Agrafil du 21 novembre 2022

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La COP27 se termine sur un bilan contrasté

Après des négociations difficiles qui ont débordé du calendrier prévu, la COP27 s'est terminée le 20 novembre avec un texte très disputé sur l'aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique, mais aussi sur un échec à fixer de nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre. Une déclaration finale fruit de nombreux compromis a été adoptée, appelant à une réduction «rapide» des émissions mais sans ambition nouvelle par rapport à la COP de Glasgow en 2021. Cette édition a en revanche été marquée par l'adoption d'une résolution qualifiée d'historique par ses promoteurs, sur la compensation des dégâts du changement climatique subis par les pays les plus pauvres. Même si le texte laisse de nombreuses questions en suspens, il acte le principe de la création d'un fonds spécifique. Le président français Emmanuel Macron a proposé un sommet à Paris avant la COP28 prévue fin 2023 à Dubaï, pour «un nouveau pacte financier» avec les pays vulnérables. Le texte sur les réductions d'émissions réaffirme l'objectif de contenir le réchauffement à 1,5°C. Les engagements actuels des pays signataires ne permettent pas de tenir cet objectif, ni même celui de contenir l'élévation de la température à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Ces engagements, s'ils sont intégralement tenus, mettraient au mieux le monde sur la trajectoire de +2,4°C en 2100 et, au rythme actuel des émissions, sur celle d'un catastrophique +2,8°C.

Collecte de lait: plusieurs entreprises suspectées de «pratiques anticoncurrentielles»

L’Autorité de la concurrence a réalisé des «opérations de visite et saisie inopinées» dans le secteur de «l’approvisionnement en lait de vache», indique-t-elle dans un communiqué le 18 novembre. Les entreprises visitées la veille – dont l’Autorité n’a pas communiqué les noms – sont «suspectées d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles». «À ce stade, ces interventions ne préjugent bien évidemment pas de la culpabilité des entreprises concernées par les pratiques présumées, que seule une instruction au fond permettra le cas échéant d'établir», précise l’Autorité. «Au moins quatre des plus grands collecteurs français font partie des entreprises concernées», affirme le Figaro (article payant), citant les groupes Lactalis, Savencia, Sodiaal et Eurial (Agrial), qui «pèsent plus de la moitié» de la collecte française. Sodiaal et Eurial ont confirmé à l'AFP avoir reçu la visite de l'Autorité. Selon le Figaro les pratiques en cause seraient liées à l’«optimisation logistique de la collecte». Particularité du secteur laitier, les laiteries peuvent collecter des éleveurs qui ne sont pas leurs fournisseurs et pratiquer des échanges de volumes entre concurrents afin d’optimiser leurs tournées. En 2020, quelque 411 établissements ont collecté 23,9 milliards de litres de lait (98% de la production), d’après le Cniel (interprofession laitière).

Influenza: «au moins plusieurs années» pour espérer éradiquer la maladie (Anses)

«Vu la situation actuelle de contamination de la faune sauvage, y compris autochtone, il faudra probablement plusieurs années pour espérer éradiquer l’influenza aviaire», indique Gilles Salvat, de l’Anses, dans un dossier paru dans Agra Presse Hebdo le 18 novembre. La France comptait déjà 63 foyers en élevages au 17 novembre, quand le premier cas de l’an dernier avait été observé le 27 novembre, signe d’une endémisation en cours de la maladie. Lors de l’épisode 2021-2022, huit sérotypes du virus avaient été observés. Un neuvième est ensuite apparu, qui s’est «adapté aux laridés» (goélands, mouettes, sternes), dont certains ne sont pas migrateurs, a précisé M. Salvat lors d’une table ronde organisée par l’Afja (journalistes agricoles) le 12 septembre. «Aujourd’hui, on est dans un cercle tout sauf vertueux, affirme celui qui est directeur général délégué au pôle Recherche et référence de l’Anses. Plus il y a d’élevages contaminés, plus l’environnement est contaminé, plus la faune sauvage l’est… et plus elle contamine les oiseaux domestiques.» Sans possibilité de vacciner les oiseaux sauvages, le seul espoir de contrer cet «effet boule de neige» est de réduire le niveau de contamination des élevages. Ce qui pourrait permettre de «casser les cycles de contamination» et que «l’immunité s’installe chez les oiseaux sauvages».

Fiscalité: le Sénat propose deux allègements supplémentaires au PLF 2023

Le Sénat dominé par l'opposition de droite a adopté, le 19 novembre deux amendements au projet de loi de finances (PLF) pour 2023 allégeant la fiscalité des exploitations agricoles. Le premier, déposé par le sénateur LR Laurent Duplomb vise à relever les seuils du passage du régime du micro-BA au régime réel simplifié (de 85 800 € à 100 000 € de recettes) et au-dessus duquel s’applique le régime réel normal (de 365 000 à 450 000 €), ainsi qu'à relever le seuil en dessous duquel s’appliquent les exonérations de plus-values en cas de cession (de 250 000 € à 350 000 €), dans chaque cas uniquement pour les entreprises exerçant une activité agricole. Le second vise les successions. Il allège a fiscalité des donations et successions lorsque l’un ou plusieurs héritiers souhaitent reprendre l’exploitation, et que les autres héritiers s’engagent à conserver les biens transmis et les laisser à la disposition des repreneurs pendant une longue durée (25 ans). Ces amendements ont été adoptés contre l'avis du gouvernement, lors de l'examen en première lecture. Le gouvernement pourra les faire disparaitre en utilisant l'article 49.3 de la Constitution à l'Assemblée nationale.

Foie gras: Charles III le bannit de ses résidences royales

Fini le foie gras à Buckingham: le roi Charles III a banni ce met des tables des résidences royales, selon une lettre du palais envoyée à l'association Peta. Charles, qui milite depuis longtemps pour la protection de la nature, une agriculture biologique et la lutte contre le changement climatique, serait un opposant de longue date au foie gras. «Merci pour votre lettre à propos des questions éthiques autour du foie gras», écrit le maître de la maison du roi à l'association Peta (People for the Ethical Treatment of Animals), dans un courrier dont l'AFP a obtenu copie vendredi. «Je peux confirmer que le foie gras n'est pas acheté par la maison royale ni servi dans les résidences royales et qu'il n'est pas prévu que cette politique change», poursuit Sir Tony Johnstone-Burt dans cette lettre datée du 10 novembre. Le palais de Buckingham n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.  Elizabeth II, décédée le 8 septembre, aurait elle aussi beaucoup apprécié le foie gras. Du foie gras de canard lui avait d'ailleurs été servi lors d'un dîner d'Etat à Paris en juin 2014, avec l'ancien président François Hollande. Pour remercier le roi, Peta lui a envoyé une boîte de "faux gras", servi dans le restaurant londonien du chef vegan Alexis Gauthier. Peta «encourage tout le monde à suivre l'exemple du roi et à ne pas manger de foie gras à Noël et après», écrit l'association dans un communiqué.

Vins: les enchères des Hospices de Beaune à de nouveaux sommets

La vente des vins des Hospices de Beaune, les plus anciennes enchères caritatives au monde, a une nouvelle fois franchi un record le 20 novembre, un fût emblématique réservé à la cause des enfants s'adjugeant 810.000 euros. Le fût de 228 litres (288 bouteilles) a été vendu 810.000 euros (sans les frais), battant d'un cheveu le précédent record établi l'an dernier, à 800.000 euros. L'émotion passée, les enchères ont repris avec ferveur, faisant se succéder les coups de marteau à une rapidité déconcertante. C'est que, cette année, le nombre de lots atteint des sommets. 802 pièces sont à prendre, non loin du plus-haut de 843 lots remontant à 2018. La récolte a en effet été abondante en 2022 en Bourgogne, les importantes pluies de juin ayant permis à la vigne de bien résister à la sécheresse estivale au point de former un millésime "exceptionnel". Le millésime 2021 avait en effet été amputé de moitié par un gel printanier dévastateur. Seuls 356 fûts avaient été proposés à la vente cette année-là, du jamais vu depuis 1977.  L'abondance de la récolte 2022 a déchaîné les prévisions de nouveaux records: après un nouveau plus-haut franchi pour la pièce des présidents, nombreux attendaient donc que le record absolu de la recette totale soit lui aussi franchi. Le précédent ne date que de 2018, avec 13,97 M EUR (sans les frais).

Lavande: vers une évolution de l’AOP huile essentielle de Haute-Provence

Une étude sur l’huile essentielle de lavande de Haute-Provence labellisée AOP, commandée par FranceAgriMer au cabinet de consultants Triesse Gressard et diffusée le 18 novembre, propose deux scénarios pour mieux valoriser le produit mis en difficulté par la concurrence bulgare. Le premier consiste à modifier le cahier des charges de l’AOP afin d’«augmenter les volumes disponibles en réponse au besoin de sécurisation des approvisionnements [et] de réduction des coûts». Pour cela, plusieurs pistes sont évoquées: «enlever le seuil du rendement de 25 kg/ha»; «simplifier les critères analytiques» afin d’avoir «moins de déclassement», et donc «plus de motivation des producteurs»; «élargir la zone de production»; ou encore basculer vers une AOP «Provence». Le deuxième scénario consiste à «transformer l’AOP en IGP» ou bien à créer, en plus de l’AOP, une IGP et un Label rouge. D'après l'étude, les producteurs privilégient le premier scénario et réfléchissent à deux variantes: une évolution «légère» du cahier des charges avec une commercialisation axée sur la vente directe; ou une évolution «lourde» du cahier des charges pour que l’AOP «représente 90% des volumes de lavande fine».

Circuits courts: Vinci Facilities veut développer un service d’agriculture urbaine

Vinci Facilities veut monter en compétences pour proposer à ses clients des services d’aménagement d’espaces d’agriculture urbaine, a expliqué David Ernest, le directeur «Développement et innovation» de la filiale du groupe Vinci dont la spécialité est d’assurer la maintenance de bâtiments d’entreprises. Une annonce faite lors d’une journée de conférence sur les circuits courts présentant les travaux du «Lab recherche environnement» de Vinci. Ce programme associe des membres opérationnels du groupe et des chercheurs de grandes écoles (Ponts, Mines, AgroParisTech). L’objectif pour Vinci Facilities est «d’être capable demain d’accompagner les clients depuis la conception et jusqu’à l’exploitation d’espaces vivants à haute valeur ajoutée écologique et sociale», développe David Ernest. À la demande de clients, la société a déjà travaillé sur deux projets, en partenariat avec la start-up d’agriculture urbaine Sous les fraises et le bureau d’étude spécialisé dans l’immobilier durable Greenaffair: l’aménagement de fermes urbaines sur les terrasses de la Caisse des dépôts et sur les espaces verts des laboratoires Servier à Saclay. Vinci Facilities souhaite désormais être plus «proactif» en développant ses expertises en interne (notamment en recherche), tout en s’appuyant sur des partenaires.

Étiquetage: des formulations plus claires pour inciter à jeter moins de nourriture (JO)

L’industrie agroalimentaire sera incitée à indiquer plus clairement aux consommateurs lorsqu’un aliment peut continuer à être mangé sans risque sanitaire, après un décret paru au Journal officiel le 18 novembre et repéré par l’AFP. La date de durabilité minimale (DDM, à ne pas confondre avec la DLC) pourra désormais être complétée par les mentions «pour une dégustation optimale», «ce produit peut être consommé après cette date», ou toute mention au sens «équivalent» pour le consommateur. Une mesure visant à éviter que les consommateurs ne jettent par exemple des épices au goût moins prononcé ou encore des biscuits plus secs qu’à leur sortie de l’usine qui restent pourtant comestibles. «Chaque année en France, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées, soit l’équivalent de 150 kg par habitant et par an», selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). TooGoodToGo, entreprise qui promeut l’anti-gaspillage alimentaire via une application, a «salué» l’ajout de cette «mention complémentaire volontaire sur les emballages pour sensibiliser les consommateurs aux dates de consommation», estimant que «20% du gaspillage alimentaire dans les foyers est dû à une mauvaise compréhension» des dates affichées. Ce décret est issu de la loi de 2020 relative à l’économie circulaire (Agec), prévoyant que les secteurs de la distribution alimentaire et de la restauration collective devront d’ici 2025 réduire le gaspillage alimentaire de 50% par rapport à 2015.

Engrais: dans l'Ouest, la centrale d'achat Fertireco vise 400 000 tonnes

Avec une clôture d’exercice à près de 300 000 tonnes d’engrais pour la campagne de 2021-2022, le réseau d’entreprises Fertireco, qui réalise des achats en commun de fertilisants, prévoit dans un communiqué de presse du 16 novembre l’achat de 400 000 tonnes d’engrais pour le compte de ses 52 membres (dont la grande majorité est également adhérente du réseau de distribution d'intrants Actura) dans le cadre de sa campagne actuelle. L'annonce de Fertireco intervient à la suite de son assemblée générale du 9 novembre, où a été dévoilée l’arrivée de quatre nouveaux négoces dans la structure, à savoir les sociétés Desfontaines, Jeudy, Lepicard et Rhéaxion. Avec ces dernières, la centrale d'achat de fertilisants précise avoir élargi les «contours de sa zone d’activité construite dans la moitié ouest de la France, désormais consolidée par la Normandie». Et d’ajouter que «cet élargissement du territoire s’accompagne également d’un renforcement aux accès portuaires nationaux, de Sète à Dunkerque jusqu’à Gand en Belgique». En France, les livraisons d'engrais ont représenté 8,5 millions de tonnes pour la campagne 2020/2021, selon les chiffres des fabricants (Unifa).

Pac 2023-2027: en Hauts-de-France, budget annuel à +16% pour le 2d pilier

Pour la période 2023-2027, la région Hauts-de-France gèrera un budget de 144,5 millions d’euros (M€) de Feader (2d pilier de la Pac), soit une enveloppe annuelle en hausse de 16% par rapport à 2014-2020. Cette somme regroupe la contribution de l’UE et du conseil régional. «Lors de la précédente programmation, nous étions moins bien lotis», a précisé la vice-présidente à l’Agriculture Marie-Sophie Lesne, sachant que 2021-2022 était une période de transition, surdotée via le plan de relance européen. Pour 2023-2027, la région Hauts-de-France a identifié quatre priorités: renouvellement des générations (+36% pour l’enveloppe de la DJA, dotation jeune agriculteur, à 31,7 M€); modernisation des exploitations; adaptation et lutte contre le réchauffement climatique; développement rural (programme Leader). Pour la programmation à venir, les régions ne gèreront plus que les aides non-surfaciques (investissement, DJA, etc.), l’État reprenant la main sur les aides calculées à l’hectare (ICHN, MAEC, bio, etc.). En 2014-2022, les aides non-surfaciques ont représenté en Hauts-de France 364 M€ pour plus de 8100 dossiers.