieux, mais loin encore de leurs moyennes» (Espagne, Italie, Australie, Argentine), a-t-il expliqué. En revanche, d'autres, qui l'an dernier avaient été légèrement en dessous de leurs moyennes, comme la France – très touchée par les pluies – ou le Chili, sont cette année en plus nette difficulté encore, selon lui. Malgré les aléas climatiques, ces 30 dernières années, «la production mondiale de vin avait fluctué dans une amplitude relativement constante allant de 250 à 300 Mhl», selon le directeur général de l'OIV John Barker.

Numérique agricole: le français SpaceSense «intégré» par le suisse xFarm, qui lève 36 M€

L'annonce avait manifestement fait très peu de bruit à l'époque, mais la start-up française SpaceSense, spécialiste des applications de l'apprentissage automatique en agriculture, a été «intégrée» au printemps par le suisse xFarm, spécialiste des logiciels de gestion agricole. L'annonce s'était faite conjointement avec celle d'un rapprochement avec l'espagnol Greenfield Technologies, spécialisé dans la «caractérisation des sols afin d’optimiser la gestion des cultures». Ces deux opérations avaient constitué «une nette accélération du virage international que xFarm Technologies a entrepris ces deux dernières années, d’abord à travers une présence dans la péninsule ibérique, puis en France, en Allemagne et en Pologne», commentait l'entreprise helvétique. Dans la foulée, xFarm a annoncé, le 9 octobre, qu'elle vient de lever 36 millions d'euros, notamment pour «accélérer son expansion en Europe, en Turquie, en Amérique latine, en Inde et aux États-Unis». L'entreprise revendique travailler avec «450 000 exploitations agricoles appartenant à plus de 100  filières sur plus de 7 millions d'hectares dans le monde». Elle envisage également de développer de nouveaux services, via notamment une «nouvelle division Fintech (finance) et Insurtech (assurance)».

Lait: la start-up Fairme obtient 8,5 M€ de fonds publics pour installer 100 ateliers autonomes

La start-up Fairme a obtenu 8,5 millions d’euros (M€) de financements publics dans le cadre de l’appel à projet «résilience et capacité agroalimentaires» du plan France 2030, annonce l’entreprise dans un communiqué le 11 octobre. Elle prévoit l’implantation d’une centaine d’ateliers autonomes de transformation dans des exploitations laitières bio d’ici septembre 2026. Pour le moment, deux ateliers autonomes ont été installés par l’entreprise: l’un dans le Vercors, l’autre en région parisienne. De la taille d'un conteneur maritime, l’atelier est implanté sur une parcelle louée à l’éleveur et branché directement à la salle de traite. Fairme se charge ensuite «de la production, de la commercialisation et de la livraison des produits laitiers», indique le communiqué. «Les yaourts et fromages blancs sont vendus auprès des écoles, collèges et lycées», est-il expliqué. Ce système en circuit court permet à Fairme de garantir aux éleveurs «une rémunération entre 1,5 et 2 fois plus importante que celle du marché», affirme l’entreprise. «Le prix moyen est aux alentours de 700 €/1000 l et oscille entre 600 et 800 €/1000 l environ, en fonction du taux de matière grasse et de matière protéique», précise-t-elle à Agra Presse, contre environ 500 €/1000 l en moyenne en France actuellement. Les éleveurs sont, en contrepartie, tenus de respecter un cahier des charges (lait bio, pâturage, alimentation locale).

Lactosérum: ralentissement de la croissance des exportations mondiales (FranceAgriMer)

D’après un récent rapport de FranceAgriMer, la croissance des exportations mondiales de lactosérum a «ralenti depuis 2013». Les échanges de ce coproduit de la fabrication de fromages ont augmenté de 11,6% entre 2013 et 2023, contre +27,4% en 2010-2013. Autre évolution: «Cette progression est (…) beaucoup moins linéaire depuis 2013», avec des replis en 2015, 2019, 2022 et 2023, couplés à des baisses des cotations. Premier exportateur mondial, l’UE a développé les envois vers les pays tiers dans la dernière décennie (+74,5% sur 2010-2023), avec la France en fer de lance. Un leadership non dénué de fragilité: l’Europe est bien positionnée en Chine, premier importateur mondial, mais elle n’est que «peu présente» en Vietnam et aux Philippines, les deux seules destinations en croissance. «L’Europe pourrait néanmoins perdre sa première place si les contraintes environnementales limitaient la production», prévient FranceAgriMer, mais aussi «si l’offre de lactosérum ne se diversifie pas [pour s’adapter] aux attentes du marché». Le Vieux continent n’a pas développé le débouché le plus porteur, celui de l’alimentation humaine (poudres concentrées pour nouveau-nés, «whey» pour sportifs, etc.). Au contraire, aux États-Unis, deuxième exportateur, «la très grande majorité des fabrications (…) sont à destination de la consommation humaine».

Planification écologique: Bercy veut réduire les budgets d'Ecophyto et du plan haies

Le ministère des Finances a fait paraître le 10 octobre le détail de son projet de loi de finances (PLF) pour 2025, dévoilant ligne par ligne ce que pourrait recouvrir la baisse budgétaire annoncée pour la Planification écologique dans les missions du ministère de l'Agriculture. Globalement, le budget prévu par Bercy passe de 1 milliard d'euros (Md€) en 2024 à 372 M€ l'an prochain, soit une baisse plus forte qu'annoncé; Marc Fesneau prévoyait un effort de 2,6 à 2,7 Md€ sur 2024, 2025 et 2026. Plusieurs dispositifs présentés par Marc Fesneau l'an passé, comme le plan protéines (100 millions d'euros, M€) ou les diagnostics carbone (30 M€) disparaissent, une évolution sans surprise, car leur durée de vie n'était que d'une année. Par contre, deux programmes font l'objet de baisses qui n'étaient pas prévues initialement: le plan haies voit son budget passer de 110 M€ sur 2024 à 30 M€ sur 2025, alors que le gouvernement envisageait initialement de pérenniser l'enveloppe. De même, le budget du plan Ecophyto passe de 250 M€ à 160 M€, alors qu'un effort de 750 M€ sur 2024, 2025 et 2026 était prévu. Pour les dépenses de fonctionnement, le ministère voit la répartition de ses moyens évoluer significativement: ceux dévolus à l'administration centrale baissent de 40 M€ à 182 M€, tandis que les Draaf (préfectures) les voient grimper de 45 M€, à 380 M€. Au cabinet de la ministre de l'Agriculture, on précise que ces documents sont proposés par Bercy et peuvent encore évoluer avant les débats budgétaires en séance publique.

Projet de loi de finances: la grande distribution déplore un «matraquage fiscal»

La principale organisation patronale de la grande distribution (FCD) a déploré dans un communiqué le 14 octobre le «matraquage fiscal organisé par le gouvernement Barnier», assurant que c'était «à l'État d'endosser l'effort de redressement des comptes publics au lieu de transférer la responsabilité de son déficit sur les entreprises». Le gouvernement a présenté le 10 octobre son projet de budget pour 2025, prévoyant notamment une contribution exceptionnelle demandée aux plus grandes entreprises, dont le chiffre d'affaires est supérieur à 1 milliard d'euros (Md€), pour remédier à la dégradation des comptes publics. La FCD souligne que le secteur de la grande distribution a un volume d'affaires d'environ 225 Md€ hors taxe. Toutefois, il «génère, par nature, des chiffres d'affaires importants mais des marges nettes structurellement faibles», relève-t-elle. La FCD estime donc que le secteur fait l'objet d'une «surtaxation» qui est «disproportionnée et aura nécessairement des effets sur le pouvoir d'achat des Français». «Si on nous taxe, cela va se répercuter par l'augmentation des prix en rayon ou par de l'emploi qui sera détruit», avait assuré le patron des Mousquetaires/Intermarché, Thierry Cotillard, début octobre sur LCI.

Pruneaux: récolte «médiocre» cette année, alerte la filière française

Alors que la récolte est estimée à 29 000 t de prunes séchées en 2024, le Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP) alerte sur la baisse de 30% du volume produit par rapport à l’année 2023 (40 000 t de prunes séchées produites) et à la moyenne historique. Parallèlement, l'interprofession précise que les évènements climatiques «destructeurs et défavorables», comme les orages de grêle, ainsi qu'une pluviométrie «excessive» depuis le début de l’automne 2023, ont détérioré la qualité des fruits. Résultat: un fort pourcentage de fruits déclassés ne seront pas valorisables en fruits de bouche, mais seront consacrés à la fabrication de produits de seconde transformation à base de pruneaux (jus, crèmes…). Aussi les pruniculteurs espèrent-ils notamment que les assurances grêle fonctionneront pour les parcelles les plus touchées, comme ils l'avaient précisé fin août. À noter que cette récolte succède à deux années consécutives de gel, en 2021 (17 100 t) et en 2022 (16 500 t), ce qui avait conduit à des niveaux de stocks très bas au sein des entreprises de transformation. Enfin, la filière française du pruneau prévient avoir fait face à l’augmentation de ses coûts de production: intrants, énergie, main-d’œuvre… Une hausse accentuée par la baisse des volumes récoltés ces dernières années.