Agrafil du 4 juin 2024

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Nutrition animale: Avril dépose une offre de reprise pour l’usine de lysine de MetEx

Dans un communiqué du 3 juin, Avril a annoncé avoir déposé, le même jour, «une offre pour la reprise de l’activité de l’usine MetEx à Amiens», le seul site en Europe à produire de la lysine, un acide aminé utilisé en alimentation animale. Un dépôt confirmé par MetEx. L’offre comprend aussi les activités R&D et commerciales, soit 304 emplois, précise Avril, présent notamment dans les huiles végétales (Lesieur, Puget), la nutrition animale (Sanders) et les biocarburants. Comme le groupe le réclamait, l'offre bénéficie du soutien public de la région Hauts-de-France, d'Amiens Métropole et du fonds SPI («géré par BPI France pour le compte de l’État dans le cadre de France 2030», comme le précise le communiqué). Avril est le «seul candidat» pour l’usine amiénoise, selon l'AFP. L’acquisition est désormais suspendue au verdict du tribunal de commerce de Paris (attendu le 1er juillet, selon le ministre délégué à l’Industrie), à la validation «des autorités de concurrence compétentes», ainsi qu’à «la réalisation d’un certain nombre de conditions», indique Avril, sans plus de précision. Dans un communiqué, MetEx ajoute que le belge Maash s’est positionné pour la reprise de son autre usine de Saint-Avold (Meurthe-et-Moselle), une offre sur laquelle le tribunal doit se prononcer le 25 juin. Mettant en avant des difficultés économiques liées à la flambée du sucre et au dumping sur les importations chinoises de lysine, Metabolic Explorer (MetEx) avait demandé le 16 mai son placement en redressement judiciaire.

Porc: fronde avant l’AG de la Cooperl, les prix comme principale revendication (presse)

Selon les informations de Ouest-France (article payant), un collectif d’éleveurs adhérents de la Cooperl a demandé «la révocation de l’ensemble du conseil d’administration» du n°2 français du porc (5,3 millions de porcs élevés en 2023), principalement en raison de prix jugés insuffisants. Les éleveurs frondeurs affirment que leur demande est «conforme aux statuts, car signée par un dixième des 3000 adhérents» de la coopérative. «Le débat démocratique existe déjà au sein de la coopérative, et il aura à nouveau lieu lors de notre assemblée générale», le 21 juin à Lamballe-Armor (Côtes-d’Armor), estime de son côté le président Bernard Rouxel. Principal grief des frondeurs: le décalage entre les prix payés aux adhérents et la cotation du Marché du porc breton (MPB), que le groupe de Lamballe n’utilise plus depuis 2015. «En 2023, nous avons eu en moyenne 6,4 ct€/kg d’écart, et nous sommes à 5,8 ct€/kg en moyenne depuis le 1er janvier», explique l’un d’eux (sur un cours à 2,003 €/kg le 3 juin), soit «une perte de 36 000 € sur un an» pour un élevage moyen de 200 truies. Revendiquant son «attachement» au modèle coopératif, le collectif déplore aussi que «le pouvoir échappe aux éleveurs» dans une structure qui «fonctionne de plus en plus comme une entreprise privée».

PFAS: la Sénat adopte la PPL écologiste, en précisant la redevance

Le Sénat a adopté en première lecture, le 30 mai, la proposition de loi (PPL) écologiste visant à protéger les populations des risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), précédemment adoptée à l’Assemblée le 4 avril. Les sénateurs ont précisé que la redevance annuelle due par les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soumises à autorisation est basée sur la masse des PFAS rejetée «dans l’eau», et non «dans le milieu naturel» comme cela était écrit initialement dans le texte. Cette modification se fait pour «des raisons techniques et économiques» indique la sénatrice Martine Berthet (LR, Savoie) dans l’exposé des motifs de l’amendement correspondant (n°24 rect). Les sénateurs expliquent que l’expression «milieu naturel» est très large, or il est déjà compliqué d’avoir des données de suivi sur les rejets des ICPE en milieux aqueux puisque «seulement un tiers des résultats sont disponibles». Ils affirment aussi qu’il est plus abordable d’effectuer une analyse d’eau à «environ 300 euros» qu’une analyse d’air qui «coûte aujourd’hui au minimum 10 000 euros». Par ailleurs, les sénateurs ont précisé que la publication des résultats d’analyse des eaux potables effectuée par les ARS inclut les eaux vendues en bouteille (amendement n°17).

Manifestations: nouveau blocage de la frontière franco-espagnole par les agriculteurs

À moins d’une semaine du scrutin européen qui doit se dérouler entre le 6 et 9 juin, les agriculteurs espagnols et français ont bloqué, le 3 juin, les points de passage transfrontaliers le long des Pyrénées, entre le Pays basque et la Catalogne (notamment l'A9 Montpellier-Barcelone et l’A63 Bordeaux-Bilbao). Au cœur de leurs revendications: la mise en place effective des clauses miroir sur les produits importés de pays tiers et l’accès à une énergie moins chère. «Aujourd'hui, c'est un blocage historique qui ne s'est jamais fait en Europe», a indiqué à l’AFP Sébastien Barboteu, porte-parole des agriculteurs français mobilisés. Et d’ajouter: «Avant, on s'affrontait, maintenant on s'allie, on a les mêmes problématiques.» Ce mouvement, qui pourrait durer plus longtemps que les 24 heures initialement prévues, a la particularité de n’avoir été organisé par aucun des syndicats agricoles traditionnels. «On demande pas le bout du monde, juste que l'Europe soit uniformisée dans la réglementation et les taxes», résume finalement Jérôme Bayle, un des principaux instigateurs des protestations du début d’année 2024.

Climat: des rendements pires que prévu en maïs et soja à la fin du siècle

Les projections mondiales de rendements de céréales sont pires que prévu pour la fin du siècle en raison du changement climatique, selon une étude publiée en 2021 dans la revue Nature food par le chercheur à Columbia University Jonas Jägermeyr (voir notre enquête). La productivité du maïs baisse de 24% (contre +1% dans les projections initiales) dans le scénario de très hautes émissions du Giec, d’après les données du réseau scientifique international AgMIP (Agricultural Model Intercomparison and Improvement Project). Celle du soja baisse de 2%, et celle du riz n’augmente que de 2% (contre +23% dans les projections initiales). À l’inverse, le rendement mondial moyen de blé augmente de 18%. Ces changements arrivent plus ou moins vite selon les régions du globe, parfois avant 2040. Publiée en avril, une étude complémentaire du chercheur à la Nasa Alex Ruane révèle que 18% de la production actuelle de soja sont situés dans des zones particulièrement à risque de «mal-adaptation». C’est aussi le cas du maïs dans le nord du Midwest américain ou au nord-est de l’Europe.

Irrigation: Terrena se tourne vers les réserves individuelles pour la production de semences

À l’occasion de la présentation de son plan «Terrena transition» lors de son assemblée générale le 30 mai, Terrena a annoncé l’accompagnement de 15 agriculteurs de la Vienne dans l’étude préalable à la construction de réserves d’eau. Ce projet pilote va à contre-courant de la tendance actuelle des réserves collectives qui soulèvent une opposition sociétale, et se concentre sur des réserves individuelles. Ces infrastructures visent spécifiquement les productions de semences. «Nous avons besoin d’alternatives aux bassines. Ces petites réserves d’eau individuelles de moins de 3 ha ont un cahier des charges adapté à la production de semences», précise David Métivier, président de la commission semences de Terrena. La production de semences est une activité importante de la coopérative, avec 15 000 ha de cultures. Le modèle de réserve individuelle pourrait être étendu à terme à d’autres territoires de la coopérative. «L’irrigation est indispensable lors des stades critiques de cette production, qui le deviennent de plus en plus», souligne l’élu, évoquant le cas de la floraison du maïs. (Tanguy Dhelin)

Fruits et légumes: de nouveau, de fortes inquiétudes sur l’avenir du «train des primeurs»

À l’occasion d'une conférence de presse le 31 mai, Céline Malaisé, conseillère régionale PCF d’Île-de-France, et Pascal Savoldelli, sénateur PCF du Val-de-Marne, ont dévoilé des documents internes de la SNCF laissant à penser que la ligne de fret ferroviaire dédiée aux fruits et légumes entre Perpignan et le marché de Rungis («train des primeurs», 140 000 tonnes par an) pourrait s’arrêter après le mois de juin, rapporte le site Reporterre. Elle ferait partie des 23 lignes devant être cédées à la concurrence dans le cadre de la réponse du gouvernement français à la Commission européenne. Celle-ci avait ouvert une enquête pour concurrence déloyale et réclamé le remboursement de 5,3 Md€ d’aides publiques. Lancée en 1986, supprimée entre 2019 et 2020, relancée en 2021 par Jean Castex, alors Premier ministre, cette ligne a fait l’objet d’un appel à manifestation d'intérêts (AMI) pour sa reprise en juillet 2023, qui n’a pas abouti. De plus, la Semmaris (gestionnaire du Min de Rungis) doit lancer d’importants travaux pour créer une gare multimodale afin de porter à 20% la part du ferroviaire. «Nous allons rencontrer la Semmaris dans quinze jours, car nous aimerions en savoir plus sur la date de début des travaux. Ils parlent d’avril 2025, mais pour l’instant, nous n’avons aucun détail», explique Michaël Meunier, représentant de la section syndicale CGT à Perpignan, cité par Reporterre.

Pesticides/Conseil stratégique: le CGAAER propose de réintroduire les acteurs économiques

Après avoir constaté un déploiement «problématique» du conseil stratégique phytosanitaire (CSP) sur le terrain, le CGAAER (ministère de l’Agriculture) recommande, dans un rapport rédigé en février 2023 et publié le 30 mai, d’en améliorer les modalités afin d’assurer sa mise en œuvre. Pour ce faire, il préconise notamment une «réintroduction maîtrisée» des acteurs économiques au sein du dispositif. L’idée étant de «reconnaître leur implication dans la réduction des produits phytosanitaires», souligne le CGAAER. En effet, les auteurs estiment que les technico-commerciaux des coopératives et des structures de négoce sont «les mieux placés pour faire de la stratégie». Soulignant le lien «étroit» du volet produits phytosanitaires avec le changement plus large des pratiques agricoles, la mission préconise par ailleurs de mobiliser ou de mettre en place des mécanismes incitatifs, notamment financiers, d’aide à la transition agroécologique. «L’élément clef pour réduire les produits phytosanitaires est la certification environnementale dans le cadre d’une démarche de contractualisation entre l’agriculteur et son client», estime notamment la mission. À l’occasion d’une audition dédiée à Ecophyto 2030 à l’Assemblée le 29 mai, la ministre déléguée à l’Agriculture Agnès Pannier-Runacher avait indiqué que le «nouveau conseil stratégique» devra être «facultatif» et s’appuyer «sur une approche plus globale de la transition agroécologique».

Chlordécone: la préfecture de Martinique dément un «coup de force» sur les indemnisations

La préfecture de Martinique a dénoncé «les informations erronées transmises par les avocats du Collectif des ouvriers agricole empoisonnés par les pesticides» mettant en cause la procédure d’instruction des dossiers au FIVP (fonds d'indemnisation des victimes de pesticides), rapporte France Antilles le 30 mai, à la suite d’un de ses articles. «En Martinique, les salariés ou exploitants agricoles ayant contracté une maladie liée à l'utilisation de pesticides, dont la chlordécone, sont éligibles, après dépôt et analyse des dossiers par le FIVP, à la même indemnisation que tout malade reconnu en France hexagonale», rappelle-t-elle. Tout a commencé par une lettre ouverte du Collectif fin avril mettant en cause spécifiquement l’association Phyto-Victimes, citant un «coup de force de l’État et de ses administrations visant à imposer que toutes les victimes passent par le canal d’une association qu’ils ont instrumentalisée afin d’empêcher que les victimes ne soient valablement indemnisées». L’association avait rétorqué: «Aucun dossier n’a été "détourné" vers l’association contre la volonté du demandeur ou de son conseil». La préfecture de Martinique ferme le ban sur ce sujet, rappelant que Phyto-Victimes n‘est «qu'une option supplémentaire gratuite pour aider les victimes».

Intrants alternatifs: Oxybiotop et SNP-Agrobio fusionnent pour donner Agrobiotop

Dans le secteur des intrants alternatifs, OxyBiotop et SPN-Agrobio fusionnent pour créer Agrobiotop, ont annoncé les deux entreprises le 31 mai. La nouvelle entité devient le «premier pôle d’agrobiologie en France» selon le communiqué. Les deux fondateurs sont Martin Pamiseux, jusqu’alors manager R&D d’Oxybiotop, et Stéphane Pestel, gérant principal de SNP Agrobio. Située à La Bouexière (Ile-et-Vilaine), OxyBiotop est spécialisée dans la stimulation des milieux biologiques (sol, eau, effluents) et un producteur de silice activée (SiO3) permettant notamment de lutter contre la compaction des sols et leur asphyxie. Quant à SNP Agrobio, basée à Loireauxence (Loire-Atlantique), il s'agit d'une TPE spécialisée dans la fabrication d’engrais biologiques (décoctions, purins, etc.). Le regroupement de ces deux entités a pour but d’accompagner la croissance de ce marché, les ventes ayant doublé en cinq ans, selon le communiqué. Agrobiotop va regrouper les usines de production d’OxyBiotop et de SPN-Agrobio sur un site unique à Varades (Loire-Atlantique), qui entrera en production au printemps 2025, avec une capacité de production de 3 Ml de macération d’ici deux ans. «98% de nos clients sont des agriculteurs en conventionnel qui souhaitent réduire l’utilisation de la chimie sur leur exploitation. Une tendance qui sera encore plus marquée dans les années à venir», précise Martin Pamiseux.

Machinisme: Emil Frey poursuit ses acquisitions avec le concessionnaire Gabagri

Après une entrée remarquée dans la distribution de machines agricoles en début d’année, le spécialiste de l’automobile Emil Frey poursuit ses rachats avec le concessionnaire Gabagri. L’opération permet au groupe suisse de «couvrir au mieux les régions Bretagne et Pays de la Loire», à la suite de l'acquisition de Bretagri en février, d'après le communiqué de presse diffusé le 31 mai. Elle élargit aussi son portefeuille de marques à New Holland, en plus de Case IH. Gabagri a dégagé un chiffre d’affaires de 75 M€ en 2023. Trois établissements le composent: Gabillet, MAC, Terrinov, qui emploient 185 collaborateurs au total. La zone géographique couverte par ses contrats de concession New Holland et Case s’étend sur 11 sites situés dans le Morbihan, la Loire-Atlantique, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, le Maine-et-Loire et la Sarthe. De son côté, Emil Frey France affiche 5,9 Md€ de chiffre d’affaires consolidés en 2023, avec comme cœur de métier la distribution automobile et moto (réseau Autosphere).

Sapin de Noël: un décret modifie plusieurs conditions de production

Un décret paru au Journal officiel le 31 mai fixe de nouvelles conditions et de nouveaux critères à respecter pour la production de sapins de Noël. Il vient modifier l'article 2 du décret du 24 mars 2003. La principale modification porte sur la densité de la «zone plantée» (qui se substitue à l’expression «plantation») la première année de culture: elle doit être comprise entre 5000 et 10 000 plants par hectare, et non plus entre  6000 et 10 000 plants. Il est spécifié que, à partir de la dixième année de culture, la densité doit être au maximum de 1200 sapins par hectare. La durée maximale d'occupation du sol passe à 25 ans, au lieu de 10. Au bout de ce délai, les sapins doivent être coupés et les sols remis en état de culture. La hauteur maximale des sapins ne peut désormais excéder 15 m. Par ailleurs, les distances de plantation au fond voisin sont fixées par arrêté préfectoral ou, «à défaut, celles prévues par les usages locaux doivent être respectées». Le décret instaure de plus l’obligation d’entretien régulier des parcelles en tenant un état de culture suivi. Selon une étude FranceAgriMer/Valhor/Kantar de 2023, 64 millions de sapins (à 80% français) ont été vendus en 2022, pour un chiffre d’affaires de de 172,8 M€.

Lait: nouveaux directeurs à la tête de Candia et Sodiaal Fromages

Dans un communiqué paru le 3 juin, la coopérative laitière Sodiaal annonce la nomination de Romain Deurbergue au poste de directeur général de Candia, où il remplace Éric Forin, récemment parti à la direction générale de Terrena. Romain Deurbergue était depuis 2020 directeur gestion finances de Candia. Sodiaal annonce également la nomination de Renaud Chamonal à la direction générale de Sodiaal Fromages; il était depuis quatre ans directeur général d’Ecotone HFS et Alternative Channels, le leader du marché bio (Bonneterre, Bjorg et Alter Eco).