Agrafil du 14 novembre 2022

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Engrais: la France «n'envisage pas de subvention à l'achat» (cabinet)

Interrogée par Agra presse, le cabinet du ministre de l'Agriculture affirme, le 10 novembre, que «la France n'envisage pas de subvention à l'achat d'engrais». La veille, la Commission européenne a dévoilé sa stratégie pour limiter l’impact de la crise énergétique sur l'approvisionnement des agriculteurs en engrais. Bruxelles encourage sur le court terme les États membres à mobiliser le cadre temporaire de crise des aides d’État qui a été prolongé pour la deuxième fois le 28 octobre. «Les pouvoirs publics pourraient par exemple acheter des engrais à des prix de marché plus compétitifs et à les proposer à des prix inférieurs aux agriculteurs», avait précisé le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski lors d’une conférence de presse. Très critique sur le contenu de la stratégie, la présidente du Copa (organisation des agriculteurs européens) Christiane Lambert avait regretté que Bruxelles «par idéologie, refuse de donner aux agriculteurs des solutions à court terme, mettant en péril la viabilité de nombreuses exploitations». L'organisation européenne proposait de déroger à la directive Nitrates, de suspendre certains droits antidumping aux importations d’urée et de nitrate d’ammonium ou encore d'assouplir la réglementation sur le cadmium pour les engrais phosphatés.

Russie et ONU discutent engrais, pas encore de prorogation pour les céréales ukrainiennes

De hauts représentants de l'ONU et de Moscou ont fait le point le 12 novembre sur les exportations d'engrais russes, toujours paralysées même si les Pays-Bas ont récemment autorisé un chargement à destination du Malawi. Ces discussions à Genève se sont tenues à une semaine de l'expiration le 19 novembre d'un accord qui a permis l'exportation de céréales ukrainiennes paralysées par l'invasion russe et que Moscou n'a pour l'heure pas accepté de proroger. Cet accord arraché de haute lutte sous l'égide de l'ONU et de la Turquie le 22 juillet à Istanbul est jugé capital pour éviter une nouvelle flambée des prix et que des millions de personnes ne souffrent de la faim. «Les participants restent également engagés dans la mise en oeuvre» de cet accord et ont tenu des «discussions constructives sur sa poursuite», indique un communiqué de l'ONU, publié à l'issue de la réunion entre les deux parties. Le principe des exportations russes d'engrais et de produits alimentaires avait été adopté en même temps que l'accord sur les céréales ukrainiennes. En revanche, le volet sur les exportations russes d'engrais et de produits alimentaires est resté plus ou moins lettre morte, au grand dam de Moscou, qui y voit deux poids deux mesures. Les deux hauts représentants onusiens -très impliqués dans ces négociations délicates- «ont informé des initiatives prises pour faciliter le paiement, les assurances ainsi que l'accès aux ports de l'Union européenne des céréales et des engrais», souligne le communiqué.

Céréales ukrainiennes: 1Mrd€ pour aider les exportations, dont 250M€ de Bruxelles

La Commission européenne et plusieurs banques de développement ont annoncé mobiliser un milliard d'euros pour faciliter l'exportation de céréales d'Ukraine malgré l'offensive russe et la menace de blocage des ports de la mer Noire. L'exécutif communautaire, la Banque européenne d'investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et la Banque mondiale vont investir cet argent dans les «corridors de solidarité» mis en place depuis mai par l'UE. Il s'agit d'itinéraires destinés à acheminer depuis l'Ukraine les céréales par route ou par fret ferroviaire, jusqu'à des ports dans l'Union européenne à partir desquels elles peuvent être expédiées dans le monde. Les fonds annoncés le 11 novembre sont destinés à réduire les temps d'attente des camions et des trains qui traversent la Moldavie et l'Ukraine vers la Pologne et la Roumanie. De son côté, la Commission européenne prévoit une subvention d'urgence de 250 millions d'euros pour fournir des équipements pour améliorer la fluidité du trafic aux postes frontières et aux routes qui y mènent, selon un communiqué. Le financement à plus long terme des banques de développement porte le total annoncé vendredi à environ un milliard d'euros et permettra de soutenir les réparations et le développement des infrastructures de fret routier et ferroviaire en Ukraine.

Assurance récolte : le décret fixant les paramètres pour la future Pac est paru au JO

Le gouvernement a fait paraître au Journal officiel le 13 novembre le décret précisant les paramètres de fonctionnement de l'assurance récolte pour la prochaine Pac, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2023. Les grandes lignes sont connues depuis plusieurs semaines ou mois selon les paramètres. Le 29 septembre au Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA), le ministre de l'Agriculture avait présenté de derniers détails, annonçant notamment la façon dont le taux d’indemnisation publique pour les non-assurés serait rendu dégressif: 45% dès 2023, puis à 40% en 2024, et 35% en 2025, pour les récoltes assurables. Des chiffres confirmés dans le décret paru. Concernant les productions sur lesquelles il n’existe pas d’offre assurantielle à l’heure actuelle (le maraîchage diversifié, l'horticulture, les pépinières, l'apiculture, l'aquaculture, l'héliciculture), le décret fixe un taux d’indemnisation publique de 45% sans dégressivité. En septembre Elisabeth Borne avait présenté les seuils d’intervention de la solidarité nationale (pour les pertes très importantes) : 50% des pertes pour les grandes cultures, cultures industrielles et légumes et la viticulture et 30% pour l’arboriculture, prairies. Ces chiffres sont également inscrits dans le décret.

Cop27: un rapport de l'ONU prône la chaîne du froid pour le climat et contre la faim dans le monde

Améliorer la chaîne du froid dans les pays en développement serait «crucial» aussi bien pour la protection du climat que pour la lutte contre la faim dans le monde et pourrait augmenter les revenus des petits agriculteurs, selon un rapport de l'ONU publié samedi en marge de la COP27. «Les pays en développement pourraient économiser 144 millions de tonnes de nourriture par an s'ils avaient le même niveau d'infrastructure pour la chaîne du froid alimentaire que les pays développés», estiment la FAO et l'ONU-Environnement dans un rapport commun publié à la COP27 à Charm el-Cheikh en Egypte. Elles font ce constat alors que la faim a touché 828 millions de personnes dans le monde l'an dernier mais que 14% de la nourriture est perdue avant d'atteindre le consommateur. L'absence d'une chaîne du froid efficace est l'un des contributeurs majeurs au problème. L'enjeu est également climatique car les déchets alimentaires issus de ce gâchis émettent notamment du méthane, un gaz à effet de serre très puissant et nocif pour le climat. Limiter ces pertes réduit également automatiquement les émissions importantes du secteur agricole. Les émissions liées au manque de réfrigération atteignaient 1 gigatonne d'équivalent CO2 en 2017, environ 2% du total des émissions de gaz à effet de serre.

Evènementiel: affluence en retrait pour le Sima 2022 (machinisme)

Après trois ans d'absence pour cause de Covid, le salon international du machinisme agricole (Sima), qui se tenait du 6 au 10 novembre à Villepinte, a connu une affluence en retrait, en terme de visiteurs et d'exposants. Dans un communiqué paru le 11 novembre, les organisateurs annoncent avoir accueillir 153 000 visiteurs dont 18% d'internationaux de 120 pays, contre 230 000 dont 25% d'internationaux de 140 pays lors de sa dernière édition de 2019, qui se tenait également sur cinq jours. Le salon était occupé cette année par 1000 exposants (dont 290 nouveaux), contre 1800 entreprises en 2019. La faute peut-être à une concurrence accrue. En Italie, l'Eima se tient actuellement du 9 au 13 novembre, qui reçoit généralement plus de 200 000 visiteurs. La prochaine édition du Sima se tiendra dans deux ans, du 24 au 28 novembre 2024.

Lin: ouverture d'une filature en Bretagne prévue en 2023

Une usine de filature de lin devrait voir le jour en 2023 en Bretagne, présentée comme la première dans la région depuis 1891 et la quatrième en France, premier pays producteur de lin au monde, ont annoncé les porteurs de projet. Le lancement officiel du projet aura lieu le 21 novembre à Morlaix (Finistère) pour un chantier qui devrait commencer au 1er trimestre 2023, avec une ouverture prévue au dernier trimestre 2023. «Nous avons un calendrier idéal mais tout peut changer du jour au lendemain», a cependant prévenu Xavier Denis, coporteur du projet avec Tim Muller. Ce projet de 10 millions d'euros, financé notamment grâce à une foncière immobilière, un crédit bail et une levée de fonds, doit permettre de produire de 400 à 600 tonnes de fil de lin par an dès 2024. Cela devrait permettre la création de 20 emplois directs, selon un dossier de presse. Le fil sera vendu directement et pourra notamment servir à fabriquer des éco-emballages (filets de conditionnement de légume) ou des biocomposites pour l'industrie automobile ou aéronautique. Avec les trois autres filatures françaises qui ont ouvert depuis 2020, «on va absorber à peine 3% de la production française» de lin, a souligné l'entrepreneur. La France est le premier pays producteur mondial de fibres longues de lin et le premier exportateur de lin non filé, avec plus de 260.000 tonnes exportées chaque année, selon FranceAgriMer.

Fruits: soupçons de corruption dans le litchi de Madagascar, deux entreprises françaises visées

La justice de Madagascar a annoncé le 11 novembre avoir ouvert une enquête sur le commerce de litchi, dont l'île de l'océan Indien est un grand producteur, après un rapport de l'ONG Transparency International sur des soupçons de corruption et blanchiment. Madagascar constitue le principal fournisseur en litchis - un fruit tropical - de l'Union européenne, selon le Centre pour la promotion des importations (CPI), un organisme européen. Transparency International «a trouvé des preuves de nombreuses infractions potentielles, notamment de corruption transnationale, d'accords illicites, de fraude fiscale, de blanchiment et de dissimulation de ces infractions», a indiqué Dominique Rakotomalala, président du conseil d'administration de la branche malgache de l'ONG. «Pendant plus d'une décennie, une poignée d'individus a exercé une mainmise sur les exportations de litchi malgache, sans transparence ni redevabilité», a-t-il ajouté. Les documents transmis à la justice malgache pointent du doigt deux entreprises françaises, dont les noms n'ont pas été communiqués, d'une part, et des organisations malgaches exportant vers l'Union européenne d'autre part. Transparency International a aussi saisi la justice française.

Finance: une start-up canadienne prévoit de «tokeniser» des fermes d'ici 2023

Dans un récent rapport co-écrit avec le cabinet asiatique ADDX (document en anglais), le Boston consulting group (BCG) estime que la «tokenisation d’actifs» pourrait concerner 5,6 milliards de dollars d’actifs d’ici 2026, contre 2,3 milliards actuellement. Et de citer l’agriculture comme l’un des secteurs cibles. Pour l’heure, elle concerne essentiellement l’immobilier d’habitation. Au Canada, c’est la start-up RealT qui est à la pointe de ce marché naissant, qui permet à des propriétaires "nouvelle génération" de toucher des portions de loyers d’appartements ou de maisons, dont la propriété a été numérisée, divisée sous forme de titres cryptographiés (token) mis en vente sur des places de marché en ligne. Interrogé par Agra Presse, le cofondateur de la start-up canadienne RealT, Rémy Jacobson, promet de s’attaquer au marché de l’agriculture, mais pas avant le troisième trimestre 2023. En France, la tokenisation de l’immobilier est encore «très émergente», explique Cédric Dubucq, avocat associé au cabinet Bruzzo-Dubucq, spécialiste des crypto-actifs. Deux possibilités légales s’offrent aux intéressés: «la digitalisation de l’actionnariat d’une SCPI, ce qui est possible légalement depuis 2018», ou bien «les fonds d’investissement alternatifs, qui permettent de mobiliser des financements atomisés». Selon lui, quelques «grandes familles» seraient intéressées, dont les actifs comprendraient notamment des biens agricoles.

Bioéthanol: la moitié des utilisateurs d’E85 y sont passés depuis moins d'un an

La collective du bioéthanol a dévoilé le 9 novembre dans un communiqué de presse les résultats de la première enquête menée entre juillet et septembre 2022 auprès de 2974 utilisateurs de superéthanol E85, une essence contenant jusqu’à 85% d’éthanol. Interrogés sur leurs attentes, la moitié des sondés souhaitent profiter des mêmes avantages règlementaires et fiscaux pour les modèles E85 que pour les véhicules électriques, et bénéficier d’une aide à l’acquisition des véhicules Flexfuel (pouvant utiliser d’origine le E85). Depuis 2019, les automobilistes français sont de plus en plus nombreux à opter pour ce carburant. Le sondage révèle notamment que la moitié des utilisateurs sont passés à l’E85 depuis moins d'un an, pour les deux tiers en convertissant leur véhicule grâce à un boîtier homologué et pour un tiers par l’achat d’un véhicule Flexuel. Parmi les éléments qui ont incité ces automobilistes à choisir le superéthanol E85 est notamment évoquée l’augmentation des prix des carburants (citée à 74%). Le prix de l’E85 se situe aux alentours de 0,80 €/l à la pompe, ce qui en fait à ce jour l'un des carburants les moins chers du marché. La dimension écologique associée à ce biocarburant (citée à 39%) figure également dans les motivations des répondants. La densification du réseau de stations-service E85 a contribué à cet engouement, puisque la station la plus proche est à moins de 10 km du domicile pour 80% des répondants.

Bio: en Belgique également, la demande est en baisse (professionnels)

Selon un sondage mené par Biowallonie, structure d’accompagnement technique et de promotion de la bio en Belgique, plus des trois quarts des 96 commerces bio interrogés dans le pays ont vu leur chiffre d'affaire baisser entre janvier 2021 et janvier 2022. «Pour 12 des commerces sondés, cette baisse est supérieure à 30%», notent les auteurs dans un communiqué. Comme en France, le cours du lait conventionnel aurait par ailleurs rattrapé celui du lait bio en juin 2022, avec une hausse de 57% sur un an en conventionnel dans le sillage de l'Ukraine, contre seulement 24% pour le bio. Pour le mois de juin 2022, «le prix variait entre 50 et 58,8 €/100 l» en bio, remarque l’étude. En légumes également, face à la concurrence du local et à la baisse de la demande, «plusieurs maraîchers ont réduit leur production pour éviter les invendus». Les producteurs de plein champ sont «les plus inquiets», avec un marché particulièrement difficile en carottes, en laitues ou en courges. Dans ce contexte, le risque de déconversions est aussi évoqué outre-Quiévrain, mais les chiffres ne le montrent pas encore, alors que «seuls certains élevages de poulets sont passés en qualité différenciée», selon le rapport. Comme les acteurs français, Biowallonie mise sur une «promotion renforcée», ainsi que sur une valorisation renforcée des «externalités positives».

Biodiversité: nouveau programme de recherche participatif sur la biodiversité des sols

Le Muséum national d’histoire naturelle, l’Inrae et plusieurs universités annoncent par un communiqué du 10 novembre le lancement d’un nouveau programme de sciences participatives dédié à la qualité biologique des sols. Baptisé QUBS, ce programme proposera aux participants de suivre les effectifs de plusieurs espèces, dont les vers, les fourmis, les cloportes, les mille-pattes ou encore les araignées. «Les objectifs du programme sont à la fois de renseigner une base de données de suivi de la qualité biologique de ces sols à l’échelle nationale et de permettre aux citoyennes et citoyens d’en apprendre davantage» sur les sols, précise le communiqué. Deux protocoles seront proposés pour analyser la faune de surface: un pour l’activité diurne, et l’autre pour l’activité nocturne des espèces des sols. Les participants seront invités à récolter les espèces présentes autour d’eux dans un piège, à les photographier, puis à les identifier grâce aux clés proposées.

Lait : la monotraite a des effets positifs sur la fertilité des vaches (étude)

Les vaches traites en monotraite pendant toute la lactation sont plus fertiles que les vaches traites deux fois par jour sur la même durée d’après les conclusions d’une étude néozélandaise publiée en septembre dans le Journal of Dairy Science et repérée par le Centre d’études et de prospective (CEP-ministère de l’Agriculture). L’étude porte sur plus de 1200 troupeaux. Les chercheurs ont comparé les effets des différents régimes de traite sur la fertilité des animaux. Il apparaît que la monotraite tout au long de la lactation à des effets positifs. Cependant les chercheurs n’ont pas observé de différence «significative» des performances de reproduction lorsque le passage à la monotraite était effectué en cours de lactation. «Ces résultats indiquent que la plupart des avantages reproductifs de la monotraite sont liés à la monotraite en début de lactation», soulignent les auteurs. Les résultats de cette étude éclairent un phénomène observé en élevage laitier : «l’accroissement de la production par vache s’accompagne généralement d’une diminution des performances reproductives des animaux, en raison de chaleurs moins exprimées donc plus difficilement détectables, ou d’anoestrus post-partum plus longs et fréquents (absence de chaleurs, ndlr)», explique le CEP.