Agra Fil du 17 août 2026

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Loi d’urgence : validation quasi totale du Conseil constitutionnel, ZNT hors des champs censurées

Dans sa décision publiée le 14 août, le Conseil constitutionnel valide la grande majorité de la loi d’urgence agricole adoptée par le Parlement le 21 juillet, tout en censurant huit dispositions ou articles et en formulant trois réserves. Les Sages ont notamment censuré l’article 35, qui instaurait des zones de non traitement de phytos (ZNT) hors des terres agricoles. Le Conseil a supprimé plusieurs articles considérés comme cavaliers législatifs : article 26 (suppression de la redevance pour pollution diffuse en cas de difficultés économiques) ; article 32 (bâtiments agricoles considérés comme des surfaces non artificialisées) ; article 36 (dérogations aux périodes d’interdiction de travaux sur les haies) ; article 55 (« pratique commerciale trompeuse » sur la rémunération des agriculteurs) ; ainsi que le 3° de l’article 14 (curage des plans d’eau). Concernant l’interdiction de l’acétamipride et de la flupyradifurone, les Sages ont validé le principe d’une dérogation, tout en l’assortissant de deux réserves. L’Anses pourra « restreindre le champ d’application géographique des dérogations qu’elle accorde en fonction des circonstances locales et de la gravité de la menace ». Autre modification : si l’Anses ne rend pas son avis sur la demande de dérogation dans le délai de deux mois prévu par la loi d’urgence, « l’absence de décision (…) vaut refus de la dérogation ». Enfin, le Conseil a validé la création d’un régime de police environnementale spécifique à l’élevage (article 46), mais en élargissant au maximum les possibilités de recours.

Loi d’urgence validée : « satisfaction » de FNSEA-JA, un « scandale » pour la Conf’

Dans un communiqué du 14 août, la FNSEA et les JA « prennent acte avec satisfaction » de la validation, le même jour, de la loi d’urgence agricole par le Conseil constitutionnel. Le texte « marque des avancées concrètes sur de nombreux sujets essentiels », estiment-ils : stockage de l’eau, planification de la production, prédation, création d’élevages, rémunération des agriculteurs, moyens de production, etc. Toutefois, « le combat continue » sur les quelques mesures censurées par les Sages, notamment sur la suspension de la redevance pour pollution diffuse (RPD), que les syndicats comptent porter dans la prochaine loi de finances. « D’autres dispositions devront être retravaillées », ajoutent la FNSEA et les JA, citant notamment les zones de non traitement de phytos (ZNT) en dehors des terres agricoles. Les syndicats majoritaires pourront compter sur le soutien de la ministre de l’Agriculture : Annie Genevard a déjà indiqué que sa position « reste constante sur ces sujets » et qu’elle compte « régler les difficultés » en matière de ZNT et de curage de plans d’eau. De son côté, dans un communiqué bien plus critique, la Confédération paysanne dénonce une décision des Sages au contenu « scandaleux » sur « les gravissimes volets eau et néonicotinoïdes.

Flupyradifurone : la CGB veut aller vite, Générations futures prête à attaquer les dérogations

Alors que le Conseil constitutionnel a validé, le 14 août, la possibilité de réintroduire par dérogation le flupyradifurone, la CGB (betteraviers, FNSEA) exige de pouvoir en disposer « dès les semis 2027 », en enrobage de semences. D’après un communiqué, « cette campagne 2026 est marquée par un déficit hydrique important et des fortes chaleurs », des conditions qui « accentuent la dégradation des betteraves » par la jaunisse (via les pucerons) et par le champignon Rhizopus (via les charançons). Le syndicat appelle donc à mettre en œuvre la dérogation « dans les plus brefs délais » : promulgation de la loi par le président de la République, puis « saisine officielle » de l’Anses par le ministère de l’Agriculture ; l’agence sanitaire aura ensuite deux mois pour rendre son avis, sachant qu’une non-réponse vaudra refus (lire ci-dessus). De son côté, l’association Générations futures « se prépare à aller en justice » dans le cas où ces dérogations seraient effectivement accordées ». « Nous voyons mal comment l’Anses pourrait donner son accord », estime la, toxicologue Pauline Cervan, citée dans un communiqué, « considérant le délai très restreint de deux mois d’évaluation et les multiples risques identifiés suite à l’usage de ces substances ».

Budget 2027 : Lecornu liste plusieurs mesures en faveur de l’agriculture

Dans une lettre ouverte aux agriculteurs publiée le 15 août, le Premier ministre Sébastien Lecornu évoque plusieurs mesures fiscales que son gouvernement compte « proposer » aux parlementaires. « Le budget 2027 sera (…) l’occasion de proposer au Parlement de voter des mesures de soutien et d’investissement », dont notamment « un suramortissement fiscal pour les projets d’avenir agricole » mis en place par la loi d’urgence agricole. Le locataire de Matignon évoque aussi plusieurs autres thématiques : « soutenir les investissements hydrauliques » ; « continuer d’adapter l’agriculture au changement climatique » ; « renforcer la gestion des risques » ; « accompagner l’installation et la transmission » ; ou encore « préserver la compétitivité de nos filières ». Et M. Lecornu d’appeler le Parlement à « prendre sa responsabilité », en évitant les « considérations politiciennes liées aux prochaines échéances électorales ». « Économiser sur notre capacité à nous nourrir nous coûterait demain beaucoup plus cher », écrit encore le chef du gouvernement. Pour rappel, l’exécutif a publié le 16 juillet son projet de dépenses pour un budget 2027, dans lequel la mission Agriculture perdrait à nouveau 100 millions d’euros (M€), à 3,9 milliards d’euros (Md€).

Plan canicules et sécheresse : Annie Genevard réfléchit à des « prêts sécheresse »

Dans le cadre du plan CASI (canicules, sécheresse, incendies), annoncé fin juillet et attendu à la rentrée, « nous réfléchissons à un prêt sécheresse » pour soutenir les agriculteurs, a déclaré Annie Genevard sur RMC le 14 août. Le but est de « pouvoir faire la jonction avec les prochaines productions », a précisé la ministre de l’Agriculture. Ces prêts seraient garantis ou bonifiés, a précisé le ministère à l'AFP le même jour. Par ailleurs, Annie Genevard a indiqué que « lors du prochain budget, nous aurons probablement des propositions à faire en matière de nouvelles mesures fiscales », sans plus de précisions. Pour rappel, la ministre a annoncé, le 13 août sur RTL, qu’elle réunira les préfets jeudi 27 août pour qu’ils lui fassent un « état des lieux », afin de « calibrer » le plan d’aide. La FNSEA a estimé les besoins à plusieurs milliards d’euros, mais Annie Genevard se refuse encore à chiffrer l’enveloppe globale de ce « plan massif », attendant d’abord de « savoir exactement l’ampleur chiffrée des pertes ». Le plan CASI comprendra notamment « des aides d’urgence d’appui à la trésorerie » pour les agriculteurs « les plus en difficulté » – un dispositif « à la main des préfets » – ; des « prises en charge de cotisations sociales » ; des « dispositifs de simplification et de dérogation » ; et des mesures sur la gestion de l’eau, selon un communiqué du 5 août.

Sécheresse : Carrefour annonce un « plan d’urgence » pour les fruits, légumes et bovins

Dans un communiqué du 14 août, Carrefour annonce un « dispositif d’accompagnement d’urgence auprès de ses partenaires agricoles » affectés par la sécheresse et les canicules. Première production concernée : les fruits et légumes, pour lesquels le plan vise à « faciliter l’écoulement des productions endommagées par la sécheresse ». Comme réclamé par les organisations de producteurs, le distributeur fait évoluer ses cahiers des charges « notamment en termes de poids, calibres et aspects visuels », afin de commercialiser des fruits et des légumes « plus petits ou visuellement imparfaits ». Carrefour promet aussi « une révision immédiate des prix d’achat des fruits et légumes frais dès lors que ceux-ci intègrent des augmentations de coûts de production liées aux épisodes caniculaires ». Autres mesures : des délais de paiement « raccourcis à 15 jours » pendant « une durée d’un mois », ainsi que « l’engagement de privilégier systématiquement l’origine France pour toutes les variétés de fruits et légumes produites sur le territoire ». Par ailleurs, les éleveurs bovins, en difficulté pour nourrir leur bétail, vont bénéficier de « l’introduction d’une " clause sécheresse " dans les cahiers des charges » des filières Carrefour, visant à « intégrer plus facilement le surcoût de l’alimentation animale ».

Sécheresse : en Allemagne, les récoltes menacées, certaines cultures anéanties au sud

Les agriculteurs allemands ont alerté le 14 août sur des récoltes faibles, voire nulles dans le sud du pays pour certaines cultures, comme les céréales, en raison de la canicule. « La sécheresse persistante et les vagues de chaleur répétées pèsent lourdement sur l'agriculture. Elles entraînent non seulement une récolte céréalière inférieure à la moyenne et des problèmes croissants pour les cultures d'automne, mais mettent désormais aussi en péril l'approvisionnement en fourrage », a déclaré à l'AFP Joachim Rukwied, président de l'Union des agriculteurs allemands (DBV). « Dans les régions où aucune précipitation n'est tombée pendant des semaines, des pertes de rendement, voire des récoltes totalement perdues, sont très probables », a-t-il poursuivi. Dans un entretien publié vendredi par des médias du Redaktionsnetzwerk, M. Rukwied a cité les récoltes « en particulier de blé et de colza », particulièrement touchées. Pour les cultures d'automne, la tendance semble indiquer « que nous devons nous attendre ici aussi à des pertes de rendement considérables », a-t-il dit, donnant l'exemple des pommes de terre, des légumes, des betteraves sucrières, du maïs grain et du soja. M. Rukwied a également pointé du doigt la situation dramatique des éleveurs : « Dans les régions particulièrement touchées, comme le Bade-Wurtemberg et la Bavière (les plus méridionales d'Allemagne, NDLR), l'herbe ne repousse plus sur les prairies après les premières coupes ».

Tomates : une modification génétique pourrait permettre une culture par temps froid

Des chercheurs allemands (Institut Leibniz) et israéliens (université hébraïque de Jérusalem, institut Volcani) ont découvert un mécanisme génétique chez la tomate qui coordonne le développement des fleurs et la formation des fruits, rapporte le site Fruchthandel le 14 août. Cette découverte pourrait mener à la création de variétés permettant de prolonger la culture des tomates durant les mois les plus froids et d'accroître la fiabilité des récoltes hivernales. L’équipe s’est concentrée sur la réponse de la plante à l’auxine, une hormone qui régule la croissance et la reproduction. Grâce à la technologie CRISPR, ils ont modifié des gènes spécifiques afin d’étudier leur influence sur le développement floral et la formation des fruits. « Ces plants ont commencé à fructifier plus tôt dans toutes les conditions testées », expliquent les chercheurs. « Ils ont pu produire des fruits malgré le froid hivernal, contrairement aux autres plants. » Lors d'essais en serre, ils auraient produit 18 fois plus de fruits que les plants normaux en début de saison. À la récolte, ils auraient donné six fois plus de tomates mûres et un poids total de fruits mûrs dix fois supérieur. D’autres travaux vont étudier l'influence de ces modifications sur la taille, la saveur et la qualité globale des fruits, ainsi que le potentiel commercial de ces variétés.

Produits laitiers : Lactalis rachète la branche britannique du canadien Saputo

Lactalis a annoncé le 14 août le rachat de la division produits laitiers au Royaume-Uni du géant canadien Saputo (17,6 Md$ CAN de chiffre d’affaires), acquérant ainsi plusieurs marques emblématiques pour les Britanniques. Avec cette acquisition, dont le montant n'a pas été dévoilé, Lactalis UK enrichit son portefeuille avec les marques de cheddars Cathedral City et Davidstow, les beurres Country Life ou encore les matières grasses à tartiner Clover et Utterly Butterly. « Distribués en crémeries-fromageries, en grande distribution et en restauration hors domicile, les produits de la filiale sont principalement destinés au marché britannique, qui représente 94 % des ventes, les 6 % restants étant exportés en Europe, en Asie-Pacifique et en Amérique du Nord », explique Lactalis dans un communiqué. La division rachetée compte environ 1 300 collaborateurs et cinq sites de production, et a généré un chiffre d'affaires de 800 M€ lors de son dernier exercice financier, précise Lactalis (31,2 Md€ de CA, 85 000 collaborateurs). La finalisation de la transaction est attendue d'ici la fin du premier trimestre 2027. En 2019, Saputo avait racheté, pour près de 1 Md£, le fabricant britannique de fromage et de beurre Dairy Crest, ce qui a donné naissance à sa branche britannique aujourd’hui cédée à Lactalis. 

Volailles : la barrière européenne aux antibiotiques fait plonger l’indice FAO

L’indice FAO des cours mondiaux de la volaille a chuté de 7,2 points (5,8 %) entre juin et juillet, ce que l’organisation onusienne attribue principalement, selon son commentaire, à la baisse des cotations au Brésil, les exportateurs étant dans « l’incertitude quant au futur accès au marché de l'Union européenne, liée aux exigences en matière d'utilisation d'antimicrobiens ». Comme l’analyse l’Organisation pour les Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, cette incertitude « a renforcé l'idée que les produits à plus forte valeur ajoutée pourraient être réorientés vers d'autres marchés, ce qui intensifierait probablement la concurrence et pèserait sur les prix ». Pour rappel, le Brésil a été exclu le 12 mai de la liste des pays tiers autorisés à exporter des produits animaux vers le marché européen dans le cadre du règlement relatif à l’usage des antibiotiques vétérinaires (EU 2019/6). Cette liste doit entrer en vigueur le 3 septembre sous réserve de la publication au Journal officiel de l’UE. En juillet, le Brésil a vendu 36,8 millions de tonnes (Mt) de poulet dans l’UE, sur un total de 519,2Mt, selon l’association ABPA (industriels brésiliens des protéines animales, viandes blanches et œufs).

Machinisme : le constructeur vendéen Carré sort de redressement judiciaire

L’entreprise vendéenne Carré, spécialisée dans la fabrication de matériel de désherbage mécanique et de travail du sol, a récemment annoncé sortir de sa procédure de redressement judiciaire. Dans un communiqué du 15 juillet, le constructeur précise que ce redressement a pu se faire grâce à l’apport de capitaux du groupe Racine, constitué d’entrepreneurs vendéens. Dans le cadre de cette procédure, les 70 emplois ont pu être préservés. Face à la baisse des commandes de machines agricoles en France, Benoit Carré, dirigeant de l’entreprise, se donne comme objectif de développer l’export. « Plusieurs marchés offrent aujourd’hui de réelles perspectives de croissance pour les outils de travail du sol et de désherbage mécanique », indique le communiqué. L’entreprise souhaite également renforcer son activité de sous-traitance industrielle en s’appuyant sur « un outil de production intégré comprenant notamment la découpe laser, le pliage, la soudure, la peinture industrielle et le traitement de surface par cataphorèse ». La procédure de redressement judiciaire avait été mise en œuvre par Carré en avril 2025 à la suite d’une baisse importante du chiffre d'affaires. « On est passé de 22 M € de CA en 2022 à 9 M € en 2024. C’est vraiment brutal », évoquait alors Benoit Carré dans les colonnes du journal Entraid. (Tanguy Dhelin)

À nos abonnés: possible ralentissement des parutions en période estivale

En raison du ralentissement de l'actualité en période estivale, l'Agrafil, Agra Business, et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme légèrement moins soutenu jusqu'à la fin du mois d'août. En vous remerciant de votre compréhension.