La Commission européenne dévoile son plan pour la sécurité alimentaire
La Commission européenne a présenté, comme attendu, le 23 mars un ensemble de mesures pour répondre aux questions de sécurité alimentaires posées par l’invasion russe de l’Ukraine. Le dispositif se divise en trois grandes parties: des mesures pour soutenir directement l’Ukraine ainsi que pour agir au niveau international, des actions de court terme sur le secteur agricole de l’UE afin de limiter la hausse des prix et enfin des actions de plus long terme notamment pour réduire la dépendance du secteur agricole vis-à-vis des engrais. Un programme d'aide d'urgence de l'UE de 330 millions d'euros en faveur de l'Ukraine est débloqué notamment pour garantir que les intrants (carburants et semences surtout) parviennent aux exploitations ukrainiennes. Dans l’UE, un paquet de mesures est adopté qui devrait être financé en partie par les fonds de la réserve de crise agricole: 500 millions d’euros d’aides réparties entre les Etats membres (89 Mio pour la France, 64 pour l’Espagne, 45 pour la Pologne…), un soutien au stockage privé de viande porcine (entre 2 et 5 mois), la possibilité d’utiliser les jachères (environ 4,5 Mio ha dans l’UE) pour n’importe quelles cultures, des avances sur les paiements de la Pac, un nouveau cadre facilitant l’octroi d’aides d’Etat, et une tolérance sur les limites maximale de résidus pour faciliter l’importation d’alimentation animale.
« Les aides d'urgence sont insuffisantes » (ministre de l'agriculture polonais)
Dans un entretien accordé à Agra presse le 23 mars, le ministre polonais de l'agriculture, Henryk Kowalczyk, fait le point sur la situation «extraordinaire» et les «conséquences très variées» que la guerre en Ukraine a induites sur les filières alimentaires polonaises. Le gouvernement aurait déjà consacré «environ 3 à 4 milliards d’euros» pour accueillir les réfugiés ukrainiens, environ 2 millions depuis le début de la guerre. Pour faire face à l'inflation, Varsovie a supprimé la TVA «pour l’alimentation, les engrais et les combustibles» et mis en place «une allocation aux familles pauvres.» Face à cela, les mesures d'urgence annoncées par Bruxelles en matière d'agriculture semblent «insuffisantes» au ministre de l'agriculture polonais: «puisque ces fonds sont trop modestes pour les distribuer directement aux agriculteurs, nous allons les utiliser pour atténuer les perturbations sur le marché des fruits, notamment de la pomme qui est notre principal problème du fait de l’embargo sur les exportations imposé par la Russie et la Biélorussie.» En pomme, 1,5 million de tonnes ne seront pas exportées vers la Russie et la Biélorussie du fait de l'interruption des échanges, annonce le ministre.
La remise en route des ports céréaliers ukrainiens sera «compliquée» (Intercéréales)
Les ports maritimes ukrainiens, essentiels pour l’exportation de grains, mettront «du temps avant leur remise en marche», a estimé le 23 mars Jean-François Lépy, d.g. de Soufflet Négoce (InVivo). «Il ne faudra pas compter sur les ports maritimes ukrainiens pendant une bonne partie de la campagne 2022-23», a-t-il déclaré lors d’une conférence d’Intercéréales (interprofession). Des propos en contradiction avec ceux du ministre ukrainien de l’Agriculture Roman Leshchenko, pour qui les infrastructures maritimes seraient capables de reprendre en «une semaine», d’après une interview pour Agra Presse le 11 mars. «Ce n’est pas vrai, il faudra des mois et des mois», a affirmé Jean-François Lépy. Et pour cause, «les ports sont minés ou ont été entravés» afin d’empêcher toute circulation. Le chenal du Dniepr est lui aussi miné. Résultat, «la remise en route des installations va être assez compliquée». «On a appris hier (le 22 mars, NDLR) que le silo de Bunge à Mykolaiv a été bombardé et que les outils de chargement ont explosé», a-t-il ajouté. L’Ukraine, quatrième exportateur mondial de maïs, numéro un en huile de tournesol, dispose encore de 7 Mt de blé, 15 Mt de maïs, 600 000 t d’orge, 1 à 1,5 Mt d’oléagineux à exporter sur 2021-22, d’après ses chiffres.
Les chasseurs inquiets par l'objectif affiché de « produire plus » en UE
En marge du congrès de la FNC (chasseurs) le 22 mars, plusieurs voix parmi les chasseurs se sont inquiétées de l’appel du président de la République et du syndicalisme majoritaire à «produire plus», redoutant ses conséquences sur les aménagements favorables au gibier. Parmi les principales craintes des chasseurs : la mise en culture et l’autorisation des traitements sur les jachères, ainsi que l'assouplissement des objectifs de la Farm to fork, notamment en matière d’infrastructures agroécologiques. «En remettant en cause les jachères, le produire plus pourrait représenter beaucoup de dangers», observe Thierry Coste, conseiller politique des chasseurs. «Tous les efforts des fédérations de chasse au niveau local pourraient être balayés», abonde Karine Saint-Hilaire, présidente de la FNC Occitanie. L’enjeu du «produire plus», souligne Thierry Coste, rappelle que «les relations entre les chasseurs et les agriculteurs ou les forestiers ont parfois été plus tendues qu’avec les ONG». Des frictions qui pourraient être apaisées selon la FNC par la création d’un grand ministère réunissant ruralité, agriculture, chasse et biodiversité.
Greenpeace veut réduire l'utilisation de céréales par l'élevage en UE
Dans un communiqué du 23 mars, Greenpeace demande aux instances européennes et aux États membres «de réduire immédiatement la production industrielle de viande, d’œufs et de produits laitiers de manière à diminuer de 8% l’utilisation des céréales». Une proposition similaire à celle soutenue par 500 chercheurs dans une tribune publiée le 18 mars. D’après les calculs de l’ONG, 162,5 millions de tonnes de céréales de toutes sortes seraient actuellement utilisées pour l’alimentation des animaux d’élevage. Une réduction de 8% de ce volume permettrait alors «rendre 13 millions de tonnes de blé disponibles», et de compenser la perte de production attendue en Ukraine. Cette proposition, détaille Greenpeace, permettrait d’éviter «d’assouplir les protections environnementales de la Pac», comme souhaité par certains États membres dont la France. En conférence de presse le 23 mars, Christiane Lambert s’est «inscrite en faux vis-à-vis de penseurs qui disent qu’il faut manger 25% de viande en moins», évoquant de «nouveaux ayatollah» qui voudraient «dicter ce que l’on mange». Questionné sur le fait que les signataires sont des scientifiques, la présidente de la FNSEA a explique que «l’Inrae est une grande institution où l’on peut trouver le chercheur que l’on veut», évoquant l’existence de «chercheurs militants».
La filière laitière ne veut pas passer à côté du Plan de résilience
Dans le cadre du Plan de résilience, l’interprofession laitière (Cniel) demande, par la voix de son président Thierry Roquefeuil, à bénéficier de l’enveloppe dédiée à l’alimentation du bétail (400 M€) «au prorata» du poids de la filière dans la consommation totale d’aliments, soit à hauteur de 24%, a-t-il déclaré à Agra Presse, le 23 mars. «93% de l’alimentation est produite sur nos exploitations. Si le Plan de résilience est orienté sur l’aliment acheté, il y a un risque qu’on passe à côté de l’enveloppe», alerte Thierry Roquefeuil, également président de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA). «Nous avons besoin d’énergie et d’engrais pour produire nos aliments», argumente-il en rappelant que les prix de ces intrants ont fortement augmenté ces derniers mois et que la guerre en Ukraine «amplifie le problème». Le risque, anticipe l’interprofession, est de voir les éleveurs se tourner vers des productions plus rémunératrices comme les céréales, dont les cours explosent. «Les producteurs pourraient être tentés de décapitaliser», signale le président du Cniel. D'autant que les prix de la viande de vache de réforme ont augmenté de «40%». Pour éviter l'aggravation du déclin du cheptel laitier (-1,8% en 2021), le Cniel demande que des «signaux» soient «rapidement» envoyés aux producteurs sur le prix du lait par la filière et les pouvoirs publics.