Visant notamment l'accord UE-Mercosur, la CR a fait rentrer une centaine de tracteurs dans Paris le 8 janvier, concluant une nouvelle semaine d’actions syndicales de tous bords dans l’Hexagone. Visant « l’efficacité », la FNSEA donne rendez-vous à Strasbourg le 20 janvier, avec l’espoir de suspendre l’application de l’accord UE-Mercosur.
Des tracteurs et des drapeaux jaunes Coordination rurale (CR) à Paris, au pied de la tour Eiffel, de l’Arc de triomphe, ou encore devant l’Assemblée nationale : au terme d’une semaine de reprise d’actions syndicales tous azimuts, la Coordination rurale (CR) a réussi un coup de force, jeudi 8 janvier, en faisant rentrer une centaine de tracteurs dans la capitale. Une victoire symbolique pour la CR, même si « la plupart [des tracteurs] sont bloqués aux portes de la capitale », comme indiquait le ministère de l’Intérieur à l’AFP. Ces actions, condamnées par le gouvernement, ont donné lieu à des débordements. Venue échanger avec les manifestants devant le Palais-Bourbon, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a été très chahutée et a reçu un projectile au visage, dans une ambiance hostile, rapporte l’AFP. La députée macroniste devait ensuite rencontrer « toutes les organisations syndicales » dans l’après-midi.
C’est le 5 janvier que le président de la CR Bertrand Venteau avait lancé son appel à « converger » vers la capitale. Avant le rendez-vous de la CR avec le Premier ministre le même jour, M. Venteau avançait déjà que « l’enfumage Genevard – Lecornu – Rousseau est acté dès ce soir ». « Ils ne feront rien, à part nous mentir », estimait-il sur X, listant les dossiers en cours : dermatose nodulaire contagieuse (DNC), accès à l’eau, accords de libre-échange, ou encore Pac et « concurrences déloyales intra-européennes ». Son appel a particulièrement été suivi dans le Sud-Ouest, épicentre de la mobilisation.
Le gouvernement « ne laissera pas faire »
Arrivés en Île-de-France, les convois d’agriculteurs ont contourné et forcé, « parfois en prenant des risques totalement inconsidérés », les barrages mis en place, selon le ministère de l’Intérieur. Le 7 janvier, trois membres de la CR des Landes ont été interpellés pour avoir forcé un barrage policier dans les Yvelines, alors que les pouvoirs publics avaient interdit la circulation des tracteurs « hors motifs légitimes liés à des travaux agricoles ». Le gouvernement « ne laissera pas faire » les actions des agriculteurs en région parisienne qui sont « illégales », a prévenu le 8 janvier la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur France info.
Les militants CR semblent avoir appris de l’échec de leur montée à Rungis il y a deux ans. Comme en 2023-2024, le mouvement agrège de nombreux motifs de colère pour les agriculteurs : d’abord le refus de l’accord UE-Mercosur et de la stratégie de lutte contre la DNC, qui a mis le feu aux poudres. S’y sont ensuite ajoutées de multiples revendications sectorielles : prix des engrais (MACF), simplification administrative et, plus largement, un ras-le-bol général contre les contraintes et les difficultés économiques. Mais, à la différence de l’hiver 2023-2024, la signature de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur n’a jamais semblé aussi proche. De quoi galvaniser les troupes et risquer l’embrasement.
Appel du Copa-Cogeca le 20 décembre
Jeudi 8 janvier, Paris était loin d’être la seule visée. Plus au Sud, des militants CR de l’Aveyron ont bloqué les accès de Rodez, alors que des responsables de ce syndicat avaient été interpellés en région parisienne. Près de Perpignan (Pyrénées-Orientales), d’autres agriculteurs se sont également mobilisés aux abords de l’autoroute, faisant face à un important dispositif policier. Près de Bordeaux, une quarantaine d’engins agricoles mobilisés par la CR de Gironde ont bloqué l’accès au dépôt de carburant de Bassens.
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Si les actions les plus radicales sont à mettre au crédit de la Coordination rurale, les autres syndicats étaient aussi sur le terrain. En Haute-Savoie, la Confédération paysanne s’est mobilisée à Alby-sur-Chéran contre l’abattage total des lots d’animaux infectés par la DNC. Le syndicat prévoyait d’autres actions les jours suivants. Quant à la FNSEA, elle s’est surtout mobilisée en début de semaine, accroissant la pression avant sa rencontre avec Sébastien Lecornu mardi 6 janvier.
Les syndicats majoritaires prévoient ensuite de nouvelles actions la semaine du 12 janvier. D’abord, les manifestations viseraient probablement la grande distribution et la restauration dans toute la France. Dans un second temps, « si les ambassadeurs [des États membres de l’UE] valident le Mercosur ce week-end, nous appellerons à une action nationale avec les JA à Strasbourg » le 20 janvier, a indiqué Arnaud Rousseau en conférence de presse. Organisée au niveau européen par le Copa-Cogeca, cette action vise à exhorter les eurodéputés à saisir la Cour de justice de l’UE et ainsi bloquer l’application de l’accord de libre-échange le temps de la procédure. Une approche défendue par le président de la FNSEA au nom de « l’efficacité ».
YG
Le gouvernement « ne laissera pas faire » les actions « illégales » à Paris
Actions à Rodez, Perpignan ou encore en Haute-Savoie
UE/Mercosur : Retailleau agite le spectre d’une « censure »
La classe politique a mis la pression le 7 janvier sur Emmanuel Macron et l’exécutif pour qu’ils s’opposent à une adoption de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, le patron du parti Les Républicains Bruno Retailleau allant jusqu’à agiter le « risque d’une censure du gouvernement ». « Ce que je dis solennellement, c’est que si le président de la République vote pour le Mercosur, après toutes ses déclarations, il prend le risque d’une censure », a affirmé l’ex-ministre de l’Intérieur, alors que la colère des agriculteurs français, très opposés à l’accord, continue de se faire entendre sur plusieurs barrages le 7 janvier. M. Retailleau a refusé d’appeler d’ores et déjà la cinquantaine de députés de son parti, avec qui il entretient des relations tendues, à voter cette censure, assurant qu’il « faut d’abord voir quel sera le vote du président ». Emmanuel Macron s’était félicité en décembre du report de la signature de l’accord avec le bloc latino-américain décrié par les agriculteurs et la classe politique française quasi-unanime. Une réunion cruciale a lieu mercredi à Bruxelles entre les ministres de l’Agriculture des Vingt-Sept, et un vote des États membres est attendu vendredi. L’exécutif français n’a pas encore dit clairement qu’il voterait contre.