Agrafil du 2 juillet 2024

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Importations ukrainiennes: «frein d’urgence» activé pour le sucre et les œufs

Comme attendu, après l’avoine le 18 juin, la Commission européenne a annoncé le 1er juillet la mise en œuvre de la mesure de «frein d’urgence» automatique concernant les importations ukrainiennes de sucre et d’œufs. Bruxelles précise que les seuils de déclenchement respectifs de 23 188,96 t (pour les œufs) et 262 652,68 t (pour le sucre) – correspondant à la moyenne arithmétique des importations enregistrée entre le 1er juillet 2021 et le 31 décembre 2023 – ont été atteints. Conformément aux nouvelles règles sur les mesures commerciales autonomes, elle disposait alors de 14 jours pour agir. D’après ces règles, le déclenchement du frein d’urgence entraîne la réintroduction des contingents tarifaires de l’accord d’association UE-Ukraine. Or, les niveaux des importations actuels pour ces deux produits sont déjà supérieurs à ces volumes, ajoute l'exécutif européen. Par conséquent, les droits de la nation la plus favorisée s’appliqueront jusqu’à la fin de l’année, comme prévu par les règles de l’OMC. À partir du 1er janvier 2025 et jusqu'au 5 juin de la même année, un nouveau contingent tarifaire, correspondant à 5/12 du seuil fixé pour le déclenchement du frein d'urgence, sera introduit. Les volumes correspondront à 9662,07 t pour les œufs et à 109 438,62 t pour le sucre.

Grande distribution: Carrefour rachète officiellement Cora et Match

Le géant de la distribution Carrefour a annoncé, le 1er juillet, racheter officiellement les magasins Cora et Match, jusque-là détenus par le groupe belge Louis Delhaize, rapporte l’AFP. Les magasins Cora passeront sous enseigne Carrefour d'ici la fin de l'année, tandis que l’enseigne Match sera conservée. Carrefour a indiqué dans un communiqué avoir «finalisé ce jour l'acquisition des enseignes Cora et Match en France», ainsi que leur centrale d'achat Provera. L'opération est réalisée sur la base d'une valeur d'entreprise de 1,05 milliard d'euros. Louis Delhaize détenait 60 hypermarchés Cora et 115 supermarchés Match, souvent situés dans le quart nord-est de la France. Ils représentent selon Carrefour 2,4% environ du très disputé marché de la distribution alimentaire, et emploient 22000 personnes. Cette acquisition, «la plus importante pour Carrefour depuis le rachat de Promodès» en 1999, dixit le p.-d.g. Alexandre Bompard, permet à Carrefour de conforter sa deuxième place derrière E.Leclerc, qui détient près du quart du marché, et devant Les Mousquetaires/Intermarché qui ont racheté de nombreux magasins au groupe en difficulté Casino.

Pesticides: Invivo cède la distribution des produits Phyteurop à l'italien Sipcam

Dans un communiqué paru le 1er juillet, le groupe coopératif Invivo annonce la cession des actifs de distribution de la société Phyteurop SA à l'agrochimiste italien Sipcam. Le montant de l'opération n'est pas précisé. Avec cette acquisition, Sipcam annonce la création de Sipcam France qui aura pour vocation «d’apporter une gamme complète de solutions innovantes en produit de protection des plantes et biostimulants au bénéfice des distributeurs et agriculteurs Français.» La filière d'Invivo, Bioline, «assurera la promotion des produits Sipcam sur le territoire français». Le site industriel de Phyteurop Industry à Montreuil Bellay (49) «demeure un élément central de Bioline by InVivo», précise le groupe. Il se consacrera «exclusivement à la fabrication, à la prestation de services pour les acteurs de l'industrie des intrants agricoles et des startups. Phyteurop Industry continuera d'élargir et d’améliorer son catalogue de services (sérialisation des productions, prestations analytiques, ...) et sa capacité de production en protection des plantes et nutrition, grâce aux investissements du groupe InVivo».

Législatives: en Île-de-France, Descrozaille et Izard se désistent au second tour

Publiés tard dans la soirée du 30 juin, les résultats des législatives en Île-de-France font apparaître des déconvenues pour la majorité. Rapporteur du projet de loi sur la gestion des risques agricoles, le député Ensemble Frédéric Descrozaille n'arrive qu'en troisième position (18,57%) dans le Val-de-Marne, derrière un candidat LFI, et devant celui du Rassemblement national, malgré tout qualifié pour le second tour. Interrogé par Agra Presse, il indique qu'il se désistera au second tour. Même sort pour le jeune député Ensemble Alexis Izard qui termine troisième dans l'Essonne, avec 29,9% des voix, derrière un candidat du Nouveau front populaire et derrière le Rassemblement national, qui passe en tête. Il confirme également à Agra Presse qu'il se désistera, et ne terminera pas ses travaux parlementaires sur la préfiguration d'une loi Egalim 4. Les choses ont été plus aisées pour Aurélie Trouvé et Aymeric Caron: tous les deux ont été réélus dès le premier tour, avec 63% des voix en Seine-Saint-Denis pour la chercheuse en économie agricole, et 50,63% des voix à Paris pour l'ancien chroniqueur de télévision.

Législatives: malgré l'appel de Babault, Biteau veut se maintenir au second tour

Arrivé en deuxième position derrière le RN et devant la députée sortante Modem Anne-Laure Babault, l'ex-eurodéputé écologiste Benoît Biteau annonce son maintien au second tour, dans un communiqué paru le 1er juillet sur X. Plus tôt dans la soirée, la députée Modem, qui avait été chargée d'une mission parlementaire de préfiguration d'une loi Egalim 4, a déclaré, sur X, qu'elle est «la seule à pouvoir faire face au RN car la seule à avoir des réserves de voix». Et d'appeler Benoit Biteau «à se retirer en responsabilités». Invité sur TF1 le 30 juin, le président du Modem François Bayrou n'a pas donné de consigne de désistement systématique lorsque ses candidats se trouveraient en troisième position, là où un candidat RN se qualifierait au second tour: «Il faudra regarder, circonscription par circonscription, les positions antérieures des candidats qui se présentent pour l'alliance», a-t-il jugé. Et d’annoncer: «Chaque fois que nous serons troisièmes, il faudra que l'on regarde au cas par cas.»

Législatives: la Conf' très «inquiète», la CR «travaillera avec tout le monde»

La Confédération paysanne est «inquiète au plus haut point» de voir le Rassemblement national (RN) aux portes du pouvoir en France, a déclaré le 1er juillet à l'AFP sa porte-parole, Laurence Marandola. Elle dénonce un «projet extrêmement démagogue et trompeur» qui «ne répond pas aux causes profondes de la précarité, de l'isolement, du manque de revenus...» dont souffre le monde rural. La Confédération paysanne redoute de futures «entraves» à l'exercice de ses combats (contre l'artificialisation des terres, les «méga-bassines» pour l'irrigation, l'autoroute A69...), explique Laurence Marandola. De son côté, la Coordination rurale «travaillera avec tout le monde» à l'issue des législatives, a déclaré le 1er juillet à l'AFP Véronique Le Floc'h, pour qui le RN «se centralise» sur le plan politique. «On discutera et on travaillera avec tout le monde» à l'Assemblée nationale, indique la productrice de lait bio du Finistère. Véronique Le Floc'h émet immédiatement un bémol: «Comment se mettre au travail si demain le pays devient ingérable? Comment se faire entendre? Il faut que ça se stabilise, et au plus vite.» «Le RN se centralise et essaie de parler à plus de monde, c'est à prendre en compte», selon elle.

Bovins: une aide de 200 € pour les animaux abattus infectés par l’IBR (JO)

Comme attendu, les éleveurs soumis à l’obligation de réformer des animaux infectés par l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine) pourront prétendre à une indemnisation de l’État (pour abattage sur ordre de l’administration), d’après un arrêté paru au Journal officiel le 30 juin. Cette aide est fixée à «200 euros par bovin infecté» pour les troupeaux «dont tous les bovins de plus de trois mois sont vaccinés»; elle est abaissé à 180 euros pour les autres troupeaux. Le texte instaure un plafond annuel par établissement: l’aide ne peut être attribuée que pour un maximum de «deux tiers des bovins infectés d'IBR et éliminés dans l'année». Par ailleurs, les troupeaux d’engraissement dérogataire ne sont pas éligibles. Pour rappel, un précédent arrêté paru le 22 juin a instauré une obligation de réformer les bovins infectés par l’IBR, dans un délai qui dépend du pourcentage d’animaux infectés au sein du troupeau. Le but est d’accélérer l’assainissement du cheptel. Au regard de la réglementation européenne, la France s’est engagée à éradiquer d’ici 2027 cette maladie respiratoire qui touche les bovins, mais pas l’homme.

Volaille: vers un rebond de l’usage du logo VF dans les produits transformés

La proportion de produits transformés à base de volailles arborant le logo «Volaille française» (VF) devrait réaugmenter en 2025, selon l’APVF (promotion de la volaille française), alors que l’intégration de volaille française dans ces produits remonte. Cette proportion sous logo VF avait chuté, passant de 47% (arrondi) en 2022 à 43,3% en 2023, à cause de l’influenza aviaire. Pour 2024, l’APVF prévoit, d’après ses observations, 43,9%, et une reprise (sans préciser de combien) pour 2025. «Il n’y a plus de problème d’approvisionnement», explique Arielle Couëry, chargée de communication. Elle rappelle aux industriels une enquête Opinion Way de 2022 selon laquelle 87% de consommateurs de produits transformés se déclaraient incités à acheter du fait de ce logo. L’intégration de volaille française dans les produits transformés (avec ou sans logo VF) avait chuté ces dernières années: 89% en 2021, 63 % en 2022, puis 47% en 2023, en raison de l’influenza aviaire, de source Roamler. Elle remonte à 55% en 2024.

Porc: l’investissement en élevage «est reparti à la hausse», selon la FNP

En assemblée générale ce 28 juin à Brest, la FNP (producteurs de porc, FNSEA) s’est penchée sur les moyens de soutenir l’investissement dans la production porcine. Dans son intervention de clôture, le président François Valy a appelé à attirer les porteurs de projet, la rentabilité étant revenue après plusieurs années très difficiles. Il a souligné, de source bancaire, que l’investissement en élevage porcin «est reparti à la hausse», avec un encours total avoisinant les 2 milliards d’euros. «L’essentiel des encours porte sur les bâtiments dont les besoins de renouvellement sont estimés à plusieurs centaines de millions d’euros, et la part d’énergie renouvelable est en forte croissance», est-il écrit dans son discours, transmis à la presse. François Valy a retenu du congrès le «seuil-clé» de 3000 porcs par exploitation. En matière de transmission, le président de la FNP (par ailleurs vice-président d'Inaporc) s’est fait l’écho du plan interprofessionnel «Demain le porc», dont l’objectif est qu’en 2035 100% des exploitations transmissibles soient reprises.

Huile d’olive: la production mondiale devrait reculer pour la troisième fois

À l’occasion du premier Congrès international de l’huile d’olive, qui s'est tenu en Espagne du 24 au 27 juin, le Conseil oléicole international (COI) a indiqué que la production mondiale ne devrait pas dépasser 2,41 millions de tonnes sur la période 2023-2024, rapporte l’AFP le 27 juin. C’est un nouveau recul par rapport à la précédente campagne (2,57 Mt), elle-même en baisse de 25% par rapport à 2021-2022 (3,42 Mt). La faute en incomberait aux vagues de chaleur et de sécheresse extrême dans les principaux pays producteurs, comme l'Espagne, la Grèce ou l'Italie. Cette situation a entraîné une envolée des prix, allant de 50% à 70%, selon les variétés concernées au cours de l'année écoulée. En Espagne, qui fournit la moitié de l'huile d'olive mondiale, les prix ont même triplé depuis début 2021, le gouvernement intervenant en supprimant la TVA sur ce produit. Pour faire face, plusieurs solutions ont été mises en avant à Madrid: recherche génétique (variétés nécessitant moins d’heures de froid et résistantes au manque d’eau), généralisation de l’irrigation au goutte-à-goutte, etc. Une autre alternative, radicale, a aussi été avancée: l’abandon de la production dans les territoires devenant trop désertiques.

Courgettes: production en baisse, cours bien orientés en début de campagne

Selon une note des services du ministère de l’Agriculture (Agreste), au  1er juin, la production française de courgettes est estimée à 134 100 tonnes pour la campagne 2024. Elle serait en baisse de 6% sur un an et de 20% par rapport à la moyenne quinquennale, confirmant une tendance baissière depuis 2020 qui se reflète dans l’évolution des surfaces. Si celles-ci reculent de 1% cette année (essentiellement en plein champ dans le Languedoc-Roussillon), à un peu de plus de 4000 ha, elles baissent de 4% par rapport à la moyenne 2019-2023. Le Sud-Est demeure la première région productrice avec 2004 ha de cultures, suivie de très près par les autres bassins (Centre-Ouest, Sud‑Ouest), à 1993 hectares. À noter, les cultures de serres demeurent limitées (600 ha environ). Les conditions météorologiques défavorables à la culture et des cours trop bas devant les coûts de production incitent certains producteurs à ne pas poursuivre la production, selon le bilan 2023 du RNM (FranceAgriMer). Le début de campagne est caractérisé par une offre nationale limitée. Ce qui explique que les cours sont mieux orientés que lors des campagnes précédentes. En mai, les prix ont été supérieurs de 24% à ceux de la campagne précédente et de 32% à ceux de la moyenne quinquennale.

Horticulture/Brexit: la filière européenne s’inquiète des nouveaux contrôles

Dans une lettre ouverte datée du 1er juillet, plusieurs organisations horticoles européennes (pépinières et distribution) s’inquiètent des nouveaux contrôles à l’importation mis en œuvre depuis le 30 avril à la frontière du Royaume-Uni, qui engendrent selon elles d'importants retards (jusqu’à deux jours), des pertes de produits et l’augmentation des coûts d’importation. Ceux-ci auraient bondi de 25% depuis la mise en œuvre des contrôles. Les pépinières sont désormais classées comme «à haut risque» par les autorités britanniques, ce qui entraîne des taux d'inspection nettement plus élevés que pour les importations de viande et de produits laitiers. «En tant qu’activité saisonnière, nous avons besoin d’un plan pour moderniser ou accélérer les alternatives aux contrôles aux frontières, là où l’infrastructure n’est pas adaptée à son objectif», expliquent les signataires. Des craintes sont aussi soulevées sur la qualité des inspections frontalières, augmentant le risque de propagation de maladies (Xylella fastidiosa par exemple). Le gouvernement britannique assure travailler à rationaliser le processus et publié des directives visant à minimiser les retards. Il soutient que les contrôles sont effectués par du personnel formé selon des procédures strictes.

Maïs : le cours américain chute, surfaces et de stocks plus élevés qu’annoncé

Le 28 juin, le cours du maïs américain est tombé à son plus bas niveau depuis 2020 avec un boisseau (environ 25 kg) qui s’est replié jusqu’à 3,9050 dollars sur le marché à terme de Chicago. Un décrochage provoqué par la publication de deux rapports du ministère américain de l’Agriculture (USDA) qui ont fait état de stocks et de surfaces dédiées à la culture du grain jaune plus importants que prévus. L’USDA a indiqué que pour la campagne en cours, 37 millions d’hectares allaient être consacrés au maïs, soit 1,6% de plus qu’annoncé fin mars. Cette superficie, si elle était confirmée, resterait inférieure à celle de l’année dernière (-3,3%) avec une réaffectation de terres vers le soja. En parallèle, l’USDA a évalué les stocks de maïs, au 1er juin, à 126,8 millions d’euros, soit une hausse de 22% par rapport à l'année dernière, à la même époque. Ces deux rapports, qui ont indiqué des chiffres supérieurs aux attentes des opérateurs, ont renforcé la pression autour des cours du maïs et ont fini par les faire plonger.    

Santé des sols: une collecte de données à améliorer, selon un rapport d'inspection

Dans un rapport sur le groupement d'intérêt scientifique sur les sols (Gis Sols), paru le 27 juin et écrit par le CGAAER (ministère de l'Agriculture) et l'IGEDD (ministère de la Transition écologique), deux hauts fonctionnaires évoquent la possibilité de rendre «obligatoire la saisie des données» collectées par les opérateurs sur la santé des sols. Objectif: «accroître la bancarisation des données» et «réduire les coûts associés aux bases de données de capitalisation (gestion des conventions, saisie des informations…)». Pour l'heure, constatent-ils, «les producteurs de données sont multiples, mais l’absence de politique et donc de base légale limite les capacités de les récupérer». Dans leur rapport, ils renouvellent leur recommandation d'établir d'un «schéma national des données sur les sols (SNDS)». Créé en 2001, le Gis Sols réalise pour les pouvoirs publics «l’inventaire et la cartographie des sols», ainsi que le suivi de la santé des sols. Son périmètre a récemment été élargi aux sols urbains, à la biodiversité et aux produits phytosanitaires. À l'échelle européenne, les négociations entre les États membres et le Parlement européen sur la proposition de directive sur la santé des sols vont débuter après l'été. L'un des objectifs du texte est de définir les critères pour qu’un sol soit considéré comme sain.

Caprins: Raphaël Guyet est nommé à la direction de la Fnec

Raphaël Guyet prend la direction de la Fnec (éleveurs de chèvres, FNSEA) à compter du 1er juillet, informe un communiqué du 28 juin. Il succède à Sophie Espinosa, qui quitte ses fonctions après «plus de quinze ans» au service de la Fnec. Ancien conseiller en productions animales au syndicat Jeunes agriculteurs, Raphaël Guyet a travaillé pendant cinq ans en tant qu’économiste au Cniel (interprofession laitière).