UE-Mercosur : Bruxelles et Berlin poussent pour une signature avant la fin de l’année
Alors que la France a demandé le 14 décembre un report des « échéances » liées à la conclusion de l’accord commercial UE-Mercosur, Bruxelles et Berlin maintiennent leur pression pour obtenir une signature du traité, comme prévu, en marge du sommet du Mercosur au Brésil le 20 décembre. Celle-ci est « absolument nécessaire cette semaine (...). Ce serait un signal fort de la capacité d’action de l’Europe si l’Union concluait effectivement ce traité commercial », a ainsi affirmé le 15 décembre Stefan Kornelius, le porte-parole du gouvernement allemand, alors que les Vingt-sept doivent se prononcer sur ce sujet cette semaine. De son côté, « la Commission prévoit toujours de signer l'accord UE-Mercosur d'ici la fin de l'année 2025 », a confirmé le même jour Olof Gill, porte-parole en chef adjoint de la Commission européenne en charge du Commerce international. Et d’ajouter que « cet accord revêt une importance capitale pour l'UE, tant sur le plan économique, diplomatique et géopolitique qu'en termes de crédibilité ». Bruxelles estime avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre les plus sceptiques, en répondant aux préoccupations agricoles et en mettant sur la table des mesures d'accompagnement.
PLF 2026 : le budget de l’État adopté au Sénat, CMP prévue vendredi 19 décembre
Les sénateurs ont voté, le 15 décembre, le projet de loi de finances (PLF) pour 2026, dans une version nettement remaniée par la majorité sénatoriale (alliance droite-centristes). Après la partie « recettes » le 4 décembre, c’est la partie « dépenses », puis l’ensemble du texte qui ont été adoptés par 187 voix contre 109. L'Assemblée nationale n'ayant pas pu s'accorder sur ce texte, la copie des sénateurs sera la base des discussions en commission mixte paritaire (CMP). Selon l’AFP, la CMP doit réunir le 19 décembre sept députés et sept sénateurs chargés de trouver un accord. S'ils n'y parviennent pas, il faudra probablement poursuivre les débats budgétaires en janvier, et voter d'ici là une loi spéciale pour permettre la continuité de l'action de l’État. Concernant l’agriculture, le 12 décembre, les sénateurs de gauche et de droite se sont accordés pour adopter de nombreuses nouvelles dépenses dans les missions du ministère de l'Agriculture, toujours contre l'avis du gouvernement (allègements de charges pour la viticulture et les grandes cultures, vaccination contre l’influenza aviaire, soutien à la filière noisette, agriculteurs en difficulté, aide à l’alimentation animale en outre-mer, PAT, etc.). Plus largement, le ministre de l'Économie Roland Lescure a jugé « inacceptable » de faire porter le déficit à 5,3 % du PIB en 2026 dans le texte adopté, appelant la droite sénatoriale à « faire des concessions » dans la suite des négociations.
Agroalimentaire : les aliments ultra-transformés dans le viseur de Bruxelles
La Commission européenne doit dévoiler, le 16 décembre dans le cadre de son paquet Santé, un plan d’action sur la santé cardiovasculaire dans l’UE dans lequel elle devrait s’attaquer aux facteurs de risque comme les mauvaises habitudes alimentaires. Selon un projet de texte obtenu par Agra Presse, Bruxelles souhaite notamment travailler à l'introduction d’un prélèvement sur les aliments dits « ultra-transformés », les aliments et boissons riches en graisses, en sucres et en sel. La viande ou le vin ne seraient donc pas explicitement visés. Contrairement à une première version qui a circulé, ce projet de texte ne contient pas d’objectif en matière de calendrier d’introduction de cette mesure. L’idée serait d’utiliser les revenus générés par ces prélèvements pour des programmes de promotion de la santé à l’échelle de l’UE. En outre, l’exécutif européen aimerait mettre en place « un nouveau système complet d'évaluation de la transformation des denrées alimentaires ». La Commission estime que cela permettra de « responsabiliser les consommateurs grâce à des informations numériques transparentes et scientifiquement fondées » en vue d'encourager l'adoption de pratiques alimentaires plus saines.
Bovins/DNC : Genevard lance la vaccination en Occitanie et dit « entendre » les éleveurs
La ministre de l’Agriculture s’est rendue en Occitanie lundi 15 décembre pour marquer le début de la campagne de vaccination préventive contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans les Pyrénées. Après avoir assisté à la vaccination d'un troupeau de blondes d'Aquitaine en Haute-Garonne, Annie Genevard a rejoint la préfecture de Toulouse pour une « réunion de crise » en fin d'après-midi, rapporte l’AFP. « Les agriculteurs m'ont demandé qu'on puisse élargir le territoire de la vaccination et je les ai entendus », a-t-elle déclaré à BFMTV. Malgré ce « premier infléchissement », la locataire de la Rue de Varenne est restée ferme sur les autres piliers de la stratégie de lutte, dont l’abattage total des lots d’animaux infectés, cible de la colère de nombreux éleveurs. Interrogée sur France 2 plus tôt dans la journée, Mme Genevard avait assuré que « le dialogue est ouvert avec la profession ». Et d’ajouter : « Nous allons écouter, regarder, concerter, nous allons rencontrer absolument tout le monde cette semaine ». Des propos qui ne concernaient que le protocole en Occitanie, et non au niveau national, a précisé son cabinet dans la foulée. « Le protocole sanitaire a fait ses preuves, il ne change pas », appuie le ministère dans un message à la presse, l’objectif reste « l’éradication » de la malade en appliquant « les protocoles scientifiques qui marchent ».
Bovins/DNC : un premier foyer dans l’Aude, les 10 bovins abattus (préfecture)
Un nouveau département occitan a été atteint par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) le 14 décembre : l’Aude, avec un foyer à Pomas, à une dizaine de kilomètres de Carcassonne, selon un communiqué de la préfecture diffusé le lendemain. « Dès confirmation de la maladie ce dimanche (14 décembre, NDLR), l’unité épidémiologique, composée de dix bovins, a dû être abattue », précisent les autorités. Selon le décompte du ministère de l’Agriculture au 15 décembre, l’Occitanie compte 25 foyers de DNC : 21 dans les Pyrénées-Orientales, un en Ariège, un dans les Hautes-Pyrénées et un en Haute-Garonne. Les P.O ont été le premier département touché à partir du 11 octobre, avec plusieurs actions contre la stratégie d’abattage total en cas de contamination. Une mobilisation qui a changé d’échelle après le foyer en Ariège apparu le 9 décembre, suivi d’une occupation de l’élevage qui s’est achevée par des heures d'affrontements avec les forces de l’ordre. Au niveau national, on dénombre 115 foyers depuis l’arrivée de la DNC fin juin.
Bovins/DNC : manifestations dans toute la France, 200 élus défilent en Ariège
À l’appel de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne, de nombreuses manifestations ont eu lieu lundi 15 décembre dans toute la France pour demander la fin de la stratégie d’abattage total des lots d’animaux infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). En Occitanie, où la colère a éclaté après le premier foyer en Ariège, l’AFP rapporte notamment un blocage sur la rocade d'Albi (Tarn), ou encore sur l’autoroute A64, à Carbonne, où était né le mouvement de colère agricole de l’hiver 2023-2024. Plusieurs axes routiers étaient aussi bloqués par des agriculteurs de la CR en Gironde, en Dordogne et Haute-Vienne. Blocages aussi dans les Landes, où manifestait la Confédération paysanne. Plus au nord, des actions se sont déroulées à Tours et à Boulogne-sur-Mer. Par ailleurs, en Ariège, plus de 200 maires et élus locaux se sont rassemblés devant la préfecture à Foix, toujours selon l’AFP. « Il est urgent de les écouter (les éleveurs contestataires, NDLR) et qu'un dialogue constructif soit remis en place », ont écrit les élus dans une lettre remise au préfet de l'Ariège. Les élus, dont une délégation a été reçue par le préfet, appellent à « réinterroger le protocole d'abattage total des bovins ».
Bovins/DNC : Culture Viande défend l’abattage et appelle à la « rigueur » sur la biosécurité
Dans un communiqué du 15 décembre, le syndicat de l’abattage-découpe Culture Viande estime que la stratégie gouvernementale de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est « à ce stade le seul dispositif permettant d’assurer une protection sanitaire efficace et de préserver le statut indemne de la France ». La stratégie actuelle repose sur trois piliers : biosécurité (restrictions de mouvements), vaccination autour des foyers et abattage total des lots d’animaux infectés. Cette dernière mesure est vivement contestée par de nombreux éleveurs. Par ailleurs, les abatteurs mettent en garde contre les conséquences d’une éventuelle vaccination généralisée, qui constitueraient à leurs yeux « un affaiblissement majeur du dispositif sanitaire ». « Un tel choix conduirait inévitablement à la perte du statut de pays indemne, avec des conséquences immédiates et durables sur les échanges intra et extra européens. » Enfin, alors que des mouvements illicites d’animaux sont suspectés dans la dissémination de la maladie, Culture Viande réclame « un respect rigoureux des protocoles sanitaires par tous les maillons de la filière bovine », martelant que « la santé animale n’est pas négociable ».
Viande in vitro : aux États-Unis, Believer Meats cesse ses activités (presse)
Le producteur américain de viande in vitro Believer Meats a cessé ses activités, selon un article d’AgFunder News (AFN) citant un post LinkedIn d'Anne Schubert, responsable des ressources humaines. « Après deux ans de construction de quelque chose de vraiment audacieux et spécial, Believer Meats a pris la décision difficile la semaine dernière de cesser ses activités », écrit-elle. Cette annonce intervient après la révélation de difficultés financières de la part de Believer Meats. « L’entreprise est poursuivie par un fournisseur pour plus de 34 M$ en factures impayées », selon AFN. Believer Meats est née en Israël sous le nom de Future Meat Technologies, avant de s’installer aux États-Unis. Elle est la seule entreprise à disposer d’un site de production à grande échelle et d’une approbation réglementaire pour vendre ses produits outre-Atlantique. L'usine de Caroline du Nord a une capacité de production d’au moins 12 000 t/an. Pour le secteur de la viande in vitro, AFN constate un recul des financements privés et un climat politique devenu hostile sur des marchés clés comme les USA et certains pays d’Europe. Après avoir atteint des levées de fonds de 989 M$ en 2021, les sociétés de viande in vitro devraient mobiliser 65 M$ en 2025, selon AgFunder.
Loup : le Conseil d’État suspend un arrêté de tir pour préserver l’espèce « au niveau local »
Dans une décision prononcée le 12 décembre, le Conseil d’État a suspendu un arrêté de la préfecture des Hautes-Pyrénées autorisant des tirs de défense contre le loup, au motif que l’impact de ces tirs sur l’état de conservation du prédateur doit être évalué « au niveau local », et pas seulement national. Ce faisant, la plus haute juridiction administrative annule l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Pau du 1er juillet, qui avait rejeté la requête des associations Ferus et Aspas. S’appuyant sur deux décisions de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), le Conseil d’État a considéré que « l’évaluation de l’incidence [des dérogations de tirs] doit être réalisée tant au niveau national qu’au niveau local pertinent ». Or, « un seul spécimen de loup a été identifié dans le département des Hautes-Pyrénées », notent les magistrats, soulignant « la grande fragilité démographique de la population lupine dans la région des Pyrénées occidentales ». Dans un communiqué du 15 décembre, l’association Ferus salue une « une victoire juridique inédite et décisive », qu’elle attribue à sa « stratégie contentieuse de long terme ». Pour rappel, le nouveau cadre réglementaire sur le loup, résultant de l’abaissement de son statut de protection, est en consultation ; il prévoit notamment que les tirs seront accordés sur simple déclaration, au lieu des actuelles dérogations individuelles.
Lait : accord Savencia-France MilkBoard sur le prix et les volumes
Le groupe laitier Savencia et l’association d’organisations de producteurs (AOP) France MilkBoard (FMB) se sont mis d’accord sur une formule du prix du lait et sur une gestion « mutualisée et responsable » des volumes, selon un communiqué diffusé le 15 décembre. Le prix de base du lait et les volumes n’ont pas été précisés par les parties prenantes. L’accord prévoit aussi un volet dédié à l’installation de nouveaux éleveurs, comprenant « un soutien financier à l’installation ainsi qu’un accompagnement social, notamment par une aide au remplacement en cas d’absence », écrivent les deux signataires. « Un an après sa mise en place, 21 producteurs en ont déjà bénéficié dans les régions Bretagne, Normandie et Pays de la Loire. » Les producteurs de lait se sont également engagés dans une démarche environnementale visant à réduire l’empreinte carbone de leur activité grâce à « un diagnostic et la construction d’un plan d’actions spécifique à chaque exploitation ». Pour l’instant, 34 producteurs sont engagés dans cette démarche. L’AOP FMB regroupe l’OP FMB du bassin normand et l’OP FMB du bassin Grand ouest. La section Savencia de l’OP FMB compte actuellement 128 producteurs livrant 100 millions de litres de lait par an.
Lait infantile : Foodwatch dénonce un « risque inacceptable » après le rappel de produits Nestlé
L’ONG Foodwatch a dénoncé le 15 décembre un « risque inacceptable » après le rappel de lots de lait infantile en poudre de marque Guigoz, fabriqués par Nestlé. « Au vu du risque inacceptable pour les nouveaux nés, Foodwatch s’interroge sur l’ampleur et la gravité d’un rappel massif dans plusieurs pays européens », écrit l’ONG. Elle appelle « à un renforcement des contrôles de la part des autorités, de campagnes d’information massive et des sanctions exemplaires ». Le rappel est « volontaire », à l’initiative de l’industriel et sans arrêté préfectoral, comme le précise le site Rappel Conso le 11 décembre. Le lot est concerné par le risque de présence de Bacillus cereus identifié lors d’un autocontrôle. Foodwatch s’insurge du fait que le lot rappelé avait été commercialisé depuis le 22 octobre. Ce qui inquiète tout particulièrement Foodwatch est la fréquence des alertes sanitaires concernant dernièrement Nestlé. En novembre, « Nestlé avait rappelé en Belgique et au Luxembourg du lait en poudre pour bébés Nan Expert Pro sans lactose, en raison de la possible présence de Cronobacter spp », rappelle l’ONG. Et en avril, « huit gammes de plats complets pour bébés Nestlé ont été rappelés (en France, NDLR) pour un dépassement de limite réglementaire sur de l'ochratoxine A ».
Élevage : Innoval sur le point d’acquérir l’éditeur iCowsoft (logiciels pour éleveurs bovins)
Le groupe coopératif Innoval a annoncé le 15 décembre avoir signé quelques jours plus tôt un accord portant sur l’acquisition de l’éditeur de logiciels iCowsoft, qui développe des solutions innovantes de gestion de troupeau pour les élevages bovins laitiers et allaitants (lire l'article complet dans Agra Innovation). Cette acquisition, qui vient renforcer le pôle Smart Decision d’Innoval Développement, « s’inscrit dans la continuité du choix de distribuer auprès des éleveurs la solution iCownect qui regroupe l’ensemble des données d’élevage (EDE, monitoring, contrôle de performances, etc.) », explique le groupe dans son communiqué. iCowsoft aégalement développé la solution iCowdesk à destination des techniciens d’insémination et conseillers en élevage. Sébastien Roul, cofondateur d’iCowsoft avec Vincent Guitton et Régis Rupert, rejoint Innoval à la tête de l’entreprise pour travailler à son intégration au sein du pôle Smart Decision (Perrine Delfortrie, Agra Innovation).
Céréales : la Chine achète du blé argentin pour la première fois depuis des décennies (presse)
Selon un article de Bloomberg du 13 décembre, la Chine a fait l’acquisition de blé tendre argentin, une première depuis des décennies. La compagnie étatique chinoise COFCO a acheté 65 000 t de blé argentin, dans un contexte de récolte record en Argentine. Par ailleurs, le président argentin Javier Milei tente de doper les exportations nationales, en réduisant les taxes sur les expéditions de matières premières agricoles. Concernant le blé, la taxe a été réduite de 2 % (à 7,5 %) applicable depuis le 12 décembre. Actuellement, le blé argentin fait partie des origines les plus compétitives du monde. Il s’agit d’un nouveau concurrent pour l’Hexagone sur la destination chinoise. La diversification des sources d’approvisionnements de grains et de ses coproduits fait partie de la stratégie chinoise, qui s’est accélérée depuis la dispute commerciale avec les États-Unis. Néanmoins, Bloomberg précise que la Bourse de Rosario émet quelques réserves quant à la qualité de la récolte argentine : les taux de protéines seraient assez bas, situation assez habituelle lorsque les rendements sont élevés.
Pommes de terre : le GIPT alerte sur un retournement du marché, malgré des indicateurs positifs
Lors de son assemblée générale le 12 décembre, le GIPT (interprofession) a alerté sur un retournement du marché mondial des pommes de terre transformées, malgré des indicateurs encore favorables en France. Au cours de la campagne 2024-2025, les livraisons de pommes de terre aux usines hexagonales ont progressé de 19 %, pour atteindre 1,92 Mt. Dans le même temps, les exportations de produits transformés à base de pommes de terre ont progressé de 40,7 %, passant de 530 000 à 745 000 t. En 2025-2026, la production nationale de pommes de terre (vendues fraîches ou transformées) devrait atteindre 8,6 Mt, en hausse de 14,7 % sur un an, rapporte l’UNPT (producteurs, FNSEA) dans un communiqué le 15 décembre. Les rendements se situent dans la moyenne des cinq dernières années, mais la production globale dépasse la demande, avec un niveau de qualité des pommes de terre moyen. Cet « effet ciseau » appelle à la vigilance, prévient Philippe Quennemet, président du GIPT. À l’échelle internationale, le GIPT observe une stagnation des volumes échangés depuis un an et demi, tandis que la concurrence se renforce. « L’Europe a perdu des parts de marché, car le prix de la frite était supérieur à celui de certains de nos concurrents, Inde et Chine en particulier », souligne notamment Philippe Quennemet.
Engrais : la Chine souhaite suspendre les exportations de phosphates jusqu’en août 2026
La Chine, premier producteur et exportateur mondial de phosphates, a réuni ses industriels le 11 décembre et les a exhortés à suspendre les exportations de cet engrais jusqu’en août 2026, afin de sécuriser l’offre intérieure et contenir les prix avant les semis de printemps. Ce type de mesure n’est pas inédit : depuis 2021, Pékin a déjà imposé des arrêts temporaires ou des restrictions d’exportation des phosphates ou de l’urée, provoquant des hausses des cours mondiaux des fertilisants. Le phosphate subit des variations de prix importantes depuis plusieurs années, avec un pic à plus de 1 000 $/t en avril 2022. L’année 2025 a été marquée par une nouvelle hausse de cette commodité, à des prix atteignant 795 $/t en août, selon la Banque mondiale, bien au-delà des 564 $/t de moyenne de l’année 2024. Les cours se sont ensuite assouplis au quatrième trimestre, à 708 $/t en novembre. Mais, alors qu’un tiers des exportations mondiales de phosphates proviennent de la Chine, cette décision pourrait entraîner une forte volatilité. Les coûts de production pourraient alors devenir prohibitifs pour les producteurs français, qui, depuis la crise du Covid-19, ont fait de nombreuses impasses sur les engrais de fond (phosphates et potasses). (Elena Blum)
Pesticides : l’assouplissement des CEPP publié au Journal officiel
Le décret assouplissant le dispositif des certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques (CEPP) pour la période 2026-2027 a été publié au Journal officiel le 13 décembre. Le texte applique les dispositions prévues par la loi Entraves du 11 août, qui met fin à la séparation entre vente et conseil des pesticides. Pour rappel, la loi « recentre » le dispositif des CEPP sur les distributeurs de produits phytopharmaceutiques à usage agricole. Ces derniers doivent remplir un objectif d’actions à réaliser pour réduire leur utilisation, leurs risques et leurs impacts, calculés en fonction de leur référence des ventes. De leur côté, les agriculteurs achetant les produits en dehors de l’Hexagone n’auront plus à fournir de certificat. Enfin, les dates de références et d’application, définies dans la première version par la loi Egalim de 2018, ont également été mises à jour, passant de la période 2021-2025, à la période 2023-2027.
Négoce : COFCO monte en puissance au Brésil avec son nouveau terminal portuaire de Santos
Le négociant chinois COFCO prévoit de quasiment doubler, dès l’an prochain, l’utilisation des capacités de son nouveau terminal portuaire à Santos, près de São Paulo (Brésil), inauguré en mars et d’où il a embarqué cette année près de 8 Mt de grains et de sucre, essentiellement à destination de la Chine. En 2026, le géant de l’agroalimentaire projette d’en exporter 14,5 Mt depuis ce seul terminal ouvert sur l’Atlantique, dans lequel il a investi 285 M$ depuis 2023. Ce terminal est voué à exporter environ 75 % des grains acquis par COFCO au Brésil. Le reste continuera de l’être via le Nord-est du Brésil, où COFCO loue les infrastructures du groupe Hidrovias do Brasil. En août, COFCO a annoncé l’acquisition de 979 wagons et de 23 locomotives opérés par le brésilien Rumo afin de transporter jusqu’à 4 Mt de grains par an depuis les principales zones de culture du Brésil vers son nouveau terminal portuaire. « Ce matériel roulant nous permettra de réduire de 80 % notre empreinte carbone lié au fret comparé à l’usage du camion », selon Fabrício Degani, le directeur logistique de COFCO Brésil. Par ailleurs, COFCO assure avoir déjà mis en place, au Brésil, ses filières d’approvisionnement de soja et de maïs non déforestant depuis la fin de cette d’année. La première cargaison de 64 000 t de soja brésilien non déforestant a été livrée par COFCO le 28 mai dernier, depuis le port de Santos, à la succursale de lait bio du groupe chinois Mengniu. (Marc-Henry André)
Aliments du bétail : prison avec sursis contre 12 militants écologistes pour le blocage d’un train
Des peines allant de trois à six mois de prison avec sursis ont été requises le 15 décembre devant le tribunal judiciaire de Lorient contre 12 militants écologistes qui avaient bloqué un train transportant du blé en mars 2022. La procureure Laëtitia Mirande a souligné le préjudice financier « conséquent » de l'action pour plusieurs sociétés, dont la SNCF et l'entreprise destinataire du chargement, Sofral Le Gouessant. Le 19 mars 2022, une cinquantaine de militants, réunis à l'appel du collectif « Bretagne contre les fermes usines », avaient bloqué entre Saint-Gérand et Noyal-Pontivy (Morbihan) un train de marchandises destiné à une usine voisine d'aliments pour bétail. Les militants avaient symboliquement édifié un mur en parpaings en travers des voies ferrées et déversé 142 t de blé sur les quelque 1 300 que contenaient les 22 wagons du train. Les militants pensaient en fait intercepter une cargaison de soja à destination d'une autre société de l'agro-industrie, le groupe Sanders. Les prévenus, huit hommes et quatre femmes, ont reconnu leur participation à cette action, mais ont réfuté les faits reprochés, parmi lesquels l'entrave d'un train de marchandises et la dégradation en réunion.
Eau : en Seine-Normandie, la qualité de l’eau se dégrade malgré des progrès
Adopté le 9 décembre, l’état des lieux 2025 du bassin Seine-Normandie pointe un « recul global de la qualité » de l’eau. « L’analyse des pressions montre (…) que les activités humaines liées à l’urbanisme, aux déplacements, à l’agriculture dégradent la qualité des eaux plus vite que les actions volontaristes menées pour la restaurer », résume le comité de bassin dans un communiqué le 12 décembre. Dans le détail, 26 % des nappes souterraines sont en bon état chimique, contre 30 % en 2019 ; sachant que si les règles d’évaluation étaient les mêmes qu’en 2019, 33 % seraient en bon état aujourd’hui. De plus, 67 % des nappes sont déclassées à cause des pesticides et de leurs métabolites, et 35 % à cause des nitrates. D’un point de vue quantitatif, 84 % des nappes sont en bon état, contre 93 % en 2019. Côté cours d’eau, 24 % ont un bon état écologique, contre 32 % en 2019. Parmi les points de réjouissance, 17 % des cours d’eau ont vu leur état écologique s’améliorer entre 2019 et 2025, « même si cela ne suffit pas toujours à atteindre le bon état tel que décrit par la directive cadre sur l’eau », indique le communiqué.
Agri-agrotech : Even s’allie au fonds 3AT pour accélérer les transitions
Le groupe agroalimentaire coopératif Even rejoint le fonds Ambition Agri Agro Tech (3AT), créé par le Crédit agricole et Supernova Invest, d’après un communiqué le 25 juin. Selon Les Echos du 15 décembre (article payant), le prochain closing – attendu d'ici à la fin de l'année – devrait porter à environ 80 M€ la capacité d'investissement du fonds de capital innovation. Objectif : accompagner les transitions à l’œuvre dans les filières agricoles et agroalimentaires. Le fonds est structuré « comme un fonds paneuropéen destiné à connecter les meilleurs écosystèmes de l’agri-agrotech (France, Allemagne, Danemark, Espagne, Belgique…) aux besoins opérationnels des agriculteurs et des industriels », expliquent Even et Supernova Invest. « Dans un contexte marqué par la raréfaction de la main-d’œuvre, l’impératif de décarbonation, la pression sur les ressources et l’évolution rapide des attentes des consommateurs, le fonds 3AT oriente ses investissements vers des start-up capables de répondre à ces enjeux. » Le fonds a notamment accompagné Seederal, une société finistérienne qui développe un tracteur agricole 100 % électrique adapté aux grandes cultures. Ou encore le belge Fyteko et son biostimulant, le danois Enduro et sa solution génétique pour optimiser la biofermentation et réduire la consommation énergétique.
Chou-fleur : la grande distribution exhorte le consommateur à acheter français
Cinq groupes de la grande distribution (Auchan, Casino, Carrefour, Coopérative U et Intermarché) ont appelé les consommateurs à acheter des choux-fleurs français pour soutenir la filière, d’après un communiqué de presse publié le 12 décembre. Une initiative prise dans le sillon de la démarche lancée avec Karine Le Marchand au Sia 2025. Pour les enseignes, la filière traverse une crise importante causée par des « conditions climatiques exceptionnellement douces [qui] ont entraîné un pic de production, avec des volumes importants arrivant simultanément sur le marché. Cette situation est aggravée par une surproduction à l’échelle européenne et une consommation en recul des légumes d’hiver. » Les distributeurs ont mis en place des opérations de sensibilisation le week-end du 13 décembre et assurent les poursuivre dans les jours qui viennent si la crise devait perdurer. « Si la mobilisation des distributeurs est pleinement engagée, la sortie de crise repose également sur l’acte d’achat », rappellent néanmoins les cinq enseignes. « Choisir un chou-fleur français, de saison, c’est contribuer directement à soutenir les producteurs et à éviter le gaspillage de récoltes. » La France est le premier producteur et exportateur européen de choux-fleurs, avec près de 110 000 t de ce légume exportées par an, selon le CTIFL.
Fruit et légumes : des résidus de pesticides détectés dans la majorité des produits non bio
L’association Générations futures révèle, dans un rapport publié le 15 décembre, que 61 % des fruits et légumes non bio vendus en France présentent au moins un résidu de pesticide détecté. Élaborée à partir de données officielles de 2023, l’analyse porte sur 1 912 échantillons de 29 types d’aliments différents. Comme dans les éditions précédentes de ce rapport, les fruits sont particulièrement touchés, avec 78 % d’échantillons concernés, contre 53 % pour les légumes et 50 % pour les céréales. Générations futures souligne plus particulièrement la présence « préoccupante » de substances dangereuses dans l’alimentation. 56 % des fruits et 19 % des légumes testés contiennent ainsi au moins un résidu de pesticide classé cancérogène, mutagène ou reprotoxique (CMR) avéré, supposé ou suspecté. 64 % des fruits et 33 % des légumes contiennent au moins un résidu de pesticide détecté perturbateur endocrinien (PE) avéré ou suspecté. 31 % des fruits et 21 % des légumes testés contiennent au moins un résidu de pesticide PFAS détecté. La substance la plus fréquemment détectée dans l'ensemble des échantillons est le fluopyram, un fongicide classé PFAS. Face à ces résultats, l’association appelle notamment à une « accélération de la sortie des substances pesticides classées CMR, PE ou PFAS », ainsi qu’à « l'inclusion de l’acide trifluoroacétique (TFA, un PFAS) dans le plan de surveillance de l’alimentation ».
Fruits et légumes : les commerçants traditionnels officiellement reconnus « artisans »
Le ministère des PME, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat a annoncé officiellement le 11 décembre la possibilité pour les commerçants primeurs de devenir artisan, « dès lors qu'ils préparent ou transforment des fruits et légumes », selon un communiqué de presse du syndicat Saveurs Commerce le 15 décembre. L’activité des primeurs dépasse aujourd’hui la simple vente de fruits et légumes bruts et inclut désormais les salades prêtes à déguster, les jus et soupes, les barquettes de fruits, les corbeilles ou les planches apéritives… « Cette reconnaissance, attendue depuis longtemps, valorise le travail manuel, la maîtrise du produit et la créativité de nos primeurs au même titre que celui des autres métiers de bouche. Au-delà du symbole, c’est également une étape importante pour l’attractivité du métier et nous l'espérons pour encourager les jeunes à s'inscrire au CAP Primeur », souligne Christel Teyssèdre, présidente de Saveurs Commerce. La mesure entrera en application le 1er janvier 2027 en même temps que la réforme de la nomenclature des codes.
Semences : la Fnams confrontée, entre autres, à la baisse du nombre de multiplicateurs
Le congrès de la Fnams (agriculteurs multiplicateurs de semences) s’est tenu le 8 décembre à Angers. L’occasion pour la fédération de fêter ses 70 ans autour de 260 personnes, de rappeler les innovations majeures au cours de ces décennies mais surtout, d’évoquer les défis à relever pour les années à venir. « Parmi eux, le renouvellement des producteurs – nous sommes cette année passés sous la barre des 17 000, toutes espèces confondues –, l’accès à l’eau, indispensable face aux aléas climatiques, et le maintien des productions dans un contexte où le retrait des solutions phytosanitaires s’accélère », liste son président Thomas Bourgeois, interrogé par Agra Presse. Et de préciser que « certaines espèces sont en danger, à l’image du radis porte-graines ou du trèfle violet » : la France perd des marchés. « Pour attirer de nouveaux multiplicateurs, nous devons leur proposer des contrats attrayants d’un point de vue financier et les accompagner techniquement. » Toujours à l’étude, la possible création d’organisations de producteurs (OP) pour « négocier les prix, collectivement ». Mais aujourd’hui, leur mise en place se heurte à un problème juridique : « Un syndicat ne peut pas être une OP ». Or, la Fnams est une fédération de syndicats régionaux et départementaux. « Le dossier est compliqué », assure-t-il. (Anne Gilet)
Enseignement : l’école de Purpan et Sciences Po créent un double diplôme
L’École d'ingénieurs de Purpan et Sciences Po Toulouse ont annoncé le 15 décembre la création d’un double diplôme « pour répondre aux enjeux majeurs de la transition agroécologique, de la gestion des politiques publiques et de l’innovation dans les filières agricoles et agroalimentaires ». Cinq étudiants par établissement intégreront chaque année le parcours Bac+5, lancé avec « un total de 10 places ouvertes dès la rentrée 2026 », selon un communiqué commun. Objectif : « créer un profil unique d’experts, capables de comprendre à la fois les réalités techniques des filières et les mécanismes de décision publique », a déclaré Éric Latgé, directeur général de l’École d’ingénieurs de Purpan.
Coopératives : Anthony Héline élu président de COC
Alors qu’Emmanuel Massicot a confirmé, lors de l’assemblée générale du 5 décembre, ne pas souhaiter se représenter à la présidence du groupe COC (333 M€ de chiffre d’affaires), le conseil d’administration s’est rassemblé le 11 décembre pour élire son nouveau président. Anthony Héline, précédemment vice-président, endosse donc cette nouvelle fonction à 49 ans. Agriculteur à Vouzailles dans la Vienne, il constituera donc avec Guillaume Dumiot, le nouveau directeur général qui arrivera mi-février, le nouveau binôme à la tête du groupe. (Anne Gilet)
Addendum à l'agenda agricole de la semaine du 15 décembre 2025
Mercredi 17 décembre
Les députés de la Coméco auditionnent la directrice de la DGAL (ministère) sur « la situation sanitaire dans les élevages français »