Budget de l’UE : les eurodéputés s’opposent au projet de « plans nationaux uniques »
Les eurodéputés de la commission parlementaire des Budgets (Combudg) ont adopté (23 voix pour, 9 contre, 2 abstentions) leur rapport d’initiative sur le prochain budget à long terme de l'UE. Ce rapport doit permettre de déterminer les priorités du Parlement européen en vue de la proposition de Bruxelles, attendue pour juillet. Concrètement, les membres de la Combudg s’opposent à l’idée d’une structure calquée sur le modèle d’un « plan national par État membre », mais aussi aux « méga-fonds » qui fusionnent des programmes existants, estimant qu’ils ne sont « pas adaptés à l’objectif visé ». Pour la Pac, ils demandent « un financement adéquat et prévisible ». Toutefois, il n'y a aucune mention de l'indexation sur l'inflation, au grand dam des organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca). Au niveau de l’élargissement, les enveloppes nationales ne devraient pas être affectées et le budget de l’UE devra prévoir des mesures appropriées de transition progressive. Parallèlement, ils appellent à relever le plafond de dépenses (actuellement de 1 % du revenu national brut), qui n’est, selon eux, « pas suffisant pour faire face à la multiplication des crises et des enjeux ». Pour être finalisé, le texte doit, à présent, être soumis à la plénière du Parlement européen, en mai.
Nitrates : Bruxelles assigne officiellement la France devant la CJUE
La Commission européenne confirme, dans une communication publiée au Journal officiel le 22 avril, avoir introduit le 21 février un recours contre la France pour non-respect de la concentration maximale de nitrates fixée dans la directive sur l’eau potable. La Commission européenne avait déjà annoncé, en juillet 2024, sa décision de saisir la Cour de justice de l’UE dans cette affaire. Bruxelles estime que les autorités françaises n’ont pas pris « le plus rapidement possible des mesures correctives pour rétablir la qualité des eaux destinées à la consommation humaine en ce qui concerne ces 107 unités de distribution d’eau potable ». Les zones concernées sont situées en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts-de-France, Île-de-France, Occitanie et Pays de la Loire. La Commission européenne souligne également que, « en n’ayant pas restreint l’utilisation des eaux destinées à la consommation humaine dépassant de façon persistante la valeur maximale fixée pour les nitrates ou en n’ayant pas pris toute autre mesure nécessaire pour protéger la santé des personnes, la République française a manqué aux obligations qui lui incombent ».
PPL Entraves/pesticides : les Français seraient en désaccord avec le texte (sondage)
Alors que la proposition de loi visant à lever les contraintes au métier d'agriculteur (PPL Entraves) a été adoptée au Sénat fin janvier, et que l’Assemblée nationale pourrait l’examiner fin mai, l’association Générations futures a confié un sondage à l’Ifop pour connaître l'avis des Français sur les mesures du texte visant les pesticides. « 83% des personnes ayant exprimé un avis (64 % du panel) » sont pour « un maintien de l’interdiction des néonicotinoïdes » (la PPL prévoit notamment la possibilité de réautoriser l'acétamipride pour les filières « dans l’impasse »). « 66% des personnes ayant exprimé un avis (53% du panel) » sont pour « un maintien des compétences de l’Anses » en matière d’autorisation des pesticides, et pour ne pas les lui enlever « au profit du ministère de l’Agriculture ». Pour rappel, un avis de la Conférence nationale de santé du 24 mars 2025 estime que l’article 2 de la PPL « remet en cause [le] principe » d’une « séparation rigoureuse entre l’évaluation et la gestion du risque » et « menace l’indépendance de l’évaluation scientifique ». Par ailleurs, alors que la LOA, promulguée en mars, a entériné le principe « pas d’interdiction sans solution » (article 1), les sondeurs ont demandé si, sans alternatives « économiquement viables », « les pesticides, même dangereux » devraient être interdits : la réponse est oui pour « 78% des personnes ayant exprimé un avis (72 % du panel) ».
Vin/polluants éternels : de plus en plus de TFA dans les vins européens (ONG)
Les vins européens présentent une « augmentation spectaculaire des concentrations de TFA (acide trifluoroacétique) » depuis 2010, alerte le réseau européen contre les pesticides (PAN Europe) dans une étude publiée le 23 avril. Le TFA est un polluant éternel issu de la décomposition de PFAS. Selon l’analyse de PAN Europe, sur une cinquantaine de vins provenant de dix pays de l'UE (dont la France, l'Italie, l'Espagne et l'Autriche), du TFA a été détecté dans tous les vins récents, alors que cette molécule n’était pas présente dans ceux récoltés avant 1988. Après une légère hausse des concentrations moyennes détectées sur des échantillons de bouteilles entre 1988 et 2010 (de 13 µg/l à 21 µg/l), la contamination a fortement augmenté pour les millésimes entre 2010 à 2015, pour s'établir à 40 µg/l. PAN Europe souligne que les vins se situant dans la moitié supérieure de la fourchette de concentration en TFA présentaient, en moyenne, une charge en pesticides deux fois supérieure à celle des vins se situant dans la moitié inférieure. Au total, 18 pesticides étaient détectables dans toutes les bouteilles, dont deux fongicides PFAS, le fluopyram et le fluopicolide. Quatre vins biologiques sur cinq analysés étaient exempts de résidus de pesticides détectables, mais tous contenaient du TFA. PAN Europe demande donc que les substances qui libèrent des TFA, y compris certains pesticides, « soient retirées du marché sans délai ».
Fruits et légumes/francisation : Genevard va assister à un contrôle des Fraudes en GMS
Les ministres Annie Genevard (Agriculture) et Véronique Louwagie (Commerce) iront dans un E.Leclerc à Osny (Val-d’Oise) assister à un contrôle de l’origine des fruits et légumes par la DGCCRF (Fraudes), le 24 avril dès 9h, prévient un communiqué. Symboliquement, il s’agit de montrer une « pleine mobilisation » pour la « souveraineté alimentaire », qui inclut la lutte « contre les pratiques trompeuses de " francisation " » (des produits étrangers présentés comme français). Des fraudes qui « portent atteinte à la confiance des consommateurs » et « pénalisent les agriculteurs français » Étiquetage non-conforme, marquage trompeur, non-respect des règles de traçabilité ou de facturation, etc. Une enquête de la DGCCRF de 2020 soulignait que, « en matière de fruits et légumes ou de champignons », « la francisation est répandue dans le cadre particulier d’entreprises de production et de commercialisation lorsqu’elles sont détenues par le même gérant ». En commerce de gros, « certains produits se prêtent moins que les autres à la fraude » ; « contrairement au kiwi par exemple, certains produits ont une durée de vie très courte et leurs spécificités » (fragilité, marketing…) laissent moins de marge de manœuvre « pour manipuler librement les colis et modifier les emballages ». Sur LinkedIn, le BIK (interprofession du kiwi) a justement récemment fait le point sur sa lutte contre la francisation.
Porc : l’interprofession espagnole salue le nouveau protocole d’export avec la Chine
Le nouveau protocole d’exportation de viandes porcines vers la Chine, signé par l’Espagne, pour cinq ans renouvelables, promet des marchés plus valorisants, selon l’interprofession espagnole du porc blanc, Interporc. Le 11 avril, jour de l’annonce de ce protocole par le ministère de l’Agriculture, Interporc a salué dans un communiqué ce « nouveau cadre [qui] permettra d’élargir la liste des produits autorisés à exporter depuis l’Espagne, comme les estomacs, qui ont une forte demande parmi les consommateurs chinois, ainsi que d’augmenter les ventes de produits déjà présents, tels que les jambons à forte valeur ajoutée ». En 2024, souligne le communiqué, les exportations de produits porcins vers ce pays ont atteint 540 000 tonnes, pour une valeur de plus de 1,097 Md€, soit « près de 20 % du volume total des exportations du secteur et 12,5 % de la valeur de ses ventes à l’étranger ». Ce protocole sino-espagnol est signé dans un contexte commercial mouvant. En effet, la Chine vient d’imposer des droits d’entrée de 131 % sur les viandes et abats de porc des États-Unis, et elle avait lancé en juin 2024 une enquête antidumping d’un an sur le porc de l’Union européenne, en réponse à la taxation par l'UE des batteries et véhicules électriques en provenance de Chine.
Viandes : en Espagne, pas plus de trois portions par semaine pour les scolaires (gouvernement)
Par un décret royal daté du 15 avril, le gouvernement espagnol impose à tout établissement de restauration scolaire ou éducatif un maximum de trois portions de viandes au cours d’une semaine (dont une seule portion de viande rouge), ainsi qu'un maximum de deux portions de viande transformée en un mois. L’association des industries des viandes, l’Anica, met en cause la justification nutritionnelle de ce décret dans un communiqué du 16 avril. « Le gouvernement ignore l’évidence scientifique », accuse-t-elle, en relevant que celui-ci privera les enfants et adolescents des nutriments essentiels des viandes et les soumettra à un excédent d’amidon. L’Anica déplore « un message biaisé et négatif sur la viande (…) qui peut affecter à la fois la perception publique et la qualité nutritionnelle de l’alimentation des enfants ». En limitant les viandes servies au cours d’une semaine, le décret fait la part belle aux salades (3 à 4 rations), aux préparations apportant des protéines végétales (1 à 5 rations) et au poisson (1 à 3 rations). En dessert, le texte limite aussi tout ce qui n’est pas fruit à une portion par semaine (de préférence de produits laitiers sans sucre).
États-Unis : Trump verse 340 M$ aux agriculteurs touchés par les catastrophes naturelles
En visite dans le Dakota du Nord le 22 avril, la secrétaire à l’Agriculture des États-Unis Brooke Rollins a annoncé la mise en place d’une aide pour un montant de 340,6 millions de dollars (M$), destinée aux agriculteurs touchés par les catastrophes naturelles afin de les aider à la reconstruction. Cela correspond à un total de 84 catastrophes déclarées dans 31 États et territoires américains, rapporte l’USDA (ministère). Cette aide sera fournie par l'intermédiaire du Fonds d'aide aux catastrophes de l'USDA. « L'USDA tient aujourd'hui la promesse du président et s'assure que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir les efforts des États et des collectivités locales pour reconstruire ces communautés afin qu'elles soient encore plus fortes qu'avant », a déclaré Brooke Rollins. Par ailleurs, la secrétaire à l’Agriculture a également précisé que ses services débloqueront 25 M$ d'aide pour la Caroline du Nord et 18 M$ pour le Tennessee, deux États américains touchés par différents ouragans depuis 2022.
Mayotte : Bruxelles autorise des flexibilités au Posei pour soutenir la production agricole locale
Afin de permettre à Mayotte de faire face aux conséquences du cyclone Chido qui a frappé l’île fin 2024, la Commission européenne a adopté le 23 avril un règlement permettant de fournir rapidement un soutien exceptionnel et efficace pour les régions ultrapériphériques touchées par des catastrophes naturelles. Les États membres vont pouvoir soumettre une proposition de modification de leur programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (Posei) en appliquant le principe de force majeure ou de circonstances exceptionnelles, afin « de permettre aux bénéficiaires concernés de continuer à bénéficier de soutien pendant toute la période de reconstitution ». Le producteurs vont pouvoir bénéficier de mesures d’aide à la production agricole, à la transformation ou à la vente locale « quel que soit leur niveau d'activité pendant toute la période de rétablissement, mais sous réserve d'un engagement formel de rétablir leur capacité de production ».
Chambres d’agriculture : en Guadeloupe, le Modef fait appel de l’annulation de l’élection
Alors que la justice a annulé fin mars l’élection de la chambre d’agriculture de Guadeloupe, le Modef, à la tête de l’organisation, a indiqué le 23 avril avoir fait appel de la décision. « La procédure est en cours », a relevé Sophie Bezeau, la directrice nationale du syndicat, lors d’une conférence de presse. Le 25 mars, le tribunal administratif de Guadeloupe a annulé le scrutin du collège 1 (chefs d’exploitation) – remporté par le Modef 971, avec 30,76 % des voix – en raison d’erreurs dans les libellés des listes sur la plateforme de vote électronique. La liste de la FDSEA (dissidente, 8,33 % des voix) « était incorrectement libellée " FNSEA " alors même qu’elle n’était pas soutenue par cette fédération nationale », note le tribunal. De son côté, la liste « JA et FNSEA » (25,14 %) « était incorrectement libellée " JA " ». La préfecture a publié le 22 janvier, « soit sept jours après l’ouverture du scrutin », un communiqué de presse corrigeant l’erreur, mais « 436 votes électroniques avaient déjà été exprimés à cette date ». Vu le « faible écart des voix » entre les listes Modef 971 et JA-FNSEA, les juges ont annulé l’élection. La préfecture doit organiser un nouveau scrutin.
Modef : le réchauffement climatique sera au cœur des débats du congrès
Les 24 et 25 avril, le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) tient son 20e congrès national à Sauclières (Aveyron), un événement où sera largement abordée la question du réchauffement climatique, selon le programme présenté à la presse le 23 avril. Outre les traditionnels ateliers thématiques, le syndicat historiquement proche du parti communiste reçoit le docteur en agroclimatologie Serge Zaka, ainsi que Corentin Leroux, « rapporteur pour le Shit Project ». « Le changement climatique oblige les agriculteurs à changer leur mode de pensée et leur manière de travailler », résume le coprésident Pierre Thomas, dont c’est le dernier congrès à ce poste. Pour lui, le sujet du réchauffement est lié à celui de « la place de l’agriculture dans la société », qui sera aussi débattu. Au-delà de cette tonalité plus sociétale et environnementale, le Modef n’abandonne pas sa revendication historique du revenu agricole et d’une remise à plat de la Pac. L’événement sera aussi l’occasion de faire le bilan des élections chambres, où le Modef a obtenu 1,48 % des voix. Un score stable qui a « déçu » le coprésident Frédéric Mazer. Le 24 avril, le syndicat élira son comité directeur pour les trois ans à venir , avant l’élection du bureau national, le 21 mai à Neuvic (Corrèze).
Blé : Océalia propose des baguettes responsables et locales dans les magasins U
Le 17 avril, le groupe coopératif Océalia (932 M€ de CA, 930 000 t de collecte, 7 000 adhérents) a signé un contrat tripartite avec les magasins U et le moulin Bellot Minoteries (Deux-Sèvres) pour « la production et la commercialisation d’une baguette régionale 100 % locale ». Les 500 tonnes de blé utilisées pour produire deux millions de baguettes proviennent de six exploitations adhérentes d’Océalia, engagées dans la démarche « Sillon Responsable » du groupe. Lancée en 2021, elle vise à valoriser les pratiques agroécologiques des agriculteurs sans oublier la performance économique de leurs exploitations. Ces baguettes seront proposées sous deux déclinaisons : la baguette « Poitou-Charentes » dans les magasins U de Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne ; et la baguette Nouvelle-Aquitaine en Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Corrèze, Creuse et Haute-Vienne. Ce partenariat, acté pour trois ans, garantit une traçabilité totale des blés, une juste rémunération des producteurs et des actions pour préserver la qualité de la ressource en eau ; Océalia travaillant par ailleurs ce dossier avec Eau 17 et l’EPTB (Etablissement public territorial de bassin) de Charente. (Anne Gilet)
Machinisme : le constructeur vendéen Carré placé en redressement judiciaire
Le fabricant de machines agricoles Carré a annoncé le 23 avril son placement en redressement judiciaire. Jugement du tribunal de commerce de La-Roche-sur-Yon (Vendée), l’enclenchement de la procédure « intervient dans un contexte économique difficile », selon un communiqué de presse. Carré est, « depuis plusieurs mois », confronté à « des défis économiques importants qui ont affecté sa trésorerie et sa capacité à honorer ses engagements financiers ». Le syndicat Axema avait fait état, le 13 novembre, de carnets de commandes « au plus bas depuis 2010 » chez les industriels. Basé à Saint-Martin-des-Noyers, le constructeur vendéen est spécialisé dans les outils de préparation du sol (déchaumeurs, vibroculteurs, etc.), de semis et fertilisation, d’entretien des cultures (bineuses, herses, houes rotatives, etc.). Carré bénéficie, depuis 2016, d’une procédure de sauvegarde. Son chiffre d’affaires a atteint 19,1 millions d’euros en 2023. L’entreprise emploie 105 personnes, indique-t-elle sur son site internet.
Déforestation : pour se nourrir, l'Indonésie va massivement sacrifier ses forêts
Pour ne plus dépendre des importations de riz et nourrir ses 280 millions d'habitants, l'Indonésie a lancé un vaste projet visant à l'autosuffisance alimentaire qui, en Papouasie indonésienne (sur l’île de Nouvelle-Guinée) risque de se traduire, selon des ONG, par la plus grande déforestation au monde. L'ampleur réelle du projet est difficile à déterminer et même les déclarations du gouvernement sur sa taille varient. Au minimum, l'objectif est de planter plusieurs millions d'hectares de riz et de canne à sucre dans la région de Merauke. Menaçant des espèces en danger ainsi que les engagements climatiques de Jakarta, le projet risque aussi d'accentuer les violations des droits humains dans une région en proie à des troubles et à des abus militaires présumés, sur fond d'insurrection séparatiste. La déforestation est déjà en cours, avec plus de 11 000 ha défrichés. « La tragédie de ce projet, c'est que l'Indonésie a fait beaucoup de progrès pour briser le lien entre l'expansion agricole et la déforestation », indique à l’AFP Glenn Hurowitz, responsable du groupe Mighty Earth, « malheureusement, ce projet à lui seul menace de compromettre tous les progrès ». L’archipel présente l'un des taux de déforestation les plus élevés au monde et, dans le même temps, la Papouasie conserve certaines des plus grandes étendues encore intactes.