Plan de résilience: quatre mesures d'urgence toucheront le secteur agricole
Le ministre de l'Agriculture a annoncé en conférence de presse le 16 mars les mesures d'urgence contenues dans le plan de résilience qui concerneront le secteur agricole. Deux mesures visent les carburants: en sus des 15 ct/l de remise à la pompe déjà annoncés sur la gazole non routier (GNR), les agriculteurs bénéficieront d'un remboursement anticipé de la TICPE 2021 (attendu habituellement en juin), et sur demande d'un acompte de 25% du remboursement de la TICPE 2022, à partir du 1er mai. Le secteur agricole et agroalimentaire sera par ailleurs éligible à l'aide transversale dédiée aux entreprises fortement consommatrices de gaz et d'électricité (plus de 3% de leur chiffre d'affaires) et déficitaires en 2022, dont «la moitié du surplus» de charges pourra être pris en charge «dans la limite de leurs pertes». Ce dispositif devrait notamment s'adresser «aux maraîchers, aux producteurs de volaille, aux sucreries, aux entreprises laitières qui sèchent le lait», a cité le ministre. Des aides ciblées toucheront les élevages «fortement dépendants en aliment du bétail». Une enveloppe de 400 M€ y sera dédiée, et versée d'ici deux mois, prenant en compte une période de quatre mois à compter du 15 mars. Une réunion est prévue «dans les prochains jours» sur ce dossier. Enfin l'enveloppe dédiée à la prise en charge des cotisations sociales sera abondée de 60 M€ en 2022 «pour prendre en compte les exploitations confrontées à des hausses de charges qui dégradent leurs comptes».
Plan de résilience: des mesures «additionnelles» pour «sécuriser» la production
Au-delà des mesures d'urgence visant à conforter la trésorerie des exploitations agricoles, le plan de résilience présenté le 16 mars contient quatre mesures «additionnelles» ayant pour objectif de «sécuriser les producteurs et la production agricole en 2022», a annoncé le ministre de l'Agriculture. La première est la réunion, ce vendredi 18 mars, des acteurs des filières agroalimentaires, pour «entamer sans délai de nouvelles négociations commerciales», afin notamment de «mettre en œuvre les mécanismes d'indexation, de renégociation et du cadre des pénalités logistiques». Concernant les engrais, un «plan de sécurisation» de l'approvisionnement est annoncé, pour assurer la campagne d'automne. Il inclut la mise en place d'un groupe de travail dédié et «l'adaptation ou le report» de mesures «pouvant impacter la disponibilité en 2022». Julien Denormandie a d'ores et déjà précisé que les discussions sur l'évaluation environnementale du stockage des engrais était reportée. Par ailleurs, plusieurs plans (ou leur renforcement) sont annoncés «pour accélérer les transformations de long terme»: un «plan souveraineté azote» privilégiant la «production d'engrais verts» ou la «valorisation d'engrais organiques»; le «renforcement du plan protéines végétales» dans le cadre de France 2030; le «développement d'un plan de souveraineté énergétique, agricole et alimentaire pour accélérer les énergies renouvelables et la décarbonation de l'amont agricole»; et enfin «l'élaboration d'un plan français et européen dédié aux fruits et légumes».
Plan de résilience: poursuite des blocages des dépôts pétroliers
Entamé le 15 mars, le blocage de plusieurs dépôts pétroliers en raison de l'envolée du prix des carburants se poursuivait le lendemain en Bretagne et aussi à La Rochelle (Charente-Maritime), malgré l'annonce du plan d'aides du gouvernement, a appris l'AFP de sources concordantes. Dans la péninsule, les dépôts de Lorient, Brest et Vern-sur-Seiche, près de Rennes, étaient toujours bloqués mercredi en fin d'après-midi, selon des manifestants et les autorités. «Il n'y a rien du tout dans ce plan à part des reports de charge, qu'on peut déjà avoir en temps normal. Y a que les pêcheurs qui ont eu 35 centimes» par litre de gazole, a expliqué à l'AFP, depuis le dépôt de Lorient, Norbert Guillou, chef d'entreprise. En Charente-Maritime, une soixantaine de personnes, essentiellement des marins-pêcheurs, bloquaient mercredi matin le dépôt de carburant du port de commerce de La Pallice à La Rochelle, selon une source proche des autorités. Le blocage se poursuivait après l'annonce du plan gouvernemental, selon la même source. Par ailleurs, plusieurs dizaines d'agriculteurs du Lot-et-Garonne, à l'appel de la Coordination rurale, ont déversé des pneus mercredi matin devant la préfecture à Agen pour réclamer le «GNR (gasoil non routier) à moins d'un euro» et la «détaxation des énergies».
Céréales: les mouvements de bateaux reprennent sur la mer Noire
Les mouvements de vraquiers ont repris de Russie et de Roumanie, la Turquie est aux achats pour 270.000 tonnes de blé tendre, l'Algérie cherche de l'orge fourragère. L'Egypte, qui attend toujours ses livraisons russes, a par ailleurs, via un acheteur privé, acquis un chargement de céréales au départ de la France, indique l'AFP citant le cabinet Inter-Courtage. «Les expéditions des ports russes de la mer Noire ont considérablement augmenté. Nous avons rehaussé nos prévisions pour le blé russe de mars de 1,2 à 1,6 million de tonnes (pour les exportations)», explique à l'AFP Andrey Sizov, directeur général du cabinet de conseil agricole russe SovEcon. «La réalité est qu'il n'y a pas d'interdiction d'exportation, du moins pour l'instant, mais le risque de restrictions supplémentaires est, selon nous, relativement élevé», prévient-il. De fait, l'annonce russe d'une possibilité d'embargo sur les céréales lundi a «fait l'effet d'une bombe» sur les marchés selon Inter-Courtage, avant que Moscou ne précise dans la nuit que ces restrictions aux exportations ne s'appliqueraient que vers quatre républiques ex-soviétiques d'Eurasie. Pour Gautier Le Molgat (Agritel), la Russie de Vladimir Poutine, qui a déjà mis en garde contre un risque d'inflation alimentaire du fait des sanctions imposées à son pays, «agite un chiffon rouge»: «Le message est clair: on peut aussi fermer les vannes pour tout le monde».
Influenza dans l'Ouest: des capacités d'euthanasie dépassées (syndicat)
Devant la progression fulgurante de l'épizootie d'influenza aviaire en Pays de la Loire, «les autorités ont donné lundi (14 mars, NDLR) l'autorisation d'enterrer les animaux morts sur place», indique Eudes Gourdon, le porte-parole régional de la Confédération paysanne, lors d'une conférence de presse le 16 mars. Une mesure qui serait mise en place «sous la responsabilité de la DDPP, qui en assume les coûts» et encadrée par des «protocoles [sanitaires] stricts». Le syndicat minoritaire dénonce un «traumatisme supplémentaire pour les éleveurs» et un manque d'«anticipation» des pouvoirs publics, la zone touchée étant classée en ZRD (zone à risque de diffusion). Le dernier bilan officiel au 15 mars fait état de 418 foyers confirmés dans les élevages de l'Ouest (dont 338 en Vendée), soit un quasi-doublement en quatre jours. D'après la Conf', «30 bâtiments» supplémentaires sont touchés chaque jour en Vendée, et «10 à 20» en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire. Une propagation qui dépasse les capacités d'euthanasie du prestataire GT Logistics, qui a déployé «quatre équipes en Vendée», selon Pascal Sachot, le porte-parole départemental de la Conf'. Résultat: les délais d'enlèvement des animaux morts peuvent atteindre «7 à 10 jours», et les éleveurs n'ont d'autre choix que de «laisser mourir les animaux de l'influenza», selon le syndicat minoritaire. «Les 10 millions de volailles abattues seront dépassées» sur l'ensemble du territoire national, craint la Conf', qui en recense 4,5 millions dans le Sud-Ouest et 4,2 millions dans l'Ouest.
Influenza aviaire: des incertitudes sur les capacités de repeuplement du Sud-ouest
«Nous faisons certainement face à la pire crise de notre histoire», a déclaré le président du Cifog (interprofession du foie gras) Éric Dumas, le 16 mars en conférence de presse, alors que l'influenza aviaire touche de façon «soudaine et inattendue» les Pays de la Loire et les Deux-Sèvres «jusque-là relativement épargnés». La multiplication des foyers d'influenza dans cette région laisse planer l’incertitude sur la capacité de la filière à repeupler les élevages du Sud-ouest où l’obligation de vide sanitaire doit être levée le 29 mars. Deuxième bassin de production de foie gras (24% de la production nationale) derrière le Sud-ouest (40%), les Pays de la Loire produisent également plus de 70% des canetons à engraisser. «Il est encore trop tôt pour connaître l’impact qu’aura l’influenza sur le repeuplement des élevages du Sud-ouest. Nous ne savons pas combien d’élevages de reproducteurs ont été touchés», indique Marie-Pierre Pé, la directrice du Cifog. Un protocole sanitaire a été mis en place pour éviter de recontaminer les élevages du Sud-ouest lors de la livraison des canetons. «Il n’y a jamais eu de contamination par des canetons. Le protocole repose principalement sur la désinfection des véhicules et l’utilisation de matériel à usage unique», précise Éric Dumas.
Foie gras: vers une réduction «significative» de l’offre en 2022
Après plusieurs années marquées par de virulents épisodes d’influenza, les stocks de foie gras sont au plus bas et le Cifog (interprofession du foie gras) anticipe une nouvelle réduction «significative» de l’offre en 2022, a prévenu sa directrice Marie-Pierre Pé, le 16 mars, à l’occasion d’une conférence de presse. Autre source d’inquiétude: les répercussions indirectes de la guerre en Ukraine sur les coûts de production des éleveurs. «Ça aura forcément des conséquences sur les prix de nos produits», souligne le président de l’interprofession, Éric Dumas. Le Cifog se félicite des «bonnes performances» réalisées sur les ventes en 2021 malgré de faibles disponibilités. Sur le marché de la consommation à domicile, les ventes ont progressé de 0,8% en valeur. À l’international, la balance commerciale de la France est restée positive à près de 38M€. Les exportations ont augmenté de 9% en volume et 11% en valeur par rapport à 2021. Une progression réalisée grâce à la mise en place de la régionalisation des règles sanitaires sur les importations par certains pays, comme le Japon. «Les Pays de la Loire ont pu continuer d’expédier en 2021, rappelle Marie-Pierre Pé. Cette année malheureusement tous les bassins de production sont touchés.»
Poireau: la filière encaisse 41 jours de crise conjoncturelle (RNM)
Le 16 mars, le poireau affichait 41 jours ouvrés de crise conjoncturelle au Réseau des nouvelles des marchés (RNM, FranceAgriMer). En difficulté depuis le 19 janvier, le légume d’hiver accuse un prix de première mise en marché 34% en dessous de la référence hebdomadaire. Une situation due à une consommation «globalement en berne» malgré des mises en avant et des promotions en magasins, analyse FranceAgriMer dans sa note de conjoncture de février. Un constat partagé par le directeur de l’AOP Poireaux de France Patrick Groualle. Interrogé le 16 mars, il pointe un marché «morose» depuis la campagne d’automne qui s’est dégradé pour devenir «complètement atone» cet hiver, alors que les emblavements sont «similaires» et les rendements «un petit peu en-deçà de la normale». «C’est vraiment la consommation qui n’est pas là», lâche-t-il. Une situation qui pèse fortement sur les prix payés à la production. «On a des cours ridicules qui oscillent entre 0,25 et un peu plus de 0,30€ le kilo, alors qu’un prix normal serait a minima 0,60€ le kilo», ajoute Patrick Groualle.
Soja : Oxyane vise une usine de trituration opérationnelle « mi-2023 »
La coopérative Oxyane se montre «optimiste» sur son projet d’usine de trituration de soja, dont l’ouverture est prévue mi-2023. Présenté au mois de décembre, le dossier est retenu dans le cadre du plan France Relance, a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse le 16 mars, en attente de confirmation de l’aide d’Etat. Cet investissement représente plus de 5 M €, pour une capacité de 25 000 t de graines transformées. L’usine doit être construite à La Côte-Saint-André (Isère), «entre un silo et une usine d’aliment du bétail». «On dispose d’une filière de A à Z», souligne l’équipe de direction. Oxyane est membre de l’union Top Semence, présentée comme le numéro un français de la multiplication de semences de soja. «Nos filières animales sont axées sur le "produit, transformé" et consommé localement, à l’instar de l’activité dans les œufs, poursuit le groupe, à qui manque le maillon de la trituration. Les débouchés commerciaux de la future usine sont donc assurés, d’après lui. Reste à obtenir l’aide de France Relance, et «recalibrer» le projet vu le gonflement des coûts de construction. Objectif : avoir un site «opérationnel mi-2023».
Gel 2021: le décret sur l’aide complémentaire aux assurés est paru au JO
Le décret créant une aide complémentaire pour les exploitations victimes du gel printanier de 2021, dont les cultures étaient couvertes par une assurance climatique (MRC ou gel), est paru le 16 mars au Journal officiel. Cette aide complémentaire s’adresse aux agriculteurs, TPE et PME agricoles ayant «subi au titre de la récolte 2021 une perte de production supérieure à 30% de la production annuelle pour chacune des cultures éligibles». Le montant de l’aide est égal à «deux points et demi du capital assuré» pour la betterave à sucre, le colza, le houblon, le lin et les semences de ces cultures, ainsi que pour le raisin de cuve et le raisin de table. Il s’élève à «dix points du capital assuré» pour les productions arboricoles et les petits fruits. Cependant, le cumul de l’aide et de l’indemnisation versée par l’assureur «ne peut dépasser 80 % du montant total des pertes indemnisables», précise le décret. Par ailleurs, l’aide sera réduite de moitié si le contrat assurantiel ne couvre pas au moins 50% de la production annuelle moyenne.
Présidentielle : un clivage entre candidats «frappant» sur l’élevage (I4CE)
En matière d’agriculture, entre les candidats à la présidentielle, c’est sur l’élevage que «le clivage est le plus frappant», observe l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE) dans une note publiée le 16 janvier. Le cercle de réflexion cofondé par la Caisse des dépôts et l’agence française de développement (AFD) rappelle que «pour réussir à diviser par deux les émissions de l’agriculture, la Stratégie nationale bas carbone prévoit une réduction de l’ordre 15 25-30 % du cheptel bovin et porcin à horizon 2050». Reconnaissant que Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, ou encore d’Anne Hidalgo font exception, les experts notent cependant que «peu de candidats évoquent explicitement la baisse du cheptel». Plus généralement, une frontière se dessinerait entre ces candidats, «qui assument de produire moins mais mieux» et «ceux qui veulent produire plus avec moins en pariant sur des innovations techniques», comme Valérie Pécresse, Éric Zemmour, ou Marine Le Pen. En revanche, la plupart des candidats s’entendent selon I4CE sur la nécessité d’accélérer les changements d’approvisionnements dans les cantines, de renforcer la réciprocité dans les accords commerciaux, ou encore de faciliter l’accès à une alimentation «durable».
Biodiversité : la future stratégie nationale espère réduire les aides dommageables
Dans une version partielle de la Stratégie nationale biodiversité 2030 dévoilée le 15 mars, le gouvernement indique sa volonté de «réformer les aides et dépenses publiques dommageables à la biodiversité pour supprimer leurs impacts dommageables». Un travail qui, précise la secrétaire d’État à la biodiversité Bérangère Abba, «sera à établir en concertations avec les différents acteurs, et en ligne avec les travaux européens et internationaux». «Nous avons aussi à aller beaucoup plus loin sur la fiscalité, notamment sur les principes pollueur-payeur et usager-payeur, pour être à la fois plus incitatifs, et mieux contraindre les atteintes à la biodiversité», a poursuivi la secrétaire d’État. Autant de chantiers qui bénéficieront des apports d’une mission conjointe entre le CGEDD et l’Inspection générale des finances, pour «agréger toutes les connaissances en termes d’expertises, de rapports, et de flux financiers liés à la biodiversité», rappelle Bérangère Abba. Les résultats de cette mission sont attendus le 1er octobre, juste après la clôture des travaux de Kunming qui devraient également permettre d’abonder la future stratégie nationale.
En Asie centrale, la crise russo-ukrainienne fait bondir les prix alimentaires
Les ex-républiques soviétiques d'Asie centrale, très dépendantes des importations russes, voient d'un oeil inquiet une ruée sur les achats de denrées alimentaires dont les prix grimpent depuis l'annonce de restrictions par la Russie sur ses exportations de sucre et de céréales. Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a averti le 16 mars dans un discours à la nation que les prix alimentaires risquaient d'atteindre des «records absolus» en raison des événements en Ukraine et insisté sur l'importance de la campagne de semis de printemps pour assurer la sécurité alimentaire du pays. A Bichkek, la capitale du Kirghizstan, les stocks de sucre des supermarchés sont en baisse et les sacs d'un kilo se vendent 50% plus cher qu'au début de la semaine dernière, a constaté mercredi un journaliste de l'AFP. Le ministre des Situations d'urgence Boobek Ajikeïev a souligné mardi que le pays disposait de réserves suffisantes de farine, de sucre et d'huile végétale, et que la spéculation serait «fermement combattue». A Tachkent et Douchanbé, les capitales de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, les prix du sucre ont augmenté respectivement de 33% et 15% par rapport à début mars, selon les correspondants de l'AFP sur place. En revanche, à Achkhabad, capitale du Turkménistan, l'un des pays les plus autoritaires de la planète, les prix n'ont pas bougé.
HVE : Patrick Falcone nommé à la tête de la CNCE (JO)
Par une décision du ministre de l’Agriculture publiée au Journal officiel le 16 mars, Patrick Falcone occupera la présidence de la commission nationale de la certification environnementale (CNCE) du Conseil supérieur d’orientation et de coordination de l’économie agricole et alimentaire (CSO) à partir du 28 mars prochain. Ingénieur des Eaux et Forêts, et ancien adjoint au directeur général de l’ONF, M. Falcone remplace François Champanhet. Composée de représentants de l’État, d'élus professionnels, d’associations et d’organisations de consommateurs, le CNCE a pour mission de suivre la mise en œuvre de la certification environnementale, dont le troisième niveau est la HVE.