Agrafil spécial Conférences de la souveraineté alimentaire

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Financement : Genevard propose de créer un « fonds souverain agricole »

À l'occasion du lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire » le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a proposé de créer un « fonds souverain agricole ». Ce fonds pourrait « permettre aux épargnants qui aiment les agriculteurs de choisir d’investir dans leur alimentation », d'« inciter les acteurs de l’aval et de la distribution, l’État lui-même, à contribuer aux financements des investissements de leurs fournisseurs pour sécuriser leurs approvisionnements ». Interrogé par Agra Presse, son cabinet indique que ces travaux partent de zéro : pas de lien avec le fonds de garantie de 2 Md€ porté par Marc Fesneau dans le cadre de la loi d'orientation agricole. La proposition fait écho à celle portée par Laurent Duplomb en 2024, de créer un « livret Agri », livret réglementé sur le modèle du livret de développement durable et solidaire, afin de faciliter l’accès à l’emprunt du secteur agricole et agroalimentaire à des conditions avantageuses, notamment à l’heure du renouvellement des générations. Elle fait aussi écho à un projet porté par le député Jean-Baptiste Moreau en 2018 dans le cadre des débats budgétaires. Il proposait de créer un fonds public-privé de 600 M€ pour soutenir les agriculteurs dans leurs investissements de modernisation induits par les plans de filière issus des États généraux de l’alimentation (Egalim). Les fonds devaient venir d’institutions bancaires essentiellement, d‘investisseurs (privés pour 70 M€ et l’État pour 30 M€), d’un redéploiement de crédits. Ces deux projets sont restés sans suite.

Conférences Souveraineté : Genevard invoque l'imminence d'une « guerre agricole »

« Si nous sommes réunis ici, c’est que la guerre agricole se prépare », a déclaré le 8 décembre la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dans un discours au vocabulaire martial, pour lancer les « Conférences de la souveraineté alimentaire » destinées à définir une stratégie agricole nationale sur dix ans. « La guerre agricole menace chaque jour un peu plus et il est temps d’agir », a martelé la ministre, estimant que l’actualité mondiale – guerre en Ukraine, politique douanière américaine, taxes chinoises – dissipe « l’illusion » d’une prospérité durable, sur fond de pressions climatiques ou encore démographiques, dans un discours appelant à un « grand réveil alimentaire », depuis le marché de gros de Rungis. « La guerre entre armées ramène avec elle la guerre des champs », a poursuivi la ministre, inscrivant ensuite la Ferme France dans une potentielle économie de guerre. « La guerre, il nous faut nous y préparer ; si elle éclate, c'est sur les agriculteurs, eux seuls, qu'il faudra compter », a déclaré Annie Genevard, avant de dépeindre l'état de la Ferme France. Sur le fond, la ministre a simplement appelé à produire davantage, balayant le discours d'Emmanuel Macron prononcé sept ans plus tôt à Rungis sur la montée en gamme, qu'il avait lui-même amendé depuis. Évoquant les débats sur les modèles agricoles, Annie Genevard prendra des accents presque nationalistes : « Quand je dis produire plus, il y a toujours quelqu'un pour dire : productivisme, malbouffe. C'est une trahison de la nation que dire cela. »

Pesticides : Genevard menace Bruxelles de lancer des mesures miroir nationales

À l'occasion du lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire » le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a menacé d'appliquer des mesures miroir à l'échelle nationale en matière de limites maximales de résidus (LMR) si les discussions à l'échelle européenne n'aboutissaient dans ce sens. « Si la Commission ne le fait pas de son propre chef dans les semaines à venir, soyez assurés que j’interdirai moi-même les importations sur notre sol de produits contenant des substances interdites en Europe comme le droit européen me le permet. » L'outil évoqué par la ministre est celui des clauses de sauvegarde d'urgence, comme ce fut le cas pour le diméthoate ou le phosmet en production de cerises, apprend-on d'une source proche du dossier. La Commission européenne doit déjà présenter, le 16 décembre, un paquet de simplification des règles en matière de sûreté alimentaire qui devrait comprendre un engagement à fixer les limites maximales de résidus (LMR) pour les substances les plus dangereuses interdites dans l’UE au niveau de la limite de quantification. Bruxelles a aussi lancé une analyse d'impact afin de renforcer la réciprocité des normes de production de l'UE relatives aux pesticides vis-à-vis des produits importés. À la suite de la censure par le Conseil constitutionnel de la réintroduction de l’acétamipride (loi Duplomb), la Confédération paysanne et l'ANPP (pommes poires) ont demandé la mise en place de clauses de sauvegarde.

Cantines : Genevard proposera au gouvernement de rehausser les objectifs d'Egalim

À l'occasion du lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire », le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture a fait part de son souhait de rehausser les objectifs de la loi Egalim en matière d'approvisionnement local, durable et de qualité des cantines publiques. « Je veux que l’État soit exemplaire en la matière et je souhaite personnellement qu’il se fixe des objectifs plus ambitieux, notamment dans les cantines des administrations centrales », a déclaré Annie Genevard. « L’État doit montrer l’exemple au consommateur. Je proposerai cette réforme auprès de mes homologues dès le mois de janvier. » Le 26 novembre, la ministre de l'Agriculture a dévoilé les résultats de la campagne 2025 de télédéclaration des achats des restaurants collectifs, qui semblent indiquer une stagnation dans l'atteinte des objectifs d'approvisionnement de la loi Egalim. Les données d’achats 2024 montrent une légère baisse de la part des produits bio (11,8 %, contre 14 % l'an passé) et une progression des « produits durables et de qualité » (29,5 %, contre 25,3 % l'an passé). Le ministère note une progression du nombre de participants (40 % des sites de restauration collective, contre 20 % en 2024), ce qui ne lève toutefois pas les doutes sur la fiabilité de ces chiffres, la télédéclaration étant volontaire, et donc possiblement sujette à d'importants biais de sélection de l'échantillon.

Éducation : Genevard veut faire de l'alimentation une « Grande cause nationale »

À l'occasion du lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire » le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé avoir proposé au Premier ministre de faire de « l’éducation à l’alimentation » la « Grande cause nationale 2026 ». Cette labellisation permettrait de « financer, partout dans le pays, et d’abord auprès des plus jeunes, de grandes campagnes de sensibilisation », a-t-elle précisé. Cette proposition fait écho à celle faite par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en avril, dans son avis sur la politique de l'alimentation. Le Cese proposait de faire de l'alimentation (et non l'éducation à l'alimentation) une Grande cause nationale. Dans les faits, cela reviendrait plus ou moins au même : le label « Grande cause nationale » permet d'obtenir des diffusions gratuites de messages sur les radios et télévisions publiques. Le but : mettre sur le devant de la scène la cause défendue. Les chaînes publiques sont tenues de diffuser chacune 12 messages de la campagne retenue. Le choix est fait chaque année par le Premier ministre par appel d'offres auquel candidatent les organismes potentiellement soutenus.

Étiquetage de l'origine : Schelcher propose de rendre Origin’Info obligatoire

À l'occasion du lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire » le 8 décembre, le patron de Système U, Dominique Schelcher, s'est déclaré favorable à la généralisation du logo Origin’Info, sur l'origine des matières premières dans les produits agroalimentaires transformés : « Pourquoi ne pas rendre obligatoire Origin’Info ? Quand on l'appose, il nous oblige à faire mieux », a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée lors de l'évènement. Sa proposition a été reprise au bond par le chroniqueur Olivier Dauvers, qui animait la matinée, défenseur de longue date de la mention de l’origine. Bien « qu’obtenir l’obligation est peu probable (car difficilement compatible avec nos engagements européens) », comme il l’écrit dans un post LinkedIn, Olivier Dauvers indique que « les parties prenantes (industriels et distributeurs) peuvent s’engager en collectif et donner force de loi à l’affichage systématique. » Il lance le défi aux ministres Annie Genevard et Serge Papin : pousser marques et enseignes à déployer volontairement Origin’Info. L’obligation d’affichage d’Origin’Info au niveau européen a été portée par plusieurs organisations depuis le lancement du logo en 2024, parmi lesquelles UFC-Que choisir, Foodwatch et la CLCV.

Conférences Souveraineté : la liste complète des présidents de groupe

À l'occasion du lancement des Conférence de la souveraineté, le 8 décembre, le coordinateur Ludovic Spiers a présenté la liste complète des présidents des groupes de travail sectoriels, qui devront se réunir au moins trois fois d'ici au Salon de l'agriculture, où seront présentées (comme annoncé) de premières orientations. Le groupe Grandes cultures est présidé par Christoph Büren, président de Vivescia. Le groupe Fruits et légumes par Laurent Grandin, président du Comité européen des interprofessions fruits et légumes (et ex-président d’Interfel). Le groupe Viandes blanches par Christiane Lambert, présidente de la Fict (charcutiers industriels), tandis que le groupe Ruminants et chevaux par Damien Lacombe, ex-président de Sodiaal. Le groupe Viticulture sera présidé par Bernard Angelras, président de l'IFV (institut technique) et le groupe Productions végétales spécialisées par Arnaud Montebourg, ancien ministre et président de la Compagnie des amandes. Quant au groupe Pêche et aquaculture, il sera présidé par quatre personnalités : Olivier Le Nezet (président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, CNPMEM), Frédéric Toulliou (président de France Filière Pêche), Philippe Le Gal (président du Comité national de la conchyliculture, CNC) et Michel Berthommier (président du comité interprofessionnel des produits de l’aquaculture (CIPA).

Conférences Souveraineté : accueil positif des industriels, très mitigé des syndicats agricoles

Le lancement des « Conférences de la souveraineté alimentaire », le 8 décembre, a été positivement accueilli par des acteurs industriels. « C’était un ton volontaire et réaliste », a commenté Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, qui regroupe plus de 2 000 coopératives. Mais l’événement a été boudé par les syndicats agricoles – à l’exception des Jeunes agriculteurs. « Planifier l’agriculture est une demande du réseau Jeunes Agriculteurs que nous avons obtenue dans la dernière loi d'orientation agricole », a rappelé le syndicat dans un communiqué le 8 décembre. La FNSEA, elle, participe bien aux conférences – qui ont déjà démarré –, mais a boycotté un rendez-vous vu comme « une opération de communication ». Pour la Coordination rurale, le « grand réveil alimentaire » est « un mépris total de la profession », explique le syndicat, pour qui « l’heure n’est plus aux discussions mais bel et bien à un réveil politique pour une réforme structurelle complète ». Et de mettre en avant quatre mesures : « revenir en arrière sur la loi sur l’eau, réviser l’ensemble du Code de l’environnement, sortir le « principe de précaution » de la Constitution, sortir le « vin » de la loi Évin ». Propositions radicalement différentes, mais même rejet de l'évènement à la Conf' : « Face au changement climatique, le productivisme a atteint ses limites », a réagi Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne, déplorant une vision de la souveraineté basée sur le « produire plus » et non sur la capacité d’une société à choisir son agriculture et son alimentation.

Conférences souveraineté : l’ANPP demande des garanties à l'État et à la distribution

Alors que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a lancé, le 8 décembre, les « Conférences de la souveraineté alimentaire », l’Association nationale pommes poires (ANPP, producteurs) estime dans un communiqué que ces travaux « ne peuvent être engagés ni avoir la moindre portée » sans la prise en compte de quatre de ses exigences. Elle indique attendre des prises de paroles publiques de l’État et des distributeurs « dans les prochains jours ». Le syndicat demande d’abord que l’État dispose de données « fiables » sur le potentiel de production française de pommes, relevant des écarts entre les statistiques publiques : 41 944 ha selon le Recensement général agricole (RGA) 2020 et 40 100 ha selon Agreste. Il appelle par ailleurs à une levée « immédiate des verrous réglementaires identifiés », notamment autorisation d’utiliser l’ozone pour le conditionnement et le stockage des pommes, mais également l’autorisation de nouvelles techniques d’application de produits phytosanitaires (PulVéfix et micro-injection). L’ANPP insiste également sur la nécessité de sécuriser les programmes opérationnels, dont le financement serait « largement menacé » dans la proposition de Pac 2028-2034 de la Commission européenne. Enfin, l’association demande à ce que les distributeurs privilégient l’origine France dans les compotes vendues sous marque distributeur (MDD).