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Antoine Pinneau (Michelin) : « Nous nous sommes mis en ordre de marche pour atteindre l’objectif de 100% de matériaux durables dans nos pneumatiques d’ici 2050 »

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Antoine Pinneau, vice-président senior de Michelin en charge de la R&D des produits B to B. Crédits : © Michelin

  Le groupe Michelin s’engage dans un tournant stratégique pour la fabrication des pneumatiques visant à remplacer les matières premières issues du pétrole et de la chimie par des matériaux durables, principalement issus du recyclage, mais aussi des ressources de la terre. Demain, le caoutchouc naturel ne sera peut-être plus le seul composant du pneu issu de la terre car les recherches sont enclenchées pour exploiter le potentiel des végétaux tels que le pissenlit, le guayule ou encore l’écorce de riz. Antoine Pinneau, vice-président senior de Michelin en charge de la R&D des produits B to B, fait le point sur les enjeux à venir.

A quoi ressemblera le pneu Michelin de demain ?

Ce sera un pneu composé de 100% de matériaux durables et possédant une meilleure empreinte environnementale globale. Par matériaux durables, nous entendons les matériaux biosourcés, renouvelables à l’échelle d’une vie humaine ou recyclés. Il peut d’agir des matières issues du recyclage des pneus usagés et qui ne sont pas destinés à être rechapés, des nouveaux matériaux qui peuvent être issus du recyclage du PET comme nous le faisons avec la start-up Carbios, mais aussi des ressources que la nature peut nous offrir.

Pour ce qui est de l’hévéa, dont la sève permet de créer le caoutchouc, nous travaillons à réduire son impact environnemental et social, par exemple en utilisant moins de produits phytosanitaires, ou en améliorant les conditions sociales et économiques des petits planteurs. Et nous sommes aussi en veille pour analyser la pertinence d’alternatives au caoutchouc qui pourraient venir par exemple du pissenlit ou du guayule.

Quand et comment Michelin sera-t-il en mesure d’atteindre cet objectif ?

C’est un très grand changement pour Michelin qui s’est mis en ordre de marche pour atteindre cet objectif de 100% de matériaux durables dans ses pneumatiques d’ici 2050. Nous mobilisons ainsi toutes nos équipes de recherche et développement, notamment sur le site de Ladoux près de Clermont-Ferrand.

Nous intégrons les matières premières progressivement, ce qui va nous permettre d’atteindre un taux de matériaux durable de 40% en 2030 au niveau Groupe, sachant que nous venons de franchir le niveau de 30% en 2022. Et si les produits avec des taux encore les plus élevés de matériaux durables n’arrivent pas immédiatement en masse sur le marché, nous sommes d’ores et déjà capables d’homologuer, en petites séries, des produits à fort taux de matériaux durables. En octobre 2022, nous avons pu ainsi présenter un pneu pour automobiles avec 45% de matériaux durables et un pneu pour autocars avec 58% de matériaux durables. Ces pneus conservent toutes les performances des pneus classiques au standard premium Michelin.

Comment êtes-vous parvenu à atteindre des taux aussi élevés ?

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Pour obtenir ce résultat, nous avons joué sur plusieurs paramètres comme l’intégration de caoutchouc naturel à un taux plus élevé, de noir de carbone non pas vierge mais issu de pneus en fin de vie, d’huiles et de résines biosourcées, de silice obtenue à partir d’écorce de riz, et d’acier recyclé.

Quelles sont les étapes à franchir pour arriver à vos objectifs ?

Nous nous sommes fixés comme ligne de ne faire aucun compromis sur les performances : chaque nouveau produit plus durable ne doit pas être moins performant que le produit qu’il remplace. Par ailleurs, il faut s’assurer que chaque nouveau produit ait un impact environnemental moindre, et pour cela, nous ne nous basons pas seulement sur les matériaux innovants, mais aussi sur l’analyse du cycle de vie (ACV) du produit, de bout en bout, en intégrant le transport, le process de fabrication ou encore la recyclabilité. Il faut aussi prendre en compte la disponibilité des matières premières et s’il existe ou non une filière capable de faire face à nos besoins. Pour les végétaux, il faut s’assurer qu’ils n’occupent pas des terres utiles à l’alimentation humaine car nous ne voulons pas perturber les chaînes alimentaires. C’est pourquoi nous pensons davantage aux coproduits de la première transformation agricole plutôt qu’aux végétaux bruts.

A quelles matières premières végétales pourriez-vous recourir pour les pneus de demain ?

On peut réfléchir à d’autres déchets végétaux non valorisés pour créer de nouvelles charges comme avec l’écorce de riz. Le pissenlit et le guayule déjà cités peuvent être des alternatives au caoutchouc issu de l’hévéa, mais le challenge sera de trouver une manière durable d’aborder leur mise en culture et l’extraction de la matière active, ainsi que d’obtenir des rendements nécessaires pour l’industrie à partir de ces plantes.

Quelles solutions Michelin peut-il apporter aux agriculteurs en quête de pratiques agricoles ayant un impact environnemental moindre ?

Nous accompagnons les agriculteurs en mettant au point de nouveaux pneumatiques pour les tracteurs. Ainsi, l’Evobib que nous venons de dévoiler permet de réduire la compaction du sol grâce à une empreinte au sol maximisée lorsque la pression du pneu diminue. Le dessin de la bande de roulement a aussi été conçu pour allonger la durée de vie du pneu, réduire la consommation de carburant sur route, tout en améliorant la capacité de traction aux champs. Nous regardons aussi attentivement le développement de la robotique agricole qui génère des demandes spécifiques avec les nouveaux engins qui arrivent sur le marché.