Agrafil du 29 novembre 2023

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UE/Mercosur : vers un nouvel élan politique en marge de la COP 28

Alors que les discussions techniques entre l’UE et le Mercosur autour du protocole additionnel s’accélèrent, la présidence espagnole du Conseil de l’UE affiche l’ambition de parvenir à un accord au cours des deux prochaines semaines. Ce fut le sens de l’intervention de Xiana Méndez, la secrétaire d’Etat espagnole au Commerce, lors de la conférence de presse concluant la réunion du Conseil Affaires étrangères du 27 novembre. De son côté, la Commission européenne a rappelé l’engagement en faveur d’une conclusion des pourparlers avant de la fin de l’année. Dans cette optique, Bruxelles précise que les experts techniques sont quotidiennement en contact et que les négociateurs en chef poursuivent leurs échanges hebdomadaires sur les derniers sujets en suspens. La Conférence de Dubaï de 2023 sur les changements climatiques (COP28), qui se déroule du 30 novembre au 12 décembre, aurait été identifiée comme le nouvel objectif pour donner l’élan politique nécessaire à la finalisation. À ce titre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président brésilien, Luiz Ignacio Lula da Silva, se sont engagés à se rencontrer en marge de cette conférence internationale. 

COP28: trois ateliers sur l’agriculture et la gouvernance au menu des négociations

Alors que la COP28 (climat) doit débuter à Dubaï le 30 novembre, aucune recommandation agricole n’est attendue à l’issue des négociations sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, dans le cadre du programme de travail de Charm el-Cheikh. En revanche, les participants à ce cycle programmatique de quatre ans -qui a pris la suite de l’action commune de Koronivia l’an dernier- devraient officialiser le lancement de trois ateliers. Les thématiques pressenties sont «les approches pour une agriculture durable» (dont l’agroécologie), «les pêcheries», et «la coopération, synergie et communication», indique Marie Cosquer, analyste plaidoyer chez Action contre la faim. Est aussi sur la table l’idée de revoir la «gouvernance» des enjeux agricoles et climatique en constituant un organe «un peu plus permanent qu’un programme de travail qui dure quatre ans», explique-t-elle. Cette idée, à laquelle «l’Union européenne est farouchement opposée», pourrait permettre d’augmenter la portion de la finance climat dédiée à l’agriculture, au bénéfice des pays du sud vu la «dette climatique» des pays du Nord. 

COP28: l’agenda parallèle de Dubaï sur les systèmes alimentaires, sujet à caution

En marge des négociations sur le climat à la COP28 qui débuteront à Dubaï le 30 novembre, la présidence émiratie prévoit de publier «une déclaration de haut niveau sur les systèmes alimentaires», a indiqué Marie Cosquer, analyste plaidoyer chez Action contre la faim. Ce document, qui sera signé par des personnalités politiques, s’inscrit dans l’agenda parallèle du pays hôte de la COP. Si le sujet est «bienvenu», l’association estime que la déclaration politique est «une manière de détourner l’attention du problème des énergies fossiles» dans ce pays producteur de pétrole, où le président la COP 28, Sultan Al Jaber, est lui-même patron de la compagnie pétrolière nationale Adnoc. Il aurait d’ailleurs profité de son rôle à la COP pour conclure des marchés dans les énergies fossiles, selon un article de la BBC paru le 27 novembre et repéré par l’AFP. De plus, Action contre la faim déplore que les groupes de travail constitués pour l’agenda parallèle «soient assez dominés par le secteur privé avec des possibles conflits d’intérêt assez frappants, notamment vu la présence d’entreprises productrices de fertilisants chimiques». A l’inverse, l’association regrette qu’il y ait eu «zéro consultation de la société civile» et d’organisations de producteurs agricoles non affiliées à la World farmers organization (WFO, dont fait partie la FNSEA). 

Biodiesel : un panel à l’OMC pour résoudre le différend entre l'UE et l'Indonésie

L’Indonésie a obtenu lors de la réunion de l’organe de règlement des différends de l’OMC du 27 novembre, l’établissement d’un groupe spécial dans le cadre du différend qui l’oppose à l’UE au sujet des mesures antisubventions imposées à ses exportations de biodiesel. Cette décision était attendue car après avoir repoussé l’échéance une première fois, l’UE n’était plus en mesure de s’opposer à une seconde demande. L’Indonésie allègue notamment que ces mesures imposées depuis 2019 ainsi que l’enquête qui a conduit à leur imposition sont incompatibles avec certaines dispositions de l’accord sur les subventions et les mesures compensatoires (accord SMC) et de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce de 1994 (Gatt de 1994). De son côté, l’UE a déclaré qu'elle estimait que les mesures en question étaient pleinement justifiées, ajoutant qu'elle était persuadée qu’elles seraient déclarées conformes à la législation de l'OMC. Une fois que le groupe spécial sera constitué, il aura en théorie six mois pour achever ses travaux.

Sainte-Soline: prison avec sursis requise pour les manifestations interdites

Du sursis requis contre des militants anti-«bassines»: des peines de 6 à 12 mois de prison avec sursis ont été requises le 28 novembre mardi à Niort pour l'organisation de manifestations interdites à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) contre les réserves d'irrigation, dont le bien-fondé a accaparé les débats. Huit mois après les violents heurts entre militants environnementaux et forces de l'ordre près de la "bassine" de Sainte-Soline, le procureur Julien Wattebled a demandé au tribunal correctionnel de prononcer des «peines mesurées et dissuasives». «La peur règne depuis trop longtemps dans ce département. Il y a eu trop de blessés, trop de dégâts», a fait valoir le magistrat. «Notre rôle est de dire stop, car on a depuis cet été des annonces de surenchères qui vous disent que ce sera encore plus fort», a-t-il lancé, alors qu'une prochaine mobilisation des anti-"bassines" est annoncée en juillet prochain dans le Poitou, juste avant les Jeux olympiques de Paris. Il a dépeint Julien Le Guet, porte-parole du collectif "Bassines non merci" (BNM) qui réclame un moratoire sur ces réserves agricoles, comme étant "au coeur de l'organisation". Il a requis contre lui 12 mois de prison avec sursis, 2.100 euros d'amende et une interdiction de paraître à proximité des réserves de Sainte-Soline et Mauzé-sur-le-Mignon.

Artificialisation: les collectivités pourront prévoir une surface dédiée aux constructions agricoles

Comme annoncé au Salon des maires par la Première ministre, le gouvernement a publié, ce 28 novembre au Journal officiel, trois décrets d'application des objectifs de zéro artificialisation nette (Zan) fixés dans la loi Climat. Ils fixent la nomenclature de l'artificialisation, les conditions de territorialisation de l'objectif et le fonctionnement de la commission de conciliation. Le décret portant sur la territorialisation apporte une précision concernant le secteur agricole. Il permet aux collectivités publiques de réserver une part d'artificialisation des sols pour les «projets de construction ou d'extension de construction ou installations nécessaires aux exploitations agricoles». Ces projets, précise le texte, doivent toutefois «contribuer aux objectifs et orientations prévus dans le schéma directeur régional des exploitations agricoles». En juin, les députés avaient déjà adopté une mesure de «souplesse» pour le «droit à construire» des petites communes rurales, avec la garantie de disposer pendant dix ans d'une surface minimale d'un hectare pour se développer. Introduit par le Sénat, le dispositif visait à rassurer les élus locaux face à l'objectif de long terme de Zan, qui vise à ne plus bétonner les sols à l'horizon 2050, à moins de «renaturer» des surfaces équivalentes.

Artificialisation: 80% du phénomène se concentre sur les terres agricoles (rapport)

Dans une note parue le 28 novembre, France Stratégie – institution rattachée à Matignon – constate que l'artificialisation réalisée sur les vingt dernières années s'est concentrée à 80% sur des sols agricoles, alors qu'ils ne représentent que 49% de l'ensemble des espaces naturels, agricoles et forestiers. France Stratégie avance trois explications: des villes historiquement construites à proximité des bonnes terres agricoles; des espaces naturels davantage protégés, limitant la constructibilité; et enfin la «faible rentabilité de l’agriculture et le faible coût du foncier agricole». France Stratégie estime qu’en moyenne, le prix d’un terrain agricole devenu constructible est «multiplié par près de 65». L'artificialisation est «intensément nourrie par l’habitat», rappelle France Stratégie. Entre 2011 et 2021 «63% du flux est lié à la construction de logements» en France métropolitaine. Au total, ce sont 231 000 hectares d'espaces naturels, agricoles et forestiers qui ont été consommés. Les bourgs ruraux et les communes rurales à habitat dispersé y ont participé pour «près de 60%» des surfaces, alors qu’elles n’ont accueilli que 38% de la croissance des ménages.

PLOA : « Il est temps de conclure », s’impatientent les Jeunes agriculteurs

Promesse d’Emmanuel Macron le 9 novembre 2022 aux Terres de Jim, le Pacte et la loi d’orientation et d’avenir agricoles n’ont toujours pas vu le jour, suscitant la colère chez Jeunes agriculteurs. Si les discussions avec l’exécutif «s’accélèrent depuis quelques jours», le président Arnaud Gaillot a jugé le 28 novembre «très regrettable» que Matignon et l’Elysée montrent «une telle négligence du travail» de concertation effectué dans les territoires. Selon lui, les services de l’Etat «depuis des mois, refusent de travailler» à l’écriture des textes. Résultat, la loi ne cesse d’être reportée et le pacte doit encore connaître des arbitrages: «Ce n’est pas tolérable», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse au salon Sitevi. «Si la loi d’orientation ne voit pas le jour, à l’Assemblée nationale, avant le Salon de l’agriculture, ça sera compliqué pour le président de la République de venir y déambuler», a lancé Arnaud Gaillot. «Il est temps de conclure», d’après lui. Et le syndicaliste de conclure: «Je commence à avoir des questions sur la volonté du président de la République de concrétiser» son annonce faite aux Terres de Jim.

Négociations commerciales: les industriels sont «raisonnablement pessimistes» (Ania)

Le déroulement et l’issue des négociations commerciales avec la grande distribution inquiètent les entreprises agroalimentaires, a indiqué le président de l’Ania (industriels) Jean-Philippe André, le 28 novembre, à l’occasion d’un échange avec la presse. «À ce stade, nous sommes raisonnablement pessimistes», déclare-t-il. Le porte-parole des industriels garde l’espoir «d’arriver à quelque chose d’équilibré» et d’un «retour à un rythme d’inflation de 2-3% que nous savons gérer». L’Ania considère qu’avoir distingué les industriels en fonction de leur taille pour avancer la date butoir cette année est «une erreur» qui avantagera la grande distribution. «Plus on se divise, plus on s’affaiblit et plus ça facilite la négociation pour nos clients», affirme Jean-Philippe André. Il ajoute néanmoins qu’il «[attend] de voir» le résultat des négociations des TPE-PME. Les entreprises réalisant plus de 350 M€ de chiffre d’affaires (France ou monde) auront jusqu’au 31 janvier pour signer leur contrat. Cela concerne «entre 50 et 60 sociétés», estime l’Ania, tandis que «l’immense majorité» des entreprises devront boucler au 15 janvier. «J’espère que nos entreprises ne vont pas être prises dans un phénomène d’abattage», souligne Jean-Philippe André. Avec un mois et demi de moins pour négocier, les services des distributeurs pourraient être surchargés. 

Inflation alimentaire: les industriels «prêts» à être transparents sur leurs marges (Ania)

Les industriels agroalimentaires sont «prêts» à faire la transparence sur leurs marges «à condition que l’exercice soit fait sur l’ensemble de la filière», a affirmé le président de l’Ania Jean-Philippe André devant la presse, le 28 novembre. «On perd beaucoup d’énergie à se justifier», déplore le porte-parole des entreprises, alors que l’encadrement des marges dans l’agroalimentaire a été mis à l’agenda parlementaire par le groupe La France insoumise-Nupes. L’Ania est opposée à un coefficient multiplicateur comme le propose LFI. «Par contre, toute démarche sérieuse de transparence ne nous pose absolument aucun problème, à condition qu’elle se fasse sur l’ensemble de la filière», assure Jean-Philippe André. Il est notamment revenu sur les données de l’Insee pour le premier trimestre 2023 qui donnent un taux de marge brute moyen de 48% pour les industries alimentaires. «Les chiffres de l’Insee sont justes, mais le périmètre n’est pas le bon», explique le président de l'Ania, qui précise que le taux prend en compte les marges des artisans commerçants comme les boulangers ou les boucheries. «Bercy a les résultats opérationnels du top 75 [périmètre envisagé dans un premier temps pour les négociations commerciales anticipées], ils voient très bien que ces entreprises ne sont pas à 48%», insiste-t-il.

Influenza aviaire: la France relève son niveau de risque à «modéré»

Comme attendu, un arrêté paru au Journal officiel le 28 novembre relève le niveau de risque pour l’influenza aviaire hautement pathogène à «modéré» à partir du 29 novembre. Une décision prise en raison d’une «dynamique d'infection dans l'avifaune sauvage migratrice dans les pays voisins», précise la notice du texte. «La pression d’infection liée à la faune sauvage migratrice va donc progressivement s’accroître en France», prévient le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le même jour. L’Hexagone était en risque «négligeable» depuis juillet. Avec le relèvement du niveau de risque, toutes les volailles doivent être mises à l’abri dans les ZRP («zones à risque particulier», soit les zones humides), rappelle le ministère. Une obligation qui s’applique aussi aux palmipèdes de moins de 42 jours dans les ZRD («zones à risque de diffusion», soit les bassins denses en élevages du Sud-Ouest et des Pays de la Loire). Cet épisode d’influenza aviaire qui débute constituera un test pour l’efficacité de la vaccination des canards, qui a démarré en octobre en France. Par ailleurs, la Rue de Varenne confirme dans son communiqué que le premier cas de la saison 2023-2024 a été confirmé dans un élevage de dindes du Morbihan. Celui-ci est situé «à proche distance» d’un goéland «retrouvé infecté» par la maladie.

Vin: le Sénat et le gouvernement rejettent l'idée d'un prix plancher pour l'alcool

À l'occasion de l'examen du projet de loi de finances pour 2024, le 27 novembre, le Sénat a rejeté deux amendements identiques déposés par des parlementaires socialistes et écologistes visant à fixer un prix minimum par unité d’alcool aux boissons alcooliques, tout en abaissant la fiscalité sur les boissons dont le prix excède d’ores et déjà ce prix minimum. En séance, le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave a donné un avis défavorable: il argue d'une part que «la fiscalité n'est pas le bon levier», regrettant que la mesure «ne traite qu'une seule catégorie, ceux qui ont les moyens les plus faibles» et qu'elle «prive la sécurité sociale de ressources». À l'origine de l'un des amendements, le sénateur et médecin Bernard Jomier a répondu qu'une telle mesure n'exonérait pas les pouvoirs publics d'un accompagnement plus large des consommateurs, et que l'équilibre de la sécurité sociale devait se faire par une baisse des dépenses de santé liées à l'alcool, plutôt que par un maintien des recettes. Et de plaider pour une «politique de prévention». Cet amendement s'inspire d'une mesure prise en Écosse en 2018. Un prix minimum par unité d’alcool y aurait permis de «diminuer significativement la consommation excessive d’alcool et la morbidité associée et ce sans effet néfaste sur les recettes du secteur», indique l'exposé des motifs. «Dès 2020, était observée une réduction de 13,4% du nombre de décès directement liés à la consommation d’alcool».

Crise viticole : FNSEA et JA souhaitent voir le fonds d’urgence porté de 20 M€ à 60 M€

À la veille d’une rencontre entre la filière viticole et Marc Fesneau, la FNSEA a détaillé le 28 novembre ses revendications face à la crise du secteur, lors d'une conférence de presse conjointe avec JA. Le fonds d’urgence de 20 M€, pour soutenir les viticulteurs en difficulté de trésorerie, doit «être abondé en fonction des besoins estimés à 60 M€», a déclaré le premier vice-président de la FNSEA Jérôme Despey au salon Sitevi. Ce dispositif a été voté le 8 novembre lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2024. D’autres mesures sont nécessaires pour «éviter une spéculation à la baisse des prix» du vin, a souligné Jérôme Despey, appelant les acheteurs à ne pas profiter du manque de trésorerie des producteurs. Et de réclamer une «année blanche en 2024» via un étalement des prêts bancaires et avec des taux bonifiés, comme ceux annoncés le 2 octobre par le gouvernement dans le cadre du remboursement du PGE. Pour cette aide de l’État complétée par «l’apport des collectivités territoriales», une enveloppe de 10 à 20 M€ est nécessaire, selon la FNSEA qui cible l’Aquitaine, l’Occitanie, Paca, une partie de la Vallée du Rhône. Enfin, le syndicat souhaite voir Marc Fesneau porter à Bruxelles une demande d’arrachage temporaire des vignes «dès 2024-2025», laissant la possibilité de replanter au bout de six ou huit ans afin de «s’adapter au marché».

Betteraves : malgré une embellie du marché, la CGB appelle à la maîtrise des surfaces

Alors que la récolte se poursuit, l’embellie sur le marché du sucre devrait permettre de rémunérer la betterave de la campagne 2023-2024 autour de 55 €/t, a annoncé la CGB (betteraviers, FNSEA) lors de sa conférence de presse annuelle le 28 novembre. «C’est une bonne nouvelle car nos coûts de production ont très fortement augmenté ces dernières années», a souligné Franck Sander, président du syndicat des betteraviers. Et d’ajouter qu’à moins de «35€ par tonne, la betterave n’est plus rentable, alors qu’il y a quatre ans le point d’équilibre était à 25 € par tonne». Prudente, la CGB appelle toutefois l’ensemble des acteurs européens du sucre à «maîtriser les surfaces» en 2024. «Si l’UE augmente ses surfaces de 5 à 10%, elle pourrait redevenir excédentaire avec pour conséquence de faire converger le prix européen du sucre vers le prix mondial», prévient la CGB. Par ailleurs, la CGB anticipe des importations de sucre ukrainien qui pourraient dépasser 700 000 tonnes, «avec le risque de casser la dynamique du marché de l’UE, et de brider le potentiel de production, notamment en France», prévient le syndicat des betteraviers. C’est pourquoi il demande «fermement» que ces tonnes soient réexportées vers d’autres marchés.

Pomme de terre: une partie de la production de l'UE ne sera pas «récoltable», prévient le NEPG

Dans un communiqué de presse envoyé le 28 novembre, les producteurs de pommes de terre du nord-ouest européen (NEPG) s’inquiètent de l’interruption des activités de récolte après seulement trois semaines, en raison des mauvaises conditions météorologiques. «À la mi-novembre, nous avons enregistré jusqu'à 250 mm de pluie dans différentes régions, ce qui a entraîné des inondations ou des terres saturées en eau», témoigne le NEPG. Pour l’heure, environ 22,2 Mt auraient été récoltées, selon l’association de producteurs. Il reste donc environ 1,4 Mt dans les champs, situés pour la plupart aux Pays-Bas (15 %) et en Belgique (11 %). Or, une partie des pommes de terre ne sera pas récoltable. «Les pommes de terre qui restent dans des conditions anaérobies peuvent pourrir. Celles qui seront récoltées connaîtront peut-être des problèmes de qualité et ne seront peut-être finalement pas stockées», prévient le NEPG. Et de préciser que «certains contrats ne seront pas livrés», alors même que la demande de pommes de terre saines et sèches est élevée, tant pour l'industrie que pour l'exportation. Par ailleurs, les conditions de récolte difficiles ont influencé le marché libre. Après une courte période d’offre excédentaire, le NEPG se trouve «dans une situation de disponibilité réduite». En l’espace de quelques semaines, les cours du libre sont passés de 8 € à 20 €/q.

Luzerne déshydratée : «le plus gros de la transition est fait», estime la filière

Alors que la filière de la luzerne déshydratée a «presque atteint» son objectif de décarbonation, elle cherche désormais à valoriser le stockage de carbone dans les sols, a indiqué Luzerne de France (section de la Coopération agricole) lors d’une conférence de presse le 28 novembre. Du champ à la sortie de l’usine, le secteur a divisé ses émissions de GES par 2,3 en dix ans, selon une récente étude de l’Inrae. La filière s’était engagée à réduire ses émissions de deux tiers en 2025 par rapport à 2012. «Le plus gros de la transition est fait», affirme le directeur de Luzerne de France Yann Martinet, notamment au stade de la déshydratation (substitution du charbon par de la biomasse, utilisation de luzerne moins humide). L’objectif de décarbonation «implique d’absorber entre 8 et 10 €/MWh de surcoûts», selon M. Martinet, ce qui pourrait passer par la valorisation du stockage de carbone dans les sols. Une étude est en cours avec l’Inrae pour quantifier le carbone présent dans les racines de luzerne. Ses résultats pourraient permettre d’«intégrer le stockage de carbone dans l’ACV (analyse du cycle de vie, NDLR) de la luzerne au champ», ou encore de «renforcer la compétitivité de la luzerne par la vente de crédits carbone sur le marché volontaire», espère Honoré Labanca, responsable agronome chez Luzerne de France.

Luzerne déshydratée: production prévue à +9% grâce à la «résilience» des surfaces

La production de luzerne déshydratée devrait augmenter de 9% sur un an pour atteindre 810 000 t, a annoncé Luzerne de France (section de la Coopération agricole) en conférence de presse le 28 novembre. Ce résultat – à confirmer début 2024 – s’explique notamment par la «bonne résilience des assolements», explique son directeur Yann Martinet: alors qu’elles étaient attendues en baisse de 4 à 5%, les surfaces en luzerne pour la déshydratation ont finalement reculé de 2,1% (à 68 000 ha). 2023 restera comme «une année très humide qui a compliqué la récolte», note Luzerne de France. En raison de la stratégie de décarbonation de la filière, «il n’est plus question de récolter quand il pleut», indique M. Martinet, les usines traitant des matières premières les plus sèches possible afin de réduire leur consommation d’énergie. Les agriculteurs réalisent donc désormais un pré-séchage au champ: entre 2006-2009 et 2016-2019, la teneur en eau moyenne du fourrage est passée de 72,9 à 59,7%, selon une étude de l’Inrae. Inconvénient de ce nouveau système: les pluies peuvent pénaliser les rendements et allonger la campagne de récolte. Toujours selon l’Inrae, le rendement annuel est passé en dix ans de 13,05 à 10,73 t MS/ha. Une baisse «multifactorielle», analyse Yann Martinet.

Glyphosate: le réglement réautorisant l'herbicide pour 10 ans est adopté

La Commission européenne a annoncé le 28 novembre avoir adopté, comme prévu, un règlement accordant une nouvelle autorisation de mise sur le marché de 10 ans pour le glyphosate dont la licence actuelle expire le 15 décembre. «Cela est conforme à la législation de l’UE qui oblige à adopter un règlement d’exécution lorsqu’aucune majorité qualifiée, ni pour ni contre, n’est atteinte au sein du comité permanent et du comité d’appel, comme dans le cas du glyphosate cet automne», justifie la Commission européenne. Elle rappelle également que ce renouvellement est «basé sur une évaluation scientifique rigoureuse» et introduit de nouvelles mesures de gestion des risques citant l'interdiction de l'utilisation avant récolte comme dessiccant et la nécessité de mettre en place des dispositions au niveau national pour protéger les organismes non ciblés (notamment les petits mammifères).

Maraîchage : Cultive lève 400 000 € et vise l’installation de 300 fermes d’ici 2031

Cultive, société de formation et conseil en maraîchage bio-intensif, a annoncé le 27 novembre avoir levé 400 000 euros pour notamment ouvrir un centre de formation en 2024, adossé à une ferme pilote. Son ambition est d’« installer 300 fermes en France à l’horizon 2031 », d’après un communiqué. Créée en 2022, Cultive accompagne des porteurs de projets de maraîchage en France et à l’étranger. Le modèle défendu est l’agriculture bio sur de petites surfaces, à savoir des fermes « économiquement viables », avec des rendements de l’ordre de 60 à 70 t/ha de légumes, qui ont une « gestion vertueuse et maîtrisée de l’eau, de l’énergie, de la biodiversité et des écosystèmes ». Deux pionniers du bio-intensif ont inspiré Cultive : Eliot Coleman aux États-Unis et Jean-Martin Fortier au Québec, selon le communiqué. Baptiste Saulnier, l’un des co-fondateurs de l’entreprise francilienne, s’est formé chez eux. Fin 2018, il a appliqué leurs principes aux Jardins potagers de Chambord, avec plus de 40 variétés de légumes cultivés. Cultive met en avant plusieurs réalisations, notamment la conception et l’installation d’une ferme de 8 ha et 210 t de légumes pour approvisionner une quinzaine de restaurants Mûre en Ile-de-France.

Israël/Palestine: le Malawi envoie 200 jeunes travailler dans les fermes désertées d'Israël

Plusieurs centaines de jeunes Malawites sont partis en Israël pour travailler dans des fermes désertées à la suite des attaques du Hamas et des bombardements sur Gaza, a annoncé le 27 novembre le gouvernement du Malawi. Un premier vol transportant 221 jeunes hommes a quitté samedi le Malawi pour Israël, a annoncé le ministère du Travail du petit pays d'Afrique australe, ajoutant que d'autres prendraient bientôt le même chemin. Des milliers d'employés agricoles ont quitté les fermes d'Israël, un secteur important de l'économie du pays, depuis les attaques du Hamas du 7 octobre qui ont déclenché des bombardements israéliens massifs sur Gaza en représailles. Selon le ministre du Travail du Malawi, Wezi Kayira, Israël fait partie des pays visés par un programme du gouvernement destiné à trouver du travail à ses jeunes à l'étranger, et permettre par ce biais au pays de recevoir des devises étrangères dont il a cruellement besoin. Ces départs interviennent à peine deux semaines après qu'Israël a accordé 60 millions de dollars d'aide au Malawi, qui lutte contre une crise économique. Le gouvernement du Malawi a été critiqué par des militants des droits de l'Homme sur la manière dont l'accord a été scellé.