Phytos: le cancer de la prostate bientôt reconnu maladie professionnelle
La commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (Cosmap) a rendu un avis favorable, le 12 octobre, à la création d’un tableau de maladie professionnelle pour le cancer de la prostate lié à l’exposition aux pesticides, rapportent plusieurs sources concordantes. Les conditions de cette reconnaissance suscitent des désaccords parmi les membres de la Cosmap, composée de représentants ministériels, d’associations de victimes et de représentants syndicaux notamment. L’association Phyto-victimes, la CR, la Conf’ et plusieurs syndicats de salariés (FGA-CFDT, FNAF-CGT, FGTA-FO) veulent une reconnaissance dès cinq ans d’exposition au risque et un «délai de prise en charge» (entre la fin de l'exposition et la constatation de la maladie) de 40 ans, indique un communiqué commun le 19 octobre. De son côté, la FNSEA s'est positionnée sur l'autre durée d’exposition minimale sur la table, de 10 ans (au lieu des 20 ans qu’elle préconise) et demande par contre un «délai de prise en charge» inférieur à 40 ans. Il faut «la mise en place d’un cadre réaliste» vu «le caractère multi causal» du cancer de la prostate et «le poids du facteur âge», explique-t-on Rue de la Baume. Il reviendra au gouvernement de statuer par décret.
Phytos : à peine lancée, l’étude Pestiriv divise déjà
L’Anses et Santé publique France ont annoncé le 19 octobre le lancement de l’étude Pestiriv, qui évaluera l’exposition aux pesticides de près de 3350 participants dans 250 zones d’études et six régions. Objectif : mesurer «l’exposition réelle des personnes vivant près de cultures, en particulier viticoles» par des prélèvements de cheveux et d’urines, des échantillons de poussières, et des questionnaires. Folpel, glyphosate, boscalid: «nous avons restreint l’étude à une cinquantaine de substances en sélectionnant les plus spécifiques à la viticulture, les plus achetées, et les plus toxiques», résume Ohri Yamada, chef d’unité pharmacovigilance au sein de l’Anses. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant 2024, mais le lancement de l’étude a fait déjà fait réagir les professionnels comme les associations. «Nous ne sommes pas convaincus que l’Anses et Santé Publique France, une fois le travail d’analyse et de diffusion réalisé, feront l’effort de pédagogie et de contradiction nécessaire», s’est inquiété Bernard Farges, président du CIVB (interprofession du vin de Bordeaux), dans un courrier envoyé à la préfète de la Gironde et dévoilé par le quotidien Le Monde. A l'opposé, «que de temps perdu alors que nous sommes nombreux à sonner l’alerte depuis tant d’années !» regrette de son côté l’association Générations futures qui indique avoir lancé en 2021 «sa propre campagne indépendante d’analyses de pesticides dans l’air chez des riverains de zones cultivées».
Varenne agricole: les filières ont livré leurs notes sur l'adaptation au climat
Dans le cadre de la thématique 2 du Varenne agricole («renforcer la résilience de l'agriculture»), les filières devaient résumer, en une dizaine de pages à remettre fin septembre, les effets du changement climatique dans leur secteur, tout en définissant les moyens nécessaires pour s’adapter. Plusieurs filières ont communiqué leurs notes à Agra Presse. Les filières végétales consultées insistent particulièrement sur leurs besoins en irrigation, que ce soit sur la simplification de la gestion de l’eau, l’augmentation du stockage, ou le développement d’une irrigation «de résilience» dans de nouvelles cultures, comme les oléo-protéagineux. Elles rappellent également dans ces documents leurs inquiétudes face à «un contexte de suppression des produits phytosanitaires» alors que les conditions pourraient augmenter la pression des ravageurs et maladies. Tout en réitérant pour certaines leur soutien aux NBT, nécessaires pour elles à l’adaptation. Les filières animales consultées insistent de leur côté sur l’importance de sécuriser les approvisionnements en fourrage, tout en garantissant des matières premières exemptes de déforestation. Et soulignent, comme d’autres dans les filières végétales, le besoin de mieux rémunérer les «aménités environnementales» apportées par les pratiques des fermes.
Varenne agricole : 5 ONG dénoncent un débat «totalement déséquilibré»
Cinq organisations, dont la Confédération paysanne, la Fnab (producteurs bio), UFC-Que Choisir, France Nature Environnement et le Réseau Action Climat dénoncent dans un communiqué du 19 octobre un débat «totalement déséquilibré au bénéfice des irrigants et de la vision la plus intensive de l’agriculture» dans le cadre du Varenne agricole de l’eau et du changement climatique. Concernant la gestion de l'eau, «vouloir traiter de son “volet agricole" de façon déconnectée des autres usages et des milieux, constitue un vrai recul par rapport aux conclusions des Assises de l’Eau de 2019», insiste FNE, qui a refusé d’assister aux travaux du Varenne. Les organisations estiment toutefois que «de nombreuses parties prenantes ont été délibérément écartées des groupes de travail», dont des syndicats agricoles ou des organisations environnementales. Alors que certaines filières ont rappelé leur attachement aux NBT ou à l’importance d’éviter les impasses techniques en cas d’interdiction de certains pesticides, Réseau Action Climat estime de son côté que «les solutions existent déjà sur le terrain: l’agroécologie, dont l’agriculture biologique, les haies, les prairies permanentes, la diversification des cultures… ».
Enseignement: création d'une chaire dédiée aux mutations de l'entreprise agricole
La chaire de mécénat Germea visant à étudier les nouvelles formes d’organisation économique et sociale de la production agricole a été lancée le 19 octobre. Portée par l’école nationale supérieure agronomique de Toulouse (INP-Ensat) et soutenue par trois mécènes - que sont les groupes coopératifs Vivescia, Euralis et Terrena- elle disposera d’un budget de 300 000 euros sur 5 ans. Son action se déroulera autour de quatre axes, a expliqué le titulaire de la chaire et enseignant chercheur à l’INP-Ensat François Purseigle. Le premier axe consistera à mieux comprendre les «mutations» des entreprises agricoles motivées notamment par «la captation et le contrôle de la valeur»; à analyser l’effet de ces mutations sur les métiers et les services dans l’agriculture; et à comprendre comment ces nouvelles entreprises s’insèrent dans les territoires. Les deuxième et troisième axes consisteront à sensibiliser sur ces sujets les ingénieurs agricoles (en formation initiale) et les professionnels (en formation continue). Le quatrième volet consistera à communiquer sur ces nouvelles réalités du monde agricole via des séminaires, des colloques et des publications.
Betterave : Cristal Union cherche 7 000 ha pour saturer trois usines
Le sucrier Cristal Union cherche 7 000 ha de betteraves supplémentaires, dans le but de saturer trois usines. «Notre sucrerie de Sainte-Emilie vise 2 000 ha de plus», déclare Jérôme Fourdinier, président de la coopérative éponyme et membre du groupe, qui accueillait la presse le 14 octobre. En plus du site picard, deux autres sont en quête de surfaces : 2 000 ha pour Erstein (Bas-Rhin), 3 000 ha pour Fontaine-le-Dun (Seine-Maritime). «On essaie de saturer l’outil», explique-t-il, Sainte-Emilie, qui est à 105 jours de campagne, pouvant grimper à 120 jours. La sucrerie a déjà gagné «sans doute 150 planteurs», à la suite de la fermeture de l’usine Saint Louis Sucre à Eppeville (Somme), soit 2000 ha de plus. Elle table sur une augmentation des surfaces et l’arrivée de nouveaux planteurs. La conjoncture est favorable. «Avec l’embellie des marchés du sucre et de l’alcool, nous pouvons d’ores et déjà annoncer des perspectives de rémunération revues à la hausse pour nos coopérateurs», avait déclaré le 27 septembre Olivier de Bohan, le président de Cristal Union. Le groupe prévoyait alors «au moins 27 €/t de betterave» en 2021 (contre 25,5 €/t en 2020). «Ce sera sûrement plus de 28 €/t», d’après Jérôme Fourdinier
Tensions sur les engrais: appel à encourager les intrants renouvelables (syndicat)
Face aux tensions sur le marché des engrais, l’Afaïa (entreprises de «matières fertilisantes et intrants innovants») appelle les pouvoirs publics à encourager les intrants renouvelables. Il s’agit d’«encourager beaucoup plus largement le développement des fertilisants d’origine renouvelable, en mettant en place des règles simples et claires en matière d’innocuité et de valeur agronomique, de façon à garantir la qualité des produits tout au long des cycles», selon un communiqué. L’Afaïa soutient l’idée d’une agriculture qui doit «davantage se tourner vers les fertilisants d’origine recyclée». Et de mettre en avant les solutions existantes: «des supports de culture de plus en plus conçus à partir de matières premières organiques issues, notamment, de la forêt ou de l’agriculture ; des engrais et des amendements organiques qui valorisent les effluents d’élevage, les matières issues des industries agroalimentaires et du traitement des eaux ; des biostimulants qui améliorent la capacité des plantes à absorber les éléments nutritifs du sol».
Relations commerciales: la loi Egalim 2 est parue au Journal officiel
La loi «visant à protéger la rémunération des agriculteurs», dite Egalim 2, est parue au Journal officiel le 19 octobre. Déposé par le député Grégory Besson-Moreau (LREM, Aube), le texte a été adopté par les deux chambres du Parlement, après un accord en Commission mixte paritaire le 4 octobre. La loi prévoit qu'entre un agriculteur et son premier acheteur, les contrats écrits pluriannuels (trois ans minimum) deviennent la norme. Une obligation qui s'appliquera au plus tard début 2023, et plus tôt pour certaines productions. Plus en aval, la convention entre industriels et distributeurs devra comporter une clause de révision automatique des prix en fonction de la variation du coût de la matière première agricole, «à la hausse ou à la baisse». La part de la matière première agricole – évaluée grâce à la mise en place de la transparence au niveau des industriels – sera «sanctuarisée», et ne pourra pas être négociée par les distributeurs. La loi Egalim 2 revient aussi sur la loi de modernisation de l'économie (LME) de 2008, en réinstaurant la non-discrimination tarifaire (un seul tarif proposé pour tous les clients distributeurs). Enfin, le texte prévoit des expérimentations, dont le rémunérascore et le tunnel de prix.