Eau/abattoirs : les députés adoptent la PPL transpartisane sur la montagne
L’Assemblée nationale a adopté, en séance publique le 13 mai, la proposition de loi (PPL) « pour une montagne vivante et souveraine », qui prévoit notamment des mesures sur le stockage de l’eau et les abattoirs. Déposée fin mars par plus de 120 députés de différents bords, le texte a été voté à une large majorité (42 voix), face à la seule opposition des élus Insoumis et Écologistes (11 voix). Parmi les mesures concernant le monde agricole, la PPL confie à l’État la mission de « favoriser une politique d’usage partagé et de stockage de la ressource en eau », dans une approche multi-usages (eau potable, sécurité civile, biodiversité, irrigation et abreuvement, industrie, électricité et loisirs de neige), et « en excluant le pompage dans les nappes inertielles » (article 4). Les articles 7 et 7 bis comportent des mesures en faveur des abattoirs de montagne et du maillage des « infrastructures de transformation des produits agricoles de proximité ». Enfin, l’article 8 ajoute l’Inao parmi les organismes chargés d’élaborer des « programmes spécifiques aux productions agricoles de montagne et à la promotion de produits de qualité ». Dans un communiqué du 15 mai, l’Anem (élus de montagne) salue « une victoire transpartisane pour les territoires de montagne » et demande « une inscription rapide de ce texte à l'ordre du jour du Sénat ».
Loi d'urgence : les propositions antagonistes de la FNSEA et du collectif Nourrir
À la veille du début de l'examen du projet de loi d'urgence agricole par l'Assemblée nationale, le 19 mai en séance publique, le collectif Nourrir (Confédération paysanne, Fnab, ONG...) a envoyé ses positions, notamment sur le prix plancher. Adopté en commission des Affaires économiques, ce dispositif est une « avancée » mais « largement insuffisante ». En matière de protection du revenu, le collectif demande aussi d'« interdire les prix abusivement bas » et de « soutenir les filières bio et équitables ». Pour l'eau potable, il veut « développer la bio », la « transparence foncière ». Le collectif veut aussi « renforcer le principe pollueur-payeur ». Les propositions de la FNSEA, rendues publiques quelques jours plus tôt, sont à complet rebours. Sur l'eau, le syndicat majoritaire veut une reconnaissance automatique (sauf avis contraire de l'Anses) des autorisations de pesticides délivrées dans d'autres États membres ; il s'oppose à toute nouvelle redevance sur les pesticides et les engrais phosphatés. Pour les zones de captage, la FNSEA plaide pour que les polluants historiques soient exclus des définitions. Sur la question du revenu, le syndicat ne mentionne pas les prix plancher et plaide pour que le prix de la matière agricole « explicitement mentionné » dans les contrats. Concernant les tunnels de prix, la FNSEA veut que l'État puisse l'imposer aux filières qui « tardent à se mettre d'accord ».
Viande bovine : Lur Berri veut engraisser 8 000 broutards par an d'ici 2030
Traditionnellement, les broutards élevés par les adhérents de Lur Berri étaient exportés vers l’Italie et l’Espagne pour être engraissés. Mais, face à la « forte décapitalisation du cheptel français, à la pression sanitaire notamment liée à la DNC et à la dépendance aux exportations », la coopérative du Sud-Ouest (507 M€ de chiffre d’affaires, 5 100 agriculteurs, 2 300 éleveurs) a décidé de changer de stratégie en relocalisant cette production sur son territoire pour « sécuriser l’approvisionnement des abattoirs, créer de la valeur dans les exploitations et renforcer la résilience de la filière bovine régionale ». Objectif : atteindre 8 000 jeunes bovins produits par an d’ici à 2030 via la création d’une trentaine de nouveaux ateliers d’engraissement. La démarche repose sur un contrat de production porté par l’Organisation de producteurs bovins de Lur Berri, qui sécurise les engraisseurs sur une période de trois ou six ans, en intégrant à la fois les coûts de production et l'évolution du prix de marché. Ce contrat, adossé à des débouchés sécurisés, garantit ainsi une meilleure visibilité aux éleveurs. La coopérative propose également un accompagnement technique et économique, ainsi que des aides financières pour créer ou moderniser les ateliers d’engraissement. (Anne Gilet)
Viande bovine : visé par des FDSEA, Lidl défend son approvisionnement français
Après avoir été ciblé par des FDSEA pour son opération promotionnelle sur « le meilleur steak du monde 2025 », d’origine irlandaise, Lidl s’est défendu en rappelant son « engagement envers la filière bovine française », très majoritaire dans son approvisionnement. Dans un message envoyé à Agra Presse, l’enseigne rappelle que la viande française « reste la priorité dans [son] offre avec 90 % de bœuf frais d'origine France au niveau national ». Le 13 mai, au moins deux FDSEA – celles du Lot et de l’Aveyron – ont mené des actions dans des supermarchés Lidl contre une opération mettant en avant le « meilleur steak du monde », distingué lors du William Reed World Steak Challenge 2025 et produit par l’industriel irlandais Dawn Meats. Avant eux, la FDSEA de la Nièvre s’était mobilisée dès le 7 mai, selon la presse spécialisée (article payant). Dans sa réaction, Lidl rappelle que cette opération ponctuelle (du 7 au 13 mai) « ne se substitue pas à [ses] approvisionnements locaux » et qu’elle « s'inscrit dans une volonté de proposer une diversité dans [son] assortiment ». Tout en relevant qu’elle « repose sur un principe de réciprocité qui nous est cher : elle permet à nos homologues à l'étranger de mettre à l'honneur régulièrement des produits d'origine France dans leurs rayons ».
Céréales : la Commission européenne revoit à la baisse ses prévisions de rendements
Dans son bulletin mensuel publié le 18 mai, l’observatoire des cultures européennes Mars (Commission européenne) a abaissé ses prévisions de rendements de cultures de céréales et d’oléagineux pour la récolte 2026 dans les pays de l’UE. Le stress hydrique constaté en avril constitue la principale justification à ces prévisions baissières. Néanmoins, l’organisme public indique que les plantes se développent globalement dans de bonnes conditions sur le continent. De manière assez nette, les projections sont égales ou dépassent les moyennes quinquennales, argue-t-il. De plus, la météo récente et à venir, « plus fraîche et plus humide », pourrait « reconstituer l'humidité du sol et améliorer le développement des cultures ». Plus en détail, la prévision moyenne pour la récolte 2026 de blé tendre passe de 6,05 t/ha à 6,01 t/ha entre avril et mai. En orges (d’hiver et de printemps), elle passe de 5,15 t/ha à 5,06 t/ha. En maïs, la productivité moyenne prévisionnelle s’élève pour le moment à 7,30 t/ha, contre 7,33 t/ha précédemment. En colza, la projection passe de 3,25 t/ha à 3,19 t/ha.
Chine/USA : Pékin s’engage à acheter 17 Md$ de produits agricoles US par an jusqu’en 2028
Dans un communiqué du 17 mai publié par la Maison Blanche, les autorités états-uniennes indiquent que, à la suite du sommet USA-Chine qui s’est tenu la semaine passée, Pékin va acquérir au moins 17 Md$ de produits agricoles américains jusqu’en 2028, « en plus des engagements d’achats de soja conclus en octobre 2025 ». Dans un article publié le lendemain, des traders et analystes expliquent à l’agence de presse Reuters que, en comptant les engagements de soja, les achats chinois de produits agricoles américains s’élèveraient à 28-30 Md$/an. Ce niveau constituerait une hausse très nette par rapport à 2025 et 2024 (respectivement 8 Md$/an et 24 Md$/an), mais resterait bien inférieur au pic commercial constaté en 2022, qui culminait à 38 Md$/an. La présidence états-unienne indique par ailleurs que « la Chine a rétabli l'accès au marché pour le bœuf américain en renouvelant les inscriptions expirées de plus de 400 établissements ». Par ailleurs, elle explique que « la Chine travaillera avec les régulateurs américains pour lever toutes les suspensions des établissements de bœuf américains ».
Manifestations : après des convocations en gendarmerie, la CR dénonce un « acharnement »
Dans un communiqué du 18 mai, la Coordination rurale indique que, « partout en France », certains de ses militants sont « convoqués et auditionnés dans les gendarmeries pour leur participation aux manifestations agricoles de la fin d’année ». Dénonçant « un véritable acharnement politique et syndical », le syndicat « refuse cette intimidation » de la part de l’État. Fin 2025 et début 2026, des manifestations agricoles se sont tenues dans toute la France. D’abord dirigé contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) par le gouvernement et contre l’accord UE-Mercosur, ce mouvement s’est rapidement étendu à d’autres revendications plus habituelles (charges, eau, moyens de production, etc.). « Mais qu’a fait la Coordination rurale, sinon porter la colère et le désespoir d’un monde agricole abandonné ? », s’interroge le syndicat. Parmi les nombreuses actions menées par l’ensemble des organisations syndicales, plusieurs à l’initiative de la CR ont donné lieu à des débordements : barrages forcés en Île-de-France, heurts autour de la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet, échauffourées à Toulouse. Sans lien avec les manifestations, le président de la CR Bertrand Venteau comparaîtra en septembre devant la justice pour des menaces de mort prononcées contre « les écolos ».
Alimentation : des apports en protéines suffisants pour la quasi-totalité des Français (étude)
Les apports en protéines sont suffisants en France, y compris chez les personnes âgées, révèle une étude publiée dans la revue scientifique The Journal of Nutrition le 18 mai. « En France, l’inadéquation de l’apport protéique est extrêmement faible, toujours inférieure à 2 % dans la population générale. Même chez le personnes âgées, en appliquant un seuil de besoin plus élevé, ce taux reste inférieur à 5 % », souligne François Mariotti, professeur de nutrition à AgroParisTech, dans un post LinkedIn. L’étude s’appuie sur les données de l’enquête alimentaire française INCA3, menée entre 2014 et 2015 auprès de 5 800 enfants et adultes. Les auteurs ont comparé plusieurs modèles statistiques et montré que les modèles à effets aléatoires croisés et imbriqués permettent d’estimer plus finement la prévalence des carences au sein de la population. Pour la plupart des nutriments, notamment les protéines et le calcium, l’observation des seules données brutes tend en effet à surestimer le risque de carence. « Nos résultats soulignent la nécessité d'une modélisation statistique rigoureuse dans la recherche sur l'évaluation des apports alimentaires », concluent les auteurs de l’étude. Ils rappellent que les enquêtes alimentaires ont déjà tendance à sous-estimer les apports habituels et, en conséquence, à exagérer le risque de carence.