LOA : Sénat et gouvernement s'accordent sur des «conférences de la souveraineté alimentaire»
Lors de l’examen du projet de loi d’orientation agricole (LOA), les sénateurs ont instauré le 5 février des «conférences de la souveraineté alimentaire», pour permettre aux filières de définir collégialement des «objectifs à dix ans» avec «l'accompagnement» de l'Etat. L’amendement du gouvernement, adopté avec l’avis favorable de la commission, vise «la progression de la souveraineté alimentaire de la Nation». Réunissant les représentants des filières aux conseils spécialisés et des interprofessions, ces conférences seront organisées «en 2026» sous l’égide de FranceAgriMer. «Chaque stratégie par filière fait l’objet d’un rapport à mi-parcours, d’après le texte. Ce rapport analyse les éventuelles raisons de l’écart aux objectifs déterminés dans la stratégie de la filière et formule des recommandations.» Invitée par l’Afja (journalistes agricoles) le 3 février, la ministre Annie Genevard avait parlé de cette nouvelle «méthode», justifiée par la diversité des besoins. Par exemple, en volailles de chair, l’enjeu est de «produire une entrée de gamme de qualité et de travailler sur l’acceptabilité sociales des poulaillers» ; en fruits en légumes, l’accent est plutôt mis sur les impasses techniques.
Contrôles: l’OFB porte plainte contre le secrétaire général de la Coordination Rurale
Interrogé le 5 février, l’Office français de la biodiversité (OFB) indique avoir effectué «un signalement au parquet de Meaux» contre le secrétaire général de la Coordination rurale, Christian Convers. De plus, une «plainte est en cours de dépôt», précise-t-on. Les organisations syndicales de l’établissement public poussaient en sens, selon une déclaration intersyndicale présentée en comité social d’administration (CSA) du 4 février, qu’Agra Presse a pu consulter. «Les propos du secrétaire général de la Coordination Rurale, qui appelle publiquement à brûler les voitures de l’OFB, sont répréhensibles pénalement. (…) L’appel de tous à l’apaisement ne suffit pas, et les déclarations incitant à la violence doivent être punies par la Justice. Nous demandons donc qu’une plainte soit déposée par l’établissement», peut-on lire. Évoquant, lors d'une réunion de campagne pour les élections des chambres d'agriculture, la volonté de militants de la Coordination rurale de durcir le ton, le secrétaire général du syndicat Christian Convers avait déclaré : «Une voiture de l'OFB qui entre dans une exploitation sera brûlée sur place. Ça va se passer comme ça», selon des propos rapportés le 28 janvier par Le Monde.
Lait/négociations commerciales: premières signatures autour de prix étales (coopératives)
Interrogé par Agra Presse le 5 février, à quelques semaines de la fin des négociations commerciales annuelles, Luc Vergaeghe, secrétaire général de la Coopération laitière rapporte des «retours inquiétants» des adhérents du réseau, avec «des demandes de déflation généralisées», l'absence de prise en compte des charges industrielles et des demandes de promotion supérieures à l'an passé. Selon une enquête interne menée la semaine dernière, le nombre de contrats signés était compris «entre 0 et 25%», soit un niveau «très faible» par rapport à l'an passé, indique l'éleveur laitier des Hauts-de-France, administrateur chez Sodiaal. Les contrats ont en moyenne abouti à des évolutions neutres des tarifs, ce qui ne convient pas aux coopératives, qui s'attendent à manquer de lait au printemps en raison des répercussions de la fièvre catarrhale ovine (FCO). «Il pourrait y avoir des arbitrages à faire avec l'exportation, ce que nous ne souhaitons pas», explique l'administrateur. Dans le cadre de la proposition de loi sur le relèvement du seuil de revente à perte (SRP+10) du député Travert, le réseau des coopératives laitières demande un élargissement des débats à l'encadrement des promotions.
Élevage: projet de fusion entre les coopératives d’insémination Coopel et XR Repro
Les coopératives d’insémination artificielle XR Repro et Coopel, basées dans le grand sud-est, portent un projet de fusion, qu’elles présentent actuellement à leurs adhérents lors de leurs réunions annuelles de sections, selon nos confrères de Réussir. Comme l’indique le site web dédié, le projet sera soumis au vote lors des assemblées générales extraordinaires en mars, puis «l’organisation se mettra ensuite progressivement en place sur 2025-2026». À l’initiative du rapprochement, la Coopérative d’insémination de la Loire (Coopel, environ 2000 adhérents) voit son activité diminuer, avec 20 000 inséminations en moins en douze ans. S’y ajoute le prochain départ en retraite de plusieurs cadres, dont son directeur. «Aujourd’hui, Coopel va bien. Nous estimons que c’est le moment d’engager un rapprochement plutôt que le subir dans quelques années, quand la situation sera dégradée», explique son président Lionel Vial au journal Paysans de la Loire. De son côté, XR Repro (5000 adhérents, 18 M€ de chiffre d’affaires), est née en 2016 de la fusion de trois coopératives. La nouvelle entité (194 salariés) sera basée à Chalain-Le-Comtal (Loire) et conservera les sites existants de Coubon (Haute-Loire) et Brindas (Rhône).
Agrivoltaïsme/volailles: l’Inao fixe des critères pour les panneaux solaires en Label rouge
Le comité national LR/IGP/STG, réuni le 31 janvier, a «définitivement acté les conditions d’intégration d’une installation agrivoltaïque sur les parcours d’élevages de volailles et de palmipèdes Label rouge», a annoncé l’Inao le 4 février. Parmi les critères retenus: «La surface cumulée des ombrières photovoltaïques ne doit pas excéder 15% de la surface totale du parcours», précise l’Institut national de l’origine et de la qualité à Agra Presse. Les ombrières (200 m2 maximum, au moins 1,80 m de haut) doivent être espacées d’au moins 10 m et éloignées d’au moins 30 m du bâtiment d’élevage. Par ailleurs, «chaque parcours équipé d’une installation agrivoltaïque doit intégrer des arbres ou haies supplémentaires», pour une «meilleure intégration paysagère». Adoptés après recommandation du Synalaf (volailles label) et du Palso (palmipèdes à foie gras du Sud-Ouest), ces critères visent un «juste équilibre entre développement de l’agrivoltaïsme et préservation des caractéristiques du Label rouge», selon le communiqué de l’Inao. Ils entreront en vigueur après publication au Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture de l’arrêté modifiant les CPC (conditions de production communes) des labels concernés.
Bio: chiffre d’affaires en hausse pour La Vie Claire et Ecotone sur 2024
La Vie claire (magasins bio) enregistre un chiffre d’affaires de 331,1 millions d’euros (M€) pour l’année 2024, à périmètre constant, selon une information dévoilée par nos confrères de BioLinéraires. Cela représente «une croissance de 8% par rapport à 2023», a confirmé La Vie Claire à Agra Presse, le 5 février. En évolution au global (dont DROM et Export), cela représente une hausse de 1,7% par rapport à 2023 (325,4M€). L’enseigne, qui se dit «très confiante» pour l’année 2025, prévoit d’ouvrir une quinzaine de nouveaux points de vente cette année. En 2024, elle comptait 327 magasins, dont sept ouvertures. Le détail des chiffres et des perspectives seront présentés à la presse la semaine prochaine. Le même jour, le leader du bio Ecotone (Bjorg, Alter Eco, Clipper, Bonneterre...) a annoncé une croissance de 2,4% de son chiffre d'affaires sur 2024, à 710 millions d'euros en 2024, «confirmant ainsi son leadership français et européen». Selon les chiffres de l'entreprise, le marché bio serait en croissance sur l'ensemble des réseaux de distribution, y compris en grandes et moyennes surfaces, avec +2% en volumes sur le second semestre.
Pomme de terre : hausse de production pas à exclure en 2025, l'UNPT met en garde
Par la voix de son président Geoffroy d'Evry, les producteurs de pomme de terre de l'UNPT ont insisté, lors d'une table ronde suivant son assemblée générale le 4 février, sur «la nécessité de ne pas devancer la demande». Le syndicat se réjouit de la progression de la production hexagonale de pommes de terre entre 2023 et 2024, tirée vers le haut par l’augmentation des assolements, de meilleures conditions climatiques, et le dynamisme de l'intérêt industriel et à l'export. Une nouvelle hausse des surfaces n'est pas à exclure en 2025, rapportent des professionnels du secteur. Néanmoins, une étude de l'UNPT élaborée sur la période 2000-2017 (encore applicable aujourd'hui selon le syndicat) estime qu'une hausse de la production française de 1% engendre une baisse des cours de 5,3% en moyenne. Alain Dequeker, secrétaire général de l'UNPT, souligne de son côté que les nouveaux arrivants doivent être formés: «produire des pommes de terre, c'est beaucoup plus compliqué que la betterave». Il rappelle aussi quelques difficultés que connaît la filière : des charges de structures en hausse, liées notamment à «des coûts très élevés des plants», des rendements qui stagnent, «la réduction des solutions phytosanitaires» etc.
Truffes: une filière prend forme en Argentine, en contre-saison de la France
Environ 300 ha de chênes truffiers ont été plantés en Argentine depuis 2010 dont une partie a commencé à porter leurs fruits. La production du pays plafonne encore à 2 t en 2024 (contre 50 t en France), mais pourrait doubler dès cette année, selon Faustino Terradas, le directeur commercial de Truffes du Nouveau monde. D’autres pays agricoles de l’hémisphère sud pénètrent dans le marché du diamant noir: l’Australie en exporterait déjà 20 t, le Chili, près de 7 t et l’Afrique du Sud, 2 t, selon nos sources. La récolte sud-américaine de truffes se déroule de juillet à la mi-septembre, tandis que celle de l’Europe s’étale de la mi-novembre à la mi-mars. «Notre offre de contre-saison est complémentaire de celle de l’hémisphère nord», assure Faustino Terradas. «Nous n’allons pas nous cannibaliser mais agrandir le marché, pouvant notamment l’offrir toute l’année aux circuits gastronomiques de l’Asie et du Moyen-Orient. Dubaï est d’ores et déjà un marché porteur», assure l’Argentin. En France, les truffes argentines seraient vendues aux distributeurs à des prix situés entre 450 € et 900 € le kilo. (Marc-Henry André)
Biocontrôle: la start-up Agriodor acquiert l'activité de son concurrent Cearitis
Agriodor, spin-off d'Inrae créé en 2019 pour développer des produits de biocontrôle s'appuyant sur des molécules odorantes répulsives, a annoncé avoir acquis Cearitis. Cette start-up, fondée en 2020 à Aix-en-Provence, s'appuie sur la technologie des kairomones et allomones, des substances odorantes qui attirent ou repoussent les mouches ravageuses (Bactrocera oleae, Ceratitis capitata, Drosophila suzukii), qui s’attaquent notamment aux oliviers, aux agrumes, aux cerisiers et aux petits fruits. Malgré des débuts encourageants et une levée de fonds de 1,2 M€ au cours des deux dernières années, Cearitis avait été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d’Evry, en octobre 2024. Agriodor acquiert la technologie de Cearitis et accueille sa fondatrice, Marion Canale, ainsi que son équipe. D’après Agriodor, la start-up s’apprête à finaliser le développement d’une solution «push and pull», qui consiste à associer des parfums attractifs et répulsifs pour détourner les ravageurs des cultures. Agriodor a levé 8 M€ en 2024, pour accélérer son développement. (Elena Blum)
Matériel agricole : la FNCuma propose un diagnostic obligatoire avant installation
Contacté par Agra Presse à l'issue de son entretien avec la ministre de l'Agriculture le 4 février, Matthieu Goehry, président de la FNCuma (coopératives de matériel agricole), indique avoir proposé à Annie Genevard d’intégrer dans la loi d'orientaiton agricole (LOA) «un diagnostic matériel obligatoire avant l’installation d’un agriculteur». L’opération serait réalisée par les Cuma, qui disposent déjà des moyens techniques pour l’entreprendre, et serait prise en charge par l’Etat. «Ce diagnostic dure environ deux jours et coûte aux alentours de 1 000 € par agriculteur. (…) La ministre était à l’écoute, mais va vérifier si c’est possible en considérant les contraintes budgétaires», précise le président du syndicat. La mesure serait destinée à renforcer la compétitivité du secteur agricole. La FNCuma continue de dénoncer des charges de mécanisation trop élevées en France, qui s’expliquent selon elle par une insuffisance de l’usage en commun du matériel, mais aussi par les incitations fiscales à investir (voir notre décryptage). «80% du matériel en valeur est acquis à titre individuel.10% seulement le sont via les ETA (entreprises de travaux agricoles), et 10% via les Cuma», rappelle Matthieu Goehry.
Agroécologie: l’Autorité de la concurrence fixe un cadre au projet de PADV
L’Autorité de la concurrence a publié, le 29 janvier, des orientations informelles sollicitées par l’association Pour une agriculture du vivant (PADV), dans le cadre de son projet de création d’un système de prise en charge collective des surcoûts et risques associés à la transition écologique. Ce projet, qui rassemble collecteur, industriels et distributeurs, partenaires financiers et autres parties prenantes (syndicats, instituts techniques…), mais aussi des collectivités (voir notre article), vise à favoriser la transition écologique des exploitations agricoles. Le Rapporteur général souligne la «nécessité de fixer des conditions de participation au projet qui soient transparentes, objectives et non discriminatoires». Il souligne aussi le besoin «d’outils de mesures robustes scientifiquement» pour déterminer le besoin de financement d’une exploitation. Il émet «des réserves» sur l’idée de permettre aux participants, notamment aux collecteurs, «de collecter et plus largement d’avoir accès» à des données commercialement sensibles. Concernant les baisses de rendements attendues et le financement de la transition, il recommande à PADV d’utiliser une «grille d’analyse» développée en accord avec le cadre européen, pour mener une analyse concurrentielle.
Agriculteur actif/sociétés: le critère des 5% en passe d'être conforté au Conseil d'État
À l'occasion d'une audience au Conseil d'État le 5 février, la rapporteure publique a proposé de rejeter la requête du Château de Campuget, une SAS viticole, de faire annuler l'arrêté du 13 mai 2023 du ministère de l'Agriculture sur l’accès au statut d'agriculteur actif (et donc aux aides Pac). Pour les sociétés dont aucun associé n’est affilié à l'Atexa (assurance maladie des exploitants), ce texte fixe un plancher de 5% de détention des parts sociales pour ses dirigeants. La rapporteure publique a rappelé que cette disposition, qui concerne des sociétés anonymes (SA), des SAS, SARL ou certaines SCEA, permet de «garantir un minimum de pouvoir décisionnel et de vérifier que le dirigeant est bien intéressé au résultat». Et pour ce faire, le critère choisi est «objectif et rationnel». Le requérant arguait d'une discrimination selon le statut sociétaire choisi; mais la rapporteure souligne que si cette condition capitalistique n'est pas requise pour les sociétés dont un des associés est affilié à l'Atexa, c'est que ces derniers sont rattachés à des formes sociétaires (Gaec, GFA exploitants...) garantissant d'ores et déjà l'atteinte desdits objectifs. La rapporteure propose ainsi au Château de Campuget de faire évoluer son capital, détenu actuellement à 0,0012% par son président.
Commerce de gros : Fédalis devient Les grossistes alimentaires de France
Fédalis, la fédération de grossistes en produits sous température dirigée, avicoles, laitiers et d’épicerie, s’est rebaptisée Les grossistes alimentaires de France. Elle l’a déclaré ce 4 février dans le cadre professionnel de la Confédération des grossistes de France (CGF) dont elle fait partie. Elle adopte un nom plus explicite, à l’instar de la CGF en 2022 (anciennement Confédération du commerce de gros et international). Elle compte ainsi renforcer sa visibilité auprès des institutions et du public. Elle a aussi l’objectif de faire reconnaître en ses adhérents des «acteurs clés de l’approvisionnement alimentaire», un rôle que Les grossistes alimentaires de France entend valoriser auprès du grand public. Ces grossistes de toutes dimensions se répartissent en quatre métiers : Restauration hors foyer, détaillants, grand-public et Marché d’intérêt national (MIN). Jacques Déronzier demeure président et Alexia Fromanger déléguée générale. Fédalis, née en 2019 de la fusion du Syndigel (produits sous température dirigée) et de la FNCPLA (produits laitiers et avicoles), avait été rejointe en 2022 par les grossistes en épicerie.
Coopératives/lait: Antony Letourneau élu président de Terra Lacta
Lors d’un conseil d’administration le 4 février, Anthony Letourneau a été élu à l’unanimité président de Terra Lacta, annonce la coopérative laitière dans un communiqué le lendemain. Âgé de 41 ans, M. Letourneau «dirige une exploitation de 350 chèvres laitières et un vignoble en appellation cognac» (20 ha), à Mortiers (Charente-Maritime) – une commune «dont il est maire depuis 2020». Il succède à Jean-Yves Restoux, décédé en décembre 2024 «des suites d’une longue maladie». Cité dans le communiqué, Antony Letourneau cite trois «défis» à relever pour la coopérative: «Installations de jeunes, valorisation de nos productions, contribution à la préservation des ressources naturelles». Avec «2000 adhérents producteurs de lait de vache et de chèvre» et 720 millions de litres collectés, Terra Lacta est «la première coopérative laitière de Nouvelle-Aquitaine». Elle rayonne jusqu’en Loire-Atlantique, en Auvergne et en Aveyron.