Agrafil du 17 janvier 2024

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La Réunion/Cyclone Belal: l'agriculture touchée, état de catastrophe naturelle attendu

L'alerte rouge imposant aux habitants de La Réunion de rester chez eux en raison du passage du cyclone Belal a été levée mardi 16 janvier, l'heure étant maintenant au déblaiement et à l'estimation des dégâts. Les corps de deux personnes sans domicile fixe ont été retrouvés mardi à La Réunion, portant à trois le nombre de morts sur l'île française de l'océan Indien après le passage la veille du cyclone Belal. Matériellement, le secteur de l'agriculture a été le plus touché, a précisé le président de la chambre d'agriculture de La Réunion, Frédéric Vienne. «Nous espérons qu'un arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle sera pris très vite», a-t-il déclaré. Dans un communiqué paru le 16 janvier, la FNSEA «fait état de lourds dommages parmi les productions de bananes, avec des plantations ravagées», ainsi que dans le maraîchage qui «paie un lourd tribut puisque, si les infrastructures ont été préparées pour ne pas être broyées, les productions sont anéanties». Pas encore de bilan connu pour le secteur de l'élevage. Le dernier cyclone "intense" ayant touché La Réunion - un stade que n'a finalement pas atteint Belal, moins cataclysmique que prévu - était Bejisa, aux tout premiers jours de 2014.

Inondations : les travaux de nettoyage et de curage débutent dans le Pas-de-Calais

Interpellé sur les inondations dans le Pas-de-Calais en séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le 16 janvier, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu y a annoncé le début des travaux de nettoyage et de curage des cours d'eau en crue. «Dès hier, sur le canal d’Audruicq par exemple, des travaux de curage par les voies navigables de France (VNF) ont commencé. Dès hier, du côté de l’Aa, des travaux pour enlever les embacles ont été lancés», a répondu M. Béchu. Et d’ajouter qu’un plan «de très court terme et d’urgence» aboutira «au début du mois de février sur la modification des règles de curage dans notre pays». Un projet de décret visant à faciliter ces règles est en cours d'examen au Conseil d'Etat. La veille, le préfet du Pas-de-Calais, Jacques Billant, a affirmé vouloir «éviter une troisième vague d’inondations», rapporte le média Ici (France bleu et France 3). Pour ce faire, une «force d’intervention» a été mise en place «dans chaque bassin, au plus près du territoire pour traiter les problèmes liés aux assurances, au pompage, au relogement, au soutien aux acteurs économiques ». Pour rappel, Le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé en novembre dernier un fond de soutien de 50 millions d'euros destiné aux collectivités touchées. 

Pluies/inondations : le Finistère et le Morbihan placés en vigilance orange

Dans son bulletin « vigilance météorologiques et crues » publié le 16 janvier, Météo France a placé deux départements bretons, le Finistère et le Morbihan, en vigilance orange pluie et inondation à partir du 17 janvier minuit. Des cumuls de pluie de 30 à 50 mm y sont attendus en 24h dans les deux, voire plus localement. «Les départements bretons ainsi que les départements adjacents aux départements en vigilance orange pourront connaître des pluies verglaçantes de façon plus localisées et plus transitoire», précise le bulletin. Et d’ajouter «qu’une incertitude demeure quant à l’extension spatiale et temporelle du phénomène, ce qui pourrait entraîner une hausse du niveau de vigilance pour ces départements», en particulier les Côtes-d'Armor, l'Ille-et-Vilaine et la Mayenne, souligne Météo France. Par ailleurs, le service météorologique a prévu le même jour une vigilance orange neige-verglas dans trente-quatre départements du tiers nord-est. Météo France y prévoit un «épisode de pluie verglaçantes suivi d’un épisode de neige, avec généralement un redoux intermédiaire» du littoral normand aux frontières belges. Malgré des températures «un peu plus froides que les normales», la période actuelle ne correspond toutefois pas à «une vague de froid au sens météorologique», précise Matthieu Sorel, climatologue, à l’AFP.

Irrigation: manifestation à Toulouse, garanties sur la redevance en Adour-Garonne

Des centaines de tracteurs et camions agricoles ont convergé le 16 janvier vers le coeur de Toulouse, gênant la circulation et déversant paille et crottin devant certaines institutions. En fin de matinée, les agriculteurs avaient déversé du fumier devant la Cité administrative et l'Agence de l'eau Adour-Garonne, avant de se rendre place du Capitole à l'heure du déjeuner, relate la Dépêche du midi, selon qui les agriculteurs sont venus «pour défendre leurs revenus, se battre pour l'accès à l'eau ou contre la hausse des taxes». Quelque 450 véhicules sur trois convois, pour un millier de manifestants selon la préfecture, se sont rejoints dans l'après-midi près de la place du Capitole pour y faire entendre leurs protestations. Ils y sont restés jusqu'en début de soirée, avant de commencer à quitter la Ville rose, a constaté un journaliste de l'AFP. D'après la Dépêche du midi, ils ont rencontré plusieurs représentants des pouvoirs publics en fin de journée, dont Guillaume Choisy, directeur général de l’agence de l’eau Adour-Garonne: «Sur la question de l’eau, ils ont exprimé leur volonté d’avoir une année blanche sans augmentation sur 2024, ce qui a été acté» a-t-il expliqué au quotidien régional. Et d'ajouter: «Ils souhaitent également une trajectoire d’augmentation fiscale proportionnée qui sera travaillée au premier trimestre 2024 pour être présentée dans les instances d’avril 2024.»

Elections européennes: les premières propositions agricoles de l'Alliance rurale

Dans un communiqué paru le 16 janvier, l'Alliance rurale, liste emmenée par la président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, en vue des élections européennes, annonce qu'elle soutient le mouvement de protestation des agriculteurs allemands - et toulousains (voir ci-dessus), et présente ses mesures concernant le secteur agricole. L'Alliance rurale demande «un arrêt immédiat des baisses de production dans l’Union Européenne» - en référence aux conséquences estimées de plusieurs mesures incluses dans le Green deal (engrais, pesticides...) ;  un «moratoire de 10 ans sur les interdictions des molécules afin de donner le temps à la recherche de trouver des alternatives» ; un «plan d’investissements européen de 100 milliards sur 20 ans pour trouver des solutions durables à nos outils actuels» ; la «suppression des droits de succession pour la transmission des exploitations agricoles» ; et enfin la «reconnaissance par la loi du délit d’agribashing». Présentée début décembre, la liste inclut Véronique Langlais, présidente du syndicat des bouchers de Paris, ou encore le président de la fédération des pêcheurs d’Ille-et-Vilaine Jérémy Grandière. Quant à Camille Hoteman (Reine d’Arles 2023-2025), Laurent Jaoul (maire de Saint-Brès, dans l’Hérault) et l’ancien rugbyman Louis Picamoles, ils intégreront le quinté de tête, assuré de siéger à Bruxelles en cas de score supérieur à 5 % au scrutin de juin prochain.

Négociations commerciales: vers «une stabilisation des prix», confirme l’Ania

«Raisonnablement, on peut dire qu'il va y avoir une stabilisation des prix», a déclaré le président de l’Ania Jean-Philippe André sur l’antenne de France Inter, le 16 janvier, au lendemain de la clôture des négociations commerciales entre les distributeurs et les industriels de moins de 350 millions d’euros de chiffre d’affaires. «Je pense qu'on va arriver à une stabilisation qui devrait se jouer entre 0, 2 et 3%», précise Jean-Philippe André. «Il peut y avoir des baisses pour tous les produits qui ont dans leur composition du blé, de l'huile de colza ou de tournesol. La volaille va continuer à baisser», ajoute-t-il. Quelques jours avant la fin des négociations, la Feef qui représente exclusivement les PME et ETI, avait, elle aussi, avancé de premiers chiffres montrant une stabilité des tarifs fournisseurs, voire une légère baisse. «Je pense que nous aurons un tiers des prix de l'alimentaire qui baisseront», a estimé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire dans un entretien accordé aux lecteurs de La Voix du Nord, le 15 janvier. Les négociations entre les distributeurs et les plus grandes entreprises doivent s’achever le 31 janvier. 

Prix du lait: l’Unell refuse la médiation de Lactalis et saisit, à son tour, le médiateur

Le médiateur des relations commerciales agricoles a accepté, le 16 janvier, la saisine formulée la semaine dernière par Lactalis pour résoudre le différend qui l’oppose à sa principale association d’organisations de producteurs (AOP), l’Unell. Cependant, cette dernière a refusé, plus tard dans la journée, les termes de la discussion et saisit, à son tour, le médiateur. «Nous ne refusons pas la médiation, nous refusons simplement l’objet de la discussion», a expliqué le président de l’Unell, Yohann Serreau à la presse. L’AOP estime que le champ d’application de la saisine de Lactalis «ne mènerait qu’à une solution de court terme et (…) ne respecterait ni les lois Egalim, ni notre accord cadre», indique un communiqué. Dans sa saisine, l’AOP précise les «paramètres importants de la formule de prix» sur lesquels, selon elle, la médiation doit porter: «la valorisation du lait destiné aux produits de grande consommation» et «la valorisation du lait destiné aux produits industriels», l’indicateur beurre-poudre n’étant plus publié par l’interprofession. «La saisie du médiateur par Lactalis est un bon signal qui marque une reprise des discussions», estime Yohann Serreau. De son côté, l’industriel affirme dans un communiqué du 16 janvier souhaiter «un dialogue continu, serein et constructif sur le contrat» qui le lie à l’Unell. 

Vin : une majorité de producteurs favorables à la réduction de l’offre mondiale

Selon une enquête de l’université de Geisenheim (Allemagne), les producteurs de vin sont majoritairement favorables à une réduction de l’offre mondiale. 63% jugent nécessaire de diminuer les excédents pour rééquilibrer le marché, a indiqué le 16 janvier la directrice de l'Institut d'économie du vin et des boissons Simone Loose, lors d’une conférence de presse du salon ProWein. La proportion est moins forte en France (57%) ou dans le Nouveau Monde (55%) qu’en Allemagne et au Portugal (71%). Des résultats plus homogènes apparaissent sur le rôle à jouer par les États. Près d’un producteur sur deux (48 %) réclame des aides publiques à l’arrachage de vignes, cette proportion étant quasi identique en France et Espagne (53 %), Allemagne (50 %) ou dans le Nouveau Monde (48 %). Seuls 23% des domaines viticoles et 11% des coopératives pensent qu'un nouvel équilibre s'établira sans l'aide de l'État avec, là aussi, peu de différences d’un pays à l’autre. Les solutions pour assainir le marché sont diversement appréciées. 45% des producteurs se disent favorables à des actions visant les jeunes consommateurs. Cette part est plus forte en France (72%), Espagne (63%), Italie (61%), trois pays où la consommation nationale diminue le plus, à cause de la réticence des jeunes consommateurs, d’après Simone Loose.  

Porc : le Royaume-Uni face à des importations illégales «sans précédent» (presse)

Les importations illégales de viande vers le Royaume-Uni atteignent un niveau «sans précédent», faisant planer un risque d’introduction de la peste porcine africaine (PPA) dans le pays, apprend-on dans un article de Pig World. D’après le média spécialisé, plus de 57 t de viande illégale ont été saisies au port de Douvres depuis septembre 2022, par lequel transiteraient 90% des volumes illicites. Quelque 5,5 t auraient été saisies durant le seul week-end précédant Noël. Ces saisies pourraient constituer «la partie émergée de l’iceberg», estime Beverley Edmonson, responsable sanitaire du port : «Pour chaque tonne de viande illégale retirée [du circuit alimentaire], il y a de nombreuses tonnes entrant en Grande-Bretagne sans être détectées», avance-t-elle dans le magazine EHN, édité par l’Institut de santé environnementale. De son côté, Lizzie Wilson, directrice de la National Pig Association (NPA, regroupant éleveurs et industriels), a pointé des révélations «profondément inquiétantes». Son organisation a appelé le gouvernement à «étendre l’interdiction actuelle à toutes les importations non commerciales de porc», alors que les particuliers en provenance de l’UE peuvent aujourd’hui transporter jusqu’à 2 kg.

Céréales : à Rouen, Sénalia multiplie par cinq ses capacités de stockage

Dans un communiqué de presse du 12 janvier, le groupe Sénalia, qui exploite des terminaux portuaires céréaliers et agro-industriels à Rouen, a dévoilé ses ambitions en matière d’entreposage, pour lequel il souhaite devenir «un acteur significatif» en 2024. Selon Sénalia, trois entrepôts seront «opérationnels» d’ici la fin de l’année. D’une capacité de 14 000 m2 de stockage, le premier est d’ores et déjà en activité à Grand-Quevilly (Seine-Maritime) depuis 2021. Le second, également situé à Grand-Quevilly, sera opérationnel à partir d’octobre 2024. Quant au troisième, toujours en cours de construction dans la commune de Petit-Couronne (Seine-Maritime), il devrait être exploitable en décembre 2024. «Ainsi, la force de frappe de Sénalia en logistique conditionnée sera multipliée par cinq», soutient Thierry Dupont, président de Sénalia Union. En tout, les trois entrepôts, d’une surface totale de 75 000 m², représentent «une capacité de stockage de plus de 80 000 palettes disposées sur des racks» verticaux, ajoute Thomas Desjonquères, directeur logistique industrielle de Sénalia. En plus d’investir dans de nouvelles solutions de stockage, Gilles Kindelberger, d.g. du groupe, s’est félicité de la progression de moyens de transports «durables», à savoir les péniches et les trains qui représentent 42% des flux.

UE/Mercosur: le Sénat vote à l'unanimité une résolution contre l'accord, en l'état

A l'occasion d'une séance publique le 16 janvier, le Sénat a adopté à l'unanimité une proposition de résolution transpartisane se prononçant contre la signature de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, «tel que conclu en 2019 et à toute tentative de découpage dudit accord par la Commission européenne». Le texte a été présenté par des députés de l'ensemble des groupes parlementaires à l'exception du Rassemblement national, et a reçu un avis de sagesse du gouvernement. «En l'état, il devra être amélioré», a déclaré Stéphane Séjourné, le nouveau ministre des Affaires étrangères pour sa première prise de parole dans l'hémicycle. Dans le détail, la résolution comprend trois points: les conditions d'adoption de l'accord (clause suspensive liée au respect des Accords de Paris, et «respect des normes de production européennes et de critères de durabilité et de traçabilité pour les produits les plus sensibles en matière de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité») ; une opposition à l'adoption séparée du seul volet commercial de l'accord ; et enfin une demande de «généraliser le principe de réciprocité des normes de production dans les échanges commerciaux». A l'issue d'un échange téléphonique le 9 janvier entre le chancelier allemand Olaf Scholz et le nouveau président argentin Javier Milei, le gouvernement allemand a fait savoir par communiqué qu'ils souhaitent, tous deux, une conclusion rapide des négociations commerciales entre l’UE et le Mercosur. 

Pesticides dans l’air: Générations futures veut des ZNT «jusqu’à au moins 150 mètres»

Dans un rapport présenté le 16 janvier en conférence de presse, Générations futures demande «un élargissement important des zones de non-traitement (ZNT) actuelles jusqu’à au moins 150 mètres» pour réduire l’exposition des populations rurales aux pesticides. L’association affirme que «plusieurs dizaines de mètres d’éloignement des zones pulvérisées par des pesticides ne suffisent pas à diminuer significativement les quantités de pesticides présentes dans l’air», ce qui rend inefficaces les ZNT aujourd’hui fixées à 5, 10 ou 20 mètres. A l’issue d’une campagne de prélèvements et d’analyses menée en 2023 dans trois départements (Nord, Gironde, Rhône), l’association observe que les concentrations de pesticides relevées au centre des trois parcelles testées sont «souvent très importantes», malgré les distances de 35, 57 et 70m jusqu’au champ traité le plus proche. L’association s’inquiète aussi des «cocktails» de pesticides auxquels les riverains sont exposés. «Jusqu’à 35 pesticides différents ont ainsi été fixés par nos capteurs durant une période de seulement 7 semaines !» indique le rapport. «Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire d’agriculture dans ces 150 mètres, ça veut dire qu’il faut réorienter les conversions et les installations, en bio de préférence, dans ces zones-là» a déclaré le porte-parole François Veillerette.

Elevage: pour le Cese, son avenir passe par davantage d'exploitation de «polyculture/élevage»

Dans un avis sur l'avenir de l'élevage français, adopté très largement (115 voix pour et 2 abstentions) le 16 janvier, le Cese estime que «le défi majeur est de maintenir le plus grand nombre de fermes de polyculture/élevage en France» et de «réintroduire ce modèle dans les territoires où il a disparu». Dans son ensemble, le rapport est plutôt consensuel, plaidant pour davantage de moyens dédiés à la recherche, pour permettre aux agriculteurs de «devenir des éleveurs-innovateurs, en les associant aux travaux de recherche» et leur apporter une «méthodologie de diagnostic scientifique et technique». Les auteurs proposent en outre de préparer la Pac 2027, notamment pour favoriser les modèles de polyculture-élevage, de «mettre en place un grand plan d’investissements et de transformation par territoire», ou encore de «mener des actions de communication afin d’expliquer les réalités et les impacts positifs des modèles d’élevage les plus vertueux». Il enjoint enfin les pouvoirs publics à «faire respecter l’obligation d’indiquer l’origine nationale des viandes et des produits laitiers».