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Venteau prend la tête de la CR, dans un climat électrique

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Le congrès d’Auch ainsi que la campagne électorale de la CR se sont déroulés dans un climat de tension intense en interne, qui prendra probablement du temps à disparaître. Et ce malgré les discours d’apaisement de Véronique Le Floc’h, et de Bertrand Venteau.

Lors du congrès de la Coordination rurale (CR) à Auch (Gers), Bertrand Venteau, éleveur de la Haute-Vienne et président de la chambre d’agriculture locale, a été élu à la tête du syndicat le 19 novembre, face à la présidente sortante Véronique Le Floc’h, éleveuse laitière bretonne, en poste depuis 2022. Il remporte le scrutin avec 74 voix, contre 68 pour son adversaire. L’éleveur a bénéficié du soutien de la puissante aile radicale de l’organisation, la CR47 (Lot-et-Garonne), qui avait porté à la victoire la Finistérienne lors du précédent scrutin, il y a trois ans. Un des défis majeurs est désormais d’apaiser les conflits internes au syndicat. Au vu des échanges et de l’ambiance générale constatée avant et pendant le congrès, le chemin risque d’être encore long.

Eviter le chaos d’il y a 3 ans

Au pupitre, le nouveau président a célébré sa victoire par un discours plaidant le retour de la concorde. Bertrand Venteau ne souhaite « plus voir de querelles internes», assure-t-il. « Il faut se mettre au travail », a-t-il lancé, sous les applaudissements nourris. Même son de cloche du côté de Véronique Le Floc’h qui félicitait son adversaire, et appelait à éviter l'esprit de revanche : « L’important, c’est l’unité pour porter loin la CR […] Il faut que ce qu’il s’est passé il y a trois ans ne se reproduise pas. » Son arrivée en 2022 avait été suivie de « purges » envers d'anciens administateurs ayant validé la plainte déposée contre par le syndicat.

De fait, Véronique Le Floc'h reste élue au comité directeur, aux côtés de l’intégralité des candidats inscrits sur la liste de Bertrand Venteau, à l’exception de Natacha Guillemet, éleveuse dans les Pays de la Loire. On y retrouve José Pérez, président de la CR47, Edouard Legras, président de la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher (41), et l’ancien candidat à la présidence défait en 2022, François Walraet, président de la CR03 (Allier).

« L’important, c’est l’unité pour porter loin la CR », lance Véronique le Floc’h.

Mais les deux candidats furent un peu seuls à proner l'apaisement durant cette journée. Il n'en fut pas de même lorsque d'autres élus, candidats au comité directeur, ont pris la parole avant le scrutin le 19 novembre. Les insultes et menaces de mort, notamment révélées début novembre envers la direction en pleine campagne électorale, n’ont pas été oubliées.

En réponse aux menaces de mort reçues « la semaine dernière », Sébastien Hérault, ancien membre du bureau de la direction, a déclaré qu’il n’allait pas « se laisser faire ». Malgré le fait que « les appels étaient masqués », il affirme connaître « les responsables. Je m’en occuperai personnellement. S’il faut que je monte les marches du palais (de justice, NDLR), je les monterai, et lui (l’un des responsables, NDLR) les montera sur des roues ou avec des béquilles ».

Patrick Legras, lui aussi membre de l’ancien bureau, se montrait moins virulent, tout en dénonçant « l’enfer » qu’il a vécu, et espère que la nouvelle direction travaillera « pour tous les agriculteurs », qu’ils soient du nord ou du sud de la France.

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Qui casse paie

En plus des invectives, l’enquête de Radio France révélait que certains membres du syndicat réclamaient la prise en charge, par l’organe national, d’amendes d’agriculteurs personnellement condamnés pour des dégradations lors de manifestations agricoles. Ce genre de demande n’a pas plu à tout le monde. Sébastien Charbonneau, éleveur vendéen et lui aussi candidat défait au comité directeur, l’a fait savoir lors du congrès : « Chacun doit assumer ses responsabilités. Qui casse paie ».

Autre sujet de discorde : la paternité du succès de la CR aux élections chambres de 2025. Cyril Hoffman, président de la CR21 et candidat défait au comité directeur (lui aussi victime d’invectives avant le congrès), estime que les sections du sud de la France (spécialement la CR47) ne devaient pas s’attribuer à elles seules la victoire. Il assène que la Bourgogne-Franche Comté « était montée quatre fois à Paris, deux fois à Strasbourg […] On a aussi participé à l’afflux de la CR ». Il espère que la nouvelle direction s’en souviendra, et « travaillera pour tous les agriculteurs ».

Après son discours de victoire, Bertrand Venteau a livré des précisions sur sa méthode - plutôt musclée - pour obtenir de l’apaisement interne en conférence de presse. Questionné sur les menaces et insultes proférées ces derniers temps, il a indiqué que si les individus visés « étaient au travail dans leur département, personne ne s’insulterait ». Il a ajouté que ceux « qui ont déballé dans la presse et ont déposé des plaintes contre des présidents de chambre » devaient les « retirer », se référant notamment à celle déposée par une cadre du syndicat en Corrèze.

Par ailleurs, une purge de la direction salariée n’est pas à exclure. Le nouveau président a précisé que la porte de sortie « était ouverte » pour le directeur général Yves Rodriguez, arrivé sous l’ancienne présidence, en plus du tout récent directeur exécutif Matthieu Danen (ancien RN).

KC

Venteau prône le « rapport de force permanent » avec les pouvoirs publics

Le nouveau président de la coordination rurale (CR) Bertrand Venteau penche pour un durcissement du discours envers les autorités. « Ce qui marche, c’est le rapport de force permanent face aux élus locaux, aux parlementaires et aux services de l’État », a-t-il déclaré lors du congrès d’Auch le 19 novembre. En plus de poursuivre la mobilisation sur le terrain, tout en portant des propositions auprès des pouvoirs publics, Bertrand Venteau a insisté sur le besoin de « combattre » les idées des écologistes : « les écolos, la décroissance, veulent nous crever. Nous devons leur faire la peau », a-t-il lancé. Le ton employé n’a toutefois pas plu à tout le monde. La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a jugé, devant une commission sénatoriale le même jour, ces déclarations « préoccupantes. Je condamne forcément les propos qui ont été tenus, des propos menaçants et qui, en plus, opposent des modes d’agriculture ».