Agrafil du 25 novembre 2021

hero

Allemagne : les Verts obtiennent le ministère de l’Agriculture

En Allemagne, les Verts devraient obtenir le ministère de l’Agriculture dans le cadre du nouveau gouvernement qui prendra ses fonctions début décembre. Un accord pour former une coalition gouvernementale a été trouvé le 24 novembre entre les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux, avec à sa tête le social-démocrate Olaf Scholz qui devrait être investi chancelier début décembre. Les Verts devraient occuper cinq ministères dont le ministère de l'Agriculture et un «super ministère» regroupant l'Economie et le Climat. Ils avaient déjà, avec Renate Künast, eu les rênes de l'Agriculture entre 2001 et 2005. Depuis c’est la CDU d’Angela Merkel qui a toujours obtenu le poste, occupé depuis 2018 par Julia Klockner. Le parti libéral-démocrate devrait décrocher le ministère des Finances. Le contrat de gouvernement prévoit notamment la sortie du charbon dès 2030 «dans l’idéal», contre 2038 actuellement ce qui exigera le développement massif des énergies renouvelables.

Cannabis: en Allemagne, la future coallition veut le légaliser

La future coalition au pouvoir veut légaliser le cannabis, une mesure susceptible de rapporter des milliards d'euros à l'Etat mais qui suscite l'inquiétude d'addictologues et de syndicats policiers. Cette libéralisation, qui ferait de l'Allemagne le deuxième pays de l'UE après les Pays-Bas à choisir la voie de la vente encadrée, est une des mesures-phares du contrat de coalition, dévoilé le 24 novembre, des trois partis qui vont succéder à Angela Merkel dans les toutes prochaines semaines. La future équipe, dirigée par le social-démocrate Olaf Scholz, entend autoriser «la distribution contrôlée de cannabis aux adultes à des fins de consommation dans des magasins agréés», stipule le contrat signé entre SPD (sociaux-démocrates), Verts et FDP (libéraux). L'Allemagne dispose déjà d'une législation moins restrictive que nombre de ses voisins européens, avec la possibilité dans certaines villes comme Berlin de détenir quelques grammes pour sa consommation personnelle. L'usage de cannabis à des fins thérapeutiques a également été autorisé en 2017.

Loup : des «avancées» sur la méthode de comptage (FNSEA)

Lors de la réunion du groupe national loup le 23 novembre, les préfets Pascal Mailhos et Jean-Paul Célet ont confirmé «la révision de la méthode de comptage des loups en associant désormais étroitement les chasseurs et les éleveurs», indique un communiqué de la FNSEA. Le suivi reposait jusqu’ici principalement sur les données relevées par l’OFB (Office français de la biodiversité) et les 4500 correspondants du réseau loup-lynx, ainsi que sur les éléments transmis par toute personne volontaire. Mais «il y avait des endroits où il n’y avait pas de remontées, et certains indices n’étaient pas traités», dénonce Patrick Bénézit, secrétaire adjoint de la FNSEA en charge du dossier loup. Des manquements reconnus auprès du conseil scientifique national loup par l’OFB dès le mois d’octobre 2019, en envisageant «la densification géographique des groupes sociaux de loups». Pour combler les «trous dans la raquette», les données des agriculteurs et des chasseurs devraient donc sous peu être mieux prises en compte dans les comptages. Principal avantage de cette révision selon syndicalisme majoritaire : «augmenter le nombre d’animaux prélevés» sans révision des plafonds prévus par le plan loup.

Suicide: les agriculteurs inclus dans le plan interministériel pour la santé mentale

Lors de la présentation de la feuille de route interministérielle de prévention contre le suicide et le mal-être des agriculteurs, le 23 novembre, le ministre de la santé Olivier Véran a déclaré que «les dispositions de droit commun peuvent et doivent bénéficier aux agriculteurs». Il faisait référence notamment au forfait de huit séances chez un psychologue prises en charge par l’assurance maladie obligatoire. Une mesure qui découle des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie qui ont eu lieu fin septembre, et qui a été validée depuis par le Parlement dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2022). Olivier Véran a rappelé qu’un numéro d’appel national gratuit pour la prévention du suicide a été lancé début octobre: le 3114. Il a précisé que son ministère travaille avec la Rue de Varenne pour «rapprocher» ce nouveau numéro d’appel et le dispositif Agri’écoute de la MSA, qui «a la particularité de parfaitement connaître le monde agricole y compris les troubles de santé mentale» courants chez les professionnels. Enfin, il a indiqué vouloir développer la formation aux «premiers secours en santé mentale» dans «tous les milieux professionnels» et chez les jeunes, notamment «dans les établissements d’enseignement agricoles».

Colza : 2,5 M € de plus pour la recherche d’alternatives au phosmet

Julien Denormandie a annoncé le 24 novembre une enveloppe additionnelle de 2,5 M € pour «accélérer les recherches de solutions» alternatives à l’insecticide phosmet, utilisé notamment pour la culture du colza. «Dès 2022, l’Etat mettra 2,5 M€ de plus pour financer et accélérer les alternatives au phosmet», a-t-il déclaré lors des Rencontres Oléopro. Le retrait de cet insecticide doit être examiné par l’UE en décembre ou janvier. Anticipant l'interdiction, la filière oléoprotéagineuse investit «près de 8 M € par an – à travers les fonds interprofessionnels, financés à plus de 95 % par les agriculteurs – pour la recherche agronomique», a rappelé le président de la Fop Arnaud Rousseau (producteurs, FNSEA). «Dans le même temps, les fonds du Casdar fléchés sur la filière ne sont que d’environ 1,3 M € par an, alors que les besoins se situent entre 4 et 5 M €», d’après lui. Cela fait peser «un risque majeur de diminution de la sole de colza», a alerté Arnaud Rousseau, le chiffrage de la filière étant de -30%. «Nous voulons conserver l’usage du phosmet à l’automne 2022 et travailler à obtenir des dérogations pour l’utilisation du cyantraniliprole, certes moins efficace, comme c’est le cas dans d’autres Etats membres», a-t-il ajouté.

Porc: vers une généralisation de la taxe d'équarrissage

Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie est favorable à la demande de l'interprofession porcine (Inaporc) d'étendre la cotisation volontaire obligatoire (CVO) finançant le système d'équarrissage à l'ensemble de la filière, a-t-on appris de sources concordantes. C'est au ministre qu'il revient d'étendre ou non les accords interprofessionnels à l'ensemble des entreprises d'une filière, y compris non adhérentes de l'interprofession. C'est notamment le cas de la Cooperl, qui a quitté l’interprofession porcine en novembre 2020 et annoncé sa volonté de quitter l'association d'équarrissage ATM (pour «animaux trouvés morts») en 2022. Suite à cette annonce, l'interprofession avait rendu la cotisation ATM obligatoire aux adhérents de l'interprofession à partir de 2022, et demandé au ministère de l'Agriculture d'étendre la règle à toute la filière. La Cooperl avait fait paraître début octobre une lettre ouverte au ministre, arguant que l'extension de la CVO à l'ensemble des entreprises «aurait pour effet de protéger les rentes de situation établies et d'entraver toute innovation de rupture». Le groupe compte «valoriser sous forme de biocarburants les graisses issues des animaux qui meurent accidentellement en élevages»; son usine «sortira de terre en 2023», précisait-t-il dans Ouest-France.

Porc: l'interprofession va sponsoriser la météo de France Télévisions

Dans un contexte de marché morose, l'interprofession porcine (Inaporc) a annoncé, lors d'une conférence de presse le 24 novembre, qu'elle allait renforcer significativement son budget de communication en 2022, notamment en sponsorisant les bulletins météorologiques des chaines du groupe France Télévisions.La décision, prise «à l'unanimité» il y a quelques semaines, mobilisera 500 000 à 600 000 euros supplémentaires à destination du budget communication, habituellement doté de 1,3 million d'euros par an. «L'objectif est de maintenir les prix du porc français», en mettant en avant le slogan «Porc français, typiquement vous, typiquement bon», a expliqué Gérard Cladière, représentant de la grande distribution au sein de l'interprofession. Le prix du porc est passé de 1,70 à 1,23 €/kg entre décembre 2019 et novembre 2021, tandis que le prix de l'aliment grimpait de presque 10% sur la même période. La faute à une demande chinoise en berne et à l'irruption de la peste porcine africaine en Allemagne, qui encombrent le marché européen. Seule tendance positive: les consommations françaises de charcuterie et saucisse ont progressé par rapport à 2019, respectivement de 1,6% et 2,2%, grâce aux habitudes prises durant les confinements.

Lait de chèvre : un plan d’action à 6,3 M€ en Nouvelle-Aquitaine

À l’occasion du salon Capr’Inov à Niort (Deux-Sèvres), le président du Conseil régional Alain Rousset et Mickael Lamy, président de l'interprofession du lait de chèvre Poitou-Charentes et Pays de la Loire (Brilac) ont signé, le 24 novembre, une feuille de route «en faveur de la transition agroécologique» de la filière caprine à l’horizon 2030 en Nouvelle-Aquitaine, première région de France pour la production de lait de chèvre. Ce plan d’action est financé par la région à hauteur de 4,3 millions d’euros par an, auxquels s’ajoutent 2 millions d’euros d'aides de l'UE (Feader). Il fixe quatre grands objectifs: «généraliser les pratiques agroécologiques», «amortir les effets du dérèglement climatique, «améliorer la prise en compte du bien-être animal» et ancrer la production caprine au territoire en assurant le renouvellement des générations». La feuille de route vise entre autres: la transition de 25% des exploitations en bio (300 contre 177 actuellement) ; un diagnostic environnemental Cap’2er (calcul des émissions de gaz à effet de serre) dans toutes les exploitations ; un accès à l’extérieur pour les chèvres dans la moitié des élevages ; l’installation de 400 éleveurs en dix ans et le développement des élevages «en démarche de différenciation» (fermier, AOP, IGP, AB, etc.).

Bovins: l'ingestion de corps étrangers cause la mort de 29000 bovins par an

Selon un rapport de l'Anses paru le 24 novembre, 29 000 bovins meurent chaque année de lésions potentiellement liées à l'ingestion et la migration de corps étrangers dans leur rumen, le plus souvent des fils de fer provenant de pneu et de clôture. Sept à 20% des bovins en ingèrent durant leur vie. Ces décès (0,3% du cheptel bovin de plus de deux ans) sont causés par perforation du réseau-rumen et réticulo-péritonite traumatique (RPT), une affection violente, contre laquelle l'administration d'un aimant dans le réseau-rumen des bovins est «l'outil principal de prévention», estime l'Anses. Entre 16 et 22% des bovins français seraient porteurs d'un aimant, selon les données de fabricants, entachées d'une «forte incertitude», selon le rapport. Leur usage ne présenterait pas de risque selon l'Anses, qui préconise le recours à des aimants en cas d'infection, et leur généralisation en prévention dans les zones évaluées comme à risque. L'agence préconise également de développer des alternatives aux pneus usagés pour le bâchage des ensilages et d'équiper les matériels de préparation d'aliments d'électroaimants.

Bovins: face à la brucellose, la FDSEA des Savoies demande à l’État d'intervenir

Après l’apparition d’un cas de brucellose bovine dans une exploitation laitière de Haute-Savoie début novembre, la FDSEA des Savoies appelle l’État à «prendre ses responsabilités» en acceptant que «seuls les animaux positifs à la brucellose [soient] abattus», dans un communiqué du 22 novembre. La brucellose étant une maladie bactérienne «à éradication obligatoire», transmissible à l’homme par contact direct avec un animal infecté ou en consommant des produits contaminés, tous les animaux du cheptel doivent être abattus en cas de contamination dans un élevage. Le syndicat oppose l’abattage systématique des cheptels laitiers à la politique de gestion des troupeaux bouquetins. «Le lien de causalité est établi : les bouquetins du Bargy sont bien les vecteurs de la maladie», affirme le syndicat qui demande «qu’enfin l’État agisse avec une obligation de résultat pour l’éradication de la maladie sur le massif du Bargy». Interrogé sur le sujet devant les sénateurs, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a rappelé l'importance de la «politique de gestion des troupeaux de bouquetins» dans ce dossier, et la récente décision du Conseil d’État, qui avait limité la politique de prélèvement. La FDSEA appelle à manifester devant la préfecture de Haute-Savoie, le 29 novembre, pour porter ses revendications.

Méthanisation agricole: un gain pour l'environnement dans certains scénarios (étude)

Dans les scénarios où elle repose sur l’exploitation de résidus de culture, d’effluents d’élevage et de cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), la méthanisation agricole a le plus souvent un effet positif sur l'environnement, si l'on intègre l'ensemble de ses fonctions (fertilisation, gestion des effluents, production d'énergie). C'est la conclusion d'une étude de l'Inrae publiée le 24 novembre, qui compare les analyses de cycle de vie de scénarios intégrant ou non la méthanisation agricole, en mobilisant 16 indicateurs (changement climatique, épuisement des ressources énergétiques, occupation des terres...). Les résultats de l’ACV montrent notamment que la méthanisation permet une réduction d’impact sur le changement climatique de 73% et une réduction de 65% de l’épuisement des ressources énergétiques. L'apport de la méthanisation est plus net dans les scénarios «élevage» que dans les scénarios «cultures».

Similis végétaux: l'américain Impossible foods lève un demi milliard de dollars

Principal concurrent aux Etats-Unis de Beyond Meat sur le marché des similis végétaux de viande, la start-up californienne Impossible foods a annoncé le 23 novembre qu'elle venait de lever un demi milliard de dollars, comme elle l'avait fait au printemps 2020, pour poursuivre ses travaux de recherche et développement, et son expansion à l'international. Cela porte à 2 milliards de dollars les fonds levés par cette société depuis 2011, et sa valorisation à 7 milliards de dollars selon les analystes d'Agfunder. Les rumeurs courent d'ailleurs sur une prochaine entrée en Bourse, à l'instar de ce qu'a fait Beyond Meat, qui y connaissait d'ailleurs d'importants déboires ces dernières semaines. Impossible Foods revendique d'être distribué aux Etats-Unis et en Asie, dans 22 000 magasins et 40000 restaurants. Elle produit des imitations de steaks hachés, de nuggets, de boulettes et de porc haché. Elle s'était fait connaître à ses débuts pour avoir inventé une imitation végétale de l'hémoglobine, grâce à des levures OGM.

Cartel de la conserve : Bruxelles inflige 20 millions € d'amende à Conserve Italia

La Commission européenne a décidé, le 19 novembre, d’infliger à Conserve Italia (et à sa filiale française Conserves France) une amende de 20 millions d’euros pour avoir participé, avec d’autres acteurs du marché à une entente portant sur la fourniture de conserves de légumes à des détaillants ou des entreprises du secteur de la restauration. Conserve Italia est accusée d’avoir participé pendant plus de treize ans à des accords de fixation de prix et de répartition du marché avec les groupes néerlandais Coroos et français Cecab (D’Aucy) et Bonduelle. En 2019, Coroos et Cecab avaient reconnu leurs torts et accepté de se voir infliger des amendes de, respectivement, 13,6 millions € et 18 millions €. Conserves Italia avait pour sa part refusé un règlement à l’amiable. Bonduelle, de son côté, a bénéficié d’une immunité totale pour avoir révélé l’existence de ces pratiques aux autorités de la concurrence.

Irrigation : une tribune pour l’arrêt des projets de « méga-bassines » (presse)

Par une tribune, parue le 24 novembre sur le site internet du journal Le Monde, plusieurs organisations et personnalités de gauche et écologistes réclament «un arrêt immédiat des projets de méga-bassines » pour l’irrigation. Lancée à l’initiative de la Confédération paysanne, du collectif Bassines Non Merci et des Soulèvements de la Terre, elle rassemble plus de deux cents personnalités du monde associatif, politique, artistique, scientifique, parmi lesquelles les candidats à la Présidentielle de 2022 Yannick Jadot (EELV), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Philippe Poutou (NPA). «Les méga-bassines ne profitent qu’à une petite minorité d’irrigants qui vont continuer à s’agrandir pendant que leurs voisins disparaîtront», accusent les signataires. Cette tribune est l’occasion pour la Confédération paysanne d’affirmer qu’elle «ne s’oppose pas à l’irrigation mais aux méga-bassines qui accaparent et privatisent l’eau – issue des nappes phréatiques et non de l’eau de pluie - sans questionner le modèle agricole», selon un mail diffusé à la presse. Le 6 novembre, plusieurs attaques ont visées des retenues d’eau dans le Centre-Ouest. Ces actes de «désobéissance civile» vont contre des «projets écocidaires», justifient les signataires de la tribune.

Climat: l'Irak menacé par une chute drastique de ses ressources en eau (Banque mondiale)

L'Irak pourrait connaître une chute de 20% de ses ressources en eau d'ici 2050 avec le changement climatique, prévient le 24 novembre la Banque Mondiale, pointant les répercussions négatives notamment sur la croissance et l'emploi. «Sans action, les contraintes en matière d'eau vont conduire à des pertes importantes dans de multiples secteurs économiques et vont affecter de plus en plus de personnes vulnérables», a regretté le directeur Mashreq de la Banque mondiale, Saroj Kumar Jha, dans un communiqué accompagnant un nouveau rapport de l'institution. «D'ici 2050, une hausse de température d'un degré celsius et une baisse des précipitations de 10% causerait une baisse de 20% de l'eau douce disponible» en Irak, avertit le rapport. «Dans ces circonstances, près d'un tiers des terres irriguées n'auront pas d'eau», poursuit le rapport. Il y aurait également une baisse de 11,8% de la demande pour les travailleurs non qualifiés dans le secteur agricole et de 5,4% dans les activités non agricoles.