Agrafil du 16 septembre 2025

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Pesticides : l’étude Pestiriv démontre une surexposition des riverains en zone viticole

Présentés le 15 septembre, les résultats de l’étude Pestiriv font apparaître « une sur-imprégnation » aux pesticides des personnes vivant en zone viticole, et « une sur-contamination » de leur environnement », concluent Santé Publique France et l’Anses dans un avis commun dévoilé le même jour. Menée en 2021-2022, Pestiriv décrit les différences d’exposition aux pesticides entre les résidents de zones viticoles (vivant à moins de 500 m de vignes) et les résidents éloignés de zones viticoles (à plus de 5 km). Les agences de santé ont analysé la présence de 56 substances chez 2 000 adultes et 750 enfants, dans six régions. Elles ont observé « des niveaux de contamination qui pouvaient augmenter jusqu’à 45 % dans les urines, selon les pesticides », ainsi qu’une augmentation de la contamination « qui pouvait atteindre plus de 1 000 % dans les poussières » et « des niveaux qui pouvaient être jusqu’à 12 fois plus élevés dans l’air ambiant », a exposé Clémence Fillol, responsable de l'unité Surveillance des expositions à Santé publique France, lors d’une conférence de presse. L’étude fait aussi apparaître que les niveaux d’imprégnation et de contamination dans les zones viticoles sont plus élevés en période de traitement que hors de ces périodes. Les agences de santé préconisent de « limiter l’utilisation des produits phytopharmaceutiques au strict nécessaire » en s’appuyant sur Ecophyto 2030, et de « prévenir les riverains au préalable des traitements ». Des recommandations qui « sont extrapolables à d’autres cultures » que la vigne, soulignent-elles.

Installation: le Crédit agricole va proposer des quasi-fonds propres aux agriculteurs

A la veille de l'ouverture du Space à Rennes, le Crédit agricole a annoncé à Agra presse le 15 septembre qu'il va proposer une nouvelle offre de quasi-fonds propres aux candidats à l'installation, pour répondre à l'augmentation des montants investis lors de ces opérations. «L'objectif est d'aider des jeunes qui portent des projets fortement capitalisés, notamment en élevage, et qui n'ont pas toujours les fonds propres nécessaires», explique Olivier Desportes, président du comité de l'agriculture de la fédération (FNCA). Concrètement, il s'agit d'un différé: les fonds sont alloués durant une période de 7 à 9 ans, durant laquelle l'agriculteur paie uniquement les intérêts, et à l'issue de laquelle il rembourse le capital. «Ce dispositif permet un taux d'endettement plus faible de l’agriculteur et lui donne donc plus de capacité à faire face aux aléas qu’il pourrait rencontrer au cours des premières années de son installation». L'an passé, le groupe bancaire avait annoncé qu'il planchait sur une offre de portage de capital avec prise de participation minoritaire. Après réflexion, le Crédit agricole a finalement changé son fusil d'épaule : «l'offre de quasi-fonds propres permet de mieux s'adapter aux typologies d'exploitations, et laisse une plus grande liberté aux agriculteurs», explique Olivier Desportes. Le fonds sera doté dans un premier temps de 10 millions d'euros par le groupe, et pourrait être abondé en cas de succès. «Les premières discussions avec les organisations professionnelles ont reçu un accueil favorable», assure M. Desportes.

Label bas carbone : les crédits désormais cessibles pour « dynamiser le marché »

Le label bas carbone, l’une des réponses apportées par le gouvernement français en 2018 pour valoriser les projets visant à réduire les émissions de carbone, a été révisé avec la publication d’un décret et d’un arrêté le 7 septembre au Journal officiel (JO). Attendue de longue date par les acteurs du secteur, l’évolution principale consiste à transformer les réductions d’émissions vendues de gré à gré en crédits carbone cessibles. Concrètement, chaque crédit carbone vérifié peut désormais être cédé, sans limite, par contrat de droit privé, jusqu’à son retrait. « L’objectif est d’augmenter le dynamisme du marché des crédits carbone, dans un contexte économique difficile », précise Claire Gassiat, directrice des partenariats agricoles chez Agoterra, à Agra Presse le 15 septembre. En septembre 2023, une analyse publiée par le ministère de l’Agriculture indiquait que les règles de non-cessibilité constituaient un frein aux échanges de crédits carbone, limitant leur attractivité pour les investisseurs, qui se tournent vers les certifications internationales telles que le Gold Standard et le Verified Carbon Standard (Verra). Une absence de cessibilité qui « engendrait de l’incompréhension de la part des entreprises internationales », selon Mme Gassiat.

Agrivoltaïsme : au Conseil d’État, vers le renvoi d’une QPC sur le décret

Lors d’une audience publique au Conseil d’État le 15 septembre, le rapporteur public a proposé le renvoi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) de Verso Energy concernant le décret du 8 avril 2024 relatif au développement de l'agrivoltaïsme et aux conditions d'implantation des installations photovoltaïques sur des terrains agricoles, naturels ou forestiers. Le producteur d’énergie conteste notamment une disposition prévoyant que les projets d’installation agrivoltaïque sont soumis à l’avis conforme de la CDPenaf. D’après le Code rural, ses décisions sont prises « au regard de l’objectif de préservation des terres agricoles ». Or, le Code de l’énergie prévoit d’encourager la production d’électricité issue de l’agrivoltaïsme, en la conciliant avec l’activité agricole. Aux yeux du rapporteur public, les deux textes poursuivent des objectifs différents. Et l’un prime sur l’autre dans l’avis conforme de la CDPenaf : « Le législateur a surpondéré la préservation des sols et relégué au second plan le développement des énergies vertes. » Reste « un doute sérieux » sur la manière de concilier ces objectifs. Le rapporteur public veut donc laisser au Conseil constitutionnel le soin de trancher.

Volaille : accord sur la réouverture du marché chinois pour les exportations polonaises

Le ministère polonais de l’Agriculture a annoncé, le 15 septembre, être parvenu à s’entendre avec l’administration générale des douanes de Chine pour rouvrir les exportations de volailles polonaises vers l’empire du Milieu. Concrètement, cet accord concerne les conditions d'application de la régionalisation, alors que Varsovie est l’un des principaux pays producteurs de volailles dans l’UE. « Je suis convaincu que la reprise des exportations de volaille, notre produit phare, contribuera à équilibrer les échanges commerciaux polono-chinois de produits agroalimentaires, actuellement défavorables à la Pologne », s’est ainsi félicité le ministre polonais de l’Agriculture, Stefan Krajewski, faisant état de « plusieurs mois de négociations difficiles ». Le gouvernement mise, à présent, sur un retour des niveaux d’exportation à la hauteur de ceux enregistrés avant 2020, année de l’imposition de l’interdiction par Pékin. Au-delà de la Pologne, la France a signé en mai deux protocoles pour l'exportation de viande de volaille et de génétique aviaire en Chine venant mettre en musique un accord sur le zonage en cas d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) conclu en 2024.

Porc : le cadran à la baisse depuis mi-juillet, la FNP craint de nouvelles baisses

Dans un communiqué du 15 septembre au matin, envoyé avant la séance au Marché du porc français (MPF), la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) craint que les abatteurs n’imposent aux éleveurs une nouvelle baisse de prix au motif que la Chine surtaxe les exportations européennes. Le syndicat rappelle que la cotation au cadran de Plérin a déjà connu une « baisse brutale » de 23 ct€/kg depuis le 21 juillet.  « Hors de question que cette surtaxe [affecte] encore le prix payé aux éleveurs qui subissent déjà, par anticipation, une baisse drastique ! », s’exclame la FNP. Selon une évaluation de l’Ifip (Institut du porc), cette surtaxe, de 20 % pour la majorité des exportateurs français, aurait un impact de l’ordre de 8 ct/kg en France et de 12 ct/kg au niveau européen. « L’export français vers la Chine n’est que de 150 000 t en majorité d’abats, la France représentant 5 % de l’export européen », souligne la FNP. Les éleveurs français regrettent que leur prix de base soit redescendu au-dessous de ceux des concurrents allemands, danois et néerlandais, après les avoir brièvement dépassés en juillet à la faveur d’un mouvement général de baisse. Le prix français s’est finalement stabilisé à Plérin ce lundi, alors que le MPF a perçu les premiers effets de la surtaxe chinoise en Europe.

Viande « in vitro » : Aleph Farms va se doter d’une « base de production » en Suisse

Le producteur israélien de viande « in vitro » Aleph Farms a signé un protocole d’accord en vue d’établir sa « première base de production européenne à Kemptthal, dans le canton de Zurich », en Suisse, annonce-t-il sur LinkedIn. Ce protocole a été signé avec The Cultured Hub – une coentreprise de Migros Industrie (filiale de production du distributeur Migros) –, l’industriel des arômes Givaudan et l’équipementier industriel Bühler Group. Cette coentreprise a été constituée afin d’accélérer la recherche et le lancement de start-up de la viande « in vitro » et de la fermentation de précision. Selon Aleph Farms, l’objectif de cette démarche est d’introduire son produit Aleph Cuts sur les marchés européens, et de faire « un pas en avant dans la mise en place de chaînes d’approvisionnement en viande résilientes et décentralisées à travers l’Europe ». Aleph Cuts a obtenu des autorisations de commercialisation en Israël et à Singapour et a déposé une demande d’autorisation en Suisse en 2023. Ce produit est composé de cellules non modifiées et non immortalisées d’une vache et d’une matrice de protéines végétales composée de soja et de blé.

Protéines alternatives : une seule entreprise pour The Vegetarian Butcher et Vivera

Willem van Weede, p.-d.g. de Vivera, a annoncé, dans un post LinkedIn, la naissance de la société The Vegetarian Butcher Collective, qui va chapeauter les deux marques néerlandaises Vivera et The Vegetarian Butcher. Cette annonce fait suite à un changement important dans le secteur des alternatives végétales à la viande : l’acquisition en mars 2025 de The Vegetarian Butcher (propriété d’Unilever), par Vivera (société détenue par l’industriel de la viande brésilien JBS). « The Vegetarian Butcher dispose d’un portefeuille de produits dans différentes catégories de supermarchés et d’une forte position dans les réseaux food service et restauration rapide. Vivera est très présente en distribution avec une large gamme de produits sous la marque Vivera ou en MDD, et possède une palette de technologies complémentaires à The Vegetarian Butcher », indiquait Vivera en mars 2025. Les deux sociétés néerlandaises sont des précurseurs des alternatives végétales à la viande : Vivera a débuté son activité dès 1990 avant d’être acquis par JBS en 2021, et The Vegetarian Butcher a été lancé en 2010 avant de passer dans le giron d’Unilever en 2018. Vivera compte environ 500 employés et « figure dans le top 3 des producteurs européens du secteur », indique la société.

Accord UE-Mercosur : une résolution à l'Assemblée pour demander la saisine de la CJUE

Près de 80 députés français ont déposé le 15 septembre une proposition de résolution européenne transpartisane pour demander à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) de se prononcer sur « l'incompatibilité » de l'accord commercial UE-Mercosur avec les traités européens. « Cet accord est perdant sur tous les plans et incompatible avec les traités européens », martèlent ces parlementaires, qui appellent le gouvernement français à « saisir la Cour de justice de l'Union européenne afin de l'interroger sur la compatibilité du processus de validation de l'accord et de son contenu avec les traités européens ». Signée par près de 80 députés à l'initiative de François Ruffin (groupe Écologiste et social), la proposition regroupe des élus socialistes, écologistes, communistes, Les Républicains, Renaissance, MoDem, Horizons ou encore du groupe centriste Liot. Ces derniers estiment notamment qu'il existe des « incertitudes » quant à la compatibilité de l'accord entre l'UE et les pays latino-américains avec les « engagement climatiques » de l'UE ou encore ses engagements « en matière de protection de l'environnement, des consommateurs et de santé publique ». Bruxelles a lancé le processus de ratification de cet accord, espérant convaincre, grâce à des garanties renforcées, les pays les plus sceptiques comme la France.

Légumineuses/formation : les fondations Avril et de l’Institut Agro lancent une chaire commune

Selon un communiqué commun du 11 septembre, la Fondation Avril et la Fondation de l'Institut Agro ont annoncé le lancement de la chaire « Légumineuses : la formation en partage Afrique-France » (sous l’acronyme LEAP) sur le campus Agro de Montpellier. L’ambition est de proposer une offre de formation dédiée à ce type de culture et de structurer des filières qui ont en besoin, des deux côtés de la Méditerranée. Le projet est le résultat d’un travail d’un an entre les deux fondations. « L’idée de cette chaire est née lors des Rencontres francophones Légumineuses organisées au Sénégal en 2024. Ces rencontres ont mis en évidence combien les enjeux, contraintes, mais aussi les innovations liées aux légumineuses, sont partagés entre l’Afrique et la France », explique dans le communiqué Hélène Marrou, titulaire de la chaire et enseignante-chercheuse à l’Institut Agro Montpellier. Une première phase de deux ans sera engagée afin de déterminer précisément les besoins de formation. S’ensuivra une seconde de trois ans, dédiée au financement, aux bourses de mobilité entre les universités françaises, aux stages, aux doctorats, etc.

Légumineuses : Terres Inovia cherche des agriculteurs pour le projet européen Legumes

Doté d’un budget de six millions d’euros sur quatre ans, le projet européen LegumES, lancé en 2024, réunit un consortium de 22 partenaires dont Terres Inovia. L’institut technique invite, dans un communiqué du 11 septembre, les agriculteurs français à rejoindre ce programme. L’enjeu : implanter les cultures de légumineuses de leur choix, sur une période de deux ans, pour les comparer à d’autres espèces. À terme, l’objectif est de valoriser les services rendus par les légumineuses pour faire évoluer les systèmes agricoles et alimentaires avec, notamment, la volonté de réduire la dépendance aux engrais azotés synthétiques et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, tout en améliorant la santé des sols et diversifiant les systèmes de culture. Les volontaires participeront aux essais, assureront le suivi des espèces via des méthodes établies. Un soutien financier ainsi que des conseils pour la mise en place de l’expérimentation sont prévus. Les dossiers de candidature sont à déposer avant le 15 octobre. (Anne Gilet)

Orge : renouvellement d’un partenariat entre Soufflet et Kronenbourg pour une filière responsable

Dans un communiqué du 15 septembre, Soufflet Malt, Soufflet Agriculture (filiales d’InVivo) et Kronenbourg ont annoncé le renouvellement d’un partenariat au sujet d’une filière « 100 % d’orge responsable tracée » pour deux années supplémentaires, soit les récoltes 2026 et 2027. Les orges servent à la production de malt dédié à la production de la bière de marque « 1664 Blonde ». Pour rappel, la démarche en question avait été lancée en 2022. Elle fixe des objectifs « de traçabilité (via la technologie blockchain), de haute qualité, de rémunération des agriculteurs et de réduction de l’impact environnemental ». Le renouvellement du partenariat comprend quelques modifications du cahier des charges. Citons l’intégration de pratiques issues de l’agriculture régénératrice, l’objectif « d’obtenir une reconnaissance avec le « Regenerating Together Framework » à l’horizon 2030 » et le renforcement d’indicateurs de suivi de la biodiversité. Les trois entreprises se félicitent du succès de la filière : en trois ans, « le nombre d’agriculteurs partenaires (de la filière, NDLR) est passé de 45 à 216 », sur plus de 5 800 ha. Kronenbourg espère que sa bière 1664 Blonde sera intégralement produite à l’aide de malt issu de la démarche en 2026.

Pac : Agriculteurs et prospérité propose d'augmenter les prix pour rendre sa souveraineté à l'UE

Le cercle de réflexion Agriculteurs et prospérité a présenté le 15 septembre ses pistes pour « redonner sa souveraineté à la Pac » en développant les productions déficitaires (en particulier les protéines végétales) aux dépens de celles qui sont excédentaires (les céréales). « Le seul paramètre sur lequel il est impératif d’agir, c’est le prix de la matière première agricole qui, pour les grandes productions agricoles, a été divisé par deux à trois en 30 ans », souligne ce travail. Il est donc proposé de faire remonter progressivement les prix des oléoprotéagineux pour que ces cultures « se développent aux dépens des céréales dont les volumes exportés chuteront ». Une « augmentation annuelle de 20 % des prix agricoles sur une période d’au moins cinq ans » est visée. Pour y parvenir, Agriculteurs et prospérité suggère de « taxer à niveau variable les importations à bas prix » et de « refuser l’importation de produits qui ne correspondent pas à notre modèle de production » (par exemple en imposant une limite maximale de résidus de 0,1 mg/kg en glyphosate sur l’alimentation animale, afin de contraindre les importations d’OGM). Agriculteurs et prospérité a été lancé en début d’année par Nicolas Jaquet, ancien président du syndicat France Grandes cultures (Coordination rurale) ; avant cela, il s’était fait remarquer en 2022 pour s’être « affranchi de la Pac », en vendant ses droits à paiement de base (DPB).

Alimentation : la publicité insuffisamment orientée vers une consommation durable (rapport)

Les communications commerciales sont insuffisamment orientées vers une consommation durable, indique un rapport des inspections IGF (ministère de l’Économie), IGEDD (Transition écologique) et IGAC (Culture) publié le 10 septembre. En cause : ni la réglementation ni l’autorégulation par les professionnels ne garantissent qu’elles contribuent à une consommation plus responsable, soulève le rapport. C’est particulièrement le cas sur les plateformes numériques, qui constituent le principal point de blocage à l’effectivité et à la portée des mesures d’encadrement des communications commerciales. « La directive e-commerce, et le principe du pays d’origine qu’elle affirme, empêchent de déployer en France des outils applicables à des acteurs européens et ne prévoient pas d’exception environnementale », constate le rapport. Aussi les inspections préconisent-elles de définir et de piloter une politique publique pilotée par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) reposant sur trois axes : création de conditions d’action équitables entre les médias traditionnels et les plateformes ; refonte des outils existants d’autorégulation, d’information des consommateurs et d’engagements volontaires ; adoption progressive de règles limitant les communications pour certains produits, voire réduisant la pression publicitaire globale.