Déforestation : Bruxelles propose un dispositif visant les importations agricoles
La Commission européenne a présenté le 17 novembre sa proposition visant à limiter l’impact des importations de l’UE sur la déforestation mondiale en interdisant la mise sur le marché communautaire de certains produits agricoles et forestiers lorsqu'ils contribuent à la déforestation. Six produits, qui ont été jugés comme les plus problématiques, sont visés : viande bovine, bois, huile de palme, soja, café et cacao. Les entreprises qui mettent sur le marché ces produits de base (et certains de leurs dérivés comme le cuir ou le chocolat) seront tenus de collecter les coordonnées géographiques des terres sur lesquelles ils ont été cultivés et devront soumettre à un système d'information européen une déclaration dans laquelle elles confirment qu’ils ne sont pas issus de terres déboisées ou dégradées après le 31 décembre 2020. La Commission européenne classera les pays comme présentant un risque faible, moyen ou élevé avec un système simplifié pour les zones à faible risque et des contrôles renforcés pour les zones à haut risque. Ce sont les États membres qui seront responsables de l'application effective du règlement. Selon Bruxelles, ces dispositions devraient empêcher au moins 29 % de la déforestation due à la consommation par l’UE soit au moins 31,9 millions de tonnes d'émissions carbone dans l'atmosphère chaque année.
Sols : lancement d'une stratégie européenne pour les préserver
La Commission européenne a présenté le 17 novembre une stratégie européenne pour les sols qui prévoit en particulier une nouvelle législation contraignante pour préserver leur santé, attendue en 2023. L’objectif est de parvenir à une «bonne santé des sols» dans l'ensemble de l'UE d'ici 2050. Une initiative «tester votre sol gratuitement» sera proposée aux agriculteurs. La stratégie prévoit également de «mettre un terme à l'augmentation nette de la surface de terres occupées». Les Etats membres devront donc limiter l’artificialisation, et lorsque cela n’est pas possible, la compenser en utilisant des terres non exploitées pour les cultiver ou les renaturaliser. Bruxelles lancera aussi d’ici la fin de l’année une initiative en faveur de la séquestration du carbone dans les sols et participera à l'initiative mondiale «4 pour 1000», afin d'augmenter la teneur en carbone organique des terres agricoles. Les sols requièrent le même niveau de protection juridique à l'échelle de l'UE que l'air ou l'eau, indique la Commission. Mais les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) espèrent que cette stratégie ne sera pas une «nouvelle couche administrative» pour les agriculteurs. Le Copa-Cogeca rappelle que les caractéristiques des sols varient considérablement et qu’il est donc difficile d'établir des normes générales de qualité à l'échelle de l'UE.
Sécurité sociale: pas d'accord en CMP, la pérennisation du TO-DE en suspens
La commission mixte paritaire (CMP) qui s’est réunie dans la soirée du 16 novembre, au sujet du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2022, n’est pas parvenue à trouver un texte de compromis. Des désaccords «importants» subsistent entre l’Assemblée nationale et le Sénat qui doivent trancher sur 109 articles encore en discussion, d’après le rapport écrit de la CMP. Contacté par Agra Presse le 17 novembre, le rapporteur de la CMP pour l’Assemblée Thomas Mesnier a indiqué qu’il proposera à ses homologues députés de conserver deux dispositions introduites par le Sénat: l’extension du droit à un capital décès de 3500€ pour les ayants droits de non-salariés agricoles; et le retrait de la limitation de durée du statut de conjoint collaborateur du PLFSS. En revanche, il proposera de supprimer la pérennisation du TO-DE souhaitée par les sénateurs, ainsi que l’assouplissement du mode de calcul des cotisations sociales pour les agriculteurs qui choisissent l’assiette optionnelle. Les députés débattront du texte en nouvelle lecture le 22 novembre, en séance plénière.
Agrivoltaïsme : Ombréa et Iberdrola s'allient pour installer des sites de plus de 10 MW
La start-up française Ombréa (développement de solutions agrivoltaïques) et la firme espagnole d’énergies Iberdrola, s'allient pour installer des sites de plus de 10 mégawatts (MW), autrement dit sur des surfaces de plus de 16 hectares d’arboriculture, maraîchage, horticulture, viticulture ou plantes à parfums. Soit l’équivalent de la consommation d’énergie électrique de plus de 250 foyers. Iberdrola, à travers sa filiale française, a signé avec Ombrea basée à Aix-en-Provence, un partenariat pour le développement de projets agrivoltaïques «de grande capacité en France et en Europe», ont indiqué les deux entreprises le 16 novembre. Aux termes de ce partenariat, Iberdrola associera Ombréa au capital de chaque société agrivoltaïque exploitée par Iberdrola, et cela pour toute la durée d’exploitation des projets (au moins 30 ans). La participation d'Ombréa sera minoritaire dans chaque société de projet. Ombréa sera rémunérée selon le montant de sa participation et en fonction de la production des centrales. Iberdrola annonce avoir sécurisé à ce jour une dizaine de projets en France. Ombréa fournira la technologie pour optimiser conjointement la production agricole et la production électrique, et Iberdrola sera le constructeur, l’installateur et l’exploitant des centrales.
Grandes cultures: des productions chahutées par le renchérissement des engrais
Modifications des assolements, pertes de rendement, baisse de qualité : le renchérissement des engrais azotés risque d’avoir de nombreux effets sur les grandes cultures, a estimé le 17 novembre la société de conseil Agritel. Le blé connaît en France «une augmentation de plus de 20% de son coût de production» à 241 $/t pour la récolte 2022, a indiqué la consultante Isaure Perrot lors d’une visioconférence. Cette évolution est liée au poste engrais azotés, qui grimpe à 65 $/t (contre 23 $/t l’année précédente). Résultat, des baisses d’assolement sont prévues en blé, idem pour d’autres cultures gourmandes en azote. Agritel table sur des surfaces en retrait pour le blé (environ -110 000 ha par rapport à 4,974 Mha en 2021), l’orge d’hiver (quelque -90 000 ha par rapport à 1,197 Mha), le maïs (près de -50 000 ha par rapport à 1,497 Mha) ; en hausse pour l’orge de printemps (+100 000 ha par rapport à 532 000 ha), le tournesol (quelque +50 000 ha par rapport à 699 000 ha). Autre impact, les agriculteurs risquent de lever le pied sur la fertilisation azotée. Cela peut nuire au rendement, à la teneur en protéines du blé tendre, réduisant la qualité meunière. A l’échelle mondiale, Agritel anticipe une production des huit plus gros exportateurs réduite « de plus de 10 Mt » en blé (à 400,5 Mt) uniquement à cause des engrais azotés.
Porc: la peste porcine africaine atteint une nouvelle région en Allemagne
Un foyer de peste porcine africaine (PPA) a été confirmé le 15 novembre dans un élevage à Lalendorf, dans le nord-est de l'Allemagne, a annoncé l'institut Friedrich-Loeffler (IFL) dans un communiqué le lendemain. Il s'agit du premier cas dans la région de Mecklembourg-Poméranie occidentale, seul Land à la frontière avec la Pologne à avoir été épargné jusqu'à présent. L'exploitation concernée est un site d'engraissement «avec 4038 porcs sur place», indique le site spécialisé Pig Progress. «Tous les porcs de la ferme ont été abattus, et le zonage et la surveillance habituels sont en cours d'application», précise le média. D'après l'IFL, institut de référence en Allemagne pour la PPA, «les décès de porcs d'engraissement s'étaient multipliés ces derniers jours» dans l'élevage, ce qui a déclenché une enquête. L'origine de la contamination est «encore incertaine», affirme Pig Progress, qui relève que l'exploitation est «située à environ 100 km des zones de surveillance», et que la région ne connaît aucun cas de PPA en faune sauvage. Depuis l'arrivée de la PPA en Allemagne en septembre 2020, «plus de 2700 cas ont été détectés chez des sangliers» dans deux Länder (Brandebourg et Saxe), rappelle l'IFL. Trois cas en élevages avaient ensuite été confirmés en juillet dans le Brandebourg.
Kiwi: Cancel fruits et Rouquette planteront 300 ha supplémentaires d’ici 5 ans
Après avoir repris l’activité kiwi de Rouquette durant l’été, l’entreprise Cancel fruits (Tarn-et-Garonne) annonce qu’elle plantera 300 ha supplémentaires de kiwis d’ici cinq ans, dans un communiqué le 16 novembre. Le nouveau groupe compte désormais «200 producteurs de kiwis situés essentiellement dans le Val de Garonne et produisant environ 12 000 tonnes de kiwis annuellement, soit le quart de la production française». En prenant en compte l’activité d’import, Cancel prévoit de commercialiser «environ 16000 tonnes de kiwis» durant la saison 2021-2022. «Cette nouvelle structure permet d’atteindre une taille critique pour apporter toujours plus de services, tout en réalisant des économies d’échelle pour gagner en compétitivité», détaille le communiqué. Cancel a pour objectif d’offrir une gamme de fruits «tout au long de l’année» grâce au kiwi vert, jaune et rouge, en proposant notamment des fruits labellisés bio, HVE, Bee friendly et Global gap.
Lait: la FNPL veut une «solution» pour tous les éleveurs que Danone ne collectera plus
Suite à l'annonce par Danone de la conversion de sa laiterie de Villecomtal-sur-Arros (Gers) en usine de boissons végétales, la FNPL demande, dans un communiqué paru le 17 novembre, des «solutions de collecte pour tous» les éleveurs qui ne le seraient plus par le géant laitier français, près de 200 (187 points de collecte). «Le projet prévoirait, dans une phase de transition, l’accompagnement de chaque collaborateur et un soutien individualisé aux éleveurs», expliquait Danone la veille dans son communiqué. Mais il est encore trop tôt pour en connaître le détail, indique son équipe de communication. «Nous attendons de Danone une échéance écrite pour l’arrêt de la collecte et de savoir quels moyens vont être mis sur la table pour accompagner les producteurs», a déclaré à Agra Presse Romain Gavoille, le président de l’OPSOL (Organisation des producteurs du Sud-Ouest laitier). «Certains éleveurs arrêteront, déplore Romain Gavoille, pour les autres, il faudra trouver de nouveaux acheteurs. Il n’y a pas que Danone qui collecte du lait dans le Sud-Ouest…» Pour appuyer sa demande, la FNPL met notamment en avant le statut d'entreprise à mission dont s'est doté Danone depuis l'été 2020.
Affichage environnemental: pas de «vision de référence», déplore l'Iddri
Dans une étude parue en octobre 2021, l’Iddri souligne que l’affichage environnemental est pour l’heure «compliqué par l’absence d’une vision de référence» de la transition agricole et alimentaire. Or cet affichage «aura des effets politiques importants», a insisté Laure Brimont, coordinatrice de l’initiative Modes de vie en transition au sein de l’Iddri lors d’une présentation de cette note le 16 novembre. Pour preuve, illustre l’Iddri, l’analyse de cycle de vie dans sa forme actuelle encourage à substituer la viande bovine par la volaille. Mais le scénario Tyfa développé par le cercle de réflexion défend l’inverse, en réduisant en priorité des monogastriques pour libérer des terres pour cultiver des protéagineux. «Dans les deux cas, il y a des incitations à réduire les produits animaux, mais la nature de ces produits doit être mieux examinée», complète Mathieu Saujot, également coordinateur au sein de l’Iddri. Autant de choix qui devraient être tranchés avec le rapport que le comité de pilotage de l’expérimentation publiera en fin d’année. «Quelles que soient les options retenues, il y aura encore des travaux et expérimentations à mener dans l’année à venir», prévient Flore Nougarède, cheffe de projet au sein de l’Ademe.
Eau : le pilotage de l’irrigation reste «insuffisamment pratiqué» (Inrae)
L’usage par les agriculteurs d’outils de pilotage de l’irrigation, estimé à 17% des surfaces, n’est «pas suffisant», a considéré le 17 novembre Bruno Molle, responsable Inrae de Laboratoire de recherche et R&D sur les technologies d'irrigation. «Le pilotage (de l’irrigation) reste le parent pauvre des pratiques», a-t-il dit lors d’une visioconférence du Varenne agricole sur le thème: «quels leviers pour une irrigation efficiente compatibles avec le bon état des eaux et les autres usages». «Pourtant c’est là qu’existe le plus grand potentiel en matière d’économie d’eau. Ça d’autant plus lorsque les agriculteurs sont soumis à un tour d’eau ou des quotas, qui peuvent être restreints.» 17% des surfaces agricoles sont concernées par l’utilisation d’un outil de pilotage, d’après ses chiffres issus d’une étude en 2017 d’Agreste (service statistique du ministère de l’Agriculture). Cette part est «en cours d’évolution, avec l’arrivée massive du numérique», a nuancé Bruno Molle. Autre bémol, elle concernerait les agriculteurs équipés «personnellement». «Les gens qui consultent les avertissements irrigation sont en nombre beaucoup plus important», d’après lui.
Ecotaxe: huit ans après, les Bonnets rouges dénoncent «l'acharnement de l'Etat»
Le collectif "Vivre, décider et travailler en Bretagne", à l'origine du mouvement des Bonnets rouges, a dénoncé le 17 novembre «l'acharnement de l'Etat» contre six exploitants et salariés agricoles»condamnés en 2016 à lui verser plus de 500.000 euros pour la destruction en 2013 dans le Finistère d'un portique écotaxe. «L'Etat s'attaque au portefeuille de lampistes pour la reconstruction d'un portique écotaxe imaginaire», a dénoncé lors d'une conférence de presse à Quimper Thierry Merret, l'un des porte-parole de ce collectif composé d'agriculteurs, chauffeurs de poids-lourds ou salariés de l'agroalimentaire. Le 14 octobre 2016, cinq hommes et une femme, tous exploitants ou salariés agricoles, ont été condamnés à verser 21.971,63 euros «au titre de frais de démontage et de mise en sécurité du portique» et 500.000 euros «au titre de la remise en état du portique». «La somme demandée c'est pour reconstruire un portique à Guiclan, mais il n'y aura jamais de portique à Guiclan puisqu'il n'y a plus d'écotaxe!» a pesté l'ancien président de la FDSEA du Finistère. Les faits s'étaient déroulés en août 2013. Les prévenus avaient été aperçus tenant une bâche sous laquelle opéraient ceux qui ont déboulonné et découpé les piliers du portique, le premier d'une longue série. Tous avaient affirmé qu'ils ne savaient pas ce que faisaient les personnes dissimulées sous la bâche.