Agrafil du 31 mars 2022

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Plan de résilience: les grandes lignes du volet alimentation animale (professionnels)

Les filières animales se seraient accordées avec le ministère de l’Agriculture, ce 30 mars, sur les contours du volet du Plan de résilience dédié à soutenir les élevages touchés par la flambée de l’alimentation animale. Les professionnels ont décrit à Agra Presse les grandes lignes de ce projet de texte, qui doit encore être validé par Bercy, puis notifié à la Commission européenne dans les prochains jours. Sollicité, le ministère de l'Agriculture n'a pas confirmé. Selon les professionnels, l'aide pourra être versée, selon des modalités comparables, à des éleveurs ou à des organisations de production (volaillers, groupements) dans le cas des filières contractualisées. Pour y être éligible, l’éleveur doit dépasser un certain taux de «dépendance», calculé comme le coût de l’alimentation divisé par les charges totales de l’exploitation (sur la dernière année fiscale). En deçà de ce taux, l’élevage n’est pas éligible à cette aide. Au-delà, trois situations sont prévues selon le niveau de dépendance. Pour la première tranche, l’aide serait versée de manière forfaitaire. Pour les deux tranches suivantes, l’aide serait calculée en fonction des charges d’aliment de l’année précédente, rapportées à un «taux de surcoût» et à un «taux d’aide», différent selon chacune des deux tranches. Environ 110 000 élevages seraient concernés. En matière de calendrier, l'objectif est un lancement de la téléprocédure début mai et un versement des aides d’ici fin juin.

Grains: repli général des cours, aussi soudain qu'incertain

L'espoir suscité par les négociations russo-ukrainiennes à Istanbul a immédiatement fait refluer les cours des matières premières agricoles, mais la volatilité reste de mise dans un contexte encore très incertain. «C'est parti comme une balle»: Damien Vercambre, courtier au cabinet Inter-Courtage, a vu en l'espace de quelques heures les cours du blé et du maïs chuter de plus de 20 euros et celui du colza de 73 euros en séance mardi sur Euronext. Après trois heures de négociations à Istanbul, le chef de la délégation russe a fait état le 29 mars de «discussions substantielles». Mais dès le lendemain matin, après des réactions occidentales prudentes voire sceptiques, le Kremlin douchait les espoirs d'avancées rapides, jugeant que ces pourparlers n'avaient permis «aucune percée». Le maïs tendait à se stabiliser le 30 mars sur le marché européen, notamment «parce qu'il est tellement cher que les opérateurs cherchent des alternatives, comme le maïs brésilien qui arrive sur le marché» avec la nouvelle récolte, indique Gautier Le Molgat. En revanche, le répit a été de courte durée pour les oléagineux. Le colza repartait à la hausse mercredi sur Euronext, avec des variations toutefois de moindre ampleur que la veille.

Méthanisation: Macron promet qu'elle bénéficiera d'une «grande loi de simplification»

S'il est réélu président de la République, Emmanuel Macron veut lancer une «grande loi de simplification», qui viserait notamment à accélérer les projets de méthanisation. Dans ce domaine, «nous sommes beaucoup trop lents, même en Allemagne», pourtant en avance sur la France, a reconnu le chef de l'État dans une vidéo diffusée lors du Grand oral des candidats à la présidentielle, organisé par le Caf (FNSEA, JA, APCA, CNMCCA) le 30 mars à Besançon. Ce travail de simplification viserait notamment à accélérer les autorisations et le raccordement au réseau de gaz, a-t-il précisé. Mi-mars, le ministère de la Transition écologique a déjà annoncé le relèvement de 40% à 60% du niveau de prise en charge des coûts de raccordement des méthaniseurs au réseau de gaz. Deux jours plus tard, le Syndicat des énergies renouvelables (Ser) et les gestionnaires des réseaux de gaz (GRDF, GRTgaz, le SPEGNN et Teréga) avaient appelé à «la mise en œuvre immédiate de mesures volontaristes pour accélérer l’essor des gaz renouvelables». Si l’État faisait accélérer l’instruction des dossiers en file d’attente et garantissait un dispositif de soutien stable, «on connaitra une forte accélération du nombre de nouveaux projets», avait promis la filière.

Présidentielle: au Grand oral du Caf, Roussel applaudi, Zemmour peine à convaincre

Défenseur du «modèle agricole familial» et de «l'élevage herbager», le candidat communiste Fabien Roussel a été largement applaudi lors du Grand oral organisé par le Conseil de l'agriculture française (Caf) le 30 mars à Besançon (Doubs). Le représentant du PCF était le seul candidat de gauche à avoir accepté l'invitation du Caf, qui a auditionné six prétendants à l'Élysée au lendemain du congrès de la FNSEA. Comme ses opposants, M. Roussel a insisté notamment sur la nécessité d'installer des nouveaux agriculteurs: «Avec moins de 350 000 fermes en 2030, nous ne serons pas en capacité de nourrir la population». Reprenant tous la notion de souveraineté alimentaire, les candidats se sont surtout distingués sur la forme: humour et origine nordiste revendiquée pour Fabien Roussel, pédagogie pour Valérie Pécresse, en vidéo pour Emmanuel Macron – finalement absent pour cause de Conseil de défense. De son côté, Éric Zemmour a peiné à préciser ses propositions (notamment sur l'installation des jeunes non issus du milieu agricole), tandis que Marine Le Pen a jeté un froid avec sa proposition de créer un statut de l'animal dans le Code civil. Une prestation à mille lieues d'un Jean Lassale en terrain conquis, abondamment applaudi avant même de prendre la parole. Par ailleurs, une trentaine de militants de 24 ONG – dont Greenpeace – ont déployé une banderole devant l'entrée du palais des congrès pour dénoncer la «dépendance» de l'agriculture aux importations (engrais, alimentation animale).

Présidentielle: Macron veut «combiner» Pacte vert et «mission nourricière»

Dans une vidéo diffusée lors du Grand oral des candidats à la présidentielle, le 30 mars à Besançon, Emmanuel Macron a proposé de «combiner» les objectifs environnementaux du Pacte vert avec la «mission nourricière de l'agriculture». «Mener les transitions est nécessaire, mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue la mission nourricière de l'agriculture. (...) Il nous faut réussir à combiner les deux, c'est possible à condition d'investir», a déclaré le chef de l'État, retenu à l'Élysée pour un Conseil de défense consacré à la guerre en Ukraine. M. Macron a estimé que «la situation géopolitique nous rappelle la nécessité de produire plus». Ses propos font écho à ceux tenus par le ministre de l'Agriculture la veille au congrès de la FNSEA: «Si on rentre dans la mêlée en disant "on ne veut pas de cette transition [agroécologique]", on n'arrivera pas à faire bouger les lignes» au niveau européen. Julien Denormandie souhaite que la «mission nourricière» de l'agriculture soit «gravée comme un objectif politique européen». Lors de la présentation de son programme le 17 mars, Emmanuel Macron avait proposé que «la France [porte] une adaptation de la stratégie Farm to Fork, qui était reposée sur un monde d'avant guerre en Ukraine et prévoyait une diminution de la production de 13%».

Biodiesel : les nouveaux véhicules B100 exclusifs éligibles à la vignette Crit’Air 1

A l'occasion du Grand oral agricole organisé par le Caf (FNSEA, JA, APCA, CNMCCA) le 30 mars, le président de la République a annoncé l’éligibilité des nouveaux véhicules roulant au B100 (à 100 % de biodiesel) à la vignette Crit’Air 1. «La vignette Crit’air 1 sera attribuée aux véhicules roulant en permanence au B100», a-t-il déclaré, répondant ainsi à une demande historique de la filière oléagineuse, notamment notamment Saipol, filiale du groupe Avril qui commercialise le B100 sous la marque Oleo100. Cette décision «concrétise le rôle clé du monde agricole pour relever ensemble le défi de la souveraineté alimentaire et énergétique», réagit Arnaud Rousseau, président de la Fop ( (producteurs, FNSEA) et du groupe Avril, cité dans un communiqué de Terres Univia (interprofession), Terres Inovia (institut technique) et de la Fop.  Crit’air est un certificat de qualité de l’air qui permet de classer les véhicules en fonction de leurs émissions polluantes, en tenant compte de la source d’énergie (diesel, essence, gaz, hydrogène, électricité). L’Oléo100 est un ester d’oléagineux qui n’est pas mélangé avec du gazole, et ne passe donc pas par un pétrolier ni un intermédiaire distributeur. Il a été lancé commercialement début novembre 2018 auprès de transporteurs comme Transgourmet, Blondel Voisin, Pihen, Noblet, Vicat et Delisle. Fin 2021, Avril a annoncé qu'il fournira l'entreprise de logistique Steff.

Protéines : Ÿnsect achète le leader américain des vers de farine pour poules de basse-cour

Ÿnsect, entreprise française de production de protéines et d'engrais à base d'insectes, annonce qu’elle achète le leader américain des vers de farine pour poules de basse-cour, Jord producers, basé dans le Nebraska. Avec cette acquisition, le portefeuille de sites de production d’Ÿnsect passe à trois fermes verticales : celle de Jord s’ajoute à celle de Dole dans le Jura et à celle d’Ermelo aux Pays-Bas, tandis que l’usine d’Amiens, la plus importante de la société, est en construction. L'intégration de Jord producers permettra à Ÿnsect, à terme, d'augmenter «de manière significative les volumes de production de larves de vers de farine». Cela d’autant plus que la commercialisation des ingrédients comme les concentrés protéiques et l'huile «devrait être approuvée dans un avenir proche en Amérique du Nord». En utilisant les ingrédients d'Ÿnsect au lieu d'autres types de protéines courantes, «les fabricants d’alimentation animale bénéficient d'une solution durable nécessitant 98% de terres et 45% de ressources en moins que l'élevage» actuellement, indique l’entreprise.

Lait: Lactalis en passe d’acquérir la branche produits frais de l’allemand BMI

Le 25 mars, Lactalis a signé un contrat de vente avec l’allemand BMI (Bayerische Milchindustrie eG) pour l’acquisition de son activité de produits frais (yaourts, lait, fromage blanc, crème…), annoncent les deux groupes dans un communiqué commun. Lactalis reprendra les marques régionales de BMI dans le sud de l’Allemagne, la marque Haydi, ainsi qu’un site de production situé à Würzburg en Bavière. Une branche qui génère chaque année un chiffre d’affaires de 200 M€. Les deux partenaires espèrent faire aboutir leurs négociations «pour le milieu de l’année», après avoir obtenu l’approbation des autorités de la concurrence allemande et autrichienne. Ce nouveau rachat renforce la présence du groupe Lactalis sur le marché allemand après l’acquisition de la marque Leerdammer, bien positionnée outre-Rhin, en septembre. Le groupe français est implanté dans le pays avec ses marques Président, Salakis, Galbani, Leerdammer, MinusL et Omira (rachetée en 2017). Environ 1 400 producteurs du sud de l’Allemagne livrent à Lactalis, précise le communiqué. Quant au groupe BMI, il «se concentrera davantage sur ses compétences de base que sont les ingrédients et le fromage», explique son p.d-g. Thomas Obersojer.

Lait: face à la flambée des charges, l’ABPO et Bel rouvrent leurs négociations

Dans un contexte de forte hausse des charges, l'Association des producteurs Bel de l'Ouest (APBO) et le groupe Bel vont renégocier début avril le prix du lait payé aux éleveurs, a-t-on appris le 30 mars. «Notre clause de renégociation est basée sur des indicateurs, explique le président de l’APBO Gilles Pousse. Quand ils fluctuent de plus de 1%, dans le rouge ou dans le vert, cela nous permet de redéclencher les négociations et c’est ce que nous avons fait». L’entreprise Bel a accepté de renégocier et, en prévision du retour autour de la table des discussions, l’organisation de producteurs «travaille» pour évaluer les hausses à répercuter. En décembre, l’industriel et les producteurs avaient trouvé un accord sur un prix de référence pour le lait conventionnel à 377€/1 000l (406€ toutes primes confondues) et un lait bio à 478€/1 000 l. Depuis, les charges des producteurs ont continué de s’envoler —notamment sur les dépenses d’énergie et d’alimentation animale— et la guerre en Ukraine assombrit les perspectives pour les mois à venir.

Négociations commerciales: la charte d’engagements envoyée pour signature

Les organisations représentant les industriels et les distributeurs ont reçu, le 30 mars en fin de journée, ce qui devrait être la dernière version de la charte d’engagements encadrant la «réouverture» des négociations commerciales sur les produits alimentaires, face à l’inflation bondissante. Représentants des industriels et distributeurs sont invités à la signer avant le comité de suivi hebdomadaire réunissant les acteurs de la chaîne alimentaire qui se tiendra demain. Le texte élaboré, sous l’égide du gouvernement, est découpé en trois parties: les engagements des distributeurs, ceux des distributeurs et la question des pénalités logistiques. En milieu de journée, des discussions étaient encore ouvertes «à la marge», confirmait le ministère. Selon plusieurs sources concordantes, les blocages portaient notamment sur les pénalités logistiques. La grande distribution aurait poussé pour écarter le terme de «moratoire» de la charte. Il est finalement absent de la version finale du texte et remplacé par l’expression de «non application des pénalités logistiques». Comme annoncé par le ministère, cette «non application» prend en compte les difficultés rencontrées par les industriels à cause du conflit en Ukraine et de l’influenza aviaire.

Résidus de pesticides: légère hausse des dépassements en 2020, selon l'Efsa

Les dépassements des limites maximales de résidus de pesticides (LMR) ont légèrement augmenté dans l’UE en 2020, selon le rapport annuel de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) publié le 30 mars. 94,9% des échantillons analysés se situaient dans les limites légalement autorisés (contre 96,1% en 2019 , 95,5% en 2018 et 95,9% en 2017) dont 54,6% ne contenaient pas de résidus quantifiables. Des résidus multiples ont été signalés dans 27% des échantillons comme en 2019. Pour les produits issus de l’agriculture bio: 98,5 % des échantillons se situaient dans les limites légales dont 80,1 % ne contenaient pas de résidus quantifiables. Les produits importés de pays tiers présentent des taux de non-conformité globalement supérieurs à ceux produits dans l’UE. Parmi les produits dépassant les 10% de non-conformité les principaux sont: les feuilles de vigne de Turquie (55,6% de non-conformité), les piments du Vietnam (50%), les grenades de Turquie (38%), les piments d'Inde (33%) ou encore les oranges de Turquie (27%).

Bio : les ventes de Naturalia reculent en 2021, après une année 2020 «exceptionnelle»

Le distributeur spécialisé dans le bio Naturalia (groupe Casino) a généré un chiffre d’affaires de 385 millions d’euros en 2021, indique son directeur général Allon Zeitoun lors d’une conférence de presse le 30 mars. La somme représenterait une baisse de 2 % environ par rapport à 2020, mais une hausse de 19 % par rapport à 2019. « Nous n’avions pas établi notre budget 2021 par rapport à l’année 2020, qui était une année exceptionnelle, mais bien par rapport à 2019», insiste Allon Zeitoun. Alors que la guerre en Ukraine renchérit le cout des intrants, le dirigeant de Naturalia souligne que la situation est sans moins critique dans le secteur bio, dont les exploitations n’utilisent pas d’engrais et sont plus autonomes en matière de fourrages. «Nous pourrions assister à un tassement de l’écart de prix entre le conventionnel et le bio», prévoit Allon Zeitoun. Malgré le ralentissement de la demande observé depuis quelques mois, Naturalia envisage de maintenir sa dynamique, en ouvrant «trente ou quarante» points de vente supplémentaires en 2022, contre 38 en 2021. Principal axe de travail de l’enseigne : le local. Naturalia espère atteindre 15% de références produites à moins de 150 km des magasins d’ici 2023, contre «6 à 10%» actuellement.

Agrochimie : BASF change sa direction après le départ du Français Vincent Gros

BASF renouvelle sa direction agricole, a-t-il annoncé le 30 mars, suite au départ du Français Vincent Gros « qui a décidé de faire une pause dans sa carrière après plus de 30 ans chez BASF Agricultural Solutions, dont la moitié en France ». Livio Tedeschi (50 ans), jusque-là directeur pour l’Europe, lui succède à la tête de la division du groupe, d’après un communiqué. Ce dernier est remplacé, à compter du 1er avril, par Gustavo Palerosi Carneiro (45 ans), entré chez BASF en 1999 et dernièrement directeur du Marketing au sein d’Agricultural Solutions.

Erratum  concernant la position d’Interbev sur l’affichage environnemental

Suite à notre dépêche datée du 30 mars, Interbev tient à préciser sa position sur l’affichage environnemental. Comme nous l'avions écrit, le scénario dit "B" proposé par le gouvernement sur l’affichage, consistant à faire évoluer l’ACV (analyse du cycle de vie) en profondeur, «ne semble pas une voie souhaitable» aux yeux de l'interprofession. Pour autant, Interbev a également des réserves sur l’autre voie, dite A. L’interprofession estime que ce scénario «ne permet pas d’intégrer pleinement des enjeux environnementaux primordiaux tels que la biodiversité». Principale critique d’Interbev : dans ce scénario alternatif «la valorisation de la biodiversité n’est proposée qu’au travers des labels, ce qui exclut la prise en compte de pratiques vertueuses en systèmes conventionnels et ne permet pas de corriger un défaut majeur de l’ACV, à savoir ne pas valoriser les bénéfices des systèmes herbagers».