Edition du 5 septembre 2022

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Négociations commerciales: «Nous sommes à un tournant», alerte-t-on rue de Varenne

«Nous sommes à un tournant, un avenir très sombre se dessine», s'est alarmé auprès de la presse le cabinet du ministre de l'Agriculture, au lendemain de la 19e réunion du comité exceptionnel de suivi des relations commerciales, tenu le 1er septembre. Côté pile, l'équipe de Marc Fesneau décrit des négociations «qui ont bien avancé cet été», la disparition des «situations de blocage» gérées par le médiateur, et plusieurs secteurs qui ont bénéficié de «hausses importantes» («viande, volaille, légumes frais, épicerie salée et sucrée»). Côté face, ces hausses restent «insuffisantes» compte tenu de l'inflation, estime le cabinet du ministre, qui considère que «la grande distribution fait preuve d'un pragmatisme limité et de court-termisme», alors que «se joue la survie d'entreprises et de filières agricoles françaises». Le cabinet insiste particulièrement sur les «pénalités logistiques appliquées quasi systématiquement», malgré une charte signée au printemps dans laquelle la grande distribution s'était engagée à les suspendre envers les fournisseurs affectés par les effets de la guerre en Ukraine. Alors que l'ensemble de l'économie est touché par le manque de camions, les montants de pénalités atteindraient «plusieurs dizaines de milliers d'euros» pour des PME agroalimentaires, jusque «plusieurs dizaines de millions d'euros pour des grands groupes». A ce sujet, la FNSEA et les JA demandent, dans un communiqué, que «des sanctions dissuasives (soient) appliquées et les noms des enseignes (...) mis sur la place publique par l'État !»

Lait : la disponibilité des produits laitiers frais menacée par l’inflation (entreprises)

Dans un communiqué du 2 septembre, le syndicat des fabricants de produits laitiers frais (Syndifrais) alerte sur la disponibilité des produits et de possibles arbitrages face à l’inflation des coûts de production. «Les industriels vont devoir arbitrer au sein de leurs gammes car certaines sont aujourd’hui en marges négatives», indique Syndifrais. Il estime les besoins de revalorisation des industriels entre 20 % et 24% pour l’année 2022, «sans parler des besoins de revalorisation de 2023 estimés entre 15% et 20% à ce stade». Le syndicat appelle les clients à accepter les hausses demandées par les fournisseurs et à accélérer «les délais d’application des tarifs négociés». Il met en avant la forte augmentation des prix des matières premières agricoles et industrielles. Le lait, ingrédient principal des fabrications, a, par exemple, augmenté de 24,5% en un an, selon les dernières données du Cniel (interprofession). «Si la loi Egalim impose aux distributeurs de prendre en considération les hausses de coût de production de lait, ils le font dans des délais très longs, souligne Syndifrais. Entre l’augmentation du prix du lait payé au producteur et l’évolution des prix payés par les distributeurs, il peut s’écouler 4 à 6 mois, grevant très lourdement les trésoreries des entreprises.»

Pomme de terre: l'UNPT présente le «plan d'urgence» qu'elle attend du ministre

Touchés par la sécheresse qui devrait grever la récolte d'au moins 20 % selon eux, les producteurs de pomme de terre de l'UNPT (FNSEA) rencontraient le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, ce 2 septembre, à qui ils ont présenté une demande de «plan d'urgence et de sauvegarde» pour leur production. Trois mesures ont été mises sur la table, détaille le syndicat un communiqué, le jour même: un «prêt garanti d'Etat» pour «consolider les trésoreries» des producteurs, une «aide financière exceptionnelle nationale ou européenne», également pour les producteurs ;  et enfin dispositif «exceptionnel de sauvetage» pour la filière féculière, déjà mal en point. L'UNPT estime avoir été «entendue», durant cette réunion avec le ministre, et souligne que le gouvernement est «maintenant attendu». Selon les premières estimations des producteurs, les «pertes» s'élèveraient à 250 millions d'euros sur la campagne. La récolte devrait être amputée de 20% par rapport à la moyenne des vingt dernières années, soit 1,5 millions de tonnes, avec des «pertes moyennes allant jusqu'à 50% sur les parcelles non-irriguées».

Biocarburants: le Conseil d'Etat ne suspend pas la vignette Crit'Air1 pour le B100

Dans une décision rendue publique le 4 septembre, les distributeurs et gérants de stations de GNV et bioGNV, Gaz'up, Primagaz, Proviridis et Endesa Energia, ont été déboutés par le Conseil d'Etat de leur demande de suspendre, en urgence, l'arrêté du 11 avril dernier rendant les nouveaux véhicules roulant exclusivement au biocarburant B100 (100% d'ester d'oléagineux) éligibles à la vignette Crit’Air 1 (pollution de l'air). Les distributeurs mettaient en avant «un important mouvement de report des achats et des immatriculations» des poids lourds roulant au gaz naturel vers ceux fonctionnant au biocarburant B100. Ils arguaient également que ce report portait atteinte «à l'impératif de limitation des émissions de polluants atmosphériques compte tenu notamment des émissions de produits polluants par ces véhicules». Mais le Conseil d'Etat a estimé que le phénomène de report n'avait pas pu être démontré, tout comme le caractère urgent des conséquences induites. Parmi la défense, figurait la société Saipol (groupe Avril) qui a lancé l'Oléo100 en novembre 2018. L’Oléo100 est un ester d’oléagineux qui n’est pas mélangé avec du gazole. Directement transporté de l’unité d’estérification à la cuve du transporteur, il ne passe donc par un pétrolier ni par un intermédiaire distributeur. Il est commercialisé directement auprès de transporteurs comme Transgourmet, Blondel Voisin, Pihen, Noblet, Vicat et Delisle.

Restauration scolaire: Grenoble érige le menu végétarien en standard

Le maire écologiste de Grenoble s’en est réjoui sur Twitter le 1er septembre: «Les nouveaux menus standards sont végétariens ! La logique est inversée : il faut demander pour manger de la viande et/ou du poisson.» Depuis la rentrée, précise un dossier de presse envoyé par la ville, les parents d’élèves peuvent désormais choisir, pour un coût identique, entre trois types de repas pour leurs enfants. Vert pour cinq repas végétariens par semaine, bleu pour un mélange de repas végétariens et à base de poisson, et rouge pour avoir de la viande et du poisson. «De toute façon, un à deux repas par semaine sont végétariens pour tous les élèves», rappelle l’entourage du maire. Voté fin juin en conseil municipal, le nouveau système n’aurait suscité aucune opposition, ni aucune critique chez les parents d’élèves ou les enseignants, indique la mairie. Les économies réalisées par la cantine centrale par la baisse d’achats de produits carnés seraient en revanche limitées, puisque «la majeure partie du coût du repas, environ 13 € par enfant, s’explique par les frais de fonctionnement». En application de la loi Egalim, «les menus de rentrée dépassent les 60% en termes de composantes bio et/ou locales», se réjouit enfin la municipalité. Dans les crèches, les enfants «bénéficient de repas à 100 % bio (hors poisson) et/ou local depuis le début de l’année 2020».

Les prix mondiaux des produits alimentaires poursuivent leur repli en août (FAO)

Les prix mondiaux des denrées alimentaires continuent de se replier pour le cinquième mois consécutif, les huiles végétales retombant même sous leur niveau d'il y a un an en août 2021, a annoncé le 2 septembre l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). L'indice FAO du prix des denrées alimentaires, qui suit la variation des cours internationaux d'un panier de produits de base, n'a cessé de reculer depuis le plus haut historique atteint en mars après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Il marque en août une nouvelle baisse, plus modérée, de 1,9% sur un mois. L'indice FAO des prix des huiles végétales décroît de 3,3% en août, «atteignant un niveau légèrement inférieur à celui d'août 2021». Tournesol, palme et colza se replient, et seul le soja «augmente modérément, à cause des inquiétudes sur l'impact des conditions météorologiques défavorables sur la production aux États-Unis», souligne l'organisation. L'indice FAO des céréales diminue quant à lui de 1,4% sur un mois, sous l'effet d'une «baisse de 5,1% des prix internationaux du blé, qui reflète l'amélioration des perspectives de production en Amérique du Nord et en Russie ainsi que la reprise des exportations depuis les ports de la mer Noire en Ukraine».