Agrafil du 26 février 2025

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Foncier/investissement : top départ pour les fonds FNSafer et Entrepreneurs du vivant

La FNSafer a annoncé le 25 février un « lancement définitif » de son fonds de portage foncier Elan. « On a enfin le feu vert de l’Etat », a déclaré le président de la Safer Grand Est Thierry Bussy, à propos du dispositif visant à faciliter l’installation des jeunes agriculteurs. Initialement prévu en 2023, le lancement interviendra le 27 février avec la ministre Annie Genevard, selon lui. Elan sera doté de 40 M€, dont près de la moitié venant du dispositif Entrepreneurs du vivant (Etat) et de la Banque et des territoires, l’autre partie des banques (Crédit Agricole et Crédit Mutuel) et de la FNSafer. L’objectif est d’atteindre 65 M€, en s'ouvrant au financement par les particuliers et l’assurance vie. Lors de son congrès le 28 novembre, le président Emmanuel Hyest avait présenté l’outil, comme « un fonds de portage unique, qui permet de sécuriser des jeunes agriculteurs sur de très longues durées, jusqu’à trente ans ». Elan bénéficie du financement d’Entrepreneurs du vivant, un dispositif de 395 M€ que le ministère de l’Agriculture doit lancer le 27 février. Cette enveloppe concerne à la fois des foncières et des fonds d’investissement dans des entreprises et infrastructures.

Soutien à l'innovation: la Cour des comptes étrille les politiques agricoles

Dans un rapport paru le 24 février, la Cour des comptes étrille les politiques agricoles de soutien à l'innovation (aides à l'investissement, au transfert de technologie/conseil, à la formation), dont le montant est estimé à 1 milliard d'euros par an. En matière d'aide à l'investissement et à l'acquisition de matériel, les auteurs estiment que les soutiens sont «mal ciblés et peu lisibles» («foisonnement» des dispositifs), et que plusieurs aides «favorisent le maintien du statu quo et encouragent les effets d'aubaine». La Cour des comptes souligne le «verrouillage» de certaines innovations par les filières (voir notre enquête), que les politiques publiques «ne traitent pas suffisamment». Globalement, l'adoption de plusieurs innovations à la fois, voire d'une «approche système», est rendue difficile par «la faible articulation des dispositifs». En matière de conseil et de transfert des connaissances, les auteurs constatent des moyens en baisse et des résultats défaillants. «Faute d'une stratégie d'ensemble sur le segment de l'appropriation, les résultats de la politique publique sont en-deça des objectifs». Ils soulignent notamment que la «diffusion est bien moins soutenue que les autres segments de l'innovation». Ils pointent notamment le manque d'incitation au conseil, notamment au moment de l'installation.

Start-up agritech: «Trop peu de nouvelles grandes entreprises émergent» (Cour des comptes)

Dans un rapport paru le 24 février sur les politiques de soutien à l'innovation dans le domaine agricole, la Cour des comptes regrette que, même si l'écosystème Agritech français (nouvelles technologies appliquées à l'agriculture) «résiste au niveau international», et «en dépit des efforts consentis», «trop peu de nouvelles grandes entreprises émergent». Les auteurs pointent «des freins structurels à la valorisation économique des innovations», citant notamment des «cloisonnements persistants entre les acteurs historiques et les nouveaux acteurs du système agricole, malgré la multiplication d’appels incitatifs pour favoriser la coopération». Les entreprises historiques ne sont pas seules en cause : le rapport pointe aussi «l’accès des entreprises innovantes à l’expérimentation, afin de tester les innovations en conditions réelles». Il est jugé «insuffisant, avec des infrastructures foisonnantes et peu coordonnées». Les entreprises de biocontrôle et de biostimulants critiquent depuis plusieurs années le manque d'adaptation des évaluations de leur produit par les filières (itinéraires ou pratiques culturales inadaptées).

Agritech/foodtech: nouvelle baisse confirmée des levées de fonds en 2024 (KPMG)

Dans une étude réalisée avec la Ferme digitale, parue le 24 février, le cabinet de conseil KPMG constate que l'ensemble des écosystèmes Agritech et Foodtech (nouvelles technologies appliquées à l'agriculture et l'agroalimentaire) français a levé 315 millions d'euros (M€) en 2024, soit une baisse de 36% – «un ralentissement plus marqué que celui observé sur la French tech». Il s'agit de la deuxième année consécutive de baisse après le pic de 2022, à 672 M€. Le nombre de levées de fonds (38 en 2024) recule également, de 33%. La baisse a surtout concerné les start-up de moins de cinq ans. «Il faut que les grands investisseurs comme BPI continuent de financer l'amorçage», avertit Roger Averbuch, responsable du secteur agroalimentaire chez KPMG France. Les investissements dans la nutrition et les protéines alternatives reculent aussi fortement, à 87 M€ – rappelons que l'année a été marquée par les déboires de deux des principales start-up d'élevage d'insectes, Ynsect et Agronutris.Parmi les signaux positifs: les montants de la tranche de 10 à 50 M€ progressent de 40%, concentrant 70% du total des investissements. Les investissements dans les biosolutions (biocontrôles/biostimulants) sont en «hausse importante» (à 94 M€). En octobre, le cabinet de conseil Digital Foodlab avait déjà prévu une forte baisse des investissements (-51%) sur 2024.

OMC : les mesures environnementales de l’UE une nouvelle fois attaquées

Les mesures environnementales de l’UE ont une nouvelle fois été la cible de certains membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) lors de la réunion de l’organe de règlement des différends de l’OMC (ORD) du 24 février. En effet, alors que l’ORD a adopté son rapport de panel dans l’affaire opposant l’UE et l’Indonésie sur la directive RED II et l’utilisation des biocarburants à base d’huile de palme, la Russie, le Brésil, les États-Unis et Saint-Vincent-et-les-Grenadines (au nom du groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique) ont pris la parole pour commenter la décision. Ces pays estiment notamment que les mesures environnementales de l’UE peuvent constituer des restrictions au commerce allant au-delà de ce qui est nécessaire. De son côté, l’UE se félicite d’un rapport qui considère que ses mesures visent à atteindre des objectifs environnementaux légitimes et qu'elles sont fondées sur des données scientifiques. Le conflit est parti pour durer au regard de la récente publication de la Vision pour l’Agriculture dans laquelle Bruxelles s’engage à avancer sur la réciprocité des normes, notamment en matière de pesticides et de bien-être animal.

Pesticides: la consommation mondiale restait en hausse en 2022, tirée par le Brésil

La consommation de pesticides dans le monde a augmenté de 4% en 2022, par rapport à 2021, pour atteindre 3,70 millions de tonnes, selon les dernières données disponibles de la FAO rapportées par l’AFP, le 25 février. Le Brésil demeure le premier pays utilisateur (801 000 tonnes, +11% en un an), devant les Etats-Unis (468 000 tonnes, +2%). L'Indonésie est en troisième position (295 000 tonnes), suivie de l'Argentine (263 000 tonnes) et de la Chine (225 000 tonnes). Viennent ensuite le Vietnam, le Canada, la Russie, la Colombie. La France figure en 10e position et est le plus gros consommateur européen (68 000t). En quantité par hectare, les plus gros utilisateurs mondiaux sont le Vietnam et le Brésil, avec plus de 10 kilos par hectare. A échelle régionale, l’Europe a nettement réduit son usage : elle affiche une baisse de d’utilisation de pesticides de 7% entre 2021 et 2022 (à 480 000t), et une réduction de 5% par rapport à 1990, ce qui reflète une certaine stabilisation. A l’inverse, le continent américain est de plus en plus gourmand avec 1,89 Mt de pesticides consommées en 2022, soit un triplement depuis 1990 (+210%). Quant à l’Asie, elle a diminué l'usage des pesticides de 1% en 2022 par rapport à 2021, à 1,05 Mt, après des années de hausse. Sa consommation reste supérieure de 76% par rapport à 1990.

Royaume-Uni : de nouvelles annonces gouvernementales pour améliorer le revenu agricole

A l’occasion de la conférence, le 25 février, du principal syndicat agricole du Royaume-Uni (NFU – National Farmers Union) avec lequel les relation sont tendues, le secrétaire d’Etat à l’Environnement, Steve Reed, a dévoilé de nouvelles mesures afin de « rendre l'agriculture plus rentable ». Celles-ci incluent notamment une prolongation pour cinq ans du programme de visas pour les travailleurs saisonniers et des révisions annuelles des quotas. Elles comprennent aussi 110 millions de livres sterling (M£) – environ 132 millions d'euros (M€) – en investissements dans la technologie, 200 M£ (241 M€) en investissements dans la lutte contre les maladies animales, la création d'un nouveau centre national de biosécurité ou encore un engagement à protéger les normes environnementales et de bien-être animal dans les accords commerciaux. Ces annonces se fondent sur les engagements pris lors de la Conférence agricole d'Oxford, où Steve Reed avait exposé la vision du gouvernement britannique en matière d'agriculture. « Je considérerai mon mandat de secrétaire d’État comme un échec si je n’améliore pas la rentabilité des agriculteurs de tout le pays », a déclaré le secrétaire d'Etat. 

Élections chambre: en Gironde, la FDSEA garde la présidence, malgré la victoire de la CR

Le nouveau président de la chambre d’agriculture de Gironde a été élu le 25 février: il s’agit de Jean-Samuel Eynard, viticulteur et président de la FDSEA départementale. Une élection surprise, car la Coordination rurale avait remporté le scrutin du 31 janvier avec 36,75%, soit seulement six voix d’avance sur la liste FDSEA-JA (36,48%). La CR dispose de 12 sièges dans le collège 1 (chefs d’exploitation), contre trois pour la FDSEA et trois pour la Confédération paysanne. Le président proposé par le syndicat majoritaire a finalement été élu par 20 voix sur les 36 que compte l’assemblée plénière de la chambre, avec le soutien des autres collèges (salariés, organisations, anciens exploitants, propriétaires, etc.). Un cas de figure aussi observé en Lozère. Parmi ses membres agriculteurs, le bureau ne compte aucun élu de la CR, mais il comporte un membre de la Confédération paysanne, comme troisième secrétaire adjoint. D’après Vitisphère, les 12 représentants de la CR ont quitté la session de la chambre «avec fracas», dénonçant une «mafia pure et dure», d’après les mots de sa candidate Nelly Butignol. Viticulteur sur 32 ha, Jean-Samuel Eynard est président de la FDSEA de Gironde depuis 2019; il a présidé pendant neuf ans le syndicat des côtes-de-Bourg, rappelle un communiqué de la chambre.

Changement climatique : le plan de bataille proposé par les JA pour organiser l'adaptation

Mettre en place des plans et contrats d’avenir face au changement climatique : Jeunes agriculteurs a présenté le 25 février sa démarche de planification agricole. Une première expérimentation est visée en Bourgogne-Franche-Comté, dans le cadre d’un appel à projet lancé par l’Ademe et le ministère de l’Agriculture. Le projet, en phase d’examen, doit permettre d’aider les exploitants à adapter leurs cultures et élevages. Baptisé Atac (Accompagnement aux transitions agricoles et climatiques), il réunit plusieurs acteurs aux côtés de JA : la start-up Finres, sur l’utilisation de données climatiques et la modélisation des rendements, les trois coopératives de l’Alliance BFC et la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, pour l’accompagnement des agriculteurs. La planification agricole, imaginée par le syndicat, comprend en effet deux étapes. Un plan d’avenir est d’abord envisagé avec l’ensemble des acteurs du territoire. Il s’appuie sur un diagnostic des productions adaptées, à un horizon de 25 ans, en termes climatique, sanitaire et économique. L’objectif est notamment de savoir « comment consolider les filières en place et en développer de nouvelles », explique le vice-président Julien Rouger. Deuxième étage de la fusée, le contrat d’avenir lie l’agriculteur, les pouvoirs publics et les acteurs des filières. Il s’agit « que la puissance publique, les collectivités accompagnent massivement les agriculteurs ».

Environnement: EELV lance une enquête chez les agriculteurs sur leur perception de l'écologie

Marine Tondelier a annoncé le 25 février le lancement d'une enquête auprès des agriculteurs pour connaitre leur perception de l'écologie et des écologistes, réaffirmant que ces derniers n'étaient «pas les ennemis des agriculteurs». Reconnaissant qu'il y avait «des préjugés mutuels», elle a annoncé le lancement d'une enquête auprès des agriculteurs, disponible sur le site des Ecologistes, qui sera relayée sur le terrain par le mouvement, la presse et les organisations agricoles. Une restitution de cette enquête sera faite courant mai. Objectif: comparer ce que les agriculteurs perçoivent des écologistes et la réalité de ce que les Ecologistes portent. Selon un sondage Odoxa-Backbones pour le Figaro, le Rassemblement national est considéré comme le parti qui défend le mieux les intérêts des agriculteurs par 39% des personnes interrogées, nettement devant les Écologistes (32%), Les Républicains (31%) et le Parti socialiste (29%).  «On ne peut jamais être fier d'être deuxième derrière le Rassemblement national», a reconnu Marine Tondelier, «mais ça récompense quand même un travail de longue haleine et ça montre que les Français, eux, ont compris que nous défendions les agriculteurs et que les agriculteurs aussi».

Bio: la reprise de croissance du distributeur Biocoop se confirme début 2025

Le distributeur Biocoop (magasins spécialisés bio) a enregistré une hausse de 8,5% de son chiffre d’affaires en 2024, a confié son vice-président Frédéric Faure a Agra Presse au Salon de l’agriculture le 25 février. Un chiffre qui confirme le retour de son activité au niveau d’avant-crise, annoncé en novembre. «Ce qui est hyper intéressant de noter, c’est que la structuration de cette croissance d’activité est portée très majoritairement par la fréquentation. Donc, ce sont soit des consommateurs qui ont momentanément cessé le circuit spécialisé bio [et qui reviennent], soit de nouveaux consommateurs bio qui viennent fréquenter nos magasins», explique Frédéric Faure. Cette reprise de la consommation «se confirme» en 2025. «On n’est certes pas au bout du premier trimestre, mais sur les premières semaines d’activité on est à +10% de chiffre d’affaires, c’est-à-dire qu’on continue la croissance», poursuit-il. Pour rappel, Biocoop pèse «44% du marché des magasins spécialisés bio et 12% du marché bio au total, en chiffre d’affaires».

Coopératives: le collectif Frites revendique une deuxième tentative d'incendie, chez Eureden

Une intrusion avec tentative d'incendie au siège du groupe agroalimentaire coopératif breton Eureden, à Mellac (Finistère), a été revendiquée le 25 février par courriel auprès du quotidien Le Télégramme, un mois après des faits similaires dans une autre coopérative agricole. «Nous avons été victimes d'une tentative d'intrusion avec un départ de feu» dans la nuit du lundi 24 au mardi 25, à 3h45, a déclaré à l'AFP Béatrice Perrot, directrice de la communication externe chez Eureden. «Il n'y a pas de blessé et les dégâts ont été circonscrits», a précisé Mme Perrot, qui a annoncé le dépôt d'une plainte, confirmant des informations de la presse locale. Le 25 février, le quotidien régional Le Télégramme a indiqué avoir reçu un courriel de revendication, signé d’un groupe surnommé «Forces révolutionnaires intergalactiques et territoriales en sauce (Frites)». Le groupe Eureden n'a pour sa part reçu aucune «revendication directe», selon Mme Perrot. Contacté, le parquet de Quimper n'a pas donné suite dans l'immédiat. Fin janvier, des faits similaires s'étaient produits au siège de la coopérative porcine Evel'Up à Plouédern (Finistère). La tentative d'incendie avait été revendiquée par le même groupe sur le site infolibertaire.net.

Agroalimentaire : le fonds de soutien de 500 M€ enfin opérationnel, se félicite Pact'Alim

Le fonds de soutien aux industries agroalimentaires d’un montant de 500 M€ est désormais opérationnel, comme l’ont annoncé le 25 février, les ministres de l’Industrie et de l’Agriculture lors du SIA. Une «première étape» que salue Pact’Alim (PME et ETI alimentaires) «dans le renforcement de la compétitivité et de la résilience des entreprises du secteur», selon un communiqué. Ce fonds, dont les axes principaux avaient été dévoilés en mars 2023, accompagnera les entreprises dans la « modernisation des outils de production, consolidation des filières, transition énergétique et environnementale, accès à l’eau, ainsi que le renforcement de la souveraineté alimentaire du pays », précise Pact’Alim. Selon l’organisation professionnelle, les PME et ETI françaises de l’alimentation font face depuis plusieurs années à une succession de crises (Covid, guerre en Ukraine, aléas climatiques…), à l’explosion des coûts de production liée notamment à la crise énergétique, aux effets du changement climatique et à la raréfaction de la ressource en eau. Pact’Alim, qui avait demandé la mise en place de cet outil, compte veiller à ce que « ce fonds soit efficace et adapté aux besoins des entreprises ».

Centrales d'achat européennes: Eurelec débouté par la justice belge d'un recours contre Bercy

La justice belge a jugé en septembre irrecevable une demande de la centrale d'achats internationale Eurelec (E.Leclerc, Rewe, Ahold Delhaize), qui voulait empêcher le ministère de l'Economie français et ses services, notamment la Répression des fraudes (DGCCRF), de contrôler des contrats avec ses fournisseurs, a appris l'AFP le 25 février. Eurelec, centrale internationale basée à Bruxelles, avait saisi la justice belge pour «faire interdiction» à Bercy et à ses services, notamment la DGCCRF, de contrôler les contrats conclus avec ses fournisseurs agro-industriels, «sous peine d'une astreinte» de 5 millions d'euros par infraction, détaille le tribunal de l'entreprise francophone de Bruxelles dans une ordonnance rendue le 10 septembre 2024 et consultée mardi par l'AFP. Dans le cas d'Eurelec, les enquêteurs avaient demandé le 8 février 2024 la communication de contrats négociés pour 2024, afin de contrôler s'ils avaient été signés dans le délai légalement imparti. Eurelec avait "opposé une fin de non-recevoir" quatre jours plus tard, estimant n'être pas soumis au droit français, selon la décision de justice. Cette dernière décision est définitive en l'absence d'appel, a assuré à l'AFP une source au fait du dossier. 

Négociations commerciales : nouvelle passe d'arme entre industriels et distributeurs

A la veille d’une prise de parole de plusieurs distributeurs autour de l’animatrice Karine Le Marchand au cours de laquelle ils doivent dévoiler trois actions en faveur des agriculteurs français, l’Ania (industriels de l’agroalimentaire) a dénoncé, dans un communiqué daté du 25 févier, un «énième coup de communication», et demandé aux distributeurs d’appliquer la loi Egalim, en particulier le principe de sanctuarisation des prix des matières premières agricoles (MPA). Cette disposition n'est «souvent pas respectée par les enseignes de la distribution», indique l’Ania. En outre, son président Jean-François Loiseau « enjoint les distributeurs (…) à stopper son contournement via l’utilisation de leurs centrales d’achat internationales (qui concerne désormais 40 à 50% des volumes de produits vendus en France selon la DGCCRF).» Ces affirmations ont fait vivement réagir les distributeurs réunis au sein de la FCD dénonçant un «énième communiqué de presse mensonger». «La véritable part négociée en centrales s’établit à environ 20%... Logique puisque ce qui est négocié en centrales internationales concerne uniquement les marques des multinationales (…) exclut de fait les MDD, les produits frais traditionnels, et les marques des petites entreprise», précise la FCD, qui assure que les distributeurs respectent la sanctuarisation de la MPA.

Egalim: le député Stéphane Travert favorable à l’extension à de nouvelles filières

Le député Stéphane Travert (Ensemble pour la République, Manche), qui porte la proposition de loi sur la prorogation du dispositif SRP+10 (première partie de la loi Egalim 4), a délivré sa vision de l’avenir de la loi Egalim – qu’il avait lui-même initiée en tant que ministre de l’Agriculture en 2017. «Il faut que nous puissions faire entrer d’autres filières dans Egalim, et il faut regarder si la RHD ne pourrait pas entrer aussi dans Egalim», a-t-il indiqué à l’occasion d’une conférence organisée par Agriculture Stratégies le 24 février au Salon de l'agriculture sur le thème de l’amélioration du partage de la valeur. Rappelant que la transparence doit être de mise dans l’ensemble de la chaîne de valeur (agriculteurs, transformateurs et distributeurs), il a également plaidé pour que les règles d’Egalim soient en vigueur à l’échelle européenne. «Il faut imaginer un Egalim européen», a-t-il indiqué, alors les centrales d’achat à l’échelle du continent se renforcent et qu’elles permettent de s’affranchir, dans certains cas, des règles prévues par les lois Egalim. «Il faut que la Commission européenne se penche sur le sujet de façon assez pressante, car d’autres pays connaîtront les mêmes difficultés dans les négociations commerciales», a-t-il souligné.

Tomate/Maroc: accord en vue mi-mars sur la saisonnalité de la commercialisation

Un accord entre les filières française et marocaine portant sur la saisonnalité de production des tomates devrait être signé aux alentour du 15 mars, a indiqué Légumes de France (FNSEA) à Agra Presse, confirmant les informations de France télévision. L’objectif de l’accord, dont les contours restent à définir, est d'éviter, à partir de 2026, que la production marocaine de tomates cerises ne vienne concurrencer la française quand elle est en pleine production. La première étape serait l’activation d’un comité mixte franco-marocain sur la tomate, fondé sur la structure créée en 2018 entre les associations marocaines, FranceAgriMer et Interfel. Des discussions entre les deux parties, sous l’égide du ministère de l’agriculture, se sont déroulées le 24 février dans l’après-midi sur le Salon de l’agriculture. Quelques heures plus tard, Rachid Benali, président de la Comader (Confédération marocaine de l'agriculture et de développement rural) évoquait cette possibilité sur France 2. Depuis un an, Légumes de France et l’AOPn Tomates et concombre de France travaillent sur le sujet avec la filière de production de tomates marocaines. Légumes de France espère que cet accord sera mis en avant lors du salon Siam à Meknès fin avril, la France étant le pays invité d’honneur. 

Fruits et légumes importés: l’interdiction du thiaclopride reconduite jusqu’au 12 mai

Un arrêté paru au JO le 25 février renouvelle la suspension d’importation et de commercialisation de fruits et légumes frais, en provenance de pays tiers, traités avec des pesticides à base de thiaclopride. Cette interdiction prendra fin «le 12 mai 2025», date d’entrée en vigueur du règlement (2024/2711) qui abaisse les limites maximales de résidus (LMR) de thiaclopride. Publié au Journal officiel européen le 23 octobre, ce règlement ramène les LMR pour l’insecticide thiaclopride (néonicotinoïde) aux limites de détermination : il abaisse toutes ces limites entre 0,01 et 0,05 mg/kg selon les productions concernées. En attendant l’entrée en vigueur du règlement européen, les exploitants du secteur alimentaire et du secteur de l’alimentation animale doivent mettre en œuvre plusieurs «diligences raisonnables» pour être en conformité sur les fruits et légumes qu’ils importent: collecte d’information sur la provenance, évaluation du risque, mesures d’atténuation du risque, analyses démontrant l’absence de résidu quantifiable de thiaclopride. La première suspension avait été déclenchée il y a un an, le 23 février 2024, par le ministère de l’Agriculture. 

Fruits légumes : Interfel s'inquiète toujours pour les fonds 2025 du plan Souveraineté

A l’occasion de la présentation du bilan de la consommation de fruits et légumes en 2024 d’Interfel, Daniel Sauvaitre s’est publiquement inquiété de l’évolution concernant les fonds alloués au plan de souveraineté fruits et légumes pour 2025, le 25 février sur le Salon de l’agriculture. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de garanties sur le maintien des fond pour le plan de souveraineté. De plus, le financement de la recherche/expérimentation n’a pas été confirmé » a-t-il indiqué Et de rappeler que le quatrième point du plan de souveraineté - la dynamisation de la consommation, n’a toujours pas de budget dédié. Le président d’Interfel a aussi souligné les retards dans les financements des guichets sur 2024. Présent dans la salle, Franck Da Ros, délégué filière fruits et légumes à FranceAgriMer, s’est voulu rassurant : « Suite au dernier conseil d’administration, les fonds sur 2024 ont été débloqués. Une centaine de producteurs ont reçu leur notice » a-t-il indiqué. Lancé il y a deux ans, le plan de souveraineté fruits et légumes a été abondé à hauteur de 100 millions d’euros en 2023, ce à quoi se sont ajoutés 75 millions l’année dernière. Daniel Sauvaitre a insisté sur le « besoin de continuité » dans le financement de plan de souveraineté. 

Bananes/pesticides : l’UGPBan insatisfaite de la PPL sur l’épandage par drone

«C’est une demi-mesure», a commenté, en conférence de presse le 25 février, Pierre Monteux, directeur général de l'UGPBAN (groupements de producteurs de bananes), évoquant la proposition de loi (PPL) du député Jean-Luc Fugit (Ensemble) visant à réautoriser, sous conditions, l'épandage de pesticides par drones, qui a été adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture le 27 janvier. Comme la PPL sur les Entraves du sénateur Laurent Duplomb (LR), qui en a repris le contenu, cette PPL ne réautorise l’épandage par drone, notamment sur les bananeraies, que pour des produits de biocontrôle, des produits autorisés en agriculture biologique et des produits dits à faible risque. Une liste de produits trop restrictive, selon Pierre Monteux, qui ne permettrait pas de lutter correctement contre la cercosporiose noire (champignon) et qui obligerait à faire coexister des traitements aériens et terrestres (fongicides). «Il est incompréhensible d’exclure de l’épandage aérien des produits autorisés par voie terrestre», regrette-t-il.

Ail: le solde commercial s'est amélioré en 2023, tandis que les surfaces bio reculaient

FranceAgriMer a mis l’ail français à l’honneur au Salon de l'agriculture, le 24 février, en partageant des chiffres encourageants. En 2023, «2500 à 3000 producteurs» ont produit près de 30 000 tonnes d’ail (29 485 t) sur 4147 ha. L’ail d’importation a reculé de 12% entre 2022 et 2023, et les exportations ont augmenté de 4% sur la même période. À noter cependant, une baisse de 21% des surfaces en ail issu de l’agriculture biologique. L’ail tricolore peut s'enorgueillir de six signes officiels de qualité et de deux signes en cours de reconnaissance: ail d’Auvergne et ail de Piolenc. Pour développer la filière, les producteurs invités à s’exprimer lors de la conférence de presse ont rappelé l’importance de «rajeunir» les consommateurs, mais aussi les cultivateurs (qui peuvent notamment s’installer en polyculture). Autre piste: sensibiliser les industriels pour qu’ils intègrent de l’ail français à la place de l’ail chinois. D’après une publication du Réseau des nouvelles des marchés, en 2023 la France «importe principalement de l’ail espagnol (16 766 t, -12%), chinois (6541 t, +42%) et argentin (1493 t, -12%) », tandis que les importations d’ail italien connaissent une «baisse de l’ordre de -95 % (-1961 t)».

Loup: le recours contre le changement de statut de protection accepté par la CJUE

a Cour de Justice de l’UE a accepté d'instruire le recours commun porté par cinq ONG qui s’opposent au déclassement du statut de protection du loup, se félicitent-elles dans un communiqué du 19 février. Les associations One Voice, Green Impact, Earth, Nagy Tavak et LNdC Animal Protection, font valoir que la décision prise en décembre dans le cadre de la Convention de Berne - à la demande de la Commission européenne - ne l’a pas été « sur la base des meilleures connaissances scientifiques disponibles », en contradiction avec les lignes directrices établies par la Recommandation n° 56 du Comité permanent de la Convention de Berne. Elles estiment que certaines études qui montrent qu’au moins la moitié des populations de loups en Europe présentent une diversité génétique insuffisante n’ont pas été prises en compte. La décision de faire passer le statut de protection du loup en Europe d’« espèce strictement protégée » à « espèce protégée » a été convenue dans le cadre de la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe, le 3 décembre. Un changement qui entrera en vigueur le 7 mars, date à laquelle l’UE pourra alors adapter les annexes correspondantes (transfert de l’annexe IV vers l’annexe V) de la directive Habitats.

Lait: les «relations sont terminées» avec Sunlait, déclare Savencia (presse)

Interprétant une décision du comité de règlement des différents commerciaux agricoles (CRDCA) du 11 février, la directrice amont de Savencia ressources laitières, Sophie Godet-Morisset indique à nos confrères de La France agricole que « les relations sont terminées avec Sunlait », une association d'organisations de producteurs (AOP) régulièrement en conflit ouvert avec l'industriel depuis plusieurs années. Savencia n'ayant pas renouvelé son accord-cadre avec l'AOP en fin d'année dernière, les producteurs sont collectés sur la base de contrats individuels ; pendant ce temps, une médiation avait été lancée fin novembre, pour une durée de deux mois, à laquelle Sunlait aurait mis fin, selon Savencia, avant de saisir le CRDCA. Dans un courrier qu'avaient pu consulter nos homologues de Ouest France, envoyé le 30 janvier à Sophie Godet-Morisset, le préfet de la Manche a interpelé l'industriel face à un risque de non-renouvellement brutal de contrats individuels. A l'issue de la fin de leurs contrats, l'industriel leur propose de changer d'OP ou de laiterie. Selon nos confrères, l'AOP Sunlait «s'est vidée de 60% de ses adhérents en l'espace de trois ans et ne livre plus que 10% de la collecte du groupe.

Bovins lait/bien-être animal: premiers résultats de l’évaluation Boviwell en élevage

Le Cniel (interprofession laitière) a dévoilé le 25 février les résultats partiels de son évaluation du bien-être animal dans les élevages bovins laitiers nommée Boviwell, basée principalement sur l’observation des animaux. Portant sur 29 911 exploitations évaluées à fin 2024 (soit 73% des élevages français), les résultats font apparaître que 57% des fermes étudiées sont classées dans la catégorie supérieure, 24% sont considérées comme excellentes, 18% sont en progression et 0,9% sont non classées. Les meilleurs scores sont obtenus sur l’état corporel (98% des troupeaux ont un bon état corporel), sur la relation Homme-animal (98% sont classés dans les catégories supérieures et excellentes) et sur le confort de couchage (84% sont classés dans les catégories supérieures et excellentes). En revanche, 13% des troupeaux ont un nombre de mètres linéaires d’abreuvoir par animal jugé insuffisant. Menées depuis mai 2022, les évaluations sont réalisées dans les fermes par 484 techniciens agricoles (des laiteries, des chambres d’agriculture, etc.) formés par l’interprofession laitière. Le Cniel prévoit que 100% des fermes seront évaluées d’ici la fin 2025. L’évaluation Boviwell fait partie de la Charte des bonnes pratiques d’élevage lancée en 1999, dont la certification actuellement en cours par Qualisud devrait intervenir au premier semestre 2025.

Porc et volaille : Olmix et Inrae vont créer des agents contrant les mycotoxines

L’accord-cadre entre Inrae et Olmix, qui a déjà permis de démontrer l’efficacité de solutions d’immunité des porcs et volailles grâce aux algues marines, est renouvelé jusqu’en 2030, annoncent les partenaires ce 25 février. Cette prolongation devrait permettre de déposer en 2028 auprès de l’Efsa une demande d’homologation européenne pour des actifs à base d’algues réduisant les effets des mycotoxines dans les aliments. Inrae et Olmix ont en particulier prouvé, au cours de cinq premières années de collaboration, qu’une solutions à base d’algues et d’argile réduisait l’accumulation de Fumonisine dans les tissus (filets et foie) des volailles. Par ailleurs un nouveau Laboratoire Partenarial Associé (LPA) « doit permettre d’accélérer la réduction d’intrants médicamenteux (…) ». Le communiqué donne en la matière l’exemple des polysaccharides spécifiques (sulfatés) tirés des algues qui rendent les animaux moins sensibles à des maladies comme la maladie de Marek en volaille et le Syndrome dysgénique et respiratoire du porc. Les travaux conduits « devraient permettre d’aboutir rapidement à des solutions opérationnelles pour renforcer la santé et la performance des élevages et des productions végétales », formule Philippe Mauguin, P-DG d’Inrae, dans le communiqué.

Céréales : la start-up Foodpilot s'associe à BASF et Capgemini pour la décarbonation

Lors du Salon de l’agriculture le 25 février, la start-up Foodpilot, le fabricant de pesticides et fournisseur d'outils d'aide à la décision BASF et la société du numérique Capgemini ont annoncé qu'ils travailleront ensemble dans le secteur des céréales pour proposer des services d'aide à la décarbonation. Objectif : toucher «10 Mt de céréales d’ici cinq ans en France», et à terme 20 Mt de commodités en Europe, a déclaré le président-directeur général de Foodpilot Didier Livio. Plus en détail, le projet vise 3 Mt de blé (tendre et dur), 3 Mt de maïs, 2 Mt d’orge (dont de la brasserie) et 2 Mt de soja importé. Pour rappel, Foodpilot propose une plateforme digitale permettant d’évaluer les performances RSE des utilisateurs, de l’amont à l’aval de la filière agricole. Une prime est offerte aux fournisseurs de matières premières respectant leurs critères, dont le niveau n’a pas été communiqué. «Cela dépendra des performances des agriculteurs, des OS, etc.», indique Didier Livio. BASF apportera son expertise dans les solutions techniques pour les coopératives et les négoces (notamment via les OAD). Capgemini se chargera de fournir les outils d’intelligence artificielle et de conseil sur l’organisation des chaînes logistiques. « L’idée est par exemple de relever la filière soja non déforestant, qui souffre de difficultés logistiques et d’une rémunération pas forcément adéquate », illustre le dirigeant de Foodpilot.

Porc : Eureden, Agrial, Terrena fondent une nouvelle filière de charcuterie

Les groupements porcs des coopératives Eureden, Agrial et Terrena ont signé, le 25 février au Salon de l'agriculture, un partenariat d’approvisionnement pour cinq ans de la filière Porc U Confiance pour les charcuteries U en libre-service de l’enseigne U. Ces groupements feront en sorte d’augmenter progressivement le nombre de porcs abattus dans le cadre cette filière afin d'atteindre 6000 porcs par semaine dès le mois de mai 2025, selon le communiqué diffusé la veille. Ces porcs devront répondre à « des critères stricts » en matière de bien-être animal, d'alimentation et de respect de l'environnement. Les groupements garantiront à Coopérative U la traçabilité des produits et la transmission des informations relatives au cahier des charges. En retour, Coopérative U s’engage à améliorer la rémunération des éleveurs partenaires, « en tenant compte des coûts de production et des charges de structure » et à mettre en valeur les produits issus de cette filière auprès des magasins du réseau U et des consommateurs. Les groupements d’Eureden, Agrial et Terrena comptent respectivement un peu plus de 500, 320 et près de 200 adhérents.

Coopérative : Thomas Chambolle nommé directeur général du groupe Euralis

Le conseil d’administration d’Euralis (1,57 Md€ de CA), sur proposition de son président Christophe Congues, vient de nommer Thomas Chambolle directeur général du groupe coopératif palois. Il remplace Philippe Saux qui occupait cette fonction depuis septembre 2019 et qui quitte le groupe. Thomas Chambolle était quant à lui directeur financier d'Euralis depuis septembre 2022. Parmi ses missions : « donner une nouvelle impulsion et mener à bien la feuille de route définie par le conseil d'administration », pour « conduire à l’amélioration de la performance économique et financière du groupe ». (Anne Gilet)