Agrafil du 26 mars 2024

hero

UE/Canada: le Ceta «pourrait» s’appliquer même si l’Assemblée le rejette, assure Hayer

Après le rejet du projet de loi de ratification du Ceta au Sénat, le 21 mars, la tête de liste Renaissance aux élections européennes Valérie Hayer a déclaré, le 25 mars sur France info, que le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada – en application provisoire depuis 2017 – «pourrait» continuer à fonctionner même si l'Assemblée nationale venait, elle aussi, à le rejeter. «Ce sera la décision du gouvernement de voir quelle position sera prise», si l'Assemblée le rejetait, après l’avoir approuvé en 2019, ajoute Valérie Hayer. En effet, un rejet ne remettrait pas en cause son application provisoire, à moins que le gouvernement français ne notifie à Bruxelles la non-ratification. La tête de liste se dit «convaincue» que cet accord est «bon pour nos agriculteurs». «Nous avons du travail à faire pour répondre aux interrogations soulevées pendant les débats» au Sénat, a néanmoins reconnu le ministre délégué en charge du commerce extérieur Franck Riester, en ouverture de la Semaine de l’export à Bercy. Il affirme vouloir «donner des informations sur la mise en œuvre partielle de cet accord» et «mesurer les conséquences de cet accord sur notre économie». Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a, quant à lui, invité à «faire attention à la façon dont on s’exprime, le Canada n’est pas notre adversaire, c’est notre partenaire». L'accord UE/Canada est notamment décrié par les filières animales.

Sainte-Soline: Bassines non merci va porter plainte contre Darmanin pour «faux témoignage»

Le collectif Bassines non merci (BNM) a annoncé le 24 mars vouloir déposer «une saisine collective devant la Cour de justice de la République pour faux témoignage» à l’encontre de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Il l’accuse notamment d’avoir «sciemment menti sous serment», en octobre 2023, devant la commission d’enquête parlementaire à propos de la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) en mars 2023. Plus précisément, BNM conteste la chronologie des affrontements présentée par M. Darmanin lors de son audition à l‘Assemblée nationale. Pour rappel, de violents affrontements avaient éclaté entre gendarmes et opposants aux «bassines», ces retenues d’eau dédiées à l’irrigation agricole. Ils avaient fait de nombreux blessés, dont deux manifestants tombés dans le coma. Dans un rapport publié en juillet 2023, la Ligue des droits de l’homme avait dénoncé un «usage disproportionné» des armes (grenades lacrymogènes, LBD) par les forces de l’ordre. La commission parlementaire avait quant à elle conclu à la «responsabilité écrasante» des trois mouvements qui avaient appelé à manifester à Sainte-Soline, en dépit de l'interdiction préfectorale. Mi-janvier, après un procès houleux, le tribunal de Niort a condamné trois militants à des peines de prison avec sursis. Ils ont fait appel.

Pesticides/impasses: première réunion programmatique et technique le 29 mars

La première réunion technique du chantier sur les impasses liées aux molécules déjà interdites en France se tiendra le 29 mars, a appris Agra Presse auprès du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. Deux grands points sont à l’ordre du jour: «Établir une méthode et un programme de travail» et «démarrer les travaux sur les filières choux et poireaux». Sont invités à cette réunion les «représentants techniques» des participants à la réunion de lancement du 15 mars (Anses, Inrae, Acta, Chambres d’agriculture France, représentants des professions agricoles, administrations...), ainsi que les filières poireaux et choux, car inscrites à l’ordre du jour. Comme annoncé, ces réunions techniques auront une fréquence hebdomadaire. Leur avancement sera remonté au «comité des solutions» présidé par la ministre déléguée «sur une base mensuelle». Les travaux de ce cycle de travail visent à «objectiver» les distorsions de concurrence avec le reste de l’Europe et à trouver des solutions pour y remédier à «court terme» (reconnaissance mutuelle ou extension d’usages d’AMM, dérogations, alternatives agronomiques).

Porc: le cheptel européen se stabilise en 2023 après deux ans de chute (Eurostat)

La dernière enquête d’Eurostat sur le cheptel porcin européen, menée en décembre 2023, fait apparaître une stabilisation du cheptel à 133,6 millions de têtes (-0,6% par rapport à 2022). Après deux années de chute, «la décapitalisation massive des élevages semble avoir pris fin pour bon nombre de pays», analyse le CDPQ (Centre de développement du porc du Québec). Signe annonciateur d’un rebond de la production, les effectifs de truies progressent de 1,6%. Une hausse particulièrement marquée en Espagne, premier producteur européen (+5,4%), qui renouvelle son cheptel reproducteur après d’importants problèmes sanitaires. D’autres producteurs majeurs ne sont pas en reste, comme le Danemark (+1,3%), les Pays-Bas (+3%), ou encore la Pologne (+11,9%). En revanche, en France, le cheptel de truies continue de reculer (-2%), de même que les effectifs porcins totaux (-3,2%, à 11,8 millions de têtes). Toutes catégories d’animaux confondues, les effectifs européens reculent depuis 2020, alors qu’ils évoluaient entre 140 et 145 millions de porcs. La production s’est également effondrée sous les effets conjugués de la PPA en Allemagne, de la flambée de l’alimentation animale (guerre en Ukraine) et de la baisse des importations chinoises.

PLOA: le réseau Le Lierre veut un rôle accru des Safer dans la transition agroécologique

Le réseau écologiste Le Lierre (hauts fonctionnaires, cadres de la fonction publique) appelle à «réviser la gouvernance du foncier afin de faciliter l'accès aux terres pour les projets agroécologiques», dans une note à paraître le 27 mars. En vue du PLOA (projet de loi d’orientation agricole), 30 propositions y sont émises. «Les Safer doivent devenir des actrices majeures de la transition agroécologique, ce qui nécessite d’étendre leur contrôle à toutes formes de cessions de parts, de décorréler leur financement des opérations immobilières qu’elles réalisent et de rendre plus transparentes leurs décisions, d’après le réseau. Il faut également en équilibrer la gouvernance entre professions agricoles, pouvoirs publics et société civile.» Le Lierre souhaite voir modifier les orientations des Safer pour ériger l’installation de porteurs de projets agroécologiques comme priorité numéro un. D’autres propositions visent à adapter les outils de gestion du foncier, notamment le fermage. Pour encourager le passage en bail rural à clauses environnementales, le Lierre réclame des incitations fiscales. Il souhaite une concertation en vue de conditionner l’attribution de certaines autorisations d’exploiter à de futures pratiques agroécologiques.

Bio: le guichet des aides de crise ouvert jusqu’au 19 avril

Le guichet de dépôt des demandes d’aide à l’agriculture biologique a ouvert le 25 mars, a annoncé le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le même jour. La demande d’aide doit être déposée sur la plateforme de téléservice de FranceAgriMer d’ici le 19 avril à 14h (heure de la métropole). L’enveloppe totale s’élève à 90 millions d’euros (M€) comme annoncé le 28 février par Marc Fesneau au Salon de l’agriculture. Comme indiqué alors, l’indemnisation porte sur la période du 1er juin 2023 au 31 mai 2024. Pour en bénéficier, les exploitants doivent avoir la totalité de leur production certifiée bio ou en conversion, ou avoir plus de 85% de leur chiffre d’affaires issus de l’agriculture biologique, précise un communiqué du ministère. Ils doivent avoir subi une perte d’EBE ou de chiffres d’affaires d’au moins 20% par rapport à la période 2018-2020. L’aide compensera jusqu’à 50% des pertes, pour un montant minimum de 1000 €, et plafonné à 30 000 € par entreprise (40 000 € pour les jeunes agriculteurs et nouveaux installés). Un «coefficient stabilisateur linéaire» pourra être appliqué si les demandes dépassent l’enveloppe totale. Une décision de FranceAgriMer précise quels départements viticoles ne sont pas éligibles, car bénéficiant déjà des aides d’urgence viticole (enveloppe de 80 M€).

Lait: les vaches pourraient être nourries avec des coproduits du chanvre à CBD (étude)

Selon une étude américaine publiée dans le Journal of Dairy Science, la biomasse issue du traitement du chanvre à CBD peut être utilisée dans la ration des vaches laitières sans conséquence sur la santé et la productivité des animaux, «même avec un niveau relativement haut de cannabinoïdes». Les chercheurs ont observé une diminution de la ration consommée, probablement liée à la forte odeur dégagée par les aliments à base de chanvre. Mais, selon eux, cela n’aurait pas de conséquence sur la production laitière. À noter que les effets de l’introduction de ces aliments dans la ration des vaches laitières ne fait pas consensus dans le milieu de la recherche. Une étude de l’Institut d’évaluation des risques allemand (BfR) avait démontré en 2022 qu’une concentration élevée de cannabinoïdes avait des effets sur le comportement et la santé des bovins (endormissement, troubles de l’équilibre, moins d’appétit et de production de lait). De plus, même à faible dose, l’introduction de chanvre dans l’alimentation des animaux laisserait des traces de cannabinoïdes dans le lait, dont du THC, une substance psychotrope. En France, les coproduits du chanvre à CBD ne sont utilisés que pour des débouchés textiles. Néanmoins, le seuil de THC autorisé dans l’alimentation animale est encadré au niveau européen.

Jaunisse de la betterave: la CGB demande à utiliser des molécules autorisées ailleurs dans l'UE

Alors que l’Institut technique de la betterave (ITB) a alerté, le 19 mars, d’un «risque élevé» de jaunisse pour 2024, la CGB (betteraviers, FNSEA) demande au gouvernement l’autorisation de «plusieurs molécules efficaces contre les pucerons», permises par la réglementation européenne mais interdites en France, rapporte un communiqué du 25 mars. «Les betteraviers français s’insurgent contre cette distorsion de concurrence qui sape leur compétitivité et les met en risque», précise la CGB. Et de préciser que le Premier ministre Gabriel Attal a souligné en février qu’il fallait «éviter qu’un produit phytosanitaire soit interdit en France avant le reste de l’Union européenne». Dans un article, l’ITB recommande la mise en place de mesures préventives, et appelle à une surveillance renforcée des parcelles de betteraves pour déclencher des traitements, si la situation l’exige. Or, les molécules utilisables en France «ont montré leurs limites en 2020», estime la CGB, qui rappelle que les «ravages de la jaunisse» avaient alors entraîné «une perte de 30% de la production nationale». Pour rappel, l’arrêt rendu le 19 janvier 2023 par la Cour de justice européenne a sonné, dans toute l’Europe, la fin des dérogations d’urgence accordées aux semences enrobées de néonicotinoïdes. Mais l'acétamipride, par exemple, continue d'être autorisée par l’UE, en usage foliaire.

Fertilisation: depuis 2012, la teneur en phosphore des sols français s’est dégradée

Entre 2012 et 2020, la teneur en phosphore des sols s’est dégradée en France, rapporte une étude menée par Blandine Lemercier, ingénieure de recherche en science du sol pour l'Institut Agro Rennes-Angers, et relayée par nos confrères de Réussir Grandes cultures. Pour la période de référence de l’étude, 24% de la surface agricole utile (SAU) présentaient ainsi «une fertilité faible en phosphore», contre 13% pour la période 2003-2011. Or, une telle dégradation risque d’entraîner des pertes de potentiel de rendement pour les cultures les plus exigeantes en cet élément nutritif (betterave sucrière, colza, luzerne, pomme de terre), prévient l’étude. À noter que la situation présente une hétérogénéité en fonction des régions. La Bretagne est ainsi largement excédentaire en phosphore, en raison de l’épandage d’effluents organiques. L’Alsace et le Nord-Pas-de-Calais présentent également des sols excédentaires en phosphore, résultant d’une présence de scories issues de la sidérurgie. Dans d’autres régions, où les sols sont cultivés «de façon intensive», le coût élevé des engrais incite au contraire à raisonner les apports, avec des conséquences sur la fertilisation du sol en phosphore. À l’échelle nationale, l’utilisation d’engrais phosphatés a chuté de près de 80%, selon une enquête SSP-Unifa sur les livraisons d’engrais en France.

Agroalimentaire/climat: les industriels ont réduit leurs émissions de CO2 de 12% en 2023

D’après les données du Citepa (pollution atmosphérique), le secteur de l’agroalimentaire a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 12,3% entre 2022 et 2023, et de 21% depuis 2019. La baisse totale de l’industrie s’établit à 7,8%. L’agroalimentaire se classe «parmi les secteurs ayant le plus contribué à [la] baisse globale» des émissions de gaz à effet de serre en France, souligne un communiqué de la Coopération agricole (LCA). «Cette performance témoigne de l'engagement résolu du secteur et de ses entreprises à adopter des pratiques plus durables et à réduire son empreinte carbone», affirme LCA. La poursuite des efforts de réduction pour atteindre les objectifs fixés par la France (-50% des émissions de CO2 d’ici 2030) nécessitera «des investissements colossaux», ainsi que «l’aide et le soutien de l’État», insiste l’organisation. «Pour atténuer de 40% les émissions industrielles, 480 millions d’euros (M€) par an d’investissements dédiés seraient nécessaires», selon les calculs des coopératives et de l’Ania (industriels «privés»). Au-delà de la baisse des émissions industrielles, LCA chiffre à 800 M€/an les coûts nécessaires pour réduire de 25% ses émissions agricoles d’ici 2030. Ce montant n’inclut pas «le coût d’accompagnement au changement des pratiques agricoles, qui sera au cœur des enjeux de transitions», précise le communiqué.