À Toulouse, une manifestation intersyndicale le 27 janvier s’est conclue par des échauffourées, avec cinq personnes blessées et six interpellations. Dans les Landes, le préfet a limogé la directrice de la police pour sa gestion des récentes mobilisations agricoles.
De brèves échauffourées entre agriculteurs et policiers ont fait cinq blessés, selon les pompiers, mardi 27 janvier matin dans le centre de Toulouse, où une centaine de manifestants protestaient contre l’accord UE-Mercosur et la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a constaté un journaliste de l’AFP. Réunis à l’appel de l’intersyndicale agricole Coordination rurale-Confédération paysanne et FDSEA, des manifestants ont brièvement jeté des chaises sur les forces de l’ordre, qui ont de leur côté tiré des gaz lacrymogènes, après que le cortège a tenté d’emprunter un itinéraire non autorisé par la préfecture.
« C’est de la provocation, on a été bousculés », a déclaré Eloi Nespoulous, coprésident de la Coordination rurale (CR) de l’Aveyron, annonçant à l’AFP que la CR devait être reçue en préfecture dans l’après-midi. Les incidents, qui ont duré quelques minutes, ont laissé la place à un face-à-face tendu entre les policiers et les manifestants sur une place du centre-ville, encadrée par une dizaine de fourgons de police. « Interdire aux paysans de venir en tracteurs […], c’est un manque de considération », a déclaré à l’AFP le secrétaire général de la FDSEA de Haute-Garonne, Luc Mesbah, selon lequel cinq agriculteurs ont été placés en garde à vue en périphérie de Toulouse. En tout, la préfecture a confirmé six interpellations.
Dans les Landes, la directrice de la police limogée
Par ailleurs, dans les Landes, la préfecture a confirmé le 26 janvier avoir démis de ses fonctions la directrice départementale de la police nationale pour des « manquements répétés » en lien avec les récentes manifestations agricoles. Une mise à l’écart dénoncée comme « arbitraire » par le principal syndicat de commissaires, qui en appelle au ministère de l’Intérieur. « Après une série de manquements, ayant entraîné deux rappels à l’ordre par le préfet au début et à la fin de l’été 2025 » et la constatation de « nouveaux problèmes depuis le début du mouvement des agriculteurs au mois de décembre, le préfet a été conduit à demander au ministère de l’Intérieur […] la fin des fonctions de Mme Mazin-Bottier », écrit le cabinet du préfet des Landes, Gilles Clavreul, dans un communiqué.
La gestion d’une manifestation agricole « non déclarée » du 11 janvier, lors de laquelle des « individus ont soudé des chaînes en haut et en bas des grilles de la préfecture », a fini par sceller son départ. « Le préfet a demandé à la commissaire de faire cesser [ces agissements] en dispersant les individus en train de s’y livrer. Cette instruction n’a pas été suivie d’effet, sans qu’à aucun moment il soit fait état d’un risque ou d’une impossibilité d’agir », souligne le communiqué.
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Le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) dénonce de son côté une décision « illégale », « arbitraire » et « méprisante » du préfet des Landes, prononcée selon eux par SMS, en lui reprochant d’avoir « désobéi ». Selon le syndicat, c’est à l’inverse grâce « au dialogue normal et fluide », sans recherche d’interpellation, maintenu par la commissaire que la manifestation s’est déroulée « sans dégradation, ni violence, ni intrusion ». « Les agriculteurs ne sont pas des black blocs, ce sont des interlocuteurs respectables, souvent connus des policiers. On privilégie toujours le dialogue », fait valoir Frédéric Lauze, secrétaire général du SCPN.
Des experts de l’ONU se disent « alarmés »
Plus largement, après les récentes manifestations, dont certaines ont été suivies de nombreuses interpellations, trois rapporteurs de l’ONU (1) ont dénoncé le 26 janvier la « criminalisation croissante » des mouvements paysans en France. « Nous sommes alarmés par cette tendance manifeste à criminaliser les activités syndicales pacifiques », ont déclaré dans un communiqué ces rapporteurs, qui sont mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, mais qui ne s’expriment pas au nom de l’organisation. Ces experts estiment que « l’escalade dans la répression des manifestations récentes par le gouvernement français soulève de sérieuses inquiétudes concernant la restriction disproportionnée des libertés fondamentales ».
Les trois experts de l’ONU expriment « leur profonde inquiétude face à l’escalade des gardes à vue et des poursuites pénales » à l’encontre d’agriculteurs et de dirigeants syndicaux agricoles en France. Ils pointent en particulier du doigt « l’arrestation de 52 personnes » le 14 janvier par la police, alors que plus de 150 agriculteurs protestaient au ministère de l’Agriculture « contre les politiques gouvernementales concernant l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, l’accord commercial UE-Mercosur et le manque de soutien à l’agriculture de petite échelle ». Une action menée à l’appel de la Confédération paysanne.
YG (avec AFP)