Agrafil du 14 février 2022

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La Réunion: l'agriculture réunionnaise sinistrée après le passage du cyclone Batsirai

La chambre d'agriculture de La Réunion a estimé à 47 millions d'euros les dégâts infligés aux exploitations agricoles par le passage du cyclone intense Batsirai à proximité de l'île le 3 et le 4 février. Ce bilan sera présenté à Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer qui sera dans l'île de dimanche à mardi. Sur ces 47 millions d'euros, «le secteur végétal, les maraîchages, les cultures de fleurs, l'arboriculture... enregistre à lui seul 44 millions de pertes», a souligné le 11 février Frédéric Vienne, président de la chambre d'agriculture. L'impact des pluies diluviennes et des rafales de vent soufflant parfois à 150 km/h «n'a pas été le même partout mais toutes les régions de l'île ont été touchées», remarque le dirigeant agricole. Plus de 900 hectares de fruits et légumes ont été perdus. 50% des serres et des structures hors-sols ont été touchées. Le 9 février, l'Etat a reconnu l'état de catastrophe naturelle pour 19 des 24 communes de La Réunion. «Il faudrait que toute l'île soit placée sous ce statut», estime Thierry Silotia, secrétaire adjoint de la chambre d'agriculture: «certains exploitants ont tout perdu».

Œufs: après l'action des producteurs, Carrefour «s'engage à revaloriser» les prix

Après une action des producteurs d'œufs devant son siège, dans la matinée du 11 février, Carrefour s'est «engagé sur une revalorisation des prix et une indexation automatique sur l'indice trimestriel Itavi» (alimentation animale), indique l'enseigne. En proie à une flambée du prix de l'aliment depuis plusieurs mois, les producteurs demandent 2 ct d'€ par œuf conventionnel et 5 ct d'€ en bio. Carrefour n'a pas communiqué l'ampleur de la revalorisation attendue (encore en cours de discussion), et une nouvelle rencontre est prévue la semaine du 14 février. «On a déjà trouvé un accord sur 70% de nos volumes, qui correspondent aux marques distributeurs, précise-t-on chez Carrefour. Il reste à trouve un accord sur les marques nationales, qui représentent les 30% restants.» Environ 150 producteurs – selon les manifestants – se sont rassemblés devant le siège de Carrefour à Massy (Essonne), à l'appel du syndicalisme majoritaire et de l'UGPVB (groupements). «Nous demandons que l'indexation soit basée sur le niveau d'août 2020», indique Anthony Salmon, de la FDSEA de Mayenne, qui a fait partie de la délégation reçue par la direction de Carrefour. Entre août 2020 et janvier 2022, l'indice Itavi des matières premières pour l'aliment poules pondeuses a augmenté d'environ 39%.

Vin: le député LREM Éric Girardin missionné par M. Castex sur le foncier viticole

Le député de la Marne Éric Girardin a été missionné par le Premier ministre sur la question de la transmission viticole, annonce l'élu de la République en marche (LREM) dans un communiqué paru le 11 février. Éric Girardin est déjà depuis 2017 le vice-président du groupe d'étude «vigne, vin, œnologie» à l'Assemblée nationale. L'attribution de cette mission fait suite à la venue de Jean Castex à Épernay en juin 2021, rapporte le député. L'objet de la mission, qui sera effectuée auprès de Julien Denormandie, est «d'analyser les mesures à prendre pour inciter un viticulteur à la transmission de son exploitation, à un jeune, en particulier dans les terroirs à très forte valeur ajoutée et valeur du foncier élevée et permettre ainsi le renouvellement des générations», est-il écrit dans la lettre adressée par le Premier ministre au député. Jean Castex situe cette mission dans un contexte de «renchérissement du coût du foncier au cours des dernières années, en particulier dans les appellations les plus réputées qui continuent de connaître de fortes hausses du prix des vignobles». Il fait état de situations dans lesquelles «les agriculteurs peuvent se voir contraints de céder leur exploitation à une structure», notant qu'«il en résulte une difficulté à maintenir les unités d'exploitation au moment de leur transmission».

Peste porcine africaine: prévention renforcée, notamment à la frontière avec l'Italie

Alors que le nord de l'Italie est touché par la peste porcine africaine (PPA), le ministère de l'Agriculture a lancé le 9 février un «plan d'action» afin de prévenir l'arrivée de la maladie dans les élevages français. Au niveau national, ce plan prévoit notamment d'atteindre un «objectif d’élévation rapide de la biosécurité en élevage et dans les transports». Bien que le gouvernement prévoie d’«accompagner les éleveurs dans leurs mises aux normes», aucun budget n'est mentionné dans le document de présentation du plan d'action. Le ministère s'attellera aussi à recenser «aussi rapidement que possible les éleveurs ou détenteurs de porcins non déclarés». Les départements frontaliers avec l'Italie* font l'objet d'une attention particulière:  les élevages devront se mettre aux normes «dans des délais acceptables», avec le lancement «d’ici avril 2022», d'un «plan de contrôle officiel». Les autorités prévoient aussi de «réduire la population de sangliers par le biais d’actions de chasse». Contrairement à l'épisode de PPA en Belgique en 2018, le gouvernement ne mentionne pas dans son plan l'érection d'une clôture à la frontière. Depuis début janvier, 31 cas de PPA ont été détectés en faune sauvage au nord-ouest de l'Italie, à 100 km de la frontière avec la France.
*Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Savoie et Haute-Savoie.

Influenza: plus de 4 millions de volailles abattues dans le Sud-Ouest (ministère)

Dans le cadre de la lutte contre l'influenza aviaire, «depuis le début de la crise, 2,4 millions de canards et 1,7 million de poulets auront étés dépeuplés dans l'ensemble du grand Sud-Ouest», indique le ministère de l'Agriculture à Agra Presse le 11 février. Le bilan de l'épisode 2021-2022 s'annonce donc aussi lourd que celui de l'année dernière, qui avait vu plus de 4 millions de volailles abattues (dont presque 2,6 millions de canards). Dans la zone de dépeuplement massif - qui couvre 226 communes du Gers, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques -, «tous les canards ont été abattus, ainsi que toutes les cailles», précise la Rue de Varenne, confirmant une information du quotidien Sud-Ouest. «Il reste environ 140 000 poulets, qui sont à au plus trois semaine d'une sortie commerciale.» Dans les élevages situés à plus d'1 km d'un foyer, les gallinacés peuvent être menés au terme de leur cycle d'élevage et valorisés en alimentation humaine après un test négatif. Il reste également «214 000 pondeuses pour lesquelles une possibilité de maintien en vie conditionné par un protocole strict de surveillance est en cours d'expertise». Au dernier bilan, le 9 février, la France comptait 350 foyers d'influenza aviaire. Fait nouveau, trois cas ont été confirmés cette semaine en Seine-Maritime (un en élevage et deux en basses-cours).

Ministère de l'Agriculture: «fatigue» chez les agents, alerte une intersyndicale

La réunion du Comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) du ministère de l'Agriculture le 26 janvier a débuté par la lecture d'une déclaration intersyndicale (CFDT, FO, FSU, Unsa) «soulignant la fatigue, l’usure et le manque de perspectives d’amélioration des conditions de travail actuelles des agents», rapporte la CFDT Spagri sur son site internet le 9 février. Deux dossiers récents sont mis en avant dans cette déclaration: d'une part, les effets de la crise sanitaire dans l'enseignement agricole, et d'autre part la répétition des crises d'influenza aviaire. Dans ce dossier, la CFDT évoque notamment des menaces de grève au sein de la DDPP des Landes. Plus généralement, les syndicats décrivent une «ambiance morose», un «sens du collectif perdu». Selon eux,  «la crise Covid y est pour beaucoup, mais le train des réformes et d'autres crises sanitaires aggravent la situation de mal-être. Réforme dans tous les secteurs: enseignement, certification export, Feader, Brexit, grippe aviaire, etc. Malheureusement, aucun ou peu de signaux positifs donnent un espoir d'amélioration, bien au contraire.» La CFDT rapporte que l’administration a répondu, lors de cette réunion, que les risques psychosociaux «font l’objet d’une extrême vigilance» et que «plusieurs chantiers vont être lancés et seront présentés aux organisations syndicales dans les instances à venir.»

Aides Pac: premières inquiétudes autour du transfert des agents vers les Régions

Ces dernières semaines, la CFDT Spagri (agents du ministère de l'Agriculture) et un sénateur centriste d'Indre-et-Loire se sont inquiétés de la façon dont est prévu le transfert, d'ici la fin d'année, d'environ 400 équivalents-temps plein (ETP) des services déconcentrés de l'État vers les Régions. Ces dernières héritent de la gestion complète des aides non-surfaciques du second pilier de la Pac à partir de 2023. Dans une note parue le 4 février sur son site internet, la CFDT Spagri rapporte que les régions Bourgogne-Franche-Comté, Normandie et Île-de-France n’envisageraient pas «à ce stade» de créer une implantation départementale» dédiée à ce service. Le syndicat craint «une perte de proximité». De son côté, le sénateur Pierre Louault estimait, dans une question écrite au gouvernement fin 2021, que les fonctionnaires concernés ont été trop peu incités à accepter le transfert, et risquent d'être «remplacés par des contractuels ayant très peu de formation». Un premier bilan a été fait des intentions de ces agents en poste, rapporte la CFDT, dont le résultat serait une «répartition équitable entre [ceux] qui souhaitent rejoindre les Conseils régionaux, ceux qui ne le souhaitent pas et les indécis».

Brésil : une loi pour assouplir utilisations et autorisations de pesticides

Les députés brésiliens ont approuvé le 9 février un projet de loi sur l’usage des pesticides, surnommé «projet de loi du poison» par ses détracteurs, mais dont les partisans affirment qu’il contribuera à moderniser l’agriculture. Ce projet, en gestation depuis 2002 et soutenu par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro, a été adopté par 301 voix contre 150 et deux abstentions et doit encore être approuvé par le Sénat. Le texte assouplit les règles d’usage des pesticides au Brésil et donne au ministère de l’Agriculture le pouvoir d’autoriser les nouveaux produits, au lieu d’un processus d’autorisation actuel requérant les avis de plusieurs agences sanitaires et environnementales. «Ils sont en train de libérer le poison pour l’envoyer dans nos assiettes», s’est alarmé le chef de l’opposition parlementaire, Alessandro Molon, en affirmant que la nouvelle loi aura des conséquences «irréversibles» pour la santé des Brésiliens. Les défenseurs du projet soutiennent, pour leur part, que les nouvelles règles permettront d’augmenter la production, de réduire les prix et de garantir la sécurité alimentaire. Le Brésil a besoin de «mesures de défense (pour ses récoltes) tout comme il a besoin des vaccins, qui sont aussi un remède», a affirmé le député Diego Andrade, du Parti social démocratique.

Bio : un lien avec un meilleur fonctionnement du métabolisme chez l'enfant (étude)

Une étude remarquée par le quotidien Le Monde, et publiée par la revue Environmental international en novembre 2021, montre pour la première fois comment l’alimentation bio améliore le fonctionnement du métabolisme chez les enfants. Les chercheurs chypriotes ont suivi 190 élèves de primaire divisés en deux groupes. Les premiers se sont vus proposer une alimentation exclusivement bio pendant 40 jours, suivie d’une nourriture conventionnelle pendant 40 jours, et vice-versa pour les seconds. Les prélèvements urinaires des enfants ont été analysés pour détecter un ensemble de marqueurs métaboliques, intermédiaires chimiques des processus cellulaires, dont une vingtaine ont montré des liens statistiquement significatifs avec l’alimentation biologique ou des marqueurs de stress oxydatifs. Une alimentation bio permettrait notamment de baisser les taux d’acide amino lactique et de D-glucose, tous deux impliqués dans les diabètes de type 2. Les chercheurs rappellent aussi qu’ils avaient déjà, dans une étude précédente, montré qu’une alimentation bio durant 40 jours avait pour effet de diminuer les marqueurs de stress oxydatif, ces molécules pouvant notamment être liées aux cancers. «Plusieurs études métaboliques chez l’homme ou l’animal ont déjà montré l’effet des expositions aux pesticides sur des perturbations métaboliques», soulignent les auteurs.

L'Espagne et le Portugal frappés par la sécheresse en plein hiver

L'Espagne, comme le Portugal voisin, est frappée cet hiver par une aridité précoce et extrême en raison de la faible pluviométrie enregistrée en janvier, mois qui est déjà considéré comme le deuxième le plus sec depuis l'an 2000 dans la péninsule ibérique, selon les agences météorologiques des deux pays. Cette sécheresse est exceptionnelle par «son intensité, son ampleur et sa durée», indique Ricardo Deus, climatologue de l'Institut portugais de la Mer et de l'Atmosphère (IPMA). Et en Espagne, «en janvier, il n'a plu que le quart de ce qu'il aurait dû pleuvoir à cette période», explique Ruben del Campo, porte-parole de l'AEMET, l'agence météorologique espagnole, à l'AFPTV. Cette situation inhabituelle a déjà amené le gouvernement portugais à prendre des mesures d'urgence. Dans un pays où près de 30% de l'énergie consommée est d'origine hydraulique, les autorités ont été contraintes début février d'annoncer la suspension de la production hydroélectrique de cinq barrages pour «préserver les volumes nécessaires à l'approvisionnement public». De l'autre côté de la frontière, le ministre de l'Agriculture espagnol, Luis Planas, a fait part mercredi de sa «préoccupation» face à cette situation, assurant que le gouvernement prendrait «les mesures nécessaires en fonction de l'évolution de la situation».

Semences : publication de la procédure pour l’inscription des variétés populations bio (JO)

Par un arrêté publié au Journal officiel le 11 février, le ministère de l’Agriculture a détaillé la procédure d’homologation du «matériel biologique hétérogène» par le Geves. Définie par un règlement européen de 2018, cette catégorie concerne les semences de type «populations», comprenant des ensembles d’individus génétiquement différents, sans être de simples mélanges de variétés. Alors que leur commercialisation a été facilitée par un règlement délégué de 2021, les opérateurs français souhaitant commercialiser ces semences devront déposer auprès du Geves un dossier comprenant un échantillon ainsi que «la description des principales caractéristiques agronomiques et phénotypiques communes à cet ensemble végétal». Les demandeurs devront également préciser le matériel végétal d’origine, ainsi que les conditions de production. Sauf demande d’information supplémentaire, le Geves transmettra trois mois après réception son expertise à la DGAL, dont une décision favorable conduira alors «à l’inscription du matériel hétérogène biologique sur la liste publiée au Journal officiel par arrêté du ministre chargé de l’agriculture».

Le Déméter 2022 explore les «nouvelles frontières» de l’alimentation

La 28e édition du Déméter 2022, parue le 11 février, s’intéresse aux «nouvelles frontières» géopolitiques de l’alimentation. Partant du constat que la pandémie de Covid-19 a rappelé l’importance de la sécurité alimentaire, les auteurs analysent la façon dont «les frontières de nos assiettes se redessinent», rappelant que l’agriculture et l’alimentation sont des marqueurs de puissance et de souveraineté pour les états. Les dix-huit chapitres explorent les changements d’habitudes des consommateurs, les nouveaux défis logistiques que pose l’approvisionnement en denrées alimentaires à travers le monde ou encore le sujet de diplomatie culinaire, avec l’exemple du «soft power» sud-coréen. Les auteurs placent la question de la souveraineté alimentaire au centre de leur réflexion. Un chapitre est notamment consacré à la cité-état de Singapour qui s’est donnée l’objectif de couvrir 30% de ses besoins alimentaires d’ici 2030 en misant sur l’innovation pour pallier la quasi-absence de terres agricoles sur son territoire.