Agrafil du 19 mars 2024

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Manifestations: Attal recevra la FNSEA et les JA, qui doivent présenter «4-5 grands objectifs»

Gabriel Attal recevra la FNSEA et les JA mardi 19 mars à 9h30, à Matignon, après le report d'une réunion prévue cette semaine avec Emmanuel Macron, qui ne les rencontrera qu'à la fin des travaux engagés entre les deux parties. Le président de la FNSEA Arnaud Rousseau avait annoncé samedi soir le report de la réunion prévue à l'Élysée, en expliquant que «les conditions pour sortir de la crise agricole [n'étaient] pas réunies», mais refusant de «faire porter aux syndicats cette responsabilité». Il visait des propos rapportés par la presse, selon lesquels les pouvoirs publics auraient fustigé des «syndicats incapables de se mettre d'accord sur 4 ou 5 mesures fortes». Selon une source gouvernementale citée par l’AFP, les syndicats doivent «se mettre d'accord sur une feuille de route, 4-5 grands objectifs ou revendications». «Tant que ce n'est pas le cas une réunion (avec Emmanuel Macron, NDLR) n'aurait pas de sens». Le chef de l’État recevra les syndicats «quand tous les travaux conduits par le gouvernement permettront au président de conclure la séquence», selon l'Élysée. «On continue à avancer sur les 62 engagements du Premier ministre» Gabriel Attal, a précisé, lundi 18 mars sur TF1, la ministre déléguée à l'Agriculture Agnès Pannier-Runacher, qui participera à la réunion avec Marc Fesneau et le chef du gouvernement.

Manifestations: incompréhension des syndicats sur la méthode de Matignon

La dernière réunion des syndicats agricoles à Matignon le 11 mars n'a pas interprétée de la même façon par les participants. Que Gabriel Attal ait souhaité aboutir à «4 ou 5 mesures» à transmettre à l'Élysée, qui pourraient conclure la séquence de manifestation ouverte fin janvier, tous l'avaient bien compris à l'issue de la réunion; mais cette synthèse devait-elle être faite par les syndicats eux-mêmes ou par Matignon? Le doute subsiste. L'un des syndicats avait même compris que Matignon attendait que les syndicats se mettent d'accord entre eux durant la réunion, ce qui ne fut manifestement pas le cas. Chacun des syndicats a successivement présenté ses propres propositions, s'accordent les participants dans leur récit. Et aucun mot d'ordre n'a été donné en fin de réunion pour que les organisations agricoles se mettent d'accord entre elles en vue d'un prochain rendez-vous à l'Élysée ou à Matignon. «Le Premier ministre n'a pas dit: "Vous vous mettez d'accord, sans quoi on ne sort pas de cette salle" ou bien "mettez-vous d'accord d'ici trois jours"», rapporte Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne – qui se dit toutefois ouverte à un tel exercice. «Que les gens découvrent que les syndicats agricoles ont des positionnements différents m'étonne», réagit de son côté Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. «Le sujet, pour nous, c'est surtout l'exécution des 62 mesures.» Arnaud Rousseau se dit toutefois ouvert sur le principe à une discussion entre les syndicats, tout en prévoyant que ces échanges achopperaient sur la question des produits phytosanitaires.

Versement des aides Pac: la FDSEA et les JA mobilisés près de Toulouse

Plusieurs dizaines d'agriculteurs, venus avec une vingtaine de tracteurs, ont manifesté le 18 mars à Balma, près de Toulouse (Haute-Garonne), pour protester contre un retard de versement des aides de la Pac, a constaté un journaliste de l'AFP. Les manifestants se sont rassemblés en milieu de matinée devant le site de l’ASP (Agence de services et de paiement), où ils ont déversé des vieux pneus, des branches et coupé trois cyprès. «Le gouvernement s'était engagé à nous payer au 15 mars, à solder toutes les aides Pac qu'ils nous doivent. Aujourd'hui, on est le 18 et tout n'est pas réglé», a expliqué Thomas Klunker, co-secrétaire général des JA de Haute-Garonne. Une délégation d'agriculteurs a été reçue par la direction de l'ASP, mais cela a été une «très mauvaise rencontre», selon Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne, qui y a participé. «On n'a rien obtenu», a-t-il déploré, ajoutant que la direction régionale de l'ASP n'a «pas eu de note ministérielle lui demandant de verser les aides Pac au 15 mars». Début février, le Premier ministre avait annoncé un versement des aides «d’ici au 15 mars», sans préciser le périmètre. Interrogé par Agra Presse début mars, le cabinet du ministre de l’Agriculture avait précisé qu’il s’agissait des «aides qui avaient fait l’objet d’une avance en octobre», autrement dit les aides directes découplées (paiement de base, aide jeune, aide petite exploitation, éco-régime), l’ICHN (handicap naturel), ainsi que les aides couplées animales.

Lait: une OP costarmoricaine veut faire jouer la concurrence entre Laïta, Sodiaal et Agrial

L’Association des producteurs de lait du bassin armoricain (APLBA) a appris cette semaine que leur «ouverture à la coopération» (adhésion ou nouvel accord de livraison) dans les deux coopératives actionnaires bretonnes de Laïta – Even et Eureden – était repoussée. Constituée depuis 2019, cette OP de 305 producteurs se bat depuis des années aux côtés de 145 indépendants pour bénéficier des mêmes avantages que les adhérents des coopératives Even, Eureden et Terrena, actionnaires de Laïta. Il s’agit notamment des ristournes distribuées en fin d’année par les coopératives en plus du prix de base. Ils avaient la promesse que leur demande serait acceptée ce printemps. Mais le dossier traine, car Eureden et Even sont en conflit ouvert. Début février, Eureden (18% du capital de Laïta) a assigné en justice Even (51%) au motif qu'elle distribuerait à ses producteurs plus de bénéfices sous la forme de ristournes qu’Eureden aux siens. Le groupe lui réclame la restitution de 2 millions d’euros par an sur les cinq dernières années. En attendant que les groupes s'accordent, Nathalie Carmès, présidente de l’APLBA, ne s’en cache pas: «Nous rencontrerons prochainement les représentants de Sodiaal et Agrial qui ont de la place dans leurs usines.» (Franck Jourdain)

Bien-être animal: une plainte deposée contre l'inaction de la Commission européenne

L’association Compassion in World Farming (CIWF) a annoncé le 18 mars que le comité d’organisation de l'Initiative citoyenne européenne «Pour une nouvelle ère sans cage» a engagé une action contre la Commission européenne auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour ne pas avoir respecté son engagement d'interdire l'élevage en cage. À la suite de cette initiative qui a recueilli le soutien de 1,4 million de citoyens européens, l’exécutif européen s’était engagé en 2021 à présenter d’ici fin 2023 une proposition législative en vue d’interdire progressivement le recours à l’élevage d’animaux en cages à partir de 2027. Mais Bruxelles a finalement reporté sine die la présentation de sa proposition. Les ONG espèrent que la CJUE contraindra Bruxelles à présenter une proposition législative. Lors d’un débat sur le bien-être animal le 14 mars au Parlement européen, la Commission européenne avait indiqué qu’elle continuait à réfléchir à la réponse à apporter à l’initiative sur les cages, précisant que «davantage de consultations étaient nécessaires pour évaluer les coûts et la période de transition afin de donner de la prévisibilité aux agriculteurs». La Commission estime que le Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture en cours est un «forum idéal pour traiter cette question».

Influenza aviaire: des dérogations pour sortir les canards en cas de risque «modéré» (JO)

Alors que la France vient de repasser en risque «modéré» pour l’influenza aviaire, le ministère de l’Agriculture ajuste les mesures de prévention contre la maladie, via un arrêté paru au Journal officiel le 18 mars. Le texte instaure, en cas de risque «modéré», des dérogations permettant la sortie sur parcours des canards de plus de 42 jours dans les ZRP («zones à risque particulier», soit les zones humides), ainsi que dans les ZRD («zones à risque de diffusion», soit les zones denses). Cette dérogation est conditionnée à une «analyse des risques d’introduction du virus» menée par le vétérinaire sanitaire, prenant en compte, «en particulier, la dimension du parcours». Dans les ZRP, ces dérogations à la mise à l’abri sont également valables pour les poulets et pintades à partir de six semaines, les dindes dès huit semaines et les «poules pondeuses élevées en plein air» (sans condition d’âge). Par ailleurs, toujours en cas de risque «modéré», les canards «ayant accès à un parcours extérieur» doivent subir un «dépistage sérologique» avant tout mouvement «entre deux établissements» (hors «abattoirs agréés»). Enfin, le texte rend facultative la création d’une zone réglementée temporaire (ZRT) en cas de suspicion d’influenza en élevage, ainsi que celle d’une zone infectée en cas de confirmation sur un oiseau sauvage.

Tomates bio: Prince de Bretagne demande le report de l'obligation de 100% ENR en 2025

À l'occasion d'une conférence de presse le 18 mars, le président de la Sica Saint-Pol-de-Léon, Marc de Kerangueven, a demandé le report de l'obligation pour les producteurs de tomates bio sous serres d'utiliser 100% d'énergies renouvelables (ENR) à partir de janvier 2025. «Ne mettons pas en place des dates que l'on ne pourra pas tenir, ce n'est pas faisable, estime le maraîcher breton. Nous sommes pour que cette transition se mette en place, mais avec le Covid, et la conjoncture difficile depuis (liée notamment à l'inflation, NDLR), les producteurs bio n'ont pas eu le temps d'amortir leurs installations, et sont incapables d'investir.» Prince de Bretagne estime par ailleurs qu'il faut «éviter d'abord les gaspillages avant de passer en tout ENR». L'obligation concerne les serres en conversion ou certifiées AB avant janvier 2020, et elle échoit déjà aux serres nouvelles ou entrées en certification après cette date. En juin 2023, le Conseil d'État avait fait abroger les restrictions de commercialisation, qui couraient du 21 décembre au 30 avril, pour les tomates, courgettes, poivrons, aubergines et concombres bio produits sous serre chauffée. Cette décision ne visait pas l'objectif de 100% d'énergies renouvelables à 2025, toujours en vigueur. Interrogé par Agra Presse au printemps 2023, le ministre de l'Agriculture avait indiqué qu'il s'agissait d'un sujet «assez identifié», et qu'il était «idiot de tuer la filière bio, dont on a besoin, y compris sur ce produit-là».

Agrivoltaïsme: le contrôle des installations précisé dans un projet d’arrêté

Issu de la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (Aper) du 10 mars 2023, un projet d’arrêté est mis en consultation jusqu'au 5 avril. Le texte porte notamment sur le contrôle des installations agrivoltaïques, d’une part, et des installations photovoltaïques n’apportant aucun service à la parcelle, d’autre part. Pour ces dernières, deux rapports sont prévus (l’un préalable à la mise en service, l’autre en sixième année), afin de garantir notamment la compatibilité avec une activité agricole et la réversibilité. Concernant les installations agrivoltaïques, le texte définit les modalités de contrôle selon: le rapport initial qui sert à définir «le besoin agricole identifié ainsi que le service direct apporté» et à fixer les références permettant d’apprécier l’évolution de la production agricole; les rapports de suivi qui visent à partager les valeurs de rendements et du revenu, ainsi que conclure sur le caractère agrivoltaïque ou non de l’installation. Par ailleurs, le texte définit le montant forfaitaire des garanties financières. Au démantèlement en fin d’exploitation, un rapport doit permettre d’attester du maintien des qualités agronomiques de la terre.

Négociations commerciales: le médiateur plaide pour une option de transparence unique

Dans le cadre de la mission parlementaire montée par le gouvernement sur les négociations commerciales, le médiateur des relations commerciales agricoles, Thierry Dahan, recommande de rendre «Egalim plus simple et plus directif» dans une interview accordée au magazine LSA (article payant), mise en ligne le 14 mars. Le médiateur plaide notamment pour ne garder qu’une seule option de transparence sur la part du coût de la matière première agricole (MPA) dans le tarif proposé par le fournisseur. L’option 1, qui présente le détail de chaque MPA, «n’est pas utilisée» et l’option 3, qui laisse la charge de la certification à un tiers de confiance, «est illisible pour l’acheteur», constate Thierry Dahan. La nouvelle option unique serait «à mi-chemin entre la 2 et la 3», explique-t-il. L'option 2 présente la part agrégée de la MPA. «Les clauses de révision automatique, qui fonctionnent mal aujourd’hui, surtout en option 3, seraient à la main des industriels, annexées à leurs conditions générales de vente et, en échange, ces derniers abandonneraient l’option 3», imagine Thierry Dahan. Le médiateur n’est pas favorable à «des prix garantis pour tout le monde», ce qui «ruinerait», selon lui, «la compétitivité de l’agriculture française». «La contractualisation reste l’outil à privilégier», affirme-t-il.

Engrais: une aide de 149 M€ accordée pour un deuxième électrolyseur près du Havre

L’État va accorder une aide de 149 millions d’euros (M€) pour financer l’installation d’un deuxième électrolyseur près du Havre, afin de produire de l’hydrogène bas carbone, a annoncé le ministre de l’industrie Roland Lescure le 18 mars. D’une puissance de 100 mégawatts (MW), l’électrolyseur produira de l’hydrogène pour l’usine d’engrais azotés Yara, qui fait partie des 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre en France. Cela lui permettra de remplacer «15% du gaz naturel» qu’elle consomme, a précisé le ministère. L’aide est accordée à la start-up française Lhyfe, l’architecte du projet, née du programme d’investissements France 2030 destiné notamment à encourager les technologies de décarbonation via les programmes européens PIIEC (programme important d'intérêt européen commun). La mise en service de l’électrolyseur est attendue pour 2028, a indiqué Lhyfe, premier producteur d'hydrogène vert et renouvelable de France. «L'approvisionnement en électricité» servant à alimenter cet électrolyseur «comprendra des énergies renouvelables disponibles sur le réseau français», ainsi que de «l'énergie nucléaire» quand ces énergies vertes «ne sont pas disponibles» compte tenu de leur intermittence, a ajouté le ministère, interrogé par l'AFP.

UE/Philippines: Bruxelles relance ses négociations commerciales avec Manille

Le vice-président de la Commission européenne en charge du Commerce international, Valdis Dombrovskis, et son homologue philippin Alfredo Pascual ont annoncé, le 18 mars, la relance des négociations en vue d’un accord de libre-échange global entre l’UE et les Philippines. Des discussions lancées en 2015, mais mises en pause depuis 2017 en raison notamment des inquiétudes vis-à-vis de la politique menée par le président philippin d’alors, Rodrigo Duterte. Cette reprise a été rendue possible par un exercice d'évaluation mené par les parties, et conclu à la fin de l'année 2023, confirmant qu’un redémarrage des négociations serait approprié. Pour le commissaire letton, l’accord devrait permettre à l’UE de diversifier ses approvisionnements en matières premières critiques et de renforcer ses intérêts géostratégiques dans la zone indopacifique. De son côté, Manille souhaite maintenir son accès en franchise de droits pour ses produits (comme les ananas) et ouvrir des opportunités, notamment pour les exportations d'algues, de tabac, de bois et de plantes ornementales. Les pourparlers devraient reprendre avec un nouveau cycle de négociations prévu dans le courant de l’année 2024.

Guerre en Ukraine: reprise des blocages polonais à la frontière allemande

De nouveaux blocages mis en place par les agriculteurs polonais aux points de passage de Swiecko et Gubinek, au niveau de la frontière avec l’Allemagne, ont lieu depuis le 17 mars et « jusqu'à mercredi soir », rapporte l’AFP. L'objectif est une nouvelle fois de protester contre les mesures du Pacte vert européen et contre les importations des produits provenant hors d'UE, notamment d'Ukraine. Ces actions interviennent alors que les négociations interinstitutionnelles entre le Conseil de l’UE et le Parlement européen sur les conditions de la prolongation des mesures commerciales autonomes pour Kiev pourraient démarrer le 19 mars. Sur ce sujet, Strasbourg s’est prononcé le 13 mars en faveur d'un renforcement des mesures de sauvegarde avec un élargissement aux céréales du «frein d’urgence» (restauration automatique de droits de douane au-delà d’un certain seuil d’importation), tandis que le Conseil de l’UE a approuvé sans amendement la proposition de Bruxelles le 21 février. Il s’agit de la deuxième action de ce type à la frontière avec l’Allemagne, alors qu’en parallèle d’autres barrages se déroulent à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine. Des rencontres entre les agriculteurs et le gouvernement polonais sont annoncées pour mardi 19 mars, précise l'AFP.

Chou-fleur: après le sec, l'excès d'eau grève les volumes à la Sica Saint-Pol

Après une campagne 2022-2023 marquée par les effets de la sécheresse, la campagne de chou-fleur 2023-2024, encore en cours, est à l'inverse grevée par l'excès d'eau, a indiqué le président de la Sica Saint-Pol-de-Léon, Marc de Kerangueven, à l'occasion d'une conférence de presse le 18 mars. Les volumes sont attendus en baisse de 11%, à 23 245 tonnes dans cette coopérative bretonne, qui pèse environ un dixième de la production nationale. «Secoués dans tous les sens par la tempête», puis victimes d'excès de pluies dans les mois suivants, les choux-fleurs sont asphyxiées dans l'eau», rapporte Marc de Kerangueven. L'an passé, les faibles volumes avaient été compensés par des prix record. Le chiffre d'affaires de la Sica avait progressé de 57% sur un an, à 35 M€, après une campagne 2021-2022 marquée par des prix très bas. Le président de la coopérative estime que cette production pourrait se développer davantage, mais qu'elle est aujourd'hui bridée «par le manque de main-d'œuvre» dans la région. À ce titre, il note que de nombreux agriculteurs s'intéressent à la culture de courge, car cette culture nécessite peu de main-d'œuvre. Bien que mineur, son chiffre d'affaire dans la coopérative a progressé de 32% l'an passé.

Prairies: les fortes pluies retardent la mise au pâturage dans de nombreuses régions (Idele)

D’après la note agro-climatique du mois de mars publiée par l’Institut de l’élevage (Idele), les fortes pluies de ces dernières semaines ont retardé la mise au pâturage des animaux dans la plupart des régions françaises. Même si la pousse de l’herbe est normale dans la majorité des territoires, la faible portance des sols ne permet pas de sortir les animaux aux champs. En Nouvelle-Aquitaine, les sols sont «gorgés d’eau». «Les animaux pourront potentiellement être mis à l’herbe à la fin du mois de mars si la météo est favorable», indique la publication. Même scénario en Bretagne, où «la mise à l’herbe est très délicate avec des troupeaux qui marquent même les prairies aux systèmes racinaires denses». En Normandie, la région a été «bien arrosée cet hiver» et la mise à l’herbe est aussi retardée. Les éleveurs devront se montrer réactifs pour «ne pas se faire complètement déborder par l’herbe». Dans les Hauts-de-France, région touchée par d’importantes inondations, «les éleveurs sont encore loin de la mise à l’herbe». En revanche, en Auvergne-Rhône-Alpes, la pousse est précoce cette année et les éleveurs commencent la mise à l’herbe. Idem en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Occitanie, où les températures douces ont favorisé un redémarrage précoce de la pousse.

Pesticides: comme attendu, le Conseil d’État renvoie une affaire sur les conditions d’emploi

Suivant l’avis de sa rapporteure publique, le Conseil d’État a annulé, dans une décision du 15 mars, un arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille qui confirmait l’annulation des autorisations de mise sur le marché accordées à deux insecticides de Corteva, le Closer et le Transform. Les juges marseillais ont «commis une erreur de droit» en considérant que les conditions d’emploi inscrites sur les produits étaient «insuffisamment précises et contraignantes», constituant ainsi un risque pour les insectes pollinisateurs. Comme sa rapporteure publique lors de la séance du 6 mars, le Conseil d’État estime au contraire que les conditions d’usage sont «suffisamment précises pour en assurer l’application effective par les professionnels avertis». Toutefois, la plus haute juridiction administrative a rejeté la demande de Corteva qui réclamait 5000 euros à chaque association à l’origine de la procédure contre ses produits (Générations futures, Unaf, Agir pour l’environnement). «L’enjeu du litige est rétrospectif», avait déclaré la rapporteure du Conseil d’État le 6 mars: depuis le pourvoi formé par Corteva, la France a interdit ces deux produits à base de sulfoxaflor, une molécule qui présente un mode d’action identique aux néonicotinoïdes.

Eau/«bas intrants»: l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse débloque 1,3 M€

Dans un communiqué du 18 mars, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse (RMC) annonce le financement de 21 projets (pour un montant de 1,3 M€), qui permettent, en majorité, de restaurer tant l’équilibre quantitatif que qualitatif de l’eau. Si les filières les plus représentées sont celles des grandes cultures (céréales, légumineuses), quelques filières «innovantes» sont également soutenues (miscanthus, chanvre, millet vivace, pistache, fruits exotiques). Selon l’agence de l’eau RMC, ces dernières peuvent être implantées sur des aires d’alimentation de captage d’eau potable «en raison de leur potentiel bas niveau d’intrants». Dans les Pyrénées-Orientales, où la viticulture et les cultures traditionnelles sont particulièrement touchées par la sécheresse, l’agence débloquera par exemple 53 000 € pour soutenir une étude sur la faisabilité économique et technique d’une culture de pistachiers «adaptée aux changements climatiques et à bas niveau d’intrants». Dans l’Isère, ce sont les cultures du miscanthus et du millet vivace qui seront soutenues, à hauteur de 83 300 €. «Ces cultures sont des graminées pérennes, ne nécessitant pas de pesticides, car elles ne sont pas sensibles aux ravageurs et ont un fort pouvoir couvrant», souligne notamment l’agence de l’eau RMC.

Similis de viande: la start-up Umiami ouvre une première usine en France

La start-up française Umiami a inauguré, le 18 mars à Duppigheim (Bas-Rhin), sa première usine de fabrication de similis de viande pour produire notamment du substitut de poulet. L’usine sera capable de fournir 7500 tonnes par an, et jusqu'à 20 000 tonnes dans les années qui viennent. «Grâce à notre technologie pionnière, nous parvenons à être la première entreprise du monde à reproduire la texture de n'importe quel filet de viande ou de poisson», a assuré le cofondateur et président-directeur général d'Umiami Tristan Maurel. L'entreprise, créée il y a quatre ans en Île-de-France, mise sur une technologie développée en interne, «l'umisation», pour se démarquer des substituts de viande déstructurés, tels les nuggets, steaks hachés ou saucisses. «La texture fibreuse de la viande est très compliquée à reproduire avec des végétaux. La très grande majorité des acteurs utilisent aujourd'hui le procédé de l'extrusion, qui ne permet de faire que des produits hachés», a expliqué à l'AFP Martin Habfast, cofondateur et directeur commercial d'Umiami. «Nous avons créé un procédé unique qui permet de recréer les fibres longues pour retrouver l'aspect d'un filet et le plaisir qui va avec», a-t-il expliqué.

Riz/Vietnam: la montée des mers pourrait engendrer près de 3 Md$/an de pertes de récoltes

La montée des eaux salées sur les terres cultivées pourrait engendrer pour le Vietnam une perte annuelle de près de 3 milliards de dollars (Md$) de récoltes, a rapporté le 17 mars le site internet d'informations contrôlé par l'État, VNExpress. Les dégâts sont concentrés dans la région du Delta du Mékong, surnommée «le bol de riz du Vietnam», car c'est lui qui produit la nourriture de dizaines de millions de personnes, selon le média, qui cite une étude d'un institut scientifique dédié aux ressources en eau rattaché au ministère de l'Environnement. Les niveaux d'eaux salées sont souvent plus élevés à la saison sèche, mais ils s'intensifient encore avec la montée du niveau de la mer, les sécheresses, les variations de marée et le manque d'apport d'eau douce en amont, conduisant à une perte de 2,94 Md$ de récoltes, d'après l'étude. La situation de la province la plus au sud de Ca Mau est la plus critique, avec une perte estimée à 665 millions de dollars (M$). «Avec le scénario actuel, ce sont 29% des arbres fruitiers qui seraient touchés» et «14% pour le riz», tandis que le secteur de la pêche reculerait de 30% avec des pertes évaluées à 840 M$, poursuit l'étude. Plus tôt ce mois-ci, le département des ressources en eau avait déjà averti que la montée des eaux salées pourrait affecter 80 000 ha de riz et de fruits dans le Delta du Mékong.

Labels: vers une poursuite de la segmentation de l'offre alimentaire (ministère)

D’après une note d’analyse du centre d’études et de prospective (CEP, ministère de l’Agriculture) parue le 15 mars, le phénomène de segmentation du marché agroalimentaire, sous l'effet de l’apparition de plus en plus de labels et d’allégations, «devrait encore se renforcer, tout en se diversifiant pour répondre aux attentes variées des consommateurs». D’abord par la multiplication des systèmes d’information du consommateur, à l’image du Nutri-score ou du futur Origin-info, lancé par le gouvernement. Ces éléments pourraient à l’avenir «jouer un rôle en réorganisant l’offre, notamment en contribuant à exclure les produits les moins bien notés» et à «imposer une montée en gamme aux industriels». Mais surtout, les nouvelles attentes des consommateurs pourraient faire émerger d'autres facteurs de différenciation: émissions de GES, consommation en eau, déforestation… Ainsi, des labels «bas carbone», «neutre en carbone», «économe en eau», ou encore indiquant que les animaux sont nourris avec des protéines végétales françaises ou européennes pourraient voir le jour. Une poursuite de l’inflation limiterait néanmoins la tendance à la segmentation, les périodes de hausse des prix étant propices à une descente en gamme de la consommation.