Agrafil du 2 octobre 2025

hero

Bio : lancement d'une mission inter-inspections sur l'indemnisation des contaminations

Une mission sur l’indemnisation des agriculteurs bio contaminés par les pesticides conventionnels « vient d’être lancée », a confirmé l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) à Agra Presse le 1er octobre. Cette mission fraîchement lancée a été révélée quelques jours plus tôt par la Fnab (producteurs bio), qui l’attend « depuis un an et demi », selon cette dernière. La mission est conduite par l’IGEDD, qui serait épaulée par le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER, ministère de l’Agriculture) et l’Inspection générale des finances (IGF). « C'est une étape importante pour nous, sachant que, depuis sept ans que nous alertons sur ce sujet, aucun agriculteur touché par des contamination au prosulfocarbe n'a été indemnisé. Et cela vaut pour toutes les contaminations issues de molécules volatiles ou rémanentes », souligne Félix Lepers, chargé de mission réglementation à la Fnab. En novembre 2023, le ministre de l’Agriculture d’alors, Marc Fesneau, avait annoncé à l’Assemblée que la création d’un fonds pour indemniser les producteurs bio contraints de déclasser leurs récoltes à cause des contaminations de pesticides était « prévu dans Ecophyto [2030] ». Pour l’instant, ce fonds n’a pas encore vu le jour.

Chambres d’agriculture : la Cour des comptes appelle à finaliser la régionalisation

Dans un rapport paru le 1er octobre, la Cour des comptes exhorte les chambres d’agriculture à « organiser l’ensemble du réseau en chambres de région dotées de chambres territoriales » (en lieu et place des chambres départementales). Seules cinq régions ont basculé dans ce modèle instauré par une ordonnance de janvier 2022. Les Sages de la rue Cambon veulent que la régionalisation soit finalisée « dans le délai du prochain COP » (contrat d’objectifs et de performances), que l’État et les chambres doivent signer pour cette nouvelle mandature démarrée en début d’année. En particulier, la Cour a formulé un « rappel au droit » pour que le réseau consulaire et les pouvoirs publics mettent en œuvre la « régionalisation des services support » (juridique, administratif, comptabilité) prévue par un décret de mai 2016. Par ailleurs, Chambres d’agriculture France est « insuffisamment outillée et respectée » aux yeux de la Cour des comptes. La tête de réseau est appelée à prendre en main la répartition de la TATFNB et à « faire respecter [son] pouvoir normatif », en s’appuyant sur le pouvoir de sanction que lui octroie la récente loi d’orientation agricole (décret d’application à venir). Quant aux missions des chambres, elle devraient être « recentrées sur quelques priorités autour de l’accompagnement des agriculteurs dans les transitions économiques, sanitaires et environnementales ».

Chambres d'agriculture : la Cour des comptes veut un meilleur cadre pour la probité des élus

Dans son rapport publié le 1er octobre, la Cour des comptes recommande que les chambres d’agriculture soient dotées de « normes relatives à la gouvernance (…) et au statut des élus pour la prévention et de sanction des atteintes à la probité » (infractions telles que la corruption ou les conflits d’intérêts). Les magistrats réclament que ce cadre soit édicté « dans un délai d’un an » par le décret d’application de la loi du 15 février 2025 portant sur la gouvernance des chambres et de la MSA. Ce décret pourrait rendre obligatoire un modèle de règlement intérieur pour tous les échelons du réseau des chambres. Les règles pourraient s’inspirer de la charte de déontologie établie en 2021 pour les élus de Chambres d’agriculture France (tête de réseau). Selon les Sages de la rue Cambon, l’organisation nationale a diffusé en mars 2025 un « modèle » issu de cette charte, « que les chambres ont pour l’heure la liberté de prendre ou non en compte » dans leur règlement intérieur. Sans révéler de faits nouveaux, le rapport de la Cour des comptes évoque des « irrégularités régulièrement constatées » par ses magistrats en matière de gouvernance : décisions illégales faute d’atteinte du quorum, versements de subventions à un syndicat, ou encore « atteintes à la probité ».

Négociations commerciales : Travert veut les raccourcir en commençant plus tard

Dans le cadre de sa proposition de loi (PPL) visant à prolonger une disposition d'Egalim 3, le député EPR (macroniste) Stéphane Travert indique qu'il portera en séance un amendement visant à reporter la date de démarrage des négociations commerciales, confirmant ainsi une information du média Contexte. « Par contre, on ne touche pas à la date de fin », explique-t-il. Comme annoncé en juillet, l'ancien ministre de l'Agriculture a déposé, le 16 septembre, une PPL visant à prolonger de trois ans une expérimentation lancée en 2023 par la loi Descrozaille (Egalim 3). Cette disposition prévoit que, en l’absence de contrat renouvelé au plus tard le 1er mars – ou dans les deux mois suivant le début de la commercialisation pour certains produits –, les relations commerciales doivent être suspendues. Le député de la Manche propose une reconduction d'une part pour répondre à « un impératif de stabilité juridique », d'autre part pour permettre d'établir un bilan complet de la loi Descrozaille d'ici 2028, dont les objectifs initiaux « ne sont pas encore pleinement atteints ». Cette proposition de loi intervient alors que le cabinet de la ministre du Commerce, Véronique Louwagie, avait annoncé au printemps que son projet de loi Egalim 4 ne serait pas présenté avant 2026.

Sahara occidental : la révision de l’accord agricole UE-Maroc est en vue

Les représentants des États membres (Coreper) devaient se prononcer le 1er octobre sur la révision de l'accord d'association UE-Maroc pour la pêche et les produits agricoles, serpent de mer des relations entre les parties. La Cour de justice de l’UE avait confirmé, le 4 octobre 2024, l’annulation de cet accord en raison du non-respect du consentement du peuple du Sahara occidental. Elle avait toutefois maintenu les mesures de libéralisation pour les produits agricoles pour une durée de 12 mois (jusqu’au 4 octobre 2025), le temps de trouver une solution. Selon l'ONG Western Sahara Resource Watch, les négociateurs européens et marocains se sont rencontrés du 10 au 15 septembre afin de déterminer les changements à apporter. Concrètement, cette version révisée de l’accord inclurait un nouveau mécanisme d’étiquetage pour les fruits et légumes en provenance du Sahara occidental tout en laissant aux autorités douanières marocaines le soin de délivrer des certificats de conformité. Mais pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), cela risque de créer « un dangereux précédent ». En présentant « en pratique » ces produits comme marocains, « cela induirait les consommateurs en erreur et créerait une concurrence déloyale pour les producteurs européens », estime le principal lobby agricole de l’UE.

Pommes : premières variétés certifiées hypoallergéniques lancées en Europe

Le lancement commercial de la marque de pommes hypoallergéniques Pompur a été annoncé à l’occasion du salon Fruit Attraction à Madrid (30 septembre au 2 octobre), rapporte le média FreshPlaza le 29 septembre. À partir du 15 novembre, elle sera officiellement disponible à la vente sur le marché européen, selon l’université des sciences appliquées d'Osnabrück (Allemagne). Destinée aux personnes allergiques, la marque ombrelle Pompur regroupe plus précisément deux variétés, identifiées sous les noms de code ZIN 168 et ZIN 186. Il s’agit des premières pommes à être certifiées par le label européen ECARF, qui garantit leur meilleure tolérance pour les personnes allergiques. En tout, il aura fallu cinq années de travail pour que ce projet de recherche allemand aboutisse. Il a été mené par l’université des sciences appliquées d'Osnabrück, l’université technique de Munich et l'hôpital universitaire de la Charité de Berlin, en étroite collaboration avec le programme régional de sélection variétal baptisé « ZIN » installé dans l’Altes Land, haut lieu de l’arboriculture fruitière allemande. Le projet a bénéficié d’un financement de 385 000 € du ministère fédéral allemand de l’Agriculture, dans le cadre du programme « Partenariat allemand pour l’innovation en agriculture ». Grâce à des périodes de récolte différentes, « nous pouvons garantir une disponibilité prolongée » du fruit sur le marché, précise Matthias Schmoldt, arboriculteur et membre de la ZIN.

Fruits et légumes/expérimentation : l'Irfel va renforcer ses liens avec le CTIFL

Lors de son assemblée générale le 17 et 18 septembre en Lorraine, l’Irfel (association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes) a échangé avec le CTIFL. « Nous avons convenu de renforcer la communication sur notre partenariat auprès des stations adhérentes, des pouvoirs publics, mais aussi des familles aval de l’interprofession. Il s’agira aussi de fluidifier les partenariats entre les stations et le centre interprofessionnel pour plus d’efficacité, surtout sur le transfert aux producteurs. Des actions concrètes verront le jour pour la fin 2025 », explique Vincent Schieber, président de l’Irfel, à Agra Presse. L’association regroupe 17 stations assurant ensemble un chiffre d’affaires entre 17 et 18 millions d’euros. Récemment, les stations des endiviers et des producteurs corses ont rejoint l’association. Mais l’Irfel a aussi connu la liquidation judiciaire de la Sefra (Rhône-Alpes) en juillet. « Cela a créé un électrochoc dans le réseau. Nous allons renforcer l’aide pratique aux stations pour éviter cela : mise en place de groupes de travail (certification BPE, gestion de station), détection de problèmes financiers en amont, faire jouer le collectif dans le soutien aux stations en précarité, etc. »

Tomates Label rouge : une progression des volumes de 15 % en 2025

Dans un communiqué de presse du 1eroctobre, l’Association des fruits et légumes du Lot-et-Garonne (AIFLG), qui porte la démarche tomates Label rouge, indique que près de 160 tonnes ont été récoltées et commercialisées durant la saison 2025. Cela représente une hausse de 15 % des volumes par rapport à 2024 (139 t), principalement sur les segments cerise et ronde en grappe. « Pour ce qui est de l’allongée cœur, plus fragile et plus difficile à produire dans le respect du cahier des charges, elle n’a pas été commercialisée cette année », est-il néanmoins précisé. Malgré les fortes chaleurs en juin et août, la qualité gustative est restée bonne. « Ce succès reflète à la fois l’engagement des producteurs et l’intérêt des consommateurs pour une tomate premium, française et de terroir », se félicite Felix Pizon, président de l’AIFLG. Depuis 2023, la filière tomates Label rouge compte 12 producteurs habilités, dont quatre en production active cette année, répartis sur une surface totale de 4 ha. « L’enjeu est d’augmenter progressivement le nombre de producteurs engagés et les surfaces cultivées, afin de proposer une offre plus large et de qualité constante », précise l’association, qui s’est donnée comme objectif d’atteindre les 200 t en 2026.

Ail : une étude confirme la meilleure performance du stockage au froid

Des recherches récentes publiées dans la revue Horticultura Argentina confirment la supériorité du stockage au froid sur celui à température ambiante sur la qualité des bulbes d'ail (indice de dormance visuelle et facteurs physico-chimiques). Ce type de conservation influerait sur deux phénomènes principaux : la perte de poids et le maintien de la dormance. « La réfrigération est essentielle pour celle-ci, permettant aux bulbes de conserver leur structure et leur aptitude à la consommation jusqu'à 120 jours », est-il expliqué, ce qui réduit les risques de germination. De plus, les basses températures minimiseraient la respiration et la déshydratation, entraînant une perte de poids du bulbe et préserveraient sa qualité métabolique (ralentissement de la consommation des sucres et meilleur Brix). « Le stockage au froid pourrait permettre aux producteurs des débouchés plus larges à des prix plus justes en dehors de la saison des récoltes », conclut-elle. En France, le stockage au froid n’est pas présent dans l’ensemble de la filière : « Il est une pratique utilisée par tous les metteurs en marchés. Certains producteurs s’équipent également, mais ce n’est pas généralisé, car ce sont des investissements onéreux », indique l’Aniail (interprofession), contactée par Agra Presse.

Volailles/lapins : une nouvelle version de l'indice Itavi pour les aliments

Une nouvelle version de l’indice Itavi coexiste avec l’ancienne depuis début septembre, et sera unique à compter de janvier 2026, prévient l’institut technique de l’aviculture dans un communiqué du 25 septembre. Cette famille d’indices mesurant l’évolution du coût des matières premières des aliments pour volailles et lapins est largement utilisée dans les relations contractuelles. Il se doit de prendre en compte les dernières évolutions génétiques et de modes d’élevage depuis la dernière révision en 2016, explique l’institut. Le chef du projet Mohamed Bouzidi indique à Agra Presse deux améliorations notables : une meilleure prise en compte de l’aliment déshydraté dans l’aliment en maternité de lapins ; et l’adaptation du calcul à la mutation de la production d’œufs vers les systèmes alternatifs (au sol et en plein air). Plus marginalement, les poids des matières premières varient. La reformulation a été travaillée avec les fabricants d’aliments et leurs fédérations (Snia et LCA Nutrition animale). Pour les usagers, la base 100 du nouvel indice est janvier 2020, contre janvier 2014 pour l’ancien, et l’indice sur la période 2014-2020 a été recalculé.

Bovins : la canicule du début d’été a accéléré la décapitalisation (Idele)

La canicule de fin juin et début juillet, mettant les prairies à l’arrêt, a poussé les éleveurs à « réformer précocement » des vaches laitières comme allaitantes, provoquant une accélération de la décapitalisation et une hausse des abattages, indique l’Institut de l’élevage dans son bulletin Tendances le 22 septembre. « La baisse du cheptel reproducteur s’est accélérée », s’établissant au 1er août à -2,6 % sur un an pour les vaches allaitantes (à 3,311 millions de têtes) et à -2,3 % pour les laitières (3,211 millions). Les réformes ont suivi le mouvement inverse, avec 2,6 % de vaches allaitantes abattues en plus en juillet (sur un an) et 3,6 % de laitières en plus. Ce rebond n’a pas suffi à faire progresser la production française de viande de gros bovins : en volume, celle-ci « a reculé de 3 % sur les huit premiers mois de l’année 2025 (-20 000 téc), contre une stabilité des tonnages en 2024 ». Le sursaut du mois de juillet a été suivi d’un contrecoup, les abattages ralentissant de nouveau en août et septembre (-4,6 % sur six semaines). Quant aux abattages de jeunes bovins (JB), ils ont évolué à l’inverse de ceux des vaches et ont donc progressé en fin d’été. Ce qui s’est reflété dans leur prix : en semaine 37 (du 8 septembre), la cotation française du JB U s’établissait à 7,03 €/kg carcasse, soit +31 ct€/kg en quatre semaines.

Insectes : la période d’observation d’Ynsect prolongée jusqu’en janvier 2026

La société Ynsect, actuellement en redressement judiciaire, a obtenu une nouvelle prolongation de sa période d’observation jusqu’au 12 janvier 2026. Cette poursuite a été décidée lors d’une audience au tribunal de commerce d’Évry le 15 septembre, puis communiquée par Ynsect le 25 septembre. En juin, la société avait déjà obtenu une prolongation jusqu’en septembre. Son p.-d.g. Emmanuel Pinto a présenté le plan d’affaires au tribunal, dans un contexte contraint, puisque la société a mobilisé des fonds, mais seulement pour assurer son fonctionnement jusqu’à la fin de l’année. En juin, Ynsect affirmait avoir obtenu de ses actionnaires un engagement de 8,6 M€. Son plan de redressement nécessite un financement de 24,4 M€ supplémentaires. « Nous nous concentrons désormais sur la sécurisation de nos marchés, sur nos besoins de financement et sur la réorganisation du bilan de la société », déclare le dirigeant. Des essais ont été réalisés au cours de l’été afin de mettre en place de nouvelles méthodes de production des vers de farine (ténébrions molitor) moins couteuses. « Les tests opérationnels d’un nouveau mode d’élevage ont montré une réduction de plus de 70 % du coût de production des larves d’insectes, dépassant les prévisions », souligne Ynsect.

Assemblée nationale : Travert candidat à la présidence de la Coméco

L'ancien ministre de l'Agriculture Stéphane Travert est candidat à la présidence de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, dont l'élection doit avoir lieu le 2 octobre. Il ne devrait pas avoir d'opposant Les Républicains (LR). Le député EPR (macroniste) de la Manche avait déjà occupé ce poste en 2024. En charge du secteur agricole, la commission des Affaires économiques est le passage obligé des textes législatifs avant leur examen en séance plénière. Elle a également un rôle de contrôle de l'action du gouvernement par des missions d'information sur des sujets précis.