Agra Business | Séparation vente/conseil, Terrena, Evel'Up, Diageo

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Séparation vente/conseil: le gouvernement se résout à la supprimer, précisions par décret

À l'occasion de l'examen de la proposition de loi sur les Entraves en séance publique au Sénat le 27 janvier, le gouvernement s’est prononcé en faveur de la suppression de la séparation de la vente et du conseil des pesticides, ne proposant que quelques modifications à la marge du texte des sénateurs Duplomb et Menonville. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a admis que le dispositif n’a «pas eu l’efficacité escomptée», et qu’il s’avère «beaucoup trop complexe». Dans le détail, un amendement proposé par le gouvernement, et qui a été adopté par le Sénat, prévoit de rétablir la possibilité pour un distributeur/vendeur de produits phytopharmaceutiques (une coopérative, un négoce) d’offrir un service de conseil, tout en préservant l’interdiction aux fabricants (p.ex. BASF, Bayer). Des précisions doivent toutefois être apportées par décret pour prévenir des cas de «conflit d'intérêts» que la ministre n'a pas précisés. Pour rappel, lors de sa visite au dernier Salon de l’agriculture, le président de la République Emmanuel Macron avait indiqué son souhait de maintenir le dispositif: «Ce n’est pas celui qui vend les produits phytosanitaires qui peut faire le conseil», avait-il déclaré à son auditoire. Le précédent gouvernement s'était tenu à cette ligne, proposant d'assouplir le dispositif, et non de le supprimer, au grand dam de la Coopération agricole.

Pesticides: le Sénat et le gouvernement remisent le rétablissement des 3R

À l'occasion de l'examen de la proposition de loi Entraves le 27 janvier, le gouvernement a dévoilé sa position sur les remises, rabais, et ristournes (3R) sur les phytos, fermement défavorable à leur rétablissement proposé par les sénateurs Duplomb (LR) et Menonville (centriste). «C'est une des lignes rouges du gouvernement (...). Les produits phytosanitaires sont parfois indispensables et irremplaçables. Mais en contrepartie, ces produits ne sont pas des produits commerciaux comme les autres», a déclaré la ministre de l'Agriculture Annie Genevard lors de la discussion générale. Majoritairement à droite, le Sénat a toutefois adopté l'amendement de suppression du gouvernement. Opposé à son principe, le rapporteur Pierre Cuypers (LR) a indiqué qu'il y «consentait» dans le cadre d'«échanges cordiaux et fructueux» plus larges sur la séparation de la vente et du conseil. Prévue par la loi Egalim, l'interdiction des 3R est en vigueur depuis le 1er janvier 2019. Depuis, un prix unique s’impose à chaque distributeur. Un an après sa mise en œuvre, les politiques commerciales se révélaient multiples, observait Agra Presse dans une enquête. Deux stratégies s’affrontaient. D’un côté, la dissociation entre produit et service, adoptée par une majorité de coopératives. De l’autre, une offre intégrée encore bien ancrée dans les négoces. Faute de pouvoir jouer sur la tarification, certains modifiaient leur gamme, abattaient la carte des phytos importés.

Acétamipride: au Sénat, Genevard donne avis de sagesse à une dérogation par décret

Dans le cadre de l’examen de la proposition de loi (PPL) Entraves, dont la lecture en plénière a débuté le 27 janvier au Sénat, le gouvernement prévoyait de défendre un amendement (n°105) visant à supprimer la levée de l’interdiction des néonicotinoïdes en France, telle que proposée par les sénateurs Duplomb et Menonville, qui souhaitaient réautoriser l'acétamipride. La ministre de l'Agriculture mettait en avant un risque d'inconstitutionnalité. Mais cet amendement est finalement tombé en séance avant son examen, après que le rapport Cuypers (LR), qui avait qualifié la proposition du gouverment «inacceptable», a rédigé, à l'occasion d'une suspension de séance, une nouvelle rédaction, qui a été adoptée et reçu l'avis de sagesse du gouvernement. Son amendement propose de modifier le code rural de tel sorte qu'il y soit prévu qu'une dérogation puisse être prise à titre exceptionnel, prononcée par décret. Elle serait «limitée dans le temps» et «justifiée par une absence d'alternative suffisante pour la pérennité de quelques filières aujourd’hui dans l’impasse, sous réserve que la substance active concernée soit approuvée au niveau européen et à la condition que la filière soit engagée dans un plan de recherche d’alternatives.»

Pesticides: la PPL épandage par drone adoptée à l'Assemblée nationale

Après une première tentative qui avait tourné court le 2 décembre, les députés ont finalement réussi, le 27 janvier, à terminer l'examen en séance publique de la proposition de loi visant à autoriser l’épandage par drone de pesticides, qu'ils ont adoptée à 81 voix pour et 32 contre. Le texte est passé malgré que la gauche s'y soit opposée, et que le groupe socialiste ait voté «majoritairement contre», selon les termes de la députée Chantal Jourdan (socialiste, Orne), lors de l'explication de vote. Pour rappel, le texte prévoit d’autoriser l’épandage par drone de produits de biocontrôle, autorisés en agriculture biologique ou «à faible risque» au sens du droit européen dans: les bananeraies, sur les parcelles de vignes mères de porte-greffes conduites au sol et sur les parcelles avec des pentes supérieures ou égales à 20% – contre 30% envisagé initialement (un amendement a de nouveau été adopté ce 27 janvier en ce sens, le seul de la séance). Le texte prévoit aussi d’autoriser des essais d’épandage par drone pour d’autres types de parcelles ou de cultures. Le 2 décembre, les députés avaient adopté les trois amendements défendus par le rapporteur Jean-Luc Fugit (Ensemble pour la République, Rhône). L’un supprimait l’interdiction d’épandage par drone à moins de 250 m des zones habitées (amendement n°48). Un autre supprimait l’interdiction d’utiliser des drones dans les espaces naturels –littoraux, parcs et réserves, etc. – (amendement n°61). Le troisième précisait le cadre du régime d’essai d’épandage par drone (amendement n°47).

Viande bovine halal: en rachetant l’allemand Gurkan, Isla Délice devient n°1 européen

Isla Délice, leader français des produits halal (viandes et charcuteries), a racheté l’entreprise allemande Gurkan, d’après un communiqué publié le 27 janvier par le cabinet Perwyn, qui a accompagné l’opération. Avec ce rachat, le groupe français «est clairement devenu le champion européen du halal», se félicite John Gallagher, directeur d’investissement chez Perwyn et administrateur d’Isla Délice, cité dans le communiqué. Gurkan est spécialisé dans la fabrication de «pastrima», une charcuterie turque à base de viande de bœuf pressée et séchée à l’air. L’acquisition permet à Isla Délice de poser un premier pied en Allemagne, «un des principaux marchés halals en Europe avec des perspectives de croissance attractives». La marque française était déjà présente au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie (n°1 en France et en Belgique). Avec le rachat de Gurkan, son chiffre d’affaires «dépasse les 155 millions d’euros». Créée en 1990, Isla Délice revendique 5000 points de vente dans l’Hexagone (grande distribution et indépendants).

Porc: des «activistes» tentent d’incendier le siège d’Evel’Up (coopérative)

Le siège d’Evel’Up, à Plouédern (Finistère), a fait l’objet d’une tentative d’incendie de la part d’«activistes», dénonce la coopérative porcine dans un communiqué le 27 janvier. Des faits aussi évoqués par Le Télégramme de Brest. «Le samedi 25 janvier 2025 aux environs de 4h [du matin], des individus ont dégradé des vitrages et introduit des engins incendiaires dans le bâtiment principal», explique-t-elle. Selon l’entreprise, «les alarmes de détection de présence ont bien fonctionné et auraient contraint les individus à quitter le site». Et la coopérative de déplorer «un choc pour les salariés et les éleveurs», des dégâts d’au moins «plusieurs centaines de milliers d’euros» et des locaux «inutilisables pour plusieurs semaines». Dans son communiqué, Evel’Up indique avoir porté plainte, précisant que «les gendarmes et pompiers ont confirmé le caractère criminel et intentionnel de cette action». Dans un courriel relayé sur Internet, un collectif baptisé Frites* revendique l’action et dénonce «un modèle agricole où un paysan se suicide tous les jours». Les activistes visent nommément le président de la coopérative Philippe Bizien, propriétaire d’un élevage dont l’extension est controversée. Par ailleurs, Evel’Up a annoncé en juin 2023 son projet de fusionner avec la branche porcine d’Agrial.
* «Forces révolutionnaires intergalactiques et territoriales en sauce» (sic)

Protéines d'insectes: la start-up Ynsect cherche investisseurs ou repreneurs

La start-up Ynsect, spécialisée dans la production de protéines et d'engrais à base d'insectes, a lancé un appel aux investisseurs ou à d'éventuels repreneurs dans le cadre de sa procédure de sauvegarde, ouverte face à ses difficultés de financement. «Un appel d'offres de recherche d'investisseurs ou de repreneurs en plan de cession a été publié le 17 janvier» et les offres pourront être déposées auprès de l'administrateur judiciaire jusqu'au 17 février, a indiqué l'entreprise à l'AFP le 27 janvier, confirmant une information du quotidien Les Echos (article payant). La procédure de sauvegarde, ouverte fin septembre, a placé Ynsect sous la protection du tribunal de commerce pendant six mois durant lesquels ses créances sont gelées. La procédure peut être étendue pour six mois supplémentaires voire davantage sur décision judiciaire. La jeune pousse ajoute être en discussion avec des investisseurs déjà identifiés et «explorer toutes les options possibles, dont celle d'une éventuelle reprise de ses activités par un tiers, afin de dynamiser l'activité et renforcer la position de l'entreprise dans un environnement économique exigeant».

Vaccins FCO et MHE: ruptures de stock pour les campagnes de vaccination publiques

Les doses de vaccins financées par l’État contre la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3) et contre la maladie hémorragique épizootique (MHE) ne sont plus disponibles, ont repéré nos confrères de Réussir Bovins viande sur le site web du ministère de l’Agriculture. Les pouvoirs publics avaient mis à disposition des éleveurs deux millions de doses d’Hepizovac (MHE), ainsi que 13,7 millions de doses de Bluevac-3 et de Bultavo-3 (FCO). Les professionnels souhaitant vacciner leurs animaux doivent désormais acheter eux-mêmes les doses via leur vétérinaire, à moins d’une nouvelle commande publique. Les délais d’approvisionnement sont de «quelques jours» pour l’Hepizovac et le Bultavo-3 (certifiant pour les échanges), précise la fédération des GDS (groupements de défense sanitaire) de Bourgogne-Franche-Comté sur son site web. En revanche, pour le Bluevac-3, il faudra attendre «les prochaines semaines et mois», selon les GDS, qui appellent les éleveurs à «commander [leurs] vaccins sans délai auprès de [leur] vétérinaire». Pour les sérotypes 4 et 8 de la FCO (vaccination à la charge des éleveurs), les prochaines livraisons sont attendues en juillet pour le BTVPur 4 et 8, «début février 2025 puis en avril 2025» pour le Syvazul 4-8 et «fin février et d’ici l’été» pour le Bluevac-8.

Foie gras: 14,3% d’achats de foie gras en plus en décembre (Circana/Cifog)

Le Cifog (interprofession du foie gras) se félicite dans un communiqué de la croissance du volume de foie gras acheté pendant les fêtes de fin d’année 2024 enregistrés par Circana pour son compte: +14,3% pour le foie gras prêt à consommer du 9 décembre au 5 janvier 2024 par rapport à la même période de 2023; +42,3% pour le foie gras cru surgelé pour la période plus élargie allant du 14 octobre au 5 janvier (total hyper et supermarché, e-commerce des grandes surfaces et magasins de proximité). Le Cifog distingue la «semaine record» de Noël 2024, à l'occasion de laquelle les achats sont en progression de 55,7% en volume. Cette saison festive de 2024 a contrasté avec la précédente, qui était affectée par le manque de production en élevage en raison de l’influenza aviaire. Le retour de la production à la normale a permis ces performances commerciales de fin d’année, selon le Cifog, et une progression des ventes de 10% en volume sur l’ensemble de l’année pour le fois gras prêt à consommer.

Boissons: Diageo dément vendre Guinness et examiner sa participation dans Moët Hennessy

Le leader mondial des spiritueux Diageo a démenti le 26 janvier toute intention de vendre la bière Guinness et d’examiner sa participation dans les champagnes, spiritueux et vins Moët Hennessy (LVMH). Ce coup de tonnerre, annoncé le 24 janvier par l’agence de presse Bloomberg, n’aura donc pas lieu. La bière Guinness fait exception dans l'activité du britannique Diageo, qui comprend surtout des spiritueux. Mais ses performances dépassent celles de marques d'alcool phares comme le whisky Johnnie Walker. D’un côté, les ventes de spiritueux s’essoufflent. De l’autre, les ventes de Guinness affichent une croissance à deux chiffres depuis 2021. Son récent succès pourrait en faire un actif attrayant. Guinness serait probablement valorisé à plus de 10 milliards de dollars, a indiqué Bloomberg, citant des sources proches du dossier. L’agence a également rapporté que Diageo pourrait chercher à accroître sa participation dans Moët Hennessy (actuellement de 34%), ou à se retirer complètement.

Spiritueux: le britannique Diageo cède le rhum Cacique au français Bardinet

Le géant britannique des spiritueux Diageo a annoncé le 23 janvier avoir signé et finalisé la vente de Cacique au leader français des rhums Bardinet. Cacique est un rhum vénézuélien, connu en Espagne et au Venezuela. Son rachat vise à «augmenter notre part de marché du rhum en Espagne et au-delà», affirme dans le communiqué Jean-Paul Bouyat, p.-d.g. de Bardinet. Acteur clé du marché espagnol, Bardinet dispose d’un large portefeuille de spiritueux, mais aussi de vins de Cava et de Rioja, de boissons sans alcool. L’entreprise fait partie du groupe La Martiniquaise-Bardinet (chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros), leader des spiritueux en France.

Framboise: TikTok enflamme la distribution avec des fruits enrobés de chocolat

Popularisées par TikTok, les «franui», des framboises surgelées enrobées de chocolat et vendues en pot de 150 g, enflamment les réseaux sociaux et la grande distribution, selon un article du journal Le Monde le 26 janvier. «Dans les supermarchés, [la] friandise fait l’objet d’une véritable chasse au trésor depuis la fin de l’année 2024», est-il rapporté.  Selon le quotidien national, la grande distribution n’est pas en reste pour alimenter le phénomène: «Certains magasins E. Leclerc postent des photos et vidéos des bacs surgelés avec la précieuse cargaison, sans oublier de mentionner la rupture [de stock] dans les autres magasins», explique-t-il. De son côté, Carrefour indique en avoir vendu pas moins de 280 000 pots depuis octobre. Ce n’est pas la première fois que le réseau social TikTok provoque de tels mouvements: en août 2024, un influenceur islandais, partageant ses recettes de salade avec des concombres, avait entraîné une pénurie de la cucurbitacée dans le pays.

Distribution: Auchan dément la vente de ses magasins en Russie

Le groupe Auchan a de nouveau démenti auprès de l’AFP ce 27 janvier les rumeurs sur la vente de sa branche russe, et affirmé qu’il poursuivait son «travail pour le bien de la population du pays». Il revendique dans ce pays 230 magasins et environ 30 000 salariés. Il avait bien annoncé un projet de cession en mars 2023, au «management local», mais n’avait pas donné suite. Le maintien d’Auchan dans le pays de Vladimir Poutine pendant le conflit en l'Ukraine avait été fustigé par de nombreux Ukrainiens, jusqu'au président Volodymyr Zelensky. Seul désengagement réalisé en Russie, celui de 19 galeries marchandes au début de 2024 par la holding ELO, qui recouvre notamment le distributeur Auchan et des sociétés foncières et immobilières. À la fin juillet 2024, l’enseigne avait signalé «une nette baisse des volumes vendus», mais des revenus en «légère croissance» grâce à l’inflation.

Relations commerciales: Terrena écope d’une amende de 452 000 € pour retard de paiement

La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a prononcé une amende de 452 000 € à l’encontre de la coopérative Terrena (Loire-Atlantique) pour «des retards dans le paiement des factures de ses fournisseurs». Dans le cadre d’une enquête, la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) a effectivement constaté ces retards. Les règles du Code du commerce n’ayant pas été respectées en matière de délais de paiement, la sanction est tombée. (Anne Gilet)

Coopératives: dans le Loiret, Puiseaux recrute son futur directeur général

Pierrick Pigot, directeur général de la coopérative de Puiseaux depuis mars 2022, quittera ses fonctions «courant mars», «pour reprendre l’exploitation familiale», confie-t-il à Agra Business. Son successeur est toujours en cours de recrutement. Après un premier candidat dont la période d’essai n’a pas été concluante, de nouveaux entretiens sont programmés dans les prochains jours. (Anne Gilet)

Addendum à l'agenda de la semaine agricole du 27 janvier 2025

Mercredi 29 janvier
Les députés de la commission du Développement durable auditionnent le président et la directrice de l’Agence bio
Les députés de la commission du Développement durable auditionnent le directeur général de l’OFB