Abonné

Plan canicules et sécheresse : chiffrage du ministère attendu le 27 août

- - 9 min
Parcelle de maïs touchée par le sécheresse (archive) Crédits : © Vienne rurale

Afin de calibrer son « plan massif » d’aide d’urgence, Annie Genevard réunira les préfets jeudi 27 août pour un « état des lieux » des pertes provoquées par la sécheresse et les canicules. La FNSEA a d’ores et déjà estimé les besoins à plusieurs milliards d’euros.

Récolte de maïs prévue comme catastrophique, productions de fruits et légumes gravement endommagées, prairies grillées, vendanges d’une précocité record… Alors que la sécheresse et les canicules, d’une ampleur historique, mettent la Ferme France à genoux, le gouvernement prépare sa réponse. Jour après jour, la ministre de l’Agriculture égrène les dispositifs prévus dans le plan CASI (canicules, sécheresse, incendies), annoncé fin juillet et attendu à la rentrée. Il faudra toutefois attendre le jeudi 27 août pour espérer connaître son enveloppe : c’est à cette date qu’Annie Genevard réunira les préfets pour qu’ils lui fassent un « état des lieux », afin de « calibrer » ce « plan massif ». Des remontées basées sur les travaux des « cellules départementales sécheresse » créées début août. Cette instance rassemble les professionnels, les chambres, les banques, les « services sociaux des départements », la MSA et l’administration. Elle doit fournir un « diagnostic précis » qui servira de base au plan d’urgence.

De son côté, Arnaud Rousseau a déjà chiffré les besoins des agriculteurs à plusieurs « milliards d’euros ». Dans une interview à France Info le 8 août, le président de la FNSEA a appelé à un « choc de réactivité » pour aider les agriculteurs qui font face à une « catastrophe » inédite, comparant la situation actuelle à celle de 1976. « Nous vivons une catastrophe climatique d'une ampleur que nous n'avons jamais vue en agriculture sur une telle durée », a-t-il lancé, tout en réclamant « une réponse gouvernementale inédite ». Et d’ajouter que, « s'il existe un certain nombre d'assurances, on sait parfaitement qu'elles ne pourront pas prendre en compte un tel niveau de sinistralité ».

Pas encore de « tableau d’ensemble » des pertes

Malgré la pression, Annie Genevard s’est refusée jusque-là à chiffrer l’enveloppe globale du plan d’urgence. « Il faut d’abord savoir exactement l’ampleur chiffrée des pertes avant d’annoncer des mesures. (…) Nous avons évidemment des premiers éléments, mais pas un tableau d’ensemble », indiquait-elle le 14 août au micro de RMC. Et de préciser : « Toutes les récoltes n’ont pas encore eu lieu, et il se peut qu’il pleuve – nous l’espérons tous – d’ici la fin du mois ». Même sans évaluation précise, « d’ores et déjà, on sait que les pertes sont extrêmement importantes », a concédé la ministre. « Ce n’est pas une sécheresse de plus, mais un épisode inédit aux conséquences très lourdes pour l’agriculture », insistait-elle la veille.

Si l’enveloppe est encore inconnue, le gouvernement a déjà largement esquissé le contenu du plan CASI. Il comprendra notamment « des aides d’urgence d’appui à la trésorerie » pour les agriculteurs « les plus en difficulté », a indiqué Annie Genevard sur RTL le 13 août. Un dispositif qui sera « à la main des préfets » et pourra être « déployé assez rapidement, dans les semaines qui viennent ». Le but ? Permettre aux agriculteurs de « remettre en production » pour la prochaine campagne. Par ailleurs, la ministre a indiqué que l’indemnité de solidarité nationale (ISN) – visant à compenser « les pertes de production les plus importantes », au-delà des seuils couverts par l’assurance récolte – sera dotée cette année de « plusieurs centaines de millions d’euros ». Un niveau établi « sur la base des prévisions actuelles de pertes de récolte ».

Réflexion sur un « prêt sécheresse »

Autre dispositif en gestation : « Nous réfléchissons à un prêt sécheresse », a déclaré Annie Genevard sur RMC le 14 août. Le but est, là aussi, de « pouvoir faire la jonction avec les prochaines productions ». Ces prêts seraient garantis ou bonifiés, a précisé le ministère à l'AFP le même jour. Par ailleurs, Annie Genevard a indiqué que « lors du prochain budget, nous aurons probablement des propositions à faire en matière de nouvelles mesures fiscales », sans plus de précisions. D’après un communiqué du 5 août, le plan CASI comprendra aussi des « prises en charge de cotisations sociales », des mesures sur la gestion de l’eau, ainsi que des « dispositifs de simplification et de dérogation ».

Parmi ces dérogations, celles portant sur l’interdiction de valorisation des jachères ont été étendues. En raison « de l’ampleur et de la durée exceptionnellement longue de la sécheresse », la Commission européenne a autorisé la France à étendre à tous les agriculteurs – et non plus aux seuls éleveurs – les dérogations à l’interdiction de valoriser les jachères, comme l’indique la préfecture du Gers dans un communiqué le 7 août. Cette possibilité était déjà ouverte aux seuls éleveurs depuis le début de l’été. Dans un contexte de manque de fourrages, tous les agriculteurs peuvent valoriser leurs jachères depuis le 8 août, « en les récoltant ou en autorisant leur pâturage par le troupeau d’un éleveur », selon la préfecture du Gers. « Les services déconcentrés ont reçu des instructions » en ce sens, a confirmé le ministère de l’Agriculture dans un message à la presse le 13 août.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

assurance récolte
Suivi
Suivre

Dérogations jachères élargies aux non éleveurs

Selon la Rue de Varenne, « toutes les préfectures sont autorisées à prendre ces dérogations » sur les jachères. Les préfectures de plusieurs départements se sont déjà saisies de cette possibilité d’extension aux non-éleveurs, dont notamment le Calvados, l’Eure, le Gers, l’Indre-et-Loire, ou encore l’Ille-et-Vilaine et la Vienne. D’après un recensement effectué par nos confrères de Réussir, il faut y ajouter l’Aisne, l’Allier, le Nord, Le Pas-de-Calais, ainsi que la Somme et la Marne.

Les deux types de jachères déclarés dans le cadre de la Pac sont concernées par les dérogations. D’une part les surfaces déclarées comme jachères « classiques », qui sont en règle générale interdites de valorisation durant une période de six mois devant inclure le 31 août. Idem pour celles déclarées comme jachères IAE (infrastructures d’intérêt écologique) dans le cadre des éco-régimes, qui ne peuvent normalement pas être valorisées entre le 1er mars et le 31 août. Pour bénéficier des dérogations, les agriculteurs doivent déposer des demandes individuelles auprès de leur DDT. Présidée par la Coordination rurale, la chambre d’agriculture de la Vienne pointe « une « décision tardive qui illustre une nouvelle fois le décalage entre les réalités du terrain et le rythme de l'administration ».

 

Fourrages : aide débloquée en Haute-Vienne, en préparation dans les Landes

Alors que la sécheresse et les canicules amputent la production fourragère partout en France, au moins deux conseils départementaux ont annoncé des aides pour l’achat de fourrages. Dans un communiqué du 5 août, le département de la Haute-Vienne indique avoir débloqué une enveloppe d’urgence de 100 000 €, « à destination des jeunes agriculteurs et des exploitations en situation de grande précarité ». Un dispositif adopté la veille, en commission permanente. L’aide atteindra au maximum « 400 € par exploitation » et pourra financer l’achat de « fourrage, paille, céréales, compléments, semences fourragères, plants, semis... ». Les bénéficiaires seront identifiés en lien avec « les Jeunes agriculteurs (JA) 87 et l’association Solidarité paysans Limousin », précise la collectivité. De con côté, le département des Landes mettra au vote « dans les prochaines semaines » un « plan fourrage » d’un montant de 550 000 €, élaboré avec les professionnels et la chambre d’agriculture. D’après un communiqué du 7 août, il regroupera cinq aides forfaitaires : achat de fourrages (60 €/t hors ensilage, 360 €/ha pour l'ensilage de maïs), semis de dérobées d'automne et couverts d'intercultures (60 €/ha), réalisation d'ensilage de maïs (30 €/ha), semis de prairies (150 €/ha) et sursemis de prairies (100 €/ha).

 

Distribution : Carrefour annonce un « plan d’urgence » pour les fruits, légumes et bovins

Dans un communiqué du 14 août, Carrefour annonce un « dispositif d’accompagnement d’urgence auprès de ses partenaires agricoles » affectés par la sécheresse et les canicules. Première production concernée : les fruits et légumes, pour lesquels le plan vise à « faciliter l’écoulement des productions endommagées par la sécheresse ». Comme réclamé par les organisations de producteurs, le distributeur fait évoluer ses cahiers des charges « notamment en termes de poids, calibres et aspects visuels », afin de commercialiser des fruits et des légumes « plus petits ou visuellement imparfaits ». Carrefour promet aussi « une révision immédiate des prix d’achat des fruits et légumes frais dès lors que ceux-ci intègrent des augmentations de coûts de production liées aux épisodes caniculaires ». Autres mesures : des délais de paiement « raccourcis à 15 jours » pendant « une durée d’un mois », ainsi que « l’engagement de privilégier systématiquement l’origine France pour toutes les variétés de fruits et légumes produites sur le territoire ». Par ailleurs, les éleveurs bovins, en difficulté pour nourrir leur bétail, vont bénéficier de « l’introduction d’une " clause sécheresse " dans les cahiers des charges » des filières Carrefour, visant à « intégrer plus facilement le surcoût de l’alimentation animale ».